‹ Histoire de roi Henri-le-GrandChapitre 16 sur 27 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

DE LA VIE

CONTENANT SOMMAIREMENT CE QU'iL FIT DEPUIS LA PAIX DE VERVINS, FAITE EN 1 5g8 , JCSQu'a SA MORT, ARRIVÉE EN 161O.

J USQUES ICI nous avons suivi la fortune de notre iSg». héros par des chemins extrêmement difficiles et ^^ partie dé raboteux, au travers des rochers et des pre'ci- •«/'«'^eHen-

' r n- le -Grand

pices, durant des temps fort fâcheux, et pleins f"' p'"* *^*^-

'■ *^ me que les

d'orages et de tempêtes; maintenant nous Talions autres , et suivre par des routes plus aisées et plus belles, paix, dans les douceurs du calme et de la paix , où pourtant sa vertu ne s'endormira pas dans le repos , mais paroîtra toujours agissante ; où sa grande âme s'emploiera sans cesse dans les plus ve'ritables fonctions de la royauté; où enfin, parmi ses divertissements, il fera son principal plaisir de ses plus nécessaires et plus importantes occupations.

ai4 HISTOIKt

i5(j8. Dans les deux premières Parties de sa vie , que

ïl fut capi- : , ^l . . /. / / • t ' 1

taîne par né- ^ous avons vucs , il a ctc par nécessite homme Utrue'lHu- ^^ guerre et de campagne ; dans cette dernière, cimatiou. p^j. inclination , homme de cabinet et grand politique : mais dans toutes , invincible et infatigable, iifaut qu'un Le Vrai devoir d'un souverain consiste princi-

roi .«.aciie la ^ , . 5-i i

guerre; mais paiement a prottgcr ses sujets. Il faut quil les

outre cela , il -.rr ^ 1 ' vi ' • 1

yabieud'au- détende contre les étrangers , et qu il réprime les de7a "oyauté! f^ctions ct Ics attentats des rebelles ; c'est pour cela qu'il a le pouvoir des armes entre les mains , et qu'il lui est avantageux d'entendre parfaitement la guerre. Mais. elle ne fait qu'une partie Quelles sont dc SCS foiictious ; et même l'on peut dire avec vérité' qu'elle n'est pas la plus nécessaire ni la plus satisfaisante : car outre qu'elle se peut faire par des lieutenants , qui doute que le prince le plus heureux ne soit celui qui met ses affaires en tel état , qu'il n'a pas besoin de tirer l'épée , mais est assez puissant pour rendre la justice , pour punir les méchants , et pour honorer et élever les gens de bien; qui sait distribuer les grâces et les récompenses , entretenir le bon ordre et les lois , et maintenir ses provinces dans la tranquillité; quia soin de s'informer souvent et soigneusement de ce qui s'y passe , de soutenir sa réputation et sa grandeur par sa bonne conduite , de se faire redouter par ses ennemis , et estimer par ses alliés;

UE m: NRI-LE-GRANn. 2l5

qui s'accoutume k présider dans son conseil en iSgi. souverain , à écouter les ambassadeurs et leur répondre , et à démêler les grandes affaires par traités et négociations; qui veille incessamment pour prévenir le mal, et mettre les méchants et les ennemis dans l'impuissance de nuire , pour rendre l'État riche , florissant et abondant , par le moyen du commerce , par la culture des sciences et des beaux-arts , pour y faire venir l'opulence de tous les endroits de la terre , et surtout pour y procurer la gloire et le service de Dieu ; en sorte que ce soit comme un paradis de délices et un séjour de félicité. Ce sont, à mon avis , les emplois dignes d'un puissant roi , d'un roi sage et chrétien , qui , étant le pasteur de ses peuples (c'est ainsi qu'Homère appelle souvent le grand roi Agamemnon), ne doit pas seulement savoir chasser les loups , j'entends faire la guerre , mais plus encore savoir conduire son troupeau , le préserver de toutes maladies , l'engraisser et le faire multiplier.

La paix ayant été publiée avec une réjouissance La paix est incroyable des François , des Flamands et des rôietparrar- Espagnols , elle fut solennellement jurée le 2 1 Me Jen"*" ^' juin par le roi , dans l'église de Notre-Dame, sur la croix et sur les saints évangiles , en présence du duc d'Arscot et de l'Admirante d'Aragon, ambassadeur du roi d'Espagne pour cet effet. Et

iSgS. puis le cardinal archiduc Albert, gouverneur des

Pays-Bas pour ce roi , la jura aussi le 26*^ du même

mois , dans la ville de Bruxelles , y assistant le

Birnu est maréchal de Biron , que le roi avoit honoré nou-

pair, va jurer vellemcnt de la qualité de duc et pair, vérifiée

Pay's-Bas.^"^ cu parlement, tant pour donner plus d'éclat à

cette ambassade , que pour récompenser les grands

services que ce seigneur lui avoit rendus dans la

guerre.

Les Espa- En cc voyagc , les Espagnols n'épargnèrent

gnols l'eui- . a o i o

vrent de pré- aucuncs carcsscs ni louanges envers ce nouveau

soiiiption. ,...,, -11 • /

duc , pour lui rnspa^er 1 orgueil et la vanité ; et l'enivrèrent tellement de la bonne opinion de soimême , qu'il se mit dans la tête que le roi lui devoit plus qu'il ne sauroit jamais lui donner ; et que si sa vertu n'étoit assez honorée en France , il trouveroit bien ailleurs qui la mettroit à plus haut prix. Ce qui produira tantôt de très mauvais effets.

Ce que les Plusicurs d'cutre les François, qui ne savoient

François et .|. ii' v'-l • dt-i

ce que les Es- pas au vrai le pitoyable état ou etoit le roi dtssoknt ^de la pagnc et ses affaires , ne pouvoient comprendre vfns *^^^*'^" comment ce prince avoit acheté la paix si cher, que de rendre six ou sept bonnes places , entre autres Calais et Blavet, qu