‹ Histoire de roi Henri-le-GrandChapitre 14 sur 27 · X -111 le touche , et · texte numérisé non relu

X -111 le touche , et

Tue jamais a ceux qui le recherchent avec sou- useveutcoam^ sion , lui éclaira l'entendement par ses saintes '*'"'"■• lumiè' ;, et le rendit capable de recevoir les instru ons salutaires des prélats catholiques. Cette solution prise , il en donna incontinent avis aux députés de la ligue dans la conférence de Surcnne. On peut penser quel fut leur étonnement , et combien le duc de Mayenne fut surpris, c ' ' ils ne s'attendoient point du tout à cette nouvel ^.

Les ^"spagnols et le légat ayant eu le vent qu'il Les Espas'alloi ■ onvertir, pressèrent plus fort les Etats gat pressent d'élir- i lol ; et voyant que les François n'en 1; vouic'sK^ point qui ne fût de leur nation, ils pro vent que leur roi nommeroit un prince

les Etats d'ère ua roi.

iSgS- françois , lequel re'gneroit solidairement et par indivis avec l'infante Isabelle.

Grand arrêt Quand le parlement eut appris cela , et que les

du parlement , .

deParispour Etats uc s'éloignoicnt pas de cette proposition,

la loi salique. , . . . ,

ce grand corps , quoique captif et estropie , se souvenant de son ancienne vigueur , ordonna que remontrances seroient faites au duc de Mayenne , à ce qu'il maintînt les lois fondamentales de l'Etat , et qu'il empêchât que la couronne , dont on lui avoit commis la lieutenance , ne fût transférée aux étrangers. De plus, il declaroit nuls tous les traite's faits et à faire qui seroient contraires à la loi de l'Etat.

Témoignage Oïl soupçonua quc cct aiTct s'ëtoit donne' par

avantageux n • * i i i • -ii •

de viiïeroî, collusiou avcc le duc de Mayenne ; mais Viiiero'. , parlement. Ic plus grand lioiiime d'état de ce règne-là, rend ce te'moignage au parlement , qu'il prit ce conseil de lui-même : TST ayant point d'autres motifs que ceux de V honneur et du devoir^ comme gens qui aimoient mieux peindre la vie que de manquer a Vun et a Vautre, en connivant au renversement des lois du rojaume, dont, parleur institution , ils sont protecteurs , et obligés de les maintenir, par le serment qu'ils font a leur réception. Ces paroles sont tout-à-fait mémorables. Le roi prend La vigucur de Cet arrêt fît reprendre cœur à ce qu'il y avoit de bons François à Paris et dans les Etats ; et au même temps la prise de Dreux , que

DE HENRI-LE-GRANl). IJ^

l'armée du roi força , causa grand ëtonnement i5()3. aux plus passionnes ligneux. Néanmoins les Espag^nols ne cessèrent point de poursuivre leur dessein. Le duc de Mayenne pensant les arrêter, leur fit des demandes excessives, avant qu'on procédât à l'e'lection d'un roi. Mais afin de le faire venir à leur point, ils lui accordèrent tout; et enfin ils déclarèrent que leur roi nomnioit aux Les Espa-

' 1 1 . 1 •! . gnols propo-

Etats le duc de Guise , auquel il donneroit sa fille sèreut aux en mariage , et toutes les forces qu'il faudroit pour roi le duc de

11 'Ml. • . \ Guise , avec

ui assurer la couronne , s ils trouvoient a propos leur infaute.

de lui donner leurs suffrages et de l'élire.

Jamais homme ne fut plus étonné que le duc Le duc de

j «^ 1 •! • îM • • Mayenne en

de Mayenne, quand il vit qu il seroit contraint enrage, et sa

di 1 '• \ . i "i ' ? femme enco-

obeir a son neveu , et que son autorité s en ^e plus.

alloit finir. Sa femme , encore plus impatiente

que lui , ne put s'empêcher de faire pai oître son

dépit et sa jalousie ; et plutôt que de souffrir qu'on

déférât la couronne à ce jeune prince , elle con-

seilloit à son mari de faire la paix avec le roi , à

quelque prix que ce fût. Il étoit en effet résolu de

tout faire, plutôt que d'élever son neveu au-dessus

de lui. C'est pourquoi il employa toutes sortes de

moyens pour l'empêcher ; et pour cet effet , il il fait trêve

conclut une trêve avec le roi , nonobstant les

oppositions du légat et des Espagnols.

„ ■ . < t \ 1 . . y ^ . Le roi vient

Ensuite de cette trêve, le roi vint a Saint- àSaint Denis, Denis, oii se rendirent plusieurs prélats et doc- !truire.'

l8o ItlSTOIRE

1593, teurs , par le soin desquels il s'e'toit fait instruire. Un historien rapporte que le roi faisant faire devant lui une confe'rence entre des docteurs de l'une et de l'autre Égalise , et voyant qu'un ministre tomboit d'accord qu'on se pouvoit sauver dans la religion des Catholiques, Sa Majesté prit la pa- Son argu- rolc , et dit à ce ministre : Quoi! tombez-vous

ment très sub- -, . 777..

tii contre les « accovcl qu OTi puissc sc sauvcT' claîis La reugioii ^e C6'j /?ze.fj'/ez//-j-/rt? Le ministre répondant qu'il n'en doutoit pas , pourvu qu'on y vécût bien , le roi repartit très judicieusement : La prudence veut donc que je sois de leur religion , et non pas de la vôtre, parce qu'étant de la leur , je me sauve selon eux et selon vous ; et étant de la votre , je me sauve bien selon vous , mais non pas selon eux. Or la prudence veut que je suive le plus assuré. Ainsi , après de longues instructions , dans lesquelles il voulut amplement Il abjure être éclairci de tous ses doutes , il abjura son et se fait Ca' crrcur , fit profcssiou de la foi catholique, et thoiique. Yecxxt l'absolution dans l'église abbatiale de Saint- Denis , au mois de juillet , par le ministère de Renaud de Beaune , archevêque de Bourges.

