‹ Histoire de RobespierreChapitre 141 sur 283 · LIVRE III. MOTION EN FAVEUR DES ECCLÉSIASTIQUES AGES · texte numérisé non relu

LIVRE III. MOTION EN FAVEUR DES ECCLÉSIASTIQUES AGES

même lorsqu'il s'agissait d'une infortune vraie. Les malheureux ont toujours trouvé son cœur accessible. Cela se vit bien au moment où touchait à sa fin la longue discussion sur le traitement du clergé. C'était le 28 juin. On venait de proposer l'allocation d'un traitement annuel de 10,000 livres pour les évéques anciennement démis, les coadjuteurs des évoques et les évêques suffragants de Trêves etdeBâle; le député Chasset avait même demandé que le maximum du traitement fixé pour les évéques fût élevé d'un tiers au profit de ceux qui, avant la publication du présent décret, se trouveraient âgés de soixante-dix ans ; mais personne n'avait songé à réclamer en faveur des ecclésiastiques vieux Bt infirmes, qui, n'ayant joui d'aucun bénéfice, se trouvaient aujourfhui àla merci du besoin. Déjà, on s'en souvient, Robespierre, quelpies mois auparavant, avait sollicité un supplément de pension pour es religieux dont les maisons avaient été supprimées, et que leur grand ige rendait incapables de tout travail. Cette fois sa réclamation eut pielque chose de touchant. « J'invoque la justice de l'Assemblée en àyeur des ecclésiastiques qui ont vieilli dans le ministère et qui, à la mite d'une longue carrière, n'ont recueilli de leurs longs travaux que les infirmités. Us ont aussi pour eux le titre d'ecclésiastique et quelfue chose de plus, l'indigence (1). » En conséquence, il demandait qu'il tst pourvu à la subsistance des prêtres âgés de soixante-dix ans, l'ayant ni pensions ni bénéfices ; que le comité ecclésiastique fût chargé e déterminer le chiffre de la pension et que l'Assemblée déclarât n'y V€Hr lieu à délibérer sur l'augmentation proposée du traitement des énéficiers actuels (2).

Hélas! ce noble appel ne fut pas entendu, et la proposition deRobesierre vint échouer contre l'indifférence d'une assemblée où n'avait pas iffisamment pénétré le souffle bienfaisant de Jésus. Les riches, les rivilégiés d'autrefois, les évêques aux mitres dorées, aux somptueux dais, n'avaient pas manqué d'amis pour défendre leurs richesses et iclamer le maintien de leurs revenus scandaleux; mais en faveur de *s pauvres ecclésiastiques, vieux et infirmes, sans pensions ni béné- :esj une seule voix s'était élevée en vain, celle de Robespierre. S'en lot-ils souvenus?

(1) T07. lé Mimitmr àa 24 juin 1790.

(IQ Ibid. du 29 juin.

Durant le cours de ces débats un grand événement s*était accompl dans TAssemblée, la noblesse avait cessé d'exister. Tout le mond connaît les détails de cette fameuse séance du 19 juin au soir où, su la proposition du député Lambel, appuyée par Charles de Lameth e^ La Fayette, disparurent, emportés par l'irrésistible ouragan, les de duc et pair, comte, vicomte, marquis, qui semblaient préjuger L valeur d'un homme et faisaient croire à une foule de sots qu'ils étaien d'une nature supérieure. Par une bizarrerie qu'explique seule la sotds» humaine, on était d'autant plus noble, d'après les principes du drom: héraldique, qu'on s'éloignait davantage de l'arbre générateur de 1»J noblesse. Ainsi, étant donné un Turenne, par exemple, anobli pour avoiis sauvé la patrie, il n'eût été qu'un parvenu, tandis que ses descendants' à la huitième ou dixième génération, peut-être fort incapables, fo; peu honorables, eussent passé pour les gens les plus nobles de et auraient eu le privilège de monter dans les carrosses du roi !

Cette suppression des titres était d'ailleurs une conséquence naturelle de l'abolition de la féodalité. Comme dans la nuit du U août, vit des grands seigneurs faire assaut de générosité, en offrant d'eux mêmes le sacrifice de leurs titres, en brisant de leurs propres main ^ ^ ces hochets d'une vanité puérile. Et tandis qu'un plébéien pur l'abbé Maury, s'acharnait à défendre ces derniers privilèges d'un noblesse condamnée sans retour, en principe, par la déclaration d droits, c'était un Montmorency qui demandait hautement, au nom cette même déclaration, la destruction des armes et des armoiries, vou lant que désormais les Français portassent, tous, les mêmes insigoe^i- « ceux de la liberté. Mais tous les nobles ne se montrèrent pas aninuU "^ de cet esprit d'abnégation ; en général ils furent consternés ; de tou ^ côtés on vit pleuvoir des protestations. Beaucoup d'entre eux s'étaien^^^ consolés de la perte des avantages réels attachés Jadis à la nobless^- ^ par la perspective d'en conserver au moins les distinctions superfi.-^' cielles. Mais cette dernière illusion enlevée les rendit furieux, taiM-^' l'égalité leur était un supplice affreux. D'un bout de la France à rautr" ® il y eut parmi les nobles un véritable déchaînement contre cette Révolu- ^^ tion qui cependant ne s'était pas montrée exclusive pour eux, cardan. -^ les municipalités, dans la garde nationale, dans l'armée, partout elle 1

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