‹ Histoire de roi Henri-le-GrandChapitre 12 sur 27 · V 1 1 1 fst blessé · texte numérisé non relu

V 1 1 1 fst blessé

mousquetade, et quelques jours après, le duc de ^^ \^ j,,,, de Mayenne tomba malade; de sorte que les deux ^'^^b^maïagénéraux étoient tout à la fois sur la litière. ''^-

l68 HISTOIRE

i5fl2. Cependant , dans cinq ou six jours , l'arme'e du

roigros*sit,et ^"^^ ^^ gi^ossït de trols mille chevaux et de six mille

di!ix"!dùc!/^* fantassins , accourus à son secours des provinces

circonvoisines ; en sorte qu'il étoit plus fort que

les ennemis d'environ cinq mille hommes. Alors

la chance tourna. Il se met à les chercher ; il les

enferme près d'Yvetot, et leur coupe les vivres;

si bien qu'ils sont contraints de déloger de nuit,

et de se venir poster près de Caudebec. Les deux

généraux étant encore au lit , et leurs troupes

Biron leur fort constcrnées , le maréchal de Biron leur en-

enlève un

quartier, mais Icva uu quartier , et ensuite défit leur cavalerie

ne veut pas , , , . ,

les défaire legcrc. L inianterie du roi se preparoit au même

entièrement.

temps de donner sur l'infanterie walonne , qui sans doute , dans la frayeur où elle étoit , eût demandé quartier; mais Biron la rappela , de peur, disoit-il , qu'elle ne s'engageât entre deux quartiers des ennemis. On crut qu'il le faisoit ainsi pour ne pas achever une guerre où il avoit le principal commandement. En voici une preuve assez grande. Une autre fois le baron de Biron, son fils, qui depuis fut aussi maréchal, lui ayant demandé cinq cents chevaux et autant d'arquebusiers en croupe , pour aller investir le duc de Mayenne , qui étoit en beau début ; comme le père eut vu en effet que cette entreprise étoit inlailli- Il veut faîre blc , il le reg"arda d'un œil de colère , et lui dit

durer l.T guerre, en jurant : Quoi donc , maraud , nous veux-tu

envoyer planter des cJioux a Biron? On peut ^^92. connoître par là d'où vient que les guerres durent si long-temps ; c'est que les chefs ont intertt de les prolonger, parce qu'ils y trouvent leur avantage , tout de même que les gens de pratique trouvent le leur à prolonger les procès.

Quelques jours après, le duc de Parme s'e'tant levé , repassa dans son esprit toutes les inventions et tous les stratagèmes qu'il avoit appris par un long usage et par une profonde méditation, pour se tirer d'un si mauvais pas. Il ne trouva point d'autre issue que de passer la rivière , et de se retirer vers Paris en diligence. Il fit bâtir pour cet effet deux forts vis-a-vis l'un de l'autre sur les deux bords de la Seine , avec des redoutes qui commandoient sur l'eau , et de grands dehors qui s'avançoient vers l'armée du roi. A la faveur Merveiiieude ces forts , il passa , durant une nuit obscure , duc de Parbagage , cavalerie , infanterie et artillerie , sur des "^rô^rpurs^ pontons et sur des bateaux couverts de planches, *^ empêcher. qu'il fit descendre de Rouen, sans que le roi, qui en effet s'en aperçut trop tard, pût l'en empêcher. Lorsqu'il eut passé, il prit sa marche par les plaines de Neufbourg , et fit telle diligence , qu'il arriva au pont de Charenton en quatre jours, n'ayant su dormir de bon somme , ainsi qu'il l'avoua depuis , qu'il ne fût dans la Brie.

Après cela, il ramena ses troupes aux Pays-Bas,

170 ItlSTOIllE

1592, étant tout couvert de gloire, d'avoir, pour la seconde fois, fait lever le siège à un grand roi , lorsqu'il y avoit le moins d'apparence; et d'avoir à sa vue , trompant sa vigilance et ses soins , passé une grande rivière , ou plutôt un bras de mer, sans qu'on le pût attaquer, i.eroîadmi- Cette action etoit si belle, que le roi ne pou-

roit cette ac- ^ ^

tion. voit s'empêcher de l'admirer, et l'estimoit plus

glorieuse que le gain de deux batailles , reconnoissant que le chef-d'œuvre d'un grand capitaine n'est pas tant de combattre et de vaincre , comme de faire ce qu'il a entrepris, sans hasarder le combat.

