‹ Histoire de RobespierreChapitre 159 sur 283 · LIVRE IV. l'adresse DES DEPUTES BEARNAIS · texte numérisé non relu

LIVRE IV. l'adresse DES DEPUTES BEARNAIS

une partie de rAssemblée constituante et combien les partisans de la justice et du droit avaient à lutter contre la passion des distinctions puériles et les entêtements de la vanité.

Le projet du comité de marine passa malgré les résistances de Robespierre, dont la voix en cette circonstance ne trouva pas d*appui ; mais seul il eut raison contre tous en flétrissant un code barbare, adouci depuis, et qui infligeait à des hommes des traitements contre lesquels on protège aujourd'hui les animaux même.

Quatre fois dans la même semaine, et sur des sujets bien différents, il reprit la parole. La première fois, .ce fut à Toccasion d'une adresse par laquelle les députés du Béarn, au nom de leurs concitoyens, suppliaient le roi de ne pas permettre la vente du château de Pau, où son aïeul Henri IV avait commencé de vivre, et de le comprendre dans le nombre des domaines réservés à la couronne. Après s'être demandé si cette pétition, signée d'un seul député, provenait bien du fait du peuple béarnais, il témoigna son étonnement de ce qu'elle eût été adressée au roi au lieu de l'avoir été directement à l'Assemblée nationale, à qui il appartenait de délibérer sur ces sortes d'objet, déclarant du reste s'associer pleinement aux sentiments exprimés dans l'adresse pour Louis XVI et la mémoire du roi béarnais, comme jadis il n'avait pas ménagé les expressions de sa reconnaissance au monarque qui avait, un peu sans le vouloir il est vrai, convié la nation française à sa régénération. Jusqu'à la chute du roi, en effet, il essayera de concilier la liberté avec la monarchie; et c'est aux agents du pouvoir exécutif, non au chef, qu'il s'en prend surtout lorsque, non sans raison, jl accuse le gouvernement de complicité dans les tentatives réactionnaires contre lesquelles il luttait sans relâche. D'autres auront avant lui à la bouche le mot de république, habiles à devancer l'opinion; pour lui, quand la nécessité de changer le mode de gouvernement lui paraîtra démontrée, il n'aura point à modifier ses principes, le Conventionnel sera le continuateur logique du Constituant. Mais revenons à l'adresse des députés du Béarn. 11 y était dit que le peuple béarnais avait renoncé à l'ancienne constitution et à ses privilèges pour satisfaire aux désirs du roi. Robespierre s'éleva vivement contre ce passage peu convenable pour l'Assemblée. « Ceux qui ont rédigé cette adresse, » dit-il, « n'ont pas fidèlement exprimé le vœu de nos frères du Béarn; ils n'ont pas parlé en hommes libres, lorsqu'ils ont dit que c'était uniquement pour obéir aux désirs du roi qu'ils avaient échangé l'ancienne constitution de ce pays contre la nouvelle constitution française. C'était sans doute aussi et principalement par amour pour la liberté, par respect pour les droits des hommes et pour

rifitérèt général de la nation... > Puis, après avoir rappelé combien large et généreuse s'était montrée TAssemblée envers le monarque, il la conjurait, dans Tintérét conmiun, de ne pas augmenter le nombre déjà si considérable des domaines royaux et de passer purement et simplement à Tordre du jour. Mais cet avis, appuyé par Charles Lameth et phisieurs autres membres, ne prévalut pas ; Texamen de Taftaire fut renvoyé au comité des domaines ^1).

Le lendemain, dans la discussion d'un projet de loi sur les postes et messageries, Robespierre demanda et obtint que les fonctions de commissaires du roi fussent dillérentes de celles des administrateurs, afia tpie les agents du pouvoir exécutif ne pussent abuser de leur influence, et que le secret des lettres ne courût aucun danger. Trouvant les ap — pointements des adoiinistrateurs beaucoup trop élevés eu comparaiso de ceux alloués aux facteurs et employés subalternes, à qui incom bait toute la peine, il réclama la diminution des premiers et Taugmen tation des seconds ; mais la rémunération en ce monde est rareme en raison directe des labeurs et des services rendus. Robespierre beau appeler Tattention de l'Assemblée sur le travail pénible et jou

nalier des facteurs, sa voix n'eut pas beaucoup d'écho; on ne retrat i-

cba rien des gros traitements, et les petits salaires ne furent pas au| mentes (2).

Deux objets un peu plus importants occupèrent TAssemblée le

lendemain 25 août : les tribunaux de Paris, dont les élections devaiev?/ avoir lieu prochainement, et le rapport du comité diplomatique sur le pacte de famille de la maison de Bourbon. Dans Tune et dans l'autre 'question, Robespierre fit valoir des considérations dignes de fixer va moment notre attention.

En discutant Torganisation des tribunaux, on fut amené à se demander si, dans rintérèt général, il n'était pas nécessaire d'exclure les ecclésiastiques de Tordre judiciaire, où, sous Tancien régime, ils étaient admis. Présentaient-ils pour exercer la justice des garanties d'impartialité suffisantes? n'essayeraient-ils pas de porter atteinte à la liberté, et ne risqueraient-ils pas de compromettre dans ces fonctions délicates et épineuses la sainteté de leur ministère? C'est ce que craignait Buzot, aux yeux duquel les ecclésiastiques avaient bien assez d'influence déjà sans qu'on y ajoutât celle qui résulterait encore pour eia de leur qualité de juges. Ainsi pensait Robespierre, o Les prêtres» » avait- il dit, « sont dans Tordre moral des magistrats, » et, suivant lui,

(1) Point du jour ^ niiniéro 406, p. 2Ô3, iP) Ibid., numéro 407, p. 259.

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