‹ Histoire de RobespierreChapitre 147 sur 283 · LIVRE III. l'ÉVÈCHÉ du PAS-DE-CALAIS · texte numérisé non relu

LIVRE III. l'ÉVÈCHÉ du PAS-DE-CALAIS

quelques jours plus tard, uq journal modéré de Tépoque, VAmi du Roi, appelait Robespierre Y avocat des galériens (1). Il faut dire à quoi faisait allusion Testimable journal. Dans la séance du 1'' juillet au soir, deux Fribourgeois, victimes de l'aristocratie de leurs pays, avaient demandé à être admis à la barre pour remercier rAssemblée qui, par un décret solennel, les avait arrachés aux galères où ils avaient été injustement envoyés. Mais on avait rejeté leur demande par Tordre du jour, en se fondant sur une ancienne ordonnance interdisant à tout homme sorti des galères d'approcher de la cour. Étrange préjugé! et bizarre inconséquence d'une Assemblée qui, proclamant à la face du monde l'innocence de deux malheureux condamnés par un arrêt inique, les repoussait comme ayant été flétris par les galères ! C'est ce que généreusement, et avec un grand sens, n'avait pas manqué, mais en vain, de faire observer Robespierre (2).

On discutait alors le rapport des comités ecclésiastique et de constitution sur la division du royaume en arrondissements métropolitains, et sur la fixation des sièges des évêchés dans chaque département. Comme dans quelques autres départements, il y avait dans celui du Pas-de-Calais plusieurs évêchés. Boulogne, Arras et Saint-Omer étaient chacun en possession d'un siège épiscopal. A la quelle de ces trois villes donnerait-on la préférence? Telle était la question qui s'était agitée le 6; quest»^*^ grave si l'on songe à l'importance que les anciennes villes éy. • /pales, par amour-propre et par intérêt, atta«chaient à la conservation de leurs sièges. Le comité donnait la préférence à Saint-Omer comme étant la ville la plus centrale du département. Robespierre, d'accord cette fois avec Beaumetz, demandait l'ajournement jusqu'à ce que les électeurs du Pas-de-Calais, qui délibéraient en ce moment sur la fixation du chef-lieu, se fussent eux-mêmes prononcés. L'Assemblée passa outre, et, adoptant l'avis du comité, accorda l'évéché à la ville de Saint-Omer (3). Mais cette décision n'était pas appelée à avoir la consécration du temps; l'évéché devait faire retour à la ville d' Arras, choisie comme chef-lieu du département, et où il siège encore aujourd'hui dans une partie des ^suQciens bâtiments de l'abbaye de Saint-Waast, restes déchus d'une Sfdendeur inouïe dans les fastes ecclésiastiques.

A quatre jours de là, dans la même séance où il venait de demander Vinopression du discours des délégués américains, Robespierre s'opposait énergiquement à ce que l'Assemblée votât l'élargissement d'une

(1) VAmiduRoi, numéro 45, p. 181.

(2) Point du jour^ numéro 360, p. 469.

(3) !bid.j numéro 357.

vingtaine d'Avignonnais détenus à Orange, avant d*avoir pris une entière connaissance des faits qui avaient motivé leur arrestation. L'opinion bien connue des membres qui réclamaient cette mise en liberté, les formes acerbes et impérieuses dans lesquelles se produisait cette réclamation, indiquaient suffisamment à l'Assemblée que ces prisonniers n'étaient pas des amis de la Révolution. D'après les renseignements parvenus et les explications données de vive voix par quelques députés avignonnais accourus pour assister à la fédération, ils avaient été incarcérés pour avoir tenté de susciter des troubles à l'occasion du vœu hautement manifesté par les citoyens d'Avignon de voir le comtat Venaissin réuni à la France. Aussi ne faut-il pas s'étonner que l'abbé Maury, vivement appuyé par Malouet, de Grillon, Cazalès et de Virieu, ait été l'organe violent de leurs prétendus griefs, et que les clameurs du côté droit aient assailli Robespierre presque à chacune de ses phrases. Il put donc dire avec raison en descendant delà tribune : « D'après les efforts que l'on tente pour que cette affaire ne soit pas exactement connue, il est évident que c'est ici la cause de l'aristocratie contre les peuples et contre la liberté; j'en atteste ceux qui murmurent et m'interrompent. »

Après lui. Camus parla dans le même sens. L'abbé Maury, avec cette modération de langage habituelle à tant de gens de son parti, avait traité les fédérés avignonnais de députés d'assas&ins et de scélérats. Camus, s'appuyant sur les pouvoirs que ces fédéHb avaient reçus d& la garde nationale et de tous leurs concitoyens d'Avignon, demanda^ qu'ils fussent entendus par le comité des rapports, auquel ils étaient même de fournir tous les renseignements désirables. 11 avait fait allu sion, dans son discours, à certaines démarches d'un abbé Boyer auprè des personnes qui avaient réclamé en faveur des détenus. L'abb Maury, se prétendant personnellement désigné, reprit la parole pou conjurer l'Assemblée de ne pas permettre, non à une ville, mais à quel — ^-^' ques factieux, de se déclarer indépendants, se laissa aller contre Camu^ -^ aux personnalités les plus injurieuses, et demanda à être autorisé par ^^^ un décret à le poursuivre devant le Châtelet comme calomniateur. L'Assemblée décida que les députés avignonnais seraient entendus par \m comité des rapports, et, sur la demande en autorisation de poursuii passa dédaigneusement à l'ordre du jour, après quelques ironiques de Bouche. Celui-ci établit une sorte de parallèle entre 1-^tIa tranquillité de Camus et le pacifique, le juste, le bienfaisant abbé Maur qui, se prétendant calomnié par Camus, lui paraissait fort échauffé {\^

(1) Voy. le Moniteur du 12 juillet 1790 ; le Courrier de Provence, numéro 164, t. I? p. 223.

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