r • ?•! • tourne en
conduite de la nation irançoise , qu il avoit trou- riandre. vée , disoit-il , inconstante et volage , pleine de jalousies et de divisions , insatiable et peu reconnoissaiite. Son chagrin le faisoit parler ainsi.
Avant que de partir, il eut le déplaisir d'apprendre la perte de Corbeil , qui lui avoit tant
l44 HISTOIRE
iSgo. coûté. Givry, gouverneur de Brie pour le roi, ïe repnîpar ef- ^'^prït en uuc uuit par escalade ; et la ligue , quelcaïade. ^^gg instauccs qu'elle en fît , ne sut jamais obliger
le duc de Parme à demeurer en France jusqu'à tant qu'elle l'eût repris. Il lui laissa seulement huit mille hommes de ses troupes , promettant de revenir au printemps avec une plus grande armée, et lui conseillant cependant d'amuser le roi par des traités de paix , jusqu'à la prochaine campagne ; conseil que le duc de Mayenne ne manqua pas de suivre , et par ce moyen, retint encore en son parti plusieurs villes qui étoieut prêtes de l'abandonner. ■ •••!
L'expédition du duc de Parme en France retarda beaucoup les affaires du roi ; mais elle n'avança point celles du duc de Mayenne : au contraire , elle les embrouilla, et y mit des dispositions qui, à la fin, les ruinèrent, car le duc de Parme ayant connu les défauts du duc de Mayenne, fit connoître au conseil d'Espagne qu'il étoit peu propre pour l'avancement de leurs intérêts , étant trop foible et trop peu autorisé pour tenir en liaison un si grand parti ; trop jaloux , trop lent et Le duc de trop parcsscux pour donner ordre à tout; qu'ainsi seluTau^^roi il falloit quc le roi d'Espagne prît lui - même le d Espagne de • j j^ li^uc , et s'cu rendît absolument le
se rendre o "
chef et mai- ^laîtrc ; quc pour cet effet , il gagnât les ecclég^«' siastiques et les peuples des grandes villes, qui
DE HENRI-LE-GRAND. l45
ayant beaucoup de disposition a voir changer l'état «Sgo. du gouvernement, parce que sous les règnes derniers , il avoit été fort rude aux peuples , se porteroicnt facilement ou à joindre les villes ensemble en forme de cantons , ou à faire un roi dont la puissance fût si limitée , qu'il ne pût désormais les accabler d'impôts ou de gens de guerre , comme avoient fait les deux derniers rois.
En effet, le roi d'Espagne trouvant cette voie Leroid'Esla plus commode pour ses desseins , et pensant fidlre ^pks
1» 1 1 17' ' i l' tant le duc
par-la changer la France en république, ou y jg Mayenne. faire un roi qui ne subsistât que par lui , ne con- rgndremaltre sidéra plus tant le duc de Mayenne comme il avoit "^^^ grandes
'■ •' villes par des
fait , et ne l'assista que foiblement ; mais se mit factions. à entretenir les factions dans les grandes villes et particulièrement celle des Seize à Paris , n'y épargnant point l'argent. On croit qu'il en dépensa de si grandes sommes à cela , que s'il en eût mis autant à entretenir des armées , il eût conquis une bonne partie de ce royaume.
Or notre Henri s' étant aperçu de ses desseins, Le roi tâche
, -Il 1 A|. ' '^ 1 T-i. •> '^^ regaguev
travailla de son cote a les rompre. Et première- ce duc. ment, quant au duc de Mayenne, il l'amadouoit par caresses et par plusieurs bons traitements ; ce qu'il faisoit à deux fins , l'une pour essayer de le gagner, et l'autre pour le rendre plus suspect aux Espagnols. Pour le même effet , il tàchoit de lui augmenter le dégoût qu'il avoit déjà de cette
lO
iSgo. nation, et avec cela lui promettoit de grands
avantages s'il vouloit s'accommoder avec lui. Par
ces moyens , il le retint toujours un peu , rallentit
son ardeur , et l'empêcha de porter les choses à
Il tâche aussi l'extrémitë. Et quant aux peuples, comme il sa-
de regagner . ' 'i 't 1 • .1
les peuples "voit quc c etoit le mauvais gouvernement de son préde'cesseur qui en avoit altère' les affections, et qui avoit fourni de pre'texte et d'occasion à la ligue de causer leurs emportements , il n'omettoit aucun soin ni aucune honte pour les ramener doucement à leur devoir.
Ce bon et sage roi conside'roit que pour gue'rir un mal , il faut en ôter les causes , et qu'ainsi il n'avoit qu'à corriger et adoucir les mauvaises humeurs qui avoient mis l'Etat à l'extrémité. Il connoissoit assez , pour l'avoir vu , que trois choses principalement avoient rendu son prédécesseur odieux et contemptible.