Dès le jour même, on vit toute la campagne, depuis Paris jusqu'à Pontoise , éclairée de feux de joie ; et grand nombre de Parisiens , qui , étant accourus à Saint-Denis pour voir cette cérémonie, remportèrent à Paris une entière satisfaction, et

DÇ. HENRI-LE-GRAND. l8l

remplirent toute la ville d'estime et d'affection ^Sgi. pour le roi ; tellement qu'on ne l'y appela plus le Be'arnois, comme auparavant, mais absolument le roi.

Les États de Paris ne subsistèrent pas long-- Le <inc

\ i-ri 111T /!• de Mayenne

temps après cela. Le duc de Mayenne congédia congédie les les de'putés , qui s'en retournèrent la plupart mal '*'** satisfaits dans leurs provinces , et où ils ne servirent pas peu à les disposer à se réduire sous l'obéissance de leur légitime souverain.

Il ne restoit plus aucun prétexte a la ligue , sinon que le roi n'avoit pas l'absolution du saint- Père, et qu'ainsi il n'étoit point encore dans le giron de l'Église , et qu'ils ne le pouvcient reconnoître qu'il n'y fût entré par la grande porte. Il avoit envoyé le duc de Nevers a Rome , pour Le roi en-

/ • , . rr • \ 1 • '. •• voie le duc de

négocier cette airaire auprès du pape, qui etoit devers à Ro fort en colère de ce que les prélats de France "oiri'absoavoient entrepris de l'absoudre, quoiqu'ils ne i"tioudupal'eussent absous que par provision, ad cautelam, seulement : car il disoit que lui seul avoit droit de réhabiliter les relaps , comme ayant le souverain pouvoir de lier et de délier. Voilà pourquoi Le pape se il se rendit si difficile , et ne put être fléchi que difficUe. lorsqu'il vit que le parti de la ligue étoit tout-àfait à bas.

Or , depuis que la vie et les actions du roi 1594. eurent fait voir que sa conversion étoit sans

l8a HISTOIRE

iSg/,. feinte, la ligue n'ayant plus de valable prétexte, tombepar't"* ^^^ Sapée , pouF aiusi dire , par les fondements : dw an""*""* ^^ ^^^^ qu'avant la fin de lanne'e , elle tomba par

terre, et ne lui resta qu'un fort petit nombre de -places dans les extrémités du royaume , les autres chefs n'ayant pas voulu courir jusqu'au bout la fortune du duc de Mayenne. Ce prince étoit fort -irrésolu , et ne savoit ce qu'il devoit faire, tant a cause de sa lenteur naturelle , que pour le regret qu'il avoit de Tenoncer à l'autorité souveraine qu'il avoit entre les mains , et pour la crainte aussi de ne pouvoir trouver de sûreté auprès du roi.

Cependant Vitry désirant être le premier à rentrer sous l'obéissance , comme il avoit été le

Meaux,Ai3c, premier à s'en séparer, ramena la ville de Meaux;

léanse'tBour- et Ic comtc de Carces , celle d'Aix en Provence.

dent au tol' Lyon s'y remit de lui - même , dont le duc de Mayenne fut cause en partie , pour avoir voulu se rendre maître de cette ville , et l'arracher au duc de Nemours, son frère utérin, qui pensoit se bâtir une petite souveraineté en ce pays-là. Afin de venir a. bout de son dessein , il avoit , par de secrètes menées, fait soulever les bourgeois contre ce jeune prince; tellement qu'ils s'étoient saisis de sa personne , et l'avoient mis prisonnier au château de Pierre-en-Cise. Mais il se trouva qu'il avoit en cela plus travaillé pour le roi que pour

13E IIENRI-LE-GRANI). 1 83

lui-même , parce que les bourgeois , qui avoient i594arrêté le duc de Nemours , craignant que les frères ne s'accordassent entre eux à leur préjudice , traitèrent secrètement avec le colonel Alfonse d'Ornane , lieutenant-général pour le roi dans le Dauphiné ; et s'étant barricadés , prirent l'écharpe blanche , et crièrent vive le Roi ! La Châtre semblablement se remit dans le devoir avec les villes d'Orléans et de Bourges, La réduc- Réduction tion de Paris arriva le 22® de mars : le parlement, le prévôt des marchands et les échevins ayant disposé cette grande ville, y reçurent le roi , malgré les vains efforts de quelque reste de la faction des Seize. Le duc de Mayenne étoit allé en Picardie ; et Brissac , à qui il avoit confié le gouvernement de Paris depuis quelques 'mois l'ayant ôté au comte de Belin, lui manqua de foi , croyant qu'il la devoit plutôt au roi qu'à lui.

Le roi , un peu auparavant , s' étoit fait sacrer à Le roi est

, ,, 1 1 r. • -HT • 1 sacré à Char.

Chartres , avec 1 ampoule de Samt - JVlartm de très. Tours. La ville de Reims étoit encore entre les mains de la ligue , et il ne vouloit pas différer davantage son sacre , parce qu'il connoissoit que cette cérémonie étoit absolument nécessaire pour lui concilier l'affection et le respect des peuples.

Ce fut presque un miracle comment , y ayant quatre ou cinq mille Espagnols de garnison dans

l84 niSTOIKE

1Ô94. Paris , et dix ou douze mille factieux restants de que un mî^r*!^- 1^ Cabale dcs Scizc , qui tous haïssoient cruellepuf sé'reudr'e ^^^^ 1^ ^oi •> i^ put ne'anmoins s'en rendre le maître de Pa- niaîtrc sans coup fe'rir et sans re'pandre de sang; sinon de cinq ou six mutins , qui sortirent dans les rues pour crier aux armes. Ses troupes s'ëtant saisies, par intelligence , des portes, remparts et places publiques , il entra triomphant dans la ville par la porte neuve , par où Henri III s'etoit malheureusement enfui six ans auparavant, et alla droit à Notre-Dame entendre la messe , et faire chanter le Te Deiim ; puis de là il revint au Louvre , où il trouva ses officiers et son dîner prêt , comme s'il y eût toujours demeure.