Il ne faut pas oublier que la première fois que le duc de Parme s'avança pour le secours de Rouen, le roi alla au-devant de lui avec une partie de son armée jusqu'à Aumale , tant pour l'empêcher de passer le petit ruisseau qui y est , que pour le reconnoître ; et qu'avec quatre ou cinq cents carabins seulement, il arrêta long -temps sur cul toute l'armée ennemie par deux ou trois charges très vigourv'^uses. Le duc de Parme ne croyoit point que le roi y fût , ne jugeant pas qu'il dût hasarder sa personne dans un si dangereux poste, et avec si peu de troupes. Mais lorsqu'il sut qu'il y étoit lui-même , il fît donner par tous ses carabins , soutenus de sa cavalerie le'gère. Le roi voyant les siens si presse's, qu'ils ne pou-

DE lIt:]VRI-LE-GR AND. I7I

voient plus résister, fit deux vigoureuses charges , i5;)2. pendant lesquelles on tira la plus grande partie riiiIuL acdu bagage hors du bourg. Mais tout le gros de AHmli"rôi"î la cavalerie du duc survenant, le roi v perdit '' '^"''^ '""

' ^1 arrière - {^.ir-

beaucoup de son monde , et lui-même courut g rand '^'-'■ risque d'y être tué ou fait prisonnier. Dieu permit qu'il n'y fut que blessé d'un coup de pistolet dans les reins , lequel eût été mortel , si la balle eût eu plus de force ; mais elle ne perça que les habits et la chemise , et eflieura seulement la peau. Sa valeur et sa bonne fortune contribuèrent toutes deux également à le tirer d'un si mauvais pas , et a mettre , en suite de cet échec , sa personne et ce qui lui restoit de troupes en sûreté.

Le duc de Parme admira cette action , mais loua davantage le courage que notre Henri y avoit témoigné , que sa prudence : car comme il lui eut envoyé demander ce qu'il lui sembloit de cette retraite , il répondit : Qu'en effet, elle étoit fort Grave ré-

,7, . , . ., . . ponse du duc

belle ; mais que pour lui , il ne se mettoit ja- je Parme , mais en lieu d'où il fut contraint de se retirer, j^ roj,'**^""" C'étoit tacitement lui dire qu'un prince et un général doivent mieux se ménager. Aussi tous ses bons serviteurs vinrent dès le soir même le supplier de vouloir épargner sa personne , d'où dépendoit le salut de la France ; et la reine d'Angleterre, sa plus fidèle amie, le pria par lettres de se vouloir conserver, et de demeurer au moins

ïSya. dans les termes d'un grand capitaine , qui ne doit aller aux coups que dans la dernière extrémité.

Après la levée du siège de Rouen , la plus grande partie de l'armée du roi passa en Champagne , à la poursuite du duc de Parme , et mit le siège devant la ville d'Épernay, et la prit. Le Biion père maréclial de Biron y fut tué d'un coup de fau-

fut tué ;i Eper- - i •

iiay. conneau , qui lui emporta la tête , en reconnois-

sant la place. Son fils aîné , qu'on nommoit le baron de Biron , aussi grand capitaine que le père, et fort chéri du roi , fut peu après honoré de la même charge de maréchal de France ; mais il perdit la tête , comme nous verrons , un peu moins glorieusement que son père.

1593. Le duc de Mayenne et le duc de Parme s' étant

séparés mal satisfaits l'un de l'autre , il ne fut pas

Conférences mal aisé de renouer les conférences entre le premier et les royalistes. Toutefois la chose n'etoit pas encore mûre. Il y fut seulement jeté des semences , qui porteront leurs fruits à quelque temps

Leroîpro- d'ici ; Car le roi consentit qu'il se feroit instruire

met de se faire instruire dans six iTiois par des moyens qui ne fissent point

dans six. mois, , y -.. . , y

et permet de dc tort a sa dignité et a sa conscience. 11 permit «puter vers j^,jgg| ^^^ scigncuis catlioliqucs de son parti de députer vers le pape , pour lui faire entendre le devoir auquel il se mettoit , et pour le supplier d'y apporter son autorité , et que cependant on traiteroit toujours la paix.

' pape.