Trois moyens La première , étoit sa mollesse et sa fainéan- Henri H iTvoit tisc, qui faisoicnt qu au lieu d'employer les beaux ïi"a "de^îes' talcuts quc Dicu lui avoit donnés à régir son État *T'*" . ,. et à faire les fonctions de roi , il négligeoit de geuceetinap- g'y appliquer, et ne prenoit point assez à cœur la conduite de ses affaires , mais s'adonnoit presque tout à ses plaisirs ; comme si la royauté , qui est la plus grande et la plus éminente des choses d'icibas , n étoit qu'un vain divertissement, et que Dieu eût fait des rois seulement pour l'amour
D£ HENRI-LE-GRAÎN'D. J^'J
d'eux-mêmes , et non pas pour sa gloire et pour le iJo"bien commun des hommes.
La seconde , étoit son mauvais ménage et la La dissipadissipation de ses finances , qui l'avoient obligé nuances. de chercher des moyens extraordinaires et. fâcheux d'exiger de l'argent. Or il n'avoit pas dissipé ses finances seulement par ses profusions extrêmes, et par les dons immenses qu'il faisoit a ses favoris , ce qui désespéroit les peuples , mais plus encore par sa négligence , pour ce qu'il ne se donnoit pas la peine d'en prendre connoissance , et de veiller sur ceux à qui il en confioit l'administration ; lesquels , oubliant qu'ils n'en étoient que les dispensateurs , les prodiguoient en mille folles dépenses , et les distribuoient k leurs créatures , comme si c'eût été leur propre bien.
La troisième , étoit le peu de créance qu'on Ses maniè-
r ■ . •\ 1, ■ res d'agir
avoit en sa toi , et ses manières d agir avec ses trop fines, sujets, trop subtiles, trop fines, trop couvertes; en sorte qu'il avoit ce malheur , qu'on étoit toujours en perpétuelle défiance avec lui , que toutes ses paroles et ses démarches sembloient être des pièges, et qu'on pensoit faire prudemment de croire tout le contraire de ce qu'il vouloit qu'on crût.
Or le roi ayant reconnu que ces mauvaises voies avoient conduit son prédécesseur au préci-
l48 HISTOIRE
tSgo. pice , se résolut , tant par l'inclination qu'il avoit au bien, que par bonne politique, d'en suivre de toutes contraires.
Trois autres Premièrement , il voulut montrer à la li^ue ,
moyens tout "
contraires, qui lui disputoit le sceptre, qu'il etoit digne de
par lesquels i -, • • • n
Henri IV ga. Ic portcr ; et pour cela, il agissoit contmuelle-
gna l'estime i v i i
etraffectiou mcut, nou pas seulement a la campagne et dans sujetb. j^^ choses de la guerre , mais dans le cabinet , pour les délibérations des affaires importantes, pour les négociations, pour l'ordre et la distribution de ses finances , pour la dispensation des charges et des emplois , pour les connoissances des principales lois, de l'ordre et de la police de son royaume; enfin, pour toutes les occupations que doit avoir celui qui ne se contente pas d'être roi de nom, mais qui le veut
Son activité être en effet. Il vouloit bien avoir de fidèles mi-
et graudeur . ..,,..,
d'âme. nistrcs , mais il navoit point de compagnons; il
leur commettoit le soin des affaires de telle sorte qu'il demeuroit toujours le maître absolu, et eux les serviteurs. Il les almoit tendrement, comme il est juste , et usoit d'une grande familiarité avec eux ; mais il n'eût pas souffert qu'ils eussent manqué de soumission et de respect. S'il prenoit leur conseil, c'étoit par forme d'avis, non pas d'instructions nécessaires; et il les obligeoit bien plus souvent par raison à suivre le sien, qu'il ne sulvoit le leur. Il les honoroit de ses grâces et de ses
DE HENRI-LE-GRAND. l49
bienfaits, mais avec proportion et mesure : il ne iSgo. donnoit pas tout à un seul , ou bien à deux ou trois ; mais comme père commun , il distribuoit les récompenses à tous ceux qu'il en jugeoit dignes; et il vouloit qu'il les reçussent de ses mains, non point de celles d'autrui , d'autant qu'il savoit que donner et faire du bien est le plus glorieux attribut de la souveraineté , qui ne se doit communiquer à personne.
En second lieu , il prit un soin très particulier Le soîn de
, , . « . , . . „ V .ses finances.
de bien rau'e admmistrer ses rinances , a quoi quatre motifs l'obligeoient. Le premier, qu'il étoit d'un naturel, non pas avare, mais ménager, et qui haïssoit les profusions. Le second, qu'il aimoit ses peuples , et qu'il les épargnoit le plus qu'il lui étoit possible ; car il faisoit conscience de tirer l'argent de leurs bourses pour d'autres clioses que pour des usages très nécessaires. Aussi n'a-t-il jamais eu auprès de lui de ces sangsues de cour, qui tirent tout à eux , et qui ne se soucient pas d'où il vienne , pourvu qu'ils en aient. Le troisième , que le besoin où il avoit toujours été, lui avoit fait connoître la valeur et la nécessité de l'argent, et qu'il étoit bon de le bien ménager, parce qu'il étoit difficile d'en recouvrer. Le quatrième, que n'ayant pas été élevé dans l'ignorance des affaires , comme trop souvent on y élève les princes, il étoit bien informé que la plupart
l5o HISTOIRE
iSgo. des maux qui avoient affligé la France , procédoient de la mauvaise administration des deniers publics.
