LIVRE III. LA FEDERATION DE ITOO
réclamait le même honneur pour tous les citoyens à qui la patrie était redevable de quelques services, et demandait qu'ils fussent placés suivant le degré d'utilité de leurs services. Quand l'orateur quitta la tribune, les applaudissements redoublèrent ; mais malgré ces marques d'assentiment sous lesquelles avaient été étouffés les murmures du côté droit, malgré le concours prêté à Robespierre par Charles de Lameth, l'Assemblée vota l'admission d'Albert de Riom à la fédération du li juillet (1).
Celte résolution ne fut pas très-bien accueillie par les journaux populaires; Mirabeau lui-même, qui cependant, à celte* époque , avait donné quelques gages au parti de la cour, ne put s'empêcher de la blâmer dans son journal. « 11 n'est pas surprenant, » lisait-on quelques jours après dans le Courrier de Provence, « de voir des inquiétudes s'élever dans l'âme des vrais patriotes, quand on propose, dans des moments de crise, des honneurs particuliers pour des individus, quand surtout cet individu ne s'est pas distingué par sa popularité... (2). »
Tout autre fut le langage de Robespierre lorsque, quelques jours après, le 10 juillet, un certain nombre de citoyens des États-Unis, en résidence à Paris, parurent à la barre, ayant Paul Jones à leur tête, pour solliciter, eux aussi, l'honneur d'assister à la solennité du U. Cette fois il s'agissait de républicains, d'hommes dévoués à la liberté, à cette liberté dont ils jouissaient, et pour la conquête de laquelle la France s'était associée avec eux. C'étaient alors des frères d'adoption, pour ainsi dire, et une place d'honneur leur était due à cette fête consacrée au souvenir de l'affranchissement d'un grand peuple. L'orateur de la députation présenta la demande de ses compatriotes dans un discours noble, simple, où éclatait la reconnaissance des Américain» pour la France. Le président répondit en quelques mots. C'est en vous aidant à conquérir la liberté, dit-il en substance, que les Français ont appris à la connaître et à l'aimer ; ils verront donc avec plaisir assister à une réunion fraternelle ceux qu'ils considèrent comme des frères. Robespierre prit ensuite la parole, et tenant à rendre hommage au langage élevé avec lequel s'était exprimé l'orateur des citoyens des États-Unis, il réclama, au milieu d'interruptions qu'on s'explique seulement par le dépit que ressentaient les membres du côté droit d'entendre sans cesse et d'une façon de plus en plus accentuée sortir de sa bouche ces mots d'égalité et de liberté qui les épouvantaient, il réclama, dis-je.
(1) Moniteur du 5 juillet 1790; Point du jour , numéro 354, p. 377.
(2) Courrier de Provence, numéro 162, t. IX, p. 177.
rimpression du discours des députés américains, celle de la réponse du président, et, pour les premiers, une place d'honneur à la fête de la fédération. L'abbé Maury, en belle humeur, demanda, lui, Timpression du discours de Robespierre, dont la motion n'en fut pas moins votée d'emblée par l'Assemblée.
Elle eut lieu enfin cette fête de la Fédération tant attendue. On sait comment, quelques jours auparavant, sur une simple invitation des districts, qui craignaient que les préparatifs ne fussent pas achevés pour le jour fixé,, tous les citoyens, sans distinction d'âge ni de sexe, s'étaient rendus en foule au Champ de Mars, et la pioche à la main, la hotte sur le dos, réalisant la loi du travail attrayant, étaient vem k bout, en une semaine, d'une tâche véritablement gigantesque, Noi n'avons pas à rendre compte des cérémonies touchantes, des fêtes d€^JE> i^ tous genres dont Paris fut témoin en ce splendide anniversaire de \as>T ^< prise de la Bastille, sur l'emplacement de laquelle avait été établi^xXoli une salle de danse qu'indiquait de loin aux passants cette inscriptioczo^o symbolique : Ici Ion dansCy comme si la Révolution eût voulu changœ^^ige en un lieu de plaisirs et de joyeux ébats le' tliéàtre sinistre de tant à»^:^ d{ souffrances et de martyres. Qu'il nous suffise de dire que ce jour iixMj'^fm un des jours heureux de notre pays. Tous les rangs semblaient con--«r« <dq» fondus ; on eût dit d'une seule et même famille. L'immortelle espéranc^^^^ iCe planait, voilant de ses ailes dorées les maux passés et ceux de !'< Qui eût dit alors qu'un an plus tard, à pareille époque, à quelques i< près, ce Champ de Mars si riant, si beau cette année, si bruyant gaies et confuses rumeurs, se couvrirait de deuil, serait arrosé du français et retentirait des cris des victimes.
De tous les points du royaume affluaient à l'Assemblée nationale adresses de félicitations et de soumission à ses décrets. Dans la séanciT^ 1^ du 8 juillet au soir, Robespierre, en sa qualité de secrétaire, avait ■-W p un grand nombre de pièces que ne dictait pas un zèle officiel, et qwL^i |^ résultat d'un élan spontané et sincère, prouvaient à l'Assemblée i bien elle était soutenue dans son œuvre par l'assentiment imanime crf** |^ pays(l).
C'était aussi à propos d'une lecture d'adresse de prisonniers qu
(1) Voy. le Moniteur du 12 juiUet 17»0.