‹ Histoire de RobespierreChapitre 157 sur 283 · LIVRE IV. BONNE SAVAROIN ET L*ABBÉ DE BARMOND · texte numérisé non relu

LIVRE IV. BONNE SAVAROIN ET L*ABBÉ DE BARMOND

disposait à franchir la frontière, s*était récemment échappé des prisons de TAbbaye, où il avait été enfermé. Un membre de l'Assemblée, l'abbé Perrotin de Barmond, était fortement soupçonné d'être complioe de soa évasion. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il s'enfuyait avec lui, cpiaiid, reconnus l'un et l'autre à Châlons-sur-Marne, ils furent ramenés à Paris dans la m^e voiture qui devait les transporter hors . de France (1).

Gmduit à la barre de l'Assemblée constituante, le 18 août, entre quatre huissiers, pour donner des explications sur sa conduite, l'abbé de Barmond avait essayé de se justifier d'une manière touchante en invoquant les souvenirs de l'hospitalité antique. Après une assez vive discussion, l'Assemblée, sur la proposition de Barnave, avait renvoyé l'aCtàire à l'examen du comité des recherches, en maintenant provisoirement l'arrestation de Tabbé Perrotin. Dans la séance du 23 août, Voidel, au nom de ce comité, présenta un rapport accusateur empreint d'une certaine sévérité, rapport dans lequel était impliqué un autre noeinbre de l'Assemblée, M. de Foucauld, pour avoir offert un asile au conspirateur. A la suite de son rapport, il proposa un décret enjoignant au président de l'Assemblée de se rendre auprès du roi, afin de le prier de donner ordre au Chàtelet de Paris d'avoir à informer sans retard contre les auteurs, fauteurs et complices de l'évasion du sieur Bonne Savardin. Loin de chercher à se disculper, Foucauld se fît un titre d'honneur du délit dont il était accusé. Comment repousser un malheureux implorant un asile contre ses <^resseurs? La religion lui avait prescrit sa conduite, disait-il, le droit d'asile était autrefois un de ses plus beaux privilèges, et elle l'avait conservé dans les pays où elle était encore en vigueur. De telles paroles ne furent pas favorablement accueillies, et, au milieu des murmures, on entendit ces mots : superstition! fanatisme! 11 est facile de comprendre à combien d'abus un pareil système pouvait donner carrière. Sous les dehors d'une générosité feinte, ne serait-il pas aisé de déguiser une complicité évidente? Ce fut ce que Robespierre démontra avec beaucoup de précision et de ménagement.

Partant de ce double principe, que la marche des révolutions ne saurait être soumise aux règles qui conviennent k l'état paisible d'une constitution établie, et que l'humanité ne consistait pas à sacrifier pour un particulier l'intérêt de la société, mais bien à aimer la patrie, k travailler pour le bien de tous les hommes; il disait : c J'en veux moins à ceux qui, par un enthousiasme et une exagération romanesques, jnstH

(1) Méfmiru dt Femèm, L II, Uv. VII, p. 106.

fient leur attachement à d'anciens principes qu'ils ne peuvent abandonner qu'à ceux qui couvrent des desseins perfides sous les dehors du patriotisme et de la vertu. » Toutefois Robespierre établissait une grande différence entre la conduite de l'homme qui favorisait l'évasion d'un conspirateur et la conduite de celui qui se bornait à lui accorder un refuge, a le mettre en sûreté; la première était bien plus criminelle à ses yeux : car autre chose était d'ouvrir les portes de la prison à un citoyen coupable envers la nation, et d'exposer l'État à toutes les conséquences d'une conspiration, ou de lui offrir simplement un asile. « Un accusé ^e lèse-nation se réfugie dans la maison d'un citoyen; je crois qàe l'honneur, ou plutôt un sentiment impérieux de commisération et d^bumanité, ne me permet pas de le dénoncer et de le remettre entre V^ mains des tribunaux. Mais s'il va plus loin, s'il prend des mesure^^ ^pour favoriser ultérieurement son évasion et pour le soustraire à dŒ= nouvelles poursuites, il devient répréhensible, et il enfreint le dévoies imposé à tous les citoyens de veiller au salut public. » Cependant, con — tinua-t-il, « il y a encore une différence sensible entre celui qui a iir^= des mains de la loi un accusé de lèse-nation et celui qui, après lui aVoi^a donné, dans sa fuite, l'asile qu'il implorait, prend ensuite des raoyen^s de le mettre en sûreté. 11 peut du moins êtrç présumé avoir été en — traîné par la suite du mouvement d'humanité qui l'avait intéressé ad malheur de l'homme qui s'était jeté dans ses bras. » Dans les circonstances présentes, il était donc important, à son sens, de rechercher quelle part les deux inculpés avaient.eue à l'évasion première de Bonne Savardin; seulement les indices recueillis par le comité lui paraissaient suffisants pour justifier leur arrestation jusqu'au résultat de plus amples informations.

Où Robespierre différait essentiellement d'avis avec le comité, c'était sur le tribunal auquel il convenait de déférer une pareille affaire. D'abord il n'y avait pas lieu de recourir au roi pour le prier d'ordonner la continuation des informations; c'était à l'Assemblée seule, disait-il, à pourvoir directement et par elle-même au salut public et au maintien de la constitution. On devait d'autant plus se méfier du pouvoir exécutif en cette occasion qu'un des ministres, Guignard de Saint- Priest, était hautement désigné comme complice du crime de lèsenation auquel se rattachait la discussion présente. Et maintenant comment osait-on proposer de renvoyer au Châtelet la connaissance de crimes contre-révolutionnaires? Ici Robespierre prit une grave initiative, et dont sa popularité grandit à coup sûr ; il eut le courage de demander la mise en accusation de ce tribunal lui-même, indigne de la confiance du peuple et de celle de l'Assemblée nationale. « S'il est

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