Entre tous les soins donc qu'il prit de bien gouverner son État , il n'en eut point de plus grand ni de plus continuel que celui de régler ses finances, et d'éclaircir cette matière. Les surintendants l'avoient embrouillée et embarrassée de cent mille nœuds , afin qu'on ne pût jamais la développer et la démêler , et ils avoient fait en sorte que ce maniement, comme disoit un financier de ce temps-là , étoit une magie noire , où l'on ne pouvoit voir goutte ; et qu'ainsi le bien du prince et le sang du pauvre peuple demeuroient toujours à leur discrétion.
François II y avoit pour lors dans les finances un gen-
d"0,suriutcu- .- , . ,, .
dantdesfinan- tilhommc normand, nomme François dO, qui dllsi'pat^"" étoit surintendant dès le règne de Henri III. Cet homme , à dire vrai, étoit horriblement prodigue en toutes sortes de dépenses. Ses profusions le rendoient plus ingénieux et plus subtil à trouver de nouvelles inventions pour arracher la substance des peuples jusque dans les moelles , et pour troubler de plus en plus l'ordre des finances, Le roi est afin qu'ou ne connût point la déprédation qu'il
contraint de n ■ •. ^ • 1 -1 a^i-
le souffrir en eu faisoit. Or, quoiquc ie roi le connut bien mai!inS- pour tel qu'il étoit , néanmoins , parce qu'il avoit gne les on- ^^^ forte cabalc avec les mignons et serviteurs
DE IIENRI-LE-GRAND. l5l
de défunt Henri III, qui faisoient les zéle's catho- iSgo. liques , il fut contraint de le souffrir dans cette charge , en attendant que ses affaires fussent en meilleur état. Cependant, pour re'primer sa convoitise insatiable , il prit lui-même peu à peu la connoissance du maniement de ses deniers , et y apporta tout doucement les ordres , tantôt par un moyen , puis par un autre ; de sorte qu'il sut avec le temps le brider et le re'duire en telle façon, qu'il ne pouvoit plus prendre que peu de chose en comparaison de ce qu'il prenoit auparavant.
Il seroit superflu de dire avec quelle netteté et avec quelle franchise ce bon roi agissoit avec tout le monde. Aussi voyons-nous dans tout le cours de sa vie , que ses propres ennemis avoient plus de confiance en sa parole seule , qu'ils n'en avoient aux écrits de tous les autres. Il usoit bien de prudence dans sa conduite ; mais il n'usa jamais ni de Sa bonne fourbe, ni de finesse, ni d'artifice. Le prudent ne cLise. marche jamais que par des voies droites et vertueuses; l'artificieux, au contraire , par des voies obliques et mauvaises : le prudent ne peut être que généreux et bon , au lieu que l'artificieux ne peut être que lâche , trompeur et méchant. Or il est certain que toute la vie de ce grand roi n'a été que générosité , bonté , douceur et clémence ; ayant une inclination merveilleuse à obliger toutes sortes de personnes, au moins de caresses , de bon
iSa HISTOIRE
1590. accueil et de douces paroles , quand il n'en avoit pas d'autres moyens. Il reconnoissoit les moin-! dres services quand il pouvoit ; il se montroit facile et affable à tout le monde, famdier aux gens de guerre , pitoyable envers les peuples de
Sa bouté, la campag ne , j usqu a s'excuser envers eux , quand l'occasion s'en presentoit, des maux qu'ils souffroient , et protester qu'il n'en étoit point la cause ; qu'il désiroit ardemment la paix que Jésus-Christ a tant recommandée aux Chrétiens , et que c'étoient ses ennemis qui le forçoient de faire la guerre , laquelle il détestoit comme la source de tous crimes et de toutes misères. Il paroissoit dans son visage une certaine gaîté ; dans son discours , une vivacité et une grâce d'esprit particulière ; dans toutes ses actions , une résolution et une promptitude qui contentoient les plus difficiles, et animoient les plus froids. Bien qu'il fut encore Huguenot, il parloit avec respect du pape et des ecclésiastiques ; il traitoit les grands et les gentilshommes comme ses compagnons ; et n'ayant pas assez de quoi leur donner , il les flattoit de la gloire d'être le bras droit de l'Etat , et de lui soutenir la couronne sur la tête. Il ne savoit
Il oiiLiioJt ce que c'étoit que de vengeance , son grand cœur
les injures, et , . r- 1 -i t • 1 • •
n'avoit point ctoit sans aucuu riel ; il pardonnoit les mjures ,
j ^engeau ^^ même les oublioit facilement, pourvu qu'il
reconnût que l'on s'en repentoit , et qu'on avoit
DE IIENRI-LE-GR A.N1). l53
disposition à bien faire , ou du moins à ne plus i^"faire de mal. C'est avec ces armes , plutôt qu'avec f-*^'» •"■ ^e-
COuqiiit sott
l'epee, qu'il vainquit ses plus cruels ennemis, royaume piuqu il lorça les cœurs les plus durs et les plus épée. envenimes à l'aimer , et que des lig"ueux les plus passionnés, il fit ses plus fidèles serviteurs; estimant que c'étoit un procédé convenable à la grandeur et à la bonté d'un souverain , de ne pas perdre ceux qu'on pouvoit acquérir, et de les retirer de la faute plutôt que de les abîmer. Voilà donc comme il suivoit des routes toutes contraires à celles que son prédécesseur avoit tenues.
