V . ,, 1 • 1 / contribuent
dévoient a son affection paternelle , ne lui de- volontiers, et
• v . , 1-1111 lesligueuxle
nièrent rien de tout ce qu il leur demanda pour servent fort hâter ce siège. Puis le duc de Mayenne et tous les ligneux désirant lui témoigner leurs ressentiments pour toutes ses bontés, le servirent si fidèlement et si chaudement en cette occasion , tandis que les autres chanceloient et se tenoient à quartier, qu'il fut oblige de dire qu'il connoissolt bien que la plupart de ces gens-là n'avolent jamais été ennemis de sa personne , mais seulement de la religion huguenote.
Le siège fut long, difficile et douteux ; et si le roi d'Espagne y eût voulu employer toutes ses forces , jamais le roi n'en fût venu à bout. Mais il étoit devenu fort chagrin ; il ne de'siroit que le repos , et ne se soucioit plus de conquêtes ; si bien qu'il ne donna aucune des assistances que
■*■ L'archiduc
l'archiduc lui demandoit. L'archiduc ne laissa pas vient au scpourtant de laire le plus grand etiort qu il put miens.
2ô6 HISTOIRE
1097. pour faire lever le siège. Il vint se présenter au
Son iirrîvée quartier de Long-Pré , un jour qu'on ne s'y atten-
ques mettent doit pas , avec dc très grandes forces ; cela mit le
roiTndésor- désordrc et répouvante parmi nos François, en
'^^' telle sorte que s'il eût su se servir de l'occasion ,
et ne pas perdre le temps à consulter , il eût sans
doute jeté les trois mille hommes dans la place,
qu'il avoit destinés pour cela.
Le roi revenant de la chasse , où il étoit allé , trouva un effroi général dans son armée , et quelques-uns même des principaux chefs tout éper- Lr roi la dus. Daus uu si grand danger, le cœur ni la tête ne lui manquèrent pas : il dissimula sa crainte , donna les ordres sans s'émouvoir, et se fit voir partout avec un visage aussi gai et des discours aussi fermes qu'après une victoire. Il fait promptement marcher ses troupes au champ de bataille , qu'il avoit choisi trois jours devant , à huit cents pas de là les lignes. De cet endroit , ayant considéré le bel ordre de l'armée d'Espagne , le peu d'assurance de la sienne , et la foiblesse de son poste, où il n'a voit pas eu le loisir de se fortifier, il fut un peu ému , et douta du succès de la journée. Alors, appuyé sur l'arçon de la selle, ayant le chapeau à la main , et les yeux levés au ciel , Paroles di- il dit à haute voix : Jh ! Seigneur, si c'est aiijoura!r*ét!eu "et d'huï quc tu me veux punir ^ comme mes péchés .1 uu bon roi. ^^ méritent,]' offre ma tête a ta justice; n'épargne ,
UE Tf ENRI-LT'-GRAND. 207
pas le coupable; mais , Seigneur, par ta sainte iSp:. miséricorde , prends pitié de ce pauvre royaume, et ne frappe pas le troupeau pour la faute du berger.
On ne peut exprimer de quelle efficace furent ces paroles ; elles furent portées en un moment dans toutes ses troupes , et il sembla qu'une vertu du ciel eut rendu le courage à tous les François.
L'archiduc les ayant donc trouve's re'solus et en L'archiduo bonne contenance , n'osa passer outre. Quelques Flandre. autres tentatives qu'il fit ensuite ne lui réussirent pas, et il se retira la nuit dans le pays d'Artois , où il licencia ses troupes. Enfin Hernand Teillo ayant été tué d'un coup de mousquet , les assiégés capitulèrent, et le roi établit gouverneur dans la Le ro; re-
Ui . » -,,. -, -, 1 , prendAmiens.
e le seigneur de Vie, homme de grand ordre et
d'exacte discipline , qui , par son commandement,
commença d'y bâtir une citadelle.