L'après dîner, il donna à la garnison espagnole un sauf-conduit et bonne escorte , pour la conduire jusqu'à l'arbre de Guise en toute sûreté. Ceux qui l'avoient introduit dans la ville , l'avoient ainsi de'sire'. Cette garnison sortit sur les trois heures du même jour de son entre'e , avec vingt ou trente des plus obstine's ligneux, qui aimèrent mieux suivre les étrangers que d'obéir à leur Il volt sor- prince naturel. Il les voulut voir sortir , et les re-

tir la garni- i? r a n 1 1 i

son espaguo- garda passer d une fenêtre d au-dessus de la porte

lui'dit.*^'^"' Saint-Denis. Ils le saluoient tous le chapeau fort

bas , et avec une profonde inclination : il rendit

le salut à tous les chefs avec grande courtoisie ,

ajoutant ces paroles : Recommandez-moi bien a

DE HENRI-LE-GRANI). l85

votre maure; allez vous-en , a la bonne heiu-e, i^g;. mais n'y revenez plus.

Le même jour qu'il entra dans Paris, le cardinal de Pellevë, archevêque de Sens, ligueux passionne, expira dans son hôtel de Sens. Le cardinal de Plaisance , le'gat du pape , eut sauf- conduit pour se retirer, mais il mourut par les chemins. Brissac , pour re'compense , eut le bâton de maréchal, et une place de conseiller honoraire au parlement; faveur qui e'toit très rare en ce tempslà, et qui le devroit toujours être. D'O fut remis dans le gouvernement de Paris , qu'il avoit eu sous Henri III; mais il n'en jouit pas longtemps , étant mort peu après. La partie du parle- La partie ment qui etoit a lours tut rappelée; celle qui „„; étoit à étoit à Paris , réhabilitée , car elle avoit été inter- rap"déeàPadite ; et toutes deux réunies pour servir conjoiu- '"'^• tement le roi.

Dès le midi du jour que notre Henri fut reçu à La vUie est Paris, la ville fut entièrement paisible; les bour- tout'-'a-'fait geois se familiarisèrent dans un moment avec les P^'^' ^*' soldats ; les artisans travaillèrent dans leurs boutiques ; en un mot , le calme fut si profond , que rien ne l'interrompit que le carillon des cloches , les feux de joie et les danses qui se firent par toutes les rues jusqu'à minuit. Il est certain que ce qui causa cette joie et cette merveilleuse tranquillité, fut la grande opinion que le peuple avoit conçue

1394. de la généreuse bonté de ce prince , et les ordres qu'il donna pour contenir ses gens de guerre. Denx belles On remarque deux actions qu'il fit le jour même qu'il entra dans Paris , qui sont d'une bonté ,

roj

justice

d'une justice et d'une politique admirables. L'une de La première est qu'il souffrit que le bagage de La Noue , l'un de ses principaux chefs , entrant dans Paris , fût arrêté par des sergents pour des dettes que son père avoit contractées pour son service ; et quand La Noue alla se plaindre à lui de cette insolence, il lui répondit publiquement : La Noue , il faut payer ses dettes ; je paye bien tes miennes. Mais après cela, il le tira à part , et lui donna de ses pierrerie s pour engager aux créanciers, au lieu du bagage qu'ils lui avoient saisi. Fut-il jamais une plus merveilleuse bonté , et une plus exacte justice ? L'autre de La scconde est que, dès le soir même , il ioua

politique. ^ . .

aux cartes avec la duchesse de Montpensier, qui étoit de la maison de Guise , et la plus forte ligueuse qu'il y eût dans le parti ; peut-on rien voir de plus politique ?

Réduction Depuis cette réduction de Paris , les autres

de Rouen » .„ , , ^ x . ,

d'AbbeviUe, villcs et Icurs gouverneurs se hâtèrent aussi de

deSeas,etc'. conclurc Icurs traités. Villars fit le sien pour

Rouen, moyennant le gouvernement en chef de

cette ville et bailliage , et de celui du pays de

Caux , avec la charge d'amiral , qu'il fallut tirer

des mains de Biron pour celle de maréchal de i5o4- France, 1,200,000 liv. d'argent, et 60,000 liv. de pension. Au même temps, ou peu après, Montreuil et Abbeville en Picardie , Troyes en Champagne , Sens , Riom en Auvergne , Agen , Mar- Réduction mande et Villeneuve d'Agenois , se mirent dans Mafmande; Tobëissance , et leurs gouverneurs eurent du roi , sans contestation, tout ce qu'ils lui demandèrent. La ville de Poitiers, et le pays d'alentour, traita De Poitiers,

. . . et du marquis

aussi par le moyen de ses prmcipaux magistrats ; d'Eibeuf. et le marquis d'Eibeuf, qui en e'toit gouverneur pour la ligue , voyant qu'il ne pouvoit pas empêcher cette révolution, s'y laissa entraîner, et composa avec le roi , qui lui laissa le gouvernement de la province.

Cependant le comte de Mansfeld entra dans la La Capd-

.. ,. -, • 1 T • '^ prise par

Picardie , pour essayer de soutenir la hgue , qui Mansfeld. s'abaissoit fort, et prit la Capelle. Le roi , en revanche , mit le siège devant Laon , et le prit par Laon pris capitulation, nonobstant tous les efforts que fit même temps, le duc de Mayenne pour le secourir.