Depuis le départ du duc de Parme, les deux iSgi.
.• 1*1 • L l"ilT 1 Divisious et
partis , celui du roi et celui de la ligue , demeu- jalousies dans rèrent quelque temps dans une assez grande foi- y^„^^l^l'^ j^J^ blesse , et tous deux furent également tourmen- cei"'duroi. tés par le mal des divisions et des jalousies ; a\ec cette différence néanmoins que celles du parti du roi furent éteintes par sa bonne conduite , et que celles de la ligue allèrent toujours en croissant.
Il y avoit une furieuse jalousie entre le duc de Nemours et le duc de Mayenne, frères utérins: elle n'étoit pas moindre entre le duc de Mayenne et le duc de Lorraine , et plus grande de beaucoup entre le même et les Espagnols , qui lui suscitoient mille traverses par le moyen des Seize : car, comme il ne pouvoit les souffrir pour compa-
l54 HISTOIRE
iSgi. gnons , ils ne pouvoient le souffrir pour maître, et de'siroient sur toutes choses que la ligue eût un autre chef que lui.
Dans le par. Dans le parti du roi semblablement , il y avoit
ti du roi, trois ' J
factions : des trois OU quatre factions. La première , celle des
Huguenots,
des Cathoii- Huguenots rigides et opiniâtres, qui ne vouloient
rjues , et des . , • ta i o - •
serviteurs de pomt quc le roi parlât de se faire uistruire , menaçoient de l'abandonner , s'il y songeoit ; et pour cet effet, l'observoient sans cesse, et trouvoient à dire à toutes ses démarches. La seconde , celle des Catholiques , qui e'toient zélés , ou qui feignoient de l'être : ceux-là tàchoient de l'éloigner des Huguenots , et murmuroient lorsqu'il leur vouloit donner des charges ou des emplois, ou qu'il les entretenoit en particulier. La troisième , celle des serviteurs et courtisans de Henri lU , à qui l'humeur de notre Henri déplaisoit , parce qu'il ne leur donnoit pas tout ce qu'ils vouloient , et qu'il ne se laissoit point mener à leur fantaisie. Ceux-là étoient la plupart athées et libertins, et néanmoins communiquoient avec les Catholiques , et causoient beaucoup d'inquiétudes
•• au roi.
Des deux De CCS dcux demièresfactionsjointes ensemble,
forma le tiers- il s'cu forma uuc qu'on nomma le tiers -parti.
^ ""^ '' Charles , cardinal de Bourbon , qu'on avoit appelé
le cardinal de Vendôme , tandis que le vieux cardinal de Bourbon vivoit, en étoit le chef. Ce
DE IIENRI-LE-GRAND. l55
prince , vain et ambitieux , s'imaginant que la i^qi. couronne lui seroit de'fe'rée , si Henri IV, son cousin , en etoit exclus, suscita les Catholiques de presser sa conversion , dans la croyance qu'il avoit que la conscience de ce roi et ses affaires n'y étant pas encore disposées , il n'v pourroit pas entendre , et que par conse'quent il le feroit, par ces sourdes menées , passer pour un hérétique opiniâtre , et obligeroit les Catholiques à l'abandonner , puis à se tourner de son côté. Cette faction fut la plus dangereuse affaire que notre Henri eût jamais à démêler, quoiqu'il fît semblant de la mépriser, et qu'il nommât ceux qui en étoient , les Tiercelets. Elle n'éclata point à masque levé , et ne se sépara point ouvertement de lui ; mais pour cela même, elle en étoit plus à craindre. Elle produisit enfin ce bien , qu'il fut contraint de se faire instruire tout de bon , et de se convertir.
Quant aux Huguenots, comme ils virent qu'il Les Haguepretoit I oreille aux docteurs cathohques , ils s avi- tem les Prosèrent , afin de l'envelopper de telle sorte qu'il ne voyer depuisleur pût échapper, qu'il falloit solliciter puis- ^^ Henri Tv* samment la reine Elisabeth, et les princes pro- ^^^^^ ^-
^ V i- peclier d^se
testants d'Allemagne , de lui envoyer de grandes ^^ire Cathoforces , par le moyen desquelles ils croyoient le faire venir à bout de la ligue , après quoi il n'auroit plus besoin de se convertir, et que cependant ils le tiendroient toujours obsédé par ces
l56 HISTOIRE
jSgi. troupes étrangères. En effet, Elisabeth , qui avoit une extrême ardeur pour sa religion protestante , s'inte'ressa fort dans la cause de ce roi, l'assista toujours gene'reusement , et sollicita avec chaleur des princes d'Allemagne d'y concourir avec elle.
iditaccor- Au même temps, les Huguenots pressoient à
dé aux Hu- , ^ , .
guenots. toute force qu'on leur donnât un édit pour l'exercice libre de leur religion. Ils le poursuivirent si fortement , qu'il fallut le leur accorder , et on l'envoya au parlement séant à Tours ; mais on ne put jamais obtenir qu'il le vérifiât qu'avec ces mots, par provision seulement, se montrant aussi ennemi de cette fausse religion , qu'il l'étoit des factions de la ligue.