Le duc de Mayenne et les siens demandoient 1593. des conditions si avantageuses , qu'elles faisoient mal au cœur ; et à dire le vrai , bien des choses dans cette conjoncture faisoient de l'embarras à notre Henri. Celle qui lui causoit le plus de peine , Le duc de

* , Mayenne coii-

étoit que le duc de Mayenne , vivement presse par voque les

-15 Etats à Paris,

les instances du pape et du roi d Espagne , par pour élire ua

roi.

les remontrances des grandes villes qui suivoient son parti , et môme par la nécessité de ses affaires , avoit convoqué les États généraux à Paris , afin de procéder à la nomination d'un roi.

Or cette nomination eût été la ruine indubi- L'éipctinn

d'un roi eût

table de la France , et peut-être l'entière expulsion été la mine

.- 1 • 1 15 '^e Henri IV

de notre Henri; car il y a bien de 1 apparence etdeiaFrauque tous les potentats catholiques de la chrétienté eussent reconnu le roi que les États eussent élu ; que le clergé en eût fait autant , et que la noblesse et le peuple , qui ne suivoient Henri IV que parce qu'il avoit le titre de roi , n'eussent peut-être pas fait conscience de le quitter pour un autre , à qui les États l'eussent déféré.

Afin donc d'empêcher ce coup mortel , il s'avisa Expédient

If- Cl quetrouvcle

sagement de taire proposer une conterence des ^oi pour emseigneurs de son parti , avec ces prétendus États, ékcl^oa!^"* Le duc de Mayenne fut très aise de cet expédient , parce qu'il voyoit bien que le roi d'Espagne désiroit que celui qui seroit élu épousât sa fille Isabelle-Claire-Eugénie, et qu'ainsi cette électioa

174 inSTOIllE

1593. ne le pouvoit reg-arder, puisqu'il etoit marié et qu'il avoit des enfants. Mais aussi , de peur qu'on ne s'accoutumât à reconnoîti^e le roi Henri IV, il suscita sous main quelques docteurs à dire que cette conférence avec un hére'tique étoit illicite ; et en vertu de cet avis , il fit en sorte que les Etats arrêtèrent qu'on ne conféreroit point avec lui ni directement, ni indirectement, touchant son établissement, ni touchant la doctrine de la foi ; mais que l'on pouvoit conférer avec les Catholiques tenant son parti, pour le bien de la relig^ion et le repos public.

Le légat connoissant bien où cela aboutiroit,

fit tout son pouvoir pour empêcher l'effet de cette

délibération des Etats ; mais à la fin il fut con-

ronférencc traint d'y donner les mains. La conférence fut donc

tic Siirenue. , i 1 ' ^ 1 i> 5

nouée, et les députes de part et d autre s assemblèrent au bourg- de Surenne , près Paris. Etats de la Les Etats étoient assemblés dès le mois de jan-

llgue asseiii- . ^ , ^ ry • i i

hiésàParis. vier de cette année idqj, et se tenoient dans la salle haute du Louvre. Il y avoit peu de noblesse , grand nombre de prélats , et assez bonne quantité de députés du tiers-état, mais la plupart créatures du duc de Mayenne , ou payés par le roi d'Espagne. Ce prince désirant, à quelque prix que ce fût, avoir la couronne pour sa fille, avoit destiné d'envoyer une puissante armée en France , qui hâtât la résolution des États ; mais , heureu-

our secourir ovou , et

scment pour le roi, l'incomparable duc de Parme iSqj. étoit mort , et TEspagnol n'avoit point aux Pays- Bas de capitaines qui fussent capables de grandes choses. Le comte de Mansfeld avoit ordre d'ame- MansfeUi

11 1 vient avrc

ner ses troupes; le duc de Mayenne alla au-de- l'année esp.i

11 • -»T • c fjnole, prend

vaut: elles repnrcnt Noyon; mais ce tut tout, ^ovon, puis Après cela, elles se de'bandèrent , et devinrent si aî^sipT"^ ^"^ foibles , que n'osant passer plus outre , elles s'en retournèrent en Flandre , où le prince Maurice de Nassau leur donnoit bien de l'occupation.

Pendant le siège de Noyon, le jeune Biron , Binon lève à qui le roi venoit de donner la charge d'amiral, seiiesfp cédée par le duc d'Epernon , en échange du gou- ^ vernement de Provence , avoit assiégé Selles en «oseientre-

' O preuurc.

Berri , pour ôter cette épine du pied à la ville de Tours. Le roi voyant que cette bicoque le retenoit trop long-temps , l'avoit rappelé pour aller au secours de Noyon , et pourtant il n'osa l'entreprendre. Ces petites disgrâces enflèrent merveil- cck enn*

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