Balagny , avec sa ville de Cambrai , renonça Baiagnv se

, , , ,. . . • Ti remet dans

aussi a la ligue , et promit service au roi. Il se le parti du

!• .. . -, .11 n . roi, avec la

disoit souverain de cette ville , et la tenoit en viUe de Campropre depuis que le duc d'Alençon , frère du roi Henri III, l'avoit usurpe'e sur le baron d'Inchi, lequel , dans le grand soulèvement des Pays-Bas , avoit quitté l'obéissance d'Espagne pour erabras-

rai.

l88 HISTOIRE

i594. ser son parti. Pareillement, les villes de Beaud'Amî'enl , ^ais et dc Péfonne se de'tachèrent de la ligue ; Péron^e. *' commc aussi fit Celle d'Amicns, sccouant Ic joug" du duc d'Aumale ; et il ne resta à ce parti , dans toute la Picardie , que Soissons, La Fère et Ham. Le duc de Bien plus , le duc de Guise se détacha aussi du traité a^vec^ie ^^^ ^Ic Mayenne , et remit les villes de Reims , '*"• Vitry et Mëzières dans l'obéissance du roi, qui,

en récompense de cela , lui donna le gouvernement de Provence, dont il étoit obligé de retirer le duc d'Epernon , à cause que le peuple , le parlement et la noblesse y étoient soulevés contre lui.

Comme ans- Le duc de Lorraine , qui négocioit aussi sa

si le duc de . ,, • i r> • l 1

Lorraine. paix par 1 entremise de Bassompierre , la conclut le 26 novembre. Mais l'exemple de ce duc , chef de la maison de Lorraine , ni la révolution générale qui étoit dans ce parti-là , ne purent encore obliger le duc de Mayenne à se retirer du péril où il étoit près d'être submergé. Il ne pouvoit abandonner ce beau titre de lieutenant goriéral de la couronne , et se flattoit toujours de l'espérance que les secours d'Espagne le remettroient Le duc de au-dessus de ses affaires. Il s'étoit retiré en son ^«'rseuf ,' gouvernement de Bourgogne , parce que c'étoit e'n Bour "o- ^^ ^^^ ^^^ rcstoit dc plus cuticr ; quoique , pour s°«- se conserver Dijon , il fallut que , par une cruauté

fort odieuse , il fit couper la tête au maire et à

un autre, qui travaillolent pour la réduire au service du roi.

Or, comme c'etoient les Espagnols qui le main- 1595. lenoient dans son opiniâtreté , et qui faisoient la ,^^ f' ^'''

*■ A clare la guer-

ffuerre au roi sous son nom , il fut proposé et ""^ a"x Espa-

, ... guols.

arrête dans le conseil , qu'il falloit les attaquer euxmêmes par une guerre ouverte , afin qu'étant occupés dans leur maison , ils perdissent l'envie et le loisir de venir inquiéter le roi dans la sienne ; car ils ne Tattaquoient pas seulement par la force des armes et par des pratiques qui entretenoient les peuples dans la rébellion ; mais de plus , ils en vouloient à sa vie , et tâchoient de le faire périr par des moyens lâches et exécrables. Ils tramèrent ou favorisèrent plusieurs conspirations contre sa personne sacrée, qui furent bien avérées. Les deux Deux attenqui éclatèrent le plus , furent celle d'un Pierre personae. Barrière , et celle de Jean Ghâtel.

Le premier étoit un soldat , âgé de vingt-sept ^^^ Pierre ans , lequel ayant ete découvert a Melun , en l'an 1693 , comme il cherchoit à exécuter son détestable coup , fut condamné à avoir le poing droit brûlé , tenant le couteau dont il avoit dû frapper le roi , puis à être tenaillé avec des tenailles ardentes , et rompu tout vif.

Le second étoit un jeune écolier, âgé de dix- Et de Jean huit ans , fils d'un marchand drapier de Paris , demeurant devant le Palais Ce malheureux , sur

igo HISTOIRE

iSgS. la fin de l'année i ^94 , s'e'tant coulé avec les courtisans dans la chambre de Gabrielle d'Estrées , où étoit le roi , le voulut frapper d'un coup de couteau dans le ventre ; mais de bonne fortune le roi s'e'tant baissé en ce moment pour saluer quelqu'un, il ne l'atteignit qu'au visage , lui perça la lèvre d'en haut , et lui rompit une dent.

On ne savoit d'abord qui l'avoit frappé ; mais le comte de Soissons voyant ce jeune homme effaré, l'arrêta par le bras. Il confessa effrontément qu'il avoit fait le coup , et soutint qu'il l'avoit dû faire. Le parlement le condamna à avoir le poing droit brûlé et à être tenaillé , puis tiré à quatre chevaux. Ce détestable parricide ne montra aucun signe de douleur , tant on lui avoit fortement imprimé dans l'esprit qu'il feroit un sacrifice agréable à Dieu, d'ôter du monde un prince relaps et excommunié. Le père de ce misérable fut banni, sa maison de devant le Palais démolie, et une pyramide érigée en la place.

Jésuites esi. Lcs Jésuitcs , SOUS Icsqucls ce méchant avoit me. étudié , furent aussitôt accusés de l'avoir imbu de

cette pernicieuse doctrine ; et comme ils avoient beaucoup d'ennemis, le parlement bannit toute la société du royaume , par le même arrêt de leur écolier. Ces pères ne manquèrent pas , nonobstant que le temps leur fût contraire , de travailler à soutenir leur honneur , et firent plusieurs écrits

DE HENIII-LE-CRANU. I9I

pour se justifier des choses dont on les chargeoit. '5()5. Et véritablement ceux qui n'étoient pas leurs ennemis ne croyoieut point que la société en fût coupable : de sorte qu'à quelques années de là , le roi révoqua l'arrêt du parlement, et les rappela, comme nous le dirons tantôt.