Au partir d'Amiens, le roi mena son armée n ya jus.
jusqu'aux portes d'Arras , pour visiter l'archi- d"4"rai"*"et
duc. Il y demeura trois jours en bataille , et salua
la ville de quelques volées de canons ; puis voyant
que rien ne pâroissoit , il se retira du côté de
France, mal satisfait, disoit-il galamment, de
la courtoisie des Espagnols, qui n'avoient pas
voulu s'avancer d'un pas pour le recevoir , et
avoient refusé de mauvaise grâce l'honneur qu'il
leur fiiisoit.
défie les Espagnols
2o8 HISTOIRE
]597. Le maréchal de Biron servit admirablement
bien à ce sie'ge. Aussi le roi, lorsqu'il fut de retour à Paris, et que ceux de la ville lui eurent fait une re'ception véritablement royale, leur dit, en leur montrant ce maréchal : Messieurs^ voila le maréchal de Biron, que je pré sente volontiers a mes amis et a mes ennemis.
Il n'y avoit plus aucun reste apparent de la ligue en France, que le duc de Mercœur, encore cantonné dans la Bretagne. Le roi lui avoit souvent accordé des trêves, et offert de grandes Le duc de conditions ; mais il étoit si entêté de l'ambition
Mercœur re- , "
cuie toujours de sc faire duc de ce pays là, qu'il prenoit tou-
•i conclure
son traité, jours de uouvcaux délais pour conclure , se figurant que le temps lui amèneroit quelque révolution favorable, et se flattant de je ne sais quelles prophéties qui l'assuroient que le roi mourroit dans deux ans.
iSgS. Enfin le roi , ennuyé de tant de remises , tourna
en Bretagne, la têtc dc cc çôté-là, résolu dc cliâticr son opichâtier. ^ uiâtrcté comme elle le méritoit. Il étoit perdu sans ressource, s'il ne se fût avisé, pour se sauver, d'offrir sa fille unique au fils aîné de Gabrielle , duchesse de Beaufort. C'est monsieur le duc de Vendôme d'aujourd'hui.
Ses députés n'avoieut pu d'abord obtenir autre chose, sinon qu'il sortiroit tout à l'heure de la Bretagne , et qu'il remettroit toutes les places
qu'il y tenoit, moyennant quoi sa majesté lui 1598.
accorderoit un oubli du passé, et le recevroit en
ses bonnes 2 races. Mais le roi ayant l'âme tendre, n 'lonnc sa
, . ^ •' . . fille MU (ils na-
et désirant avancer son fils naturel par un si riche turei du roi , et si noble mariage, se laissa aussitôt ilecnir, et moven, fait lui accorda un édit fort avantageux, qui fut vé- ^odemen°t!°" rifié au parlement, comme l'avoient été ce\x\ de tous les autres chefs de la ligue. Cet accommodement se fit a Angers ; le contrat de mariage fut passé au château , et les fiançailles célébrées avec la même magnificence que si c'eût été d'un fils de France légitime. Il n'avoit que quatre ans, et la fille six.
Le roi lui fit don de la duché de Vendôme, aux Par ce mamêmes droits que la tenoient les autres ducs; ce faitdonàsoa
1 1 r • c ■> 1 / fils de la du-
que le parlement ne veriha qu avec grande repu- c\\è de Vengnance, et avec cette condition, que c'étoit sans "™^' conséquence pour les autres biens du patrimoine du roi, lesquels, par la loi du royaume, étoient censés réunis à la couronne du moment qu'il y étoit venu.