Mort du pa- Durant ce temps , le pape Sixte V mourut , lais-
pe Sixte V. , , , . . . . ,
sant dans le trésor de l'église cinq millions d'or qu'il avoit amassés. Il étoit fort dégoûté de la ligue, et tendoit les bras tant qu'il pouvoit à notre Henri pour le rappeler dans l'Eglise , au lieu que la ligue s'efforçoit de lui en fermer les portes , afin de l'exclure de la royauté. A Sixte , 1^ succéda Urbain VII , qui ne tint le siège que treize
Élection de jours. Et à cct Urbain, Gréffoirc XIV, lequel étant
GrégoireXlV. ^ ^ ^ ...
véhément , et Espagnol d'inclination , embrassa avec ardeur le parti de la ligue , comme nous le verrons.
Je passe sous silence les diverses entreprises
DE HENRI-LE-GRAND. l5'J
qui se faisoient de part et d'autre. Les Parisiens ïS^t. en manquèrent une sur Saint-Denis. Le chevalier jes'^Ugueax d'Aumale , l'un de leurs chefs , qu'on appeloit le '„-J,5.ïec^e". lion rampant de la limœ, y fut tué au milieu de ^'^l'*"". ''''^""
■t O ' J inale fut tue.
la ville , comme il s'en étoit presque rendu le maître. Le roi, dé son côté, en tenta une autre Entreprise sur Paris. On la nomma \di journée des farines ^ Paris, qu'on parce qu'il devoit surprendre la ville , sous pré- ^nlede^sfari texte d'un convoi de farines qu'on y amenoit ; ""' mais elle fut découverte , et obligea le duc de Mayenne, sur les véhémentes crieries que firent les Seize , de recevoir quatre mille hommes de garnison espagnole ; ce qui retarda de plus d'un an la réduction de Paris.
Il est bon de savoir que l'un et l'autre parti n'ayant pas de fonds , ne pouvoient pas tenir continuellement leurs troupes sur pied, et ne faisoient , pour ainsi dire , la guerre que par intervalle. Quand elles avoient été trois mois ensemble, elles se retiroient ; puis se rassembloient à quelques temps de là ; et selon qu'elles étoient les plus fortes ou les plus foibles , elles faisoient des entreprises.
Le roi ayant ramassé les siennes , assiégea la Chartres asville de Chartres , où La Bourdaisière comman- par le roi. doit. Il y avoit peu de gens de guerre dedans ; le siège néanmoins fut long , difficile et meurtrier. Sa longueur donna sujet au tiers-parti de remuer
i58 nisToïKE
i5gi. quantité d'intrigues fort dangereus&s ; mais la prise de cette place les réprima pour quelque temps. Il en rendit le gouvernement à Chiverni , chancelier de France , qui l'avoit eu avant que la ligue s'en fût saisie.
Après cela , le duc de Mayenne , qui ne se voyoit pas en trop bon état , suivant le conseil du duc de Parme, renoua une conférence pour la paix, qui s'étant sépaiée sans rien faire ,les princes lorrains et les principaux chefs de la ligue tinrent une assemblée générale à Reims. Il y fut résolu qu'étant tous ensemble trop foibles pour résister au roi , et ayant manque d'argent , il falloit nécessairement nouer avec l'Espagne plus fort qu'on Leprésuient n'avoit pas fait; et pour cela, ils dépêchèrent le Kspagnedeia président Jcanum vers Phuippe II. Ce président gue. ' étoit homme de forte cervelle et bon François , qui travailloit pour la ligue et pour le duc de Mayenne , mais qui vouloit sauver l'Etat en sauvant la religion : tellement qu'il tâchoit bien de se servir des Espagnols ; mais il ne vouloit point les servir , ni procurer leur avancement. Il ne faut pourtant pas douter que comme il avoit ses L'F.spaguoi fins, ils n'eussent aussi les leurs, et qu'ils ne pen-
apourbutde ^ i r • 'l r • •
profiter du sasscut a sc dédommager des irais qu ils laisoient
débris de la i i • i i t-.
•France. pour la liguc , sur le royaume de rrance.