Les succès de la guerre déclarée à l'Espagne furent bien différents de ceux que le roi eut contre la ligue , et firent bien voir que c'est autre chose d'attaquer un étranger égal en puissance , sur lequel il n'y a rien à gagner que par la force des armes, que d'avoir affaire à ses sujets rebelles, et dans son propre pays , où les intrigues et les intelligences font plus de la moitié des entreprises.

Cette année, les villes de Beaune, d'Autun et Eéduction d'Auxonne se réduisirent sous l'obéissance du roi. Auxerre" dC Celles de Mâcon et d'Auxerre y étoient revenues ^°" ' ^'*'' dès l'année précédente. La ville de Dijon suivit leur exemple , et se barricada contre le château , que Biron alla assiéger. Mais cependant le connétable de Castille descendit avec une grande armée du Milanois en Bourgogne , par la Franche- Comté, et passa la Saône à Gray avec le duc de Mayenne.

Le roi, qui étoit allé en ce pays-là, eut l'as- Le roi va en surance de s'avancer jusqu'à Fontaine-Françoise. ^ontre\^^T- Ce fut là qu'avec quinze cents hommes seulement j"" "p^si»; il tint tête à cette grande armée , et fit un exploit

iSijS. de guerre qui n'est pas imag^inable. Vlllars-Oudan

deFontlTe^- ^^ Sauson , dcux des principaux chefs de l'arme'e

Frauçoise. ennemie , donnèrent impe'tueusement sur ses

troupes ; Villars charg-ea un gros commandé par

le maréchal de Biron , et Sanson un autre qui

étoit à côté. Ils les enfoncèrent tous deux , et leur

firent passer carrière jusqu'à la vue de celui du

roi. On dit que Villars ayant su qu'il étoit là , tant

le nom de roi est puissant , n'osa l'attaquer , et se

retira sur la gauche. Mais Sanson ne fut pas si

heureux ; car le roi n'ayant avec lui que cent

chevaux, mais véritablement tous gens d'élite

Où le roi ou dc marque , et montés à l'avantage , donna à

fait paroitre 1 • 1, ^ / \ 1 ■ ai

sa valeur, mais lui 1 cpcc a la maiu , se mêla tout au travers , et de sTvie! Ic tailla en pièces. Sanson , essayant de rallier ses gens, perdit la vie en acquérant beaucoup d'honneur.

Le péril fut si grand pour le roi dans ce combat , qu'il disoit que dans les autres occasions où il s'étoit trouvé , il avoit combattu pour la victoire ; mais qu'en celle-ci , il avoit combattu pour la vie.

L'armée es- Ayant donc fait voir au connétable , en cette pagnoesere- Q^^^gj^j^ ^ jg qucllc sortc il savoit agir, il lui

glaça tellement le courage , qu'il n'osa plus rien Le duc de entreprendre , et peu après se retira. Le duc de

Mayenne dés- • i / / / 1 1

espéré , se Mayenne , aussi désespère de tant de mauvais en Savoie, succèsj et uc sachant plus OUI donner de la tête,

DE IIENRI-LE-CRAND. IQÎ

avoit résolu de se retirer à Sommerîve , en Savoie , 1^95. d'où il vouloit envoyer demander sûreté en Espagne , pour aller rendre compte de ses actions au roi Philippe II ; mais la bonté du roi prit soin de Le roi eu a

11/ 1 / • • 11 pitîé, et lui

le détourner de ce précipice , et de le remettre offre un ac-

1 1 • !•> 1 . Tl commode-

dans les voies d accommodement. 11 envoya pour n^.^ ^t uu

cet effet quérir Lig^nerac, son confident, l'en- ^^^^^^ ^ ^^' tretinl de la bonne volonté qu'il avoit toujours eue pour ce duc, lui témoig^na qu'il avoit pitié de lui , l'assura qu'il étoit toujours disposé à le recevoir en ses bonnes grâces, et lui permit de se retirer en toute sûreté à Châlons-sur- Saône, tandis qu'on acheveroit de traiter son accord.

Le duc accepta cette faveur ; et ayant appris que le pape se disposoit à recevoir le roi dans l'Église , il demanda une trêve générale pour le reste de son parti.

La plupart des gens du conseil du roi, qui Lu. accorde considéroient les longueurs et les artifices dont il avoit usé depuis six ans , ayant commencé cinquante traités sans jamais conclure, étoient d'avis de ne lui plus accorder de surséance , et de le pousser à bout ; mais la prudence et la bonté du roi ne s'accordoicnt pas à ce sentiment, parce qu'il n'ignoroit pas deux maximes qui sont très vraies : l'une , que les rois peuvent toujoiu^s , quand ils veulent , remettre les plus i-ebelles dans leur devoir; l'autre, qu'/7 est très dange-

une trêve.

194 IIISTOIRK

1595. reux de désespérer de braves gens , et surtout des gens de la qualité du duc de Mayenne. Voilà pourquoi, de son propre mouvement, et contre l'avis de son conseil , il lui accorda une trêve. Ce qui suivit peu après montra bien comme ce sage prince avoit eu plus de lumières que tous ses ministres, et combien il eût été préjudiciable à ses intérêts de faire le contraire, La Fère et Cependant , de trois villes que nous avons dit

Ham livrées . . ^ , ,. ^. ,. x ^

aux Espa- qui Tcstoicnt a la ligue en Picardie, La Fere , Ham

^°° ^' et Soissons , le gouverneur de la première , nommé

Colas , l'avoit livrée aux Espagnols ; et d'Orvil-

liers avoit fait la même chose de Ham. Après

Sont taillés cela toutefois , cette dernière place ne leur de-

Ham: mcura pas ; Humières , l'un des plus braves gen-

Hunaières T -i , i ix i • ^

est tué. tilshommes de ce temps-la , les y vint attaquer a

l'heure même si chaudement, qu'après une longue

et meurtrière défense , ils furent tous hachés en

pièces ; mais Humières y fut tué, et plus de deux

cents braves hommes avec lui.