D'Angers le roi voulut descendre en Bretagne, n va .\Xan- II séjourna quelque temps à Nantes; de là il fut à nés. Rennes où les Etats se tenoient. Il passa environ deux mois en ces deux villes parmi les festins, les jeux et les divertissements; mais ne laissant pas de s'employer sérieusement à hâter l'expédition de plusieurs affaires : car il est à remarquer
iSgS. que ce grand prince s'occupoit toutes les matinées aux choses sérieuses , et donnoit le reste du temps a ses divertissements ; non pas pourtant de telle sorte qu'il ne quittât promptement ses plus grands plaisirs, quand il s'agissoit de quelque chose un peu importante ; et il y avoit ordre exprès de ne point différer à l'en avertir. 11 met un H cassa cu cc pavs-là beaucoup de garnisons
très bon ordre , . , .
en cette pro- supcrflucs, suppHma quantité d'impôts que la tyrannie des particuliers y avoit introduits durant les guerres , écarta les troupes pillardes qui désoloient le plat pays; mit les prévôts en campagne contre les voleurs , qui étoient en grand nombre ; rendit l'autorité à la justice , que la licence avoit affoiblie; et recueillit près de quatre millions , dont les États de la province lui octroyèrent volontairement huit cent mille écus. Ainsi il travailla utilement pour les deux fins à quoi il tendoit le plus ; savoir : le soulagement de ses peuples et l'amas des finances, deux choses qui sont incompatibles quand le prince n'est pas juste et ménager, ou qu'il laisse manier son argent a d'autres , sans prendre garde soigneusement à ses comptes.
Le calme fut ainsi rendu à la France pour le dedans, après dix ans de guerres civiles, par une grâce particulière de Dieu sur ce royaume, par les soins laborieux, par la bonté et par la valeur
du meilleur roi qui fut jamais. On travailloit iSgS.
, , . \ 1 • ..11 On travaille
cependant sérieusement a la paix entre les deux ^ i^ paj^ „^, couronnes de France et d'Espagne. Les deux rois j^"^'*;^!! la la de'siroicnt également; notre Henri, parce qu'il s')"'^*'^^"^souhaitoit avec passion soulager la France , et lui faire reprendre ses forces , après tant de saignées et de violentes agitations ; et Philippe , parce qu'il sentoit bien qu'il arrivoit à la fin de ses jours , et que son fils Philippe III n'étoit point capable de soutenir le faix de la guerre contre un si grand roi.
Les de'pute's de part et d'autre e'toient assem- Le» députés
. . -11 • s'assemblent
mes pour cela depuis trois mois dans la petite àVervins. vdle de Vervins , avec le nonce du pape. Ceux de France e'toient Pomponne de Bellièvre et Nicolas Bruslard de Sillery , tous deux conseillers d'Etat , et le dernier encore pre'sident au parlement ; lesquels agissant de concert et sans jalousie , vuidèrent les articles les plus difficiles en fort peu de temps ; et sur l'ordre qu'ils en reçurent du roi , signèrent la paix le a^ jour de mai. Le 12^ du même mois, elle fut publiée à Vervins.
Il seroit trop lonff de rapporter ici tous les SnLstance articles du traite : je dirai seulement qu ils por- Vervins. toient en gros que les Espagnols rendroient toutes les places qu'ils avoient prises en Picardie , et Blavet , qu'ils tenoient encore en Bretagne ; que le duc de Savoie seroit compris en ce traité.
iSgS. pourvu qu'il rendît au roi la ville de Berre , qu'il tenoit en Provence. Et pour le marquisat de Saluées , que ce duc avoit envahi sur la France vers la fin du règne de Henri III, qu'il seroit remis au jugement du saint Père , qui decideroit cette question dans un an.
La paix est La publication de la paix se fit en un même pubuée. ^^^^^ p^^^ toutes les villes de France et des Pays- Bas , avec des réjouissances dont le bruit e'clata jusqu'aux deux bouts de la chrétienté. Mais personne n'en ressentit tant de véritable joie que notre Henri, lequel avoit accoutumé de dire qu'étant une chose barbare et contre les lois de la nature et du christianisme de faire la guerre pour Tamour de la guerre , un prince chrétien ne devoit jamais refuser la paix , si elle ne lui étoit tout-à-fait désavantageuse.