L'Espagnol avoit pour aide et second dans son dessein , le nouveau pape Grégoire XIV, qui alloit
DE UENRI-LE-GRAND. I Sq
«encore plus vite et avec plus de chaleur que lui ; iSgr. car, sans avoir e'gard ni aux lettres que M. de Luxembourg, depuis duc de Piney, lui ëcrivoit de la part des princes et seigneurs catholiques qui étoient dans le parti du roi , ni aux soumissions et très humbles remontrances que lui faisoit le marquis de Pisani, qui ëtoit à Rome député de leur part , il embrassa fortement les inte'rêts de la ligue ; il entretint correspondance avec les Seize , recevant des lettres d'eux , et leur en écrivant ; et qui plus est , il déploya prodigalement le trésor que Sixte V avoit amassé, pour lever une Crégoirp armée de douze mille hommes , qu'il envoya au u„g armie t secours de la ligue , et dont il donna le comman- ^* ^^'^^' dément au comte Hercules Sfondrate son neveu, qu'il fit exprès duc de Montemarcian , pour l'autoriser davantage par ce nouveau titre. Il accompagna cette armée d'un monitoire ou bulle d'ex- EtnnebuUe
1 ,-, ... d'excominu-
communication contre les prélats qui suivoient nicationcoule roi , et l'envoya par Marcellin Landriane son q'^; sn^oleut nonce , avec quantité d'argent pour distribuer rar"ént^'au^ aux Seize de Paris , et aux chefs des cabales dans '**^'^^" les grandes villes.
Le parlement de Tours ayant eu avis de ce monitoire , le fit lacérer par la main du bourreau , et décerna prise de corps contre le nonce. Celui de Paris , au contraire , cassa cet arrêt , comme étant donné , disoit-il , par gens sans pou-
l6o HISTOIRE
iSgr. voir , et ordonna qu'on obéît au Saint-père et à
son nonce.
Tout cela ne Après tout , ces bullcs ne produisirent pas
mal. grand effet d'abord , et le cardinal de Bourbon
se tourmenta en vain pour faire soulever Tas-
semble'e du clergé , qui se tenoit à Cbartres ,
contre l'arrêt de Tours. L'armée du pape ne fit
pas aussi de g rands exploits , et se dissipa presque
toute avant que d'avoir rendu aucun service.
Il n'en alla i\ n'en arriva pas de même des troupes que le
pas de même
du cûté de roi avoit fait lever en Allemagne par le vicomte
notre Hcuri. -. .
u fut uti- de Turenne. Elles servirent beaucoup aux aiiau-es parievicom- du l'oi , et lui donnèrciit de notables avantages, te^ e urcu- jg^ récompensc , il honora ce seigneur du bâton de maréchal de France , pour le rendre plus capable d'épouser Charlotte de La Maj^k, duchesse de Bouillon et dame souveraine de Sedan , laquelle, quoique Huguenote, avoit été puissamment recherchée d'amitié et de force par le duc de Lorraine , qui désiroit la marier à son fils aîné le marquis du Pont. Le roi fit ce mariage pour mettre un homme en tête au duc de Lorraine, qui aidoit a soutenir la ligue. De quoi le nouveau maréchal s'acquitta fort bien, ayant , entre autres beaux exploits, surpris Stenay la nuit précédente de ses noces.
Et par le Le roi avoit un autre grand capitaine en Dau-
duc de Les- , . , , , . ^ ,. -v
diguières. phinc ; G ctoit Lcsdiguicres , qui contenoit ce
DE HENRI-LE-GRAND. l6l
pays-là, ayant rctluit la ville de Grenoble , et qui "91. lui sauva la Provence, dont le duc de Savoie pensoit s'emparer, et démembrer cette pièce de la couronne. Ce duc e'tant gendre de Philippe II, roi d'Espagne, la puissance de son beau- père élevolt son ambition et son courage , et lui faisolt oublier l'affection et l'attachement que ses prédécesseurs avoient presque toujours eus pour la France , jusqu'à se tenir fort honorés d'être pensionnaires de nos rois. Mais la conduite et la vaillance de Lesdiguières firent échouer tous ses hauts desseins , spécialement par les batailles d'Esparon-de-Palières et de Pontcharra, où ce duc reçut autant de perte que de confusion.
Vers ce temps -là, notre Henri conçut de la " conçoit
' de la passion
passion pour Gabrielle d'Estrées , qui étoit par- ponriabeiu faitement belle et d'une très noble maison ; et cette passion alla si fort en augmentant, que tandis qu'elle vécut, elle tint la principale place dans son cœur, jusque-là qu'en ayant eu trois ou quatre enfants, il avoit quasi résolu de l'épouser, quoiqu'il ne l'eût su faire qu'avec de grands embarras et des difficultés fort dangereuses. Ayant pris la ville de Noyon , il en donna le gouvernement au comte d'Estrées, père de cette belle , et peu après encore la charge de grand-maître de l'artillerie , qui avoit déjà été tenue par Jean d'Estrées l'an loSo.