Phisieursii- Cette perte excita tellement l'indignation des

«pér'és, ''se bo"s François contre les ligneux, que la plupart

jettent entre j^ ccux-ci étant déscspérés , s'enfuirent aux Pays-

les «ras des r ? J

Espagnols , g^g g[ g^j Espaffue , OU ils trouvèrent d'abord un

entre autres JT o

Rosne , qui accucil très favorable et de bons appointements ,

fait prendre ^ ^

Douriens, pour Icsqucls ils firent de très grands maux a la France ; entre autres , un vaillant capitaine nommé Rosne, qui , s'imaginant qu'on alloit traiter

DE HENRÏ-LE-GRAND. IqS

à la dernière rigueur tous ceux qui n'avoient 1595. point de places pour faire leur paix , se résolut de faire si bien la guerre , que les Espagnols eussent sujet de le re'compenser , ou le roi de le racheter.

Ce fut lui qui inspira au comte de Fuentes le dessein d'assiéger Cambrai, après qu'il eut forcé le Catelet , et qui lui persuada, pour faciliter cette grande entreprise , de prendre Dourlens auparavant, afin que les François n'y pussent mener de secours en corps d'armée. Ce fut aussi par son conseil que Fuentes alla au-devant du duc de Ne vers , du maréchal de Bouillon et de l'amiral de Villars , qui venoient au secours de Dourlens ; qu'il les combattit et les défit avec Journée de grand carnage de la noblesse françoise, et fit tuer viiiars 'est Villars de sang froid , l'un des plus braves hommes de ce temps-là : puis étant revenu devant Cambrai , Cambrai il le prit par famine , et dépouilla ainsi Balagny Espagnols.** de sa prétendue principauté , tandis que le roi étoit occupé du côté de la Bourgogne.

Une nouvelle très importante , et long-temps attendue , consola le roi de ces deux grandes pertes de Dourlens et de Cambrai. C'est qu'on lui manda Le pape

■) n 1 ■ Tvv 1 douuel'abso-

qu enlm le samt-Pere passant par-dessus toutes lutionauro;. les difficultés et les oppositions que formoient les Espagnols, lui avoit donné l'absolution le 16^ de septembre , par la négociation et les poursuites de

196 iiisïoiiii:

i59n;, d'Ossat et du Perron, ses procureurs en cour de Rome , qui depuis furent honorés tous deux du chapeau de cardinal , à sa recommandation. Le duc de Après ccla , le duc de Mayenne n'ayant plus

ÎVIsvciinc lîiit

enfin sou trai- d'cxcuscs , ni plus d'cspérancc de pouvoir subsister, se résolut de traiter. Il étoit bien tard, et il ne pouvoit attendre qu'une dernière rigueur, si la générosité du roi n'eût été plus grande que son obstination. Il est vrai aussi que la belle Gabrielle , fort officieuse à tous ceux qui réclamoient sa faveur , et d'ailleurs songeant à se faire des amis et du support , pour parvenir au mariage du roi où elle aspiroit, n'aida pas peu a lui obtenir un accommodement très favorable. Certes, les termes de l'édit que le roi lui accorda , et les A des con- couditious sout si lionorablcs , que jamais sujet

ditions très , il , •,.•,,

avantageuses, n en a cu de plus avautagcuscs du roi de t rance. Mais elles l'eussent été davantage , si , avant que son parti fût défilé, il eût traité pour les grandes villes qu'il tenoit encore comme leur chef, et que, par ce moyen, il les eût toujours tenues attachées a ses intérêts.

Il Tint à Quelque temps après , il vint à Monceaux saluer le roi , lequel le voyant venir dans une allée où il se promenoit, s'avança vers lui de quelques pas avec toute la gaîté et le bon accueil possibles, l'embrassa étroitement par trois fois , l'assura qu'il l'estimoit si fort homme d'honneur, qu'il

Monceaux le saluer

UE IIENIII-LE-GRAND. igj

ne doutoit point de sa parole , et le traita avec iSgî. autant de fianchise que s'il eût toujours été attaché à son service. Le duc, comblé de ses bontés, dit au sortir de là , « que c'étoit alors seulement « que le roi avoit achevé de le vaincre ». Aussi demeura -t- il toujours dans le devoir d'un très fidèle sujet , comme le roi se montra très bon prince et exact observateur de sa parole.

Au même temps que ce duc avoit conclu son traité , et obtenu un édit du roi qui le confirmoit , le nouveau duc de Nemours , son frère Le duc de

,. . , f . -, f • 1 c ' M. Nemours se

Utérin , et qui s etoit appelé marquis de baint- réconciUeaBs- Sorlin du vivant du brave duc de Nemours son "' aîné , se réconcilia aussi , par le moyen de sa mère , avec le roi , et ramena à l'obéissance quelques petites places qu'il tenoit encore dans le Lyonnois et dans le Forez.

