LIVRE m. LA MUNICIPALITE ET LE BAILLIAGE SOISSONNAIS
Quant à Robespierre, dont les clients étaient traités de factieux parce qu'ils voulaient échapper au joug dissolvant de l'Église pour se retremper dans la liberté française, nous l'entendrons plus d'une fois encore soutenir en de solennelles discussions les intérêts de Tantique cité papale, et les citoyens avignonnais lui donneront, de leur côté, d'éclatants témoignages de reconnaissance.
Quelques jours après, dans ce même mois de juillet, il prenait partie pour la municipalité de Soissons contre le bailliage de cette ville qui, en annulant, sur la réclamation des boulangers, la taxe du pain fixée par les officiers municipaux, avait soulevé l'agitation populaire et occasionné de graves désordres. Les comités des recherches et des rapports, saisis de la réclamation des officiers municipaux portée à l'Assemblée nationale, concluaient à l'annulation de la sentence bailliagère. Telle était aussi l'opinion de Robespierre. Toute la question, suivant lui, se réduisait à ceci : « La taxe du pain est-elle une fonction judiciaire ou une fonction admhiistrative ? » Le second cas n'était pas douteux ; car, sous Tancien régime même, tout ce qui tenait aux subsistances et aux prix des denrées était du ressort des corps administratifs; il ne saurait donc être permis à un tribunal d*empiéter sur les attributions des municipalités, à la compétence desquelles la sentence du bailliage de Soissons portait une atteinte formelle (1). L'Assemblée ne se rendit pas tout de suite à ces sages observations, mais l'opinion de Robespierre était en quelque sorte d'ordre public, et elle est devenue la règle commune.
Jamais, avons-nous dit, il n'hésitait à combattre une motion même très-populaire, quand cette motion lui paraissait injuste ou contraire aux intérêts bien entendus du pays, et cela au risque de compromettre sa propre popularité; nous allons trouver, dans une des séances du mois de juillet, une nouvelle preuve de cette assertion.
Que, dès cette époque, une masse d'émigrés égarés cherchassent à recruter partout à l'étranger des ennemis contre la France révolutionnaire, c'est là un point incontestable. Qu'ils trouvassent des encouragements parmi tous les partisans de l'aristocratie, jusque dans
(1) ifomlfurda 22 juillet 1790.
HISTOIRE DE BOBESPIERIIE
conseils du roi, et que les vœux secrets de ia cour les accompa-
assent, c'est ce qu'il est aussi bien difficile de révoquer en doute.
3 26, un pamphlet sinistre, attribué à Marat : Ccn est fait de fwu$ ! oussait le cri d'alarme. Le lendemain, par une assez étrange coïncilence, on apprenait qu'une armée autrichienne était autorisée à franchir le territoire français pour marcher sur le Brabant. A cette nouvelle, grande émotion dans l'Assemblée nationale, un décret, en date du 18 février dernier, interdisant le passage de troupes étrangères sur les terres du royaume, à moins d'une autorisation formelle du Corps législatif.
Le ministre des affaires étrangères répondit à une demande d'explications par des faux-fuyants peu dignes : il s'agissait d'un très-petit nombre de troupes; l'autorisation était de bienséance entre deux nations voisines et amies; c'était à charge de revanche. SinguliiTe bienséance que celle qui consistait à violer un décret de l'Assemblée. Enfm les fêtes de la fédération avaient seules jusfju'ici empêché le ministre de porter ces faits à la connaissance de l'Assemblée nationale (1). Mais ces explications parurent peu satisfaisantes à d'Aiguillon. Il ne suffisait pas à l'Assemblée, selon lui, d'interdire le passage troupes autrichiennes sur le territoire français, il fallait iniprouver publiquement la conduite du ministre des affaires étrangères, et lf*= rendre personnellement responsable des événements que pourrai'^ amener son imprudence.
Mirabeau, pour parer le coup prêt à frapper le ministère, essaya d^ détourner l'attention de l'Assemblée en venant lui parler d'un manif ^m^ feste contre-révolutionnaire adressé à plusieurs municipalités dr ^:jku royaume, et attribué au prince de Condé (2). Le peuple raéconlecr^K'.iir grondait au dehors; des groupes menaçants, répandus dans le jardLf Jbn des Tuileries, à deux pas de TAssemblée, réclamaient à grands cris \M' le renvoi des ministres. L'adroit Mirabeau vit bien, suivant l'expressioc^ iioû de Camille Desmoulins, « qu'il falloit donner de la corde au peuple ^«n\e, au lieu de s'exposer à la rompre en la tenant trop tendue (3). . . * Quoi de plus populaire, en effet, et de plus propre à satisfaire les pae^s ^tassions irritées des masses qu'une motion énergique contre un prio»^:x^ce émigré, si notoirement hostile aux principes de la Révolution ? Que LouL^ mlm' ms- Joseph Bourbon, dit Condé, fût tenu de désavouer sous trois semaine» idsiies* par un acte authentique et légal, le manifeste circulant sous son iioixc:>^offl> et dénoncé au comité des recherches, sinon qu'on le déclarât tratUJt ^Itre
(1) Voy. dans le Moniteur du 29 juillet 1790 la lettre de M. de Montmorin.
(2) GVst ce que ne fait nulle difticulté d'avouer le propre journal de Mirabiaa " ■ *" ^^^"' Voy. le Courrier Je Provence^ numéro 170, t. IX, p. 369.
(3) Révolutione de France et de Brabùnt^ numéro 36.