Gabrielle.
l6a HISTOIRE
iSgr. Comme il se reposoit un peu après le siège de
Le duc de^ ., .-,,,. ,, i^-
Guise se sauve INoyon, il apprit 1 évasion du duc de Guise , qui , e A prison. ^^^,^^ plusieuTS autrcs tentatives , s'e'toit sauvé en plein midi du château de Tours , où il e'toit en prison depuis la mort de son père. La nouvelle d'abord n'en toucha pas moins le roi , qu'elle le surprit. Il redoutoit ce grand nom de Guise , qui lui avoit tant fait de peine. Il avoit peur que ce jeune prince ne recueillit l'amour des peuples , que son père avoit possédé à un si haut point ; et il regrettoit d'avoir perdu un gage qui lui pou- Eaîsonne- ^qJ^ servir à beaucoup de choses. Toutefois, après
ment bien ju- ^ '■
dicieux de qu'il v cut uii peu revé, il diminua ses appréhen-
Heiiri IV sur \ ■^ . ^ ^ . , . i .
l'évasion du sioiis, ct dità ccux qui etoient autour de lui, qu'il
duc de Guise. • i i • i • /• • i i
avoit plus de sujet de s en réjouir que de s en mettre en peine , parce qu'il arriveroit ou que le duc de Guise se rangeroit auprès de lui , auquel cas il le traiteroit comme son parent , ou qu'il se jetteroit dans la ligue , et qu'alors il seroit impossible que le duc de Mayenne et lui pussent demeurer long-temps ensemble sans se brouiller, et devenir ennemis.
Ce pronostic fut très véritable. Le duc de Mayenne ayant vu les réjouissances que toute la ligue témoignoit de cette nouvelle, les feu.v de joie qu'en firent les grandes villes, les actions de grâces que le pape en avoit rendues à Dieu publiquement , et les espérances que les Seize con-
l)\l HENRJ-LE-G RAWÏ). l63
cevoient de voir ressusciter en ce prince la pro- l'ïyi tection et les qualités de son père , dont ils avoient
été idolâtres; le duc de Mayenne , dis-je, voyant le <iuc de
tout cela , lut trappe d une rorte jalousie ; et quoi- vient jaloux
,-1 1 • > . 1 11 . •\ iM de son ueveu.
qu il lui envoyât de 1 argent, avec prières qu us pussent s'entrevoir , néanmoins il ne le comptoit pas comme un nouveau renfort , mais comme un nouveau sujet d'inquiétude et de fâcherie pour lui.
En effet, ce jeune prince noua aussitôt une Les Seîza grande liaison avec les Seize, et leur promit de duc de Guise, prendre leur protection. Par ce moyen-lk, et par perdre le duc l'appui des Espagnols , ils s'enhardirent de telle *"' '^ *y*"°^sorte , qu'ils résolurent de perdre le duc de Mayenne , ne cessant de décrier sa conduite parmi les peuples. On assure qu'il y en eut quel- iis écrivent ques-uns d'entre eux qui écrivirent une lettre au roi d'Espag-ne , par laquelle ils se jetoient entre ses bras , et le supplioient , s'il ne vouloit régner sur eux , de leur donner un roi de sa race , ou de choisir un gendre pour sa fille , qu'ils recevroient avec toute obéissance et fidélité. Ils s'avisèrent, outre cela , de dresser un nouveau formulaire de serment pour la ligue , qui excluoit les princes du sang, afin d'obliger tous les suspects, qui ne voudroient pas jurer une chose si contraire à leur sentiment , de sortir hors de la ville , et de leur abandonner leurs biens. Par cet artifice , ils chas-
au roi d'Ëïpagne.
l64 HISTOIRE
iSgr. sèrent plusieurs personnes , entre autres le cardi-
lecnrdinaide ^al dc Gondj , e'vêque de Paris, qu'ils avoient
plusieurs auî P^'^^ ^^ haine , parce qu'avec quelques cure's de
très de Paris, j^ ^jUg ^ [\ travallloït adroitement à disposer les
peuples en faveur du roi.
Il ne leur restoit qu'à se de'faire du parlement, qui les veilloit jour et nuit, et qui arrêtoit leurs entreprises. Ils avoient poursuivi la condamnation d'un nomme' Brigard , parce qu'il avoit correspondance avec les royalistes ; le parlement l'ayant absous, ils en furent si irrite's, que les plus passionne's d'entre eux , de complot fait , et de leur autorité prive'e, ayant fait prendre les armes à ceux de leur faction , allèrent se saisir des personnes du président Brisson , de Larcher et de Parunhor- Tardif, conseillcrs. Ils les menèrent prisonniers
rible attcu- i » i \ \
tat, ils font auChàtelet, ou, après quelques formalités , l'un
ppudrflepré- ni i ^ t
sident Bris- d cux Icur pronouça la sentence de mort , en execûase!iierl!'^ cutiou dc laquelle ils les firent pendre tous trois à la fenêtre de la chambre , puis le lendemain porter à la Grève , afin d'émouvoir le peuple en leur faveur. Mais la plupart eurent horreur d'un si damnable attentat , et les plus zélés même de ce parti-là demeurèrent muets, ne sachant s'ils Quelques- dcvoieut l'approuvcr ou le blâmer.
nnsYouloient
aussi tuer le II sc trouva quclqucs-uns de ces Seize assez
ducdeMayen- , . , , . ■. t1 t
ne, mais le détermines pour voulou' passcr plus avaiit. Ils di- *^'*"qua. ^"^ soient qu'il falloit achever la trag^édie , et se défaire
inaui
DE HENRI-LE-GRAND. lG5
du duc de Mayenne, s'il approchoit de Paris (il iSgi.