Son frère aîné , l'un des plus nobles et des plus sou frère

'' 15 A.- • ', •, aîné étoit mort

généreux courages que Ion eut jamais vus, etoit j'^^g ^f^anmort l'année précédente d'une étrange maladie , 8^ maladie. qui de temps en temps lui fît verser par la bouche et par tous les pores , jusqu'à la dernière goutte de son sang ; soit que ce mal lui fût venu de l'extrême douleur qu'il eut, après s'être sauvé du château de Pierre-en-Cise, d'apprendre la reddition de Vienne , qui étoit sa plus sûre retraite ; soit qu'il fût causé par un poison acre et caustique, qu'on disoit lui avoir été donné par ceux qui

1595. redoutoient son ressentiment. Il mourut sans

avoir été marié ; et son frère puîné , dont nous

parlons , étoit père de messieurs de Nemours ,

que nous avons vu mourir ces années dernières.

t.ïgG. Le duc de Joyeuse , qui , après la mort de son

Joyeuse fait jcunc frère , tué en la bataille de Villemur , près

avec le roi ^ ^^ Moutaubau , avoit quitté l'habit de capucin ,

pour se faire chef de la lig-ue en Languedoc , et

avoit maintenu la ville de Toulouse et les contrées

voisines dans ce parti, prit aussi ce temps de faire

son accommodement , et obtint des conditions

très favorables par le moyen du cardinal de

Joyeuse son autre frère : il eut , entre autres

choses, le bâton de maréchal de France. Le sei-

Leseîgiieur gncur dc Bois-Daupliin cut pareille récompense,

deBois-Oau- • ,-1 * 1 i • -ii i

phin auss!. quoiqu il uc tint plus que deux petites villes dans les pays du Maine et d'Anjou, savoir. Sablé et Château-Gontier ; le roi lui faisant ce bon traitement plutôt en considération de sa personne que de ses places.

Réduction II n'y avoit plus à réduire que le duc de Merde Marseille. ,,. -ii ^ -n / • 1 • '

cœur et Marseille. Cette ville etoit dominée par Charles de Casaux , consul , et par Louis d'Aix , viguier , qui y avoient usurpé toute l'autorité. Comme ces deux hommes étoient sur le point de la livrer aux Espagnols , un bourgeois nommé Libertat , avec une bande de ses amis , fit soulever les habitants contre eux , et ayant tué Casaux

I)E lIENRI-LE-GRA^'n. IQf)

et chassé Louis d'Alx , la mit en pleine liberté iSgg. sous l'obéissance du roi.

Quant au duc de Mercœur, le roi lui accorda Le mi ac-

COrclc U716

la prolongation de la trêve ; car il n'étoit pas en trêve a., duc pouvoir d'aller sitôt le déposséder du reste de la Bretagne , étant fort empêché au siège de La Fère , où il étoit en personne , et auquel il n'avoit guère avancé en trois ou quatre mois. D'ailleurs il arriva , Calais pris

1 VI -1 • 11 1 ■ 1 » 11 l""" ''arclil-

lorsqu il y pensoit le moms , que 1 archiduc Albert , duc Albert.

qui commandoit l'armée espagnole, incité par les

conseils de ce Rosne dont nous venons de parler,

vint fondre sur Calais , et que Rosne , qui étoit

grand capitaine, ayant pris d'abord les forts du

Risban et de Nleulé, les Espagnols forcèrent la

place le i[\ avril, et y passèrent tout au fil de

l'épée. Peu après, le roi prit La Fère, qui se ren- Prise de La

dit faute de vivres. Les Espagnols ayant fait le hiv.

traité , ne voulurent pas d'otages de lui , disant

qu';7j savaient qu'il étoit prince généreux et de Belle remar-

honnefoi; témoignage d'autant plus glorieux pour

lui , qu'il sortoit de la bouche de ses ennemis.

La douleur qu'il avoit de la perte de Calais fut L'archiduc redoublée par celle des villes de Giiines et d'Ar- cuiaesetArdres , qui furent encore prises par l'industrie et la valeur de Rosne ; lequel en eût bien fait d'autres , si quelques mois après il n'eût pas été tué , heureusement pour la France , au siège de Hulst , près de Gand.

xSgô. Or le bruit de ces quatre ou cinq grandes pertes

reçues coup sur coup, jetoit de la terreur dans les cœurs des peuples; et les émissaires d'Espagne , par leurs suppositions et artifices , excitoient autant qu'ils pouvoient de nouvelles semences de division dans les esprits, se servant pour cela de toutes sortes de prétextes , et surtout de celui de l'oppression des peuples. Véritablement elle etoit grande ; mais elle provenoit des pillages de la guerre , et de la ne'cessité des affaires , non pas de la faute du roi , qui n'avoit point de plus ardent désir que de procurer au plutôt le soulagement de ses sujets, ainsi que nous le verrons.

Cela le jeta dans l'affliction et dans l'embarras, pour ce qu'il n'avoit point de fonds pour continuer la guerre , et qu'il prévoyoit bien , aux murmures qu'on avoit déjà excités , que s'il fouloit davantage les peuples , il s'éleveroit contre lui une nouvelle tempête. Dans cette peine, il eut recours au grand remède qu'on a accoutumé de pratiquer quand la Le ro!, pour Francc cst en danger : c'est la convocation des

avoir de Tar- , ^ ^ y ., in ti

gent,convo- Etats gcncraux , très utile quand elle est libre,

que l'asscni- , ,, ^ . 1 <

biée des nota- et qu elle est sans faction. Et parce que la necesouen. ^.j.^ pressante ne lui donnoit pas le temps de les assembler en corps , il convoqua seulement les notables d'entre les grands de son État, des prélats, de la noblesse et des officiers de judicature et de finances.

l)i: HENRI-LE-GRAND. 201

Il désira que l'assemblée se tînt à Rouen , dans i'>9C. la grande salle de l'abbaye de Saint-Ouen , au séance. milieu de laquelle il etolt assis dans une chaise élevée en forme de trône , sous un dais : à ses côtés étoient les prélats et seigneurs ; derrière , les quatre secrétaires d'Etat ; au-dessous de lui , les premiers présidents des cours souveraines, et les députés des officiers de judicature et de finances. Il en fit l'ouverture par une harangue digne d'un véritable roi , lequel doit croire que sa grandeur et son autorité ne consistent pas seulement en une puissance absolue , mais au bien de son État , et au salut de son peuple.