e'toit pour lors à Laon) ; qu'après cela, ils pour-
roient s'assurer de la yille , élire un chef qui
dépendît d'eux , rétablir le conseil des quarante
aboli par ce duc, et demander l'union des g^randes
villes. Et certes, il y a apparence qu'ayant la
Bastille , dont Bussi étoit gouverneur , le menu
peuple et la garnison espagnole pour eux, ils
eussent pu se rendre maîtres de Paris, et après
cela traiter tout à leur aise , ou avec le roi , ou
avec le duc de Guise , ou avec les Espagnols ;
mais ils manquèrent de résolution. Cependant le
duc de Mayenne ayant hésité deux jours s'il vien- Snr cela, ce
, . , ^ . ,.| . . ,.-. -. . duc vient à
droit a Pans , parce qu il craignoit qu ils ne lui en Pans , et en
fermassent les portes , s'y rendit avec quelques q^u'atri'7 ce
gens de guerre; et voyant que le parlement tièrempnt^°â
n'osoit entreprendre de faire le procès à ces ffens- ^^Ç''"*^ ^e*
A i o Seize.
là , il se résolut à les châtier lui-même , quelque chose qui en pût arriver : ainsi , sans forme de procès, dans son cabinet, il en condamna neuf à mort. On n'en put attraper que quatre , qu'il fit pendre dans le Louvre ; les cinq autres se sauvèrent en Flandre. Le plus remarquable de ces cinq étoit Bussi le Clerc , qui avoit été contraint de rendre la Bastille aux gens du duc. On Ta vu traîner sa misère dans la ville de Bruxelles , et conserver toujours sa haine contre les François jusqu'au dernier soupir de sa vie , qui finit peu
l65 HISTOIRE
1591.' avant la dernière de'claration de la guerre entre les deux couronnes, n fait aussi Ce tcn ible coup ayant mis bas entièrement la
quatre preRÎ-
dents au par- factioD dcs Scizc , le duc fit quatre présidents au
lement. , ^ •! » •
parlement , ou il n y en avoit plus ; car Brisson e'toit reste' seul , les autres e'tant alle's à Tours. Mais il montra bien qu'il entendoit mal ses inte'rêts ; car, à mon avis , il est impossible que le parlement et la noblesse demeurent long-temps sépare's d'avec le roi ; et la force d'un parti contraire à la royauté , ne peut consister qu'en deux choses , ou au peuple , ou aux gens de guerre.
*^95- Lorsque le roi eut reçu le secours d'Angleterre
Le roi assié- . ' . . ,
geRouen,où ct cclui des Protcstants d'Allemagne, il assiégea
Villars étolt imiit» r ii ' il
gouverneur, la Ville de Rouen. Ce fut un des plus mémorables sièges de ce temps-là. Villars , gentilhomme provençal , qui en e'toit gouverneur, y fit des actions merveilleuses. Le duc de Parme venoit à son secours, et avoit joint pour cela le duc de Mayenne ; mais Villars, qui craignoit qu'ils ne vinssent pas à temps , et même que le duc de Mayenne ne lui ôtàt son gouvernement , s'il entroit le plus fort dans sa place , fit un effort pour se secourir lui- Grande et même ; et par une sortie , qu'on pouvoit quasi
uiérnorable -n / i • '
sortie. nommer une bataille , écarta les assiégeants bien loin de ses murailles. Les ducs voyant cela , et qu'il n'e'toit plus pressé, se retirèrent, et Parme logea ses troupes aux environs de Rue en Pon-
thicu. Mais deux mois après, les vivres manquant 1592. à Villars , et le courage des bourgeois s'affoiblissant , il fut contraint de leur écrire qu'ils se hâtassent de le venir de'livrer. Les ducs , sur un avis LaTiUcpro».
-^ - . s(>e,Ie duc de
Si chaud, rassemblèrent leurs troupes en un jour, paime vicjit repassèrent la Somme , et marchant sans bagage, firent plus de trente lieues en quatre jours , quoiqu'il y eût sur leur chemin quatre rivières à passer.
Etant arrivés à une lieue de Rouen , ils se mi- i-e roi lève
le siège , et
rent en bataille dans une vallée à côte de Der- se retire au
1 X • • r • 11 ' \ T^- Pout-del'Ar-
netal. Le roi , qui etoit aile a Dieppe , trouvant che. à son retour son armée trop affoiblie et découragée pour résister à ceux de dedans et de dehors, leva le siège à son grand regiet, et les attendit à une lieue de là douze heures durant en bataille , puis se retira au Pont-de-l' Arche. On tient que s'ils l'eussent poursuivi , il eût eu bien de la peine d'éviter la bataille et de la perdre. Mais le duc de Mayenne , par jalousie qu'il avoit du duc de Parme, ou autrement, opiniàtra qu'il falloit prendre Caudebec, pour déboucher la Seine, et avoir des vivres pour Rouen. Il fallut que le duc de Parme se rendît à son avis. Ils prirent Caudebec en vingt-quatre Le duc de
1 •TV /» 1 1 ' 1 19 P.innepreud
heures; mais Parme y rut blesse au bras dune Caudebtc, y