Si je faisais gloire, leur dit-il, de passer pour n y fa;t une excellent orateur ^ f aurais appoitê ici plus de 1^^ belles paroles que de bonnes volontés ; mais mon ambition tend h quelque chose déplus haut que de bien parler, f aspire aux glorieux titres de libérateur et de restaurateur de la France. Déjà, par la faveur du ciel , par les conseils de mes fidèles serviteurs et par Vépée de ma brave et généreuse noblesse [de laquelle je ne distingue point mes princes , la qualité de gentilhomme étant le plus beau titre que nous possédions^), je Vai tirée de la seri^itude et de la ruine. Je désire maintenant la remettre en sa première force et en son ancienne splendeur. Participez , mes sujets, h cette seconde gloire , comme vous avez

i5ij6. participé a la première. Je ne vous ai point ici appelés^ comme fais oient mes pi'édécesseurs , pour vous obliger cC approuver aveuglément mes volontés: je vous ai J'ai t assembler pour recevoir vos conseils , pour les croire , pour les suivre ; en un mot , pour me mettre en tutelle entre vos mains. Cest une envie qui ne prend guère aux î'ois y aux barbes grises et aux victorieux comme moi ; mais V amour que je porte a mes sujets , et V extrême désir que j'ai de conserver mon État, mejont trouver tout facile et tout honorable. Oûiuîaccor. L'asscmblee, émue jusqu'au fond du cœur par

de iiti fonds i • , , .,, . x

po.ir (aire la de SI tcudrcs paroles, travaula avec affection a

guerre. , . . . ,

trouver de quoi pouvon- contmuer la guerre ; et pour cet effet , elle ordonna qu'on reculeroit d'une anne'e le payement des gages des officiers, et que , pour deux ans seulement , il seroit impose un sou pour livre sur toutes les marchandises qui entreroient dans les villes closes, excepté sur le bled , qui est la nourriture des pauvres. Ce dernier moyen causa beaucoup de bruit dans les provinces d'au-delà la Loire ; mais Rosni , que le roi avoit depuis quelques mois fait surintendant, non moins habile que fidèle , ainsi que nous le dirons ailleurs, joignit à ce fonds une grande somme de deniers , que les financiers avoient dçtourne's , et qu'il fit revenir dans les coffres du roi.

Cependant le roi d'Espagne sentant diminuer 1^97 les forces de son corps et de son esprit par une langueur qui degene'ra en une horrible maladie , craignoit que sa foiblesse ne causât des re'voltcs dans ses pays si e'ioignes les uns des autres. D'ailleurs il avoit épuise' ses finances , et il souhaitoit avec passion de donner les Pays-Bas à sa très chère fille Isabelle. Voilà pourquoi il avoit Leroid'Es-

*■ ^ pagne désire

faitconnoître au saint-Père qu'il désiroit la paix ; faire la paix. et sa Sainteté' avoit envoyé le général des Cordeliers vers lui , pour l'y disposer plus particulièrement.

Lorsqu'elle étoit bien acheminée , il survint un incident qui la retarda de plus d'un an. Hernand TelUo , gouverneur pour l'Espagnol de Dourlens averti du mauvais ordre que les bour- Surprise

d'Amiens par

geois d'Amiens tenolent à la garde de leur ville, les Kspagnois,

. , ^i ce qui retar-

la surprend un matm sur les neut heures , comme de la paix. on étoit au sermon; c'étoit en carême : ayant fait embarrasser une porte par une charrette chargée de noix , dont un sac se délia exprès , afin d'amuser les soldats qui étoient au corps-de-garde. Une si fâcheuse nouvelle étonna d'autant plus le roi , qu'il étoit alors en réjouissance et se divertlssoit à Paris. Il vouloit que ses paquets importants vinssent droit à lui , et non point à d'autres, et que l'on les lui apportât à quelque heure que ce fût ; tellement que comme il étoit dans un

sou

î^o4 HISTOIRE

i%7- profond sommeil , après avoir fait danser un ballet , un courrier le vint réveiller pour lui dire cet accident.

Aussitôt il saute hors du lit, et mande deux ou trois de ses plus confidents , pour s'en entretenir avec eux. Ils jiigeoient tous que cela arrivoit dans une méchante conjoncture , parce que le duc de Mercœur e'toit puissant en Bretagne , que les restes des factions étoient encore cache's sous les cendres ; que les Hug^uenots faisoient des cabales, et qu'enfin la consternation e'toit extraordinaire dans Paris, qui se voyoit par-là devenu frontière. f, iuigré ^^^s c^ courage he'roïque , que tant de périls d"ie?aÏÏé: n'avouent su épouvanter, ne fut point ébranlé ger Amiens, par cclui-là ; au Contraire, il résolut de l'affronter d'abord , et d'aller promptement investir Amiens , avant que les Espagnols s'y fussent plus affermis.

Ses plus grands capitaines n'étoient point de cet avis : mais nonobstant cela , lui qui avoit de plus grandes lumières et plus de fermeté qu'eux tous, l'entreprit courageusement; non pas tant, disoit-il, sur les moyens humains , que sur la confiance qu'il avoit en Dieu, qui lui avoit toujours fait la grâce de l'assister.

.îiSein? ^t véritablement on peut dire qu'il l'assista Il découvre eucorc plus visiblement en cette occasion , au'il

|)lusieurs con- ^ \ ' t.

-spirations. n'avoit jamais fait ; car il découvrit plusieurs

DE HENRI-LE-GRAND. :2!o5

conspirations sur sa personne , entre autres d'un i597religieux qu'un agent du roi d'Espagne , à ce qu'on disoit , avoit voulu porter à le tuer , et de très dangereuses cabales que l'argent de ce même roi entretenoit à Paris ; lesquelles observoient toutes ses de'marches , et dévoient un jour le faire enlever de son château de Saint- Germainen-Laye.

D'ailleurs ses peuples repondant comme ils Les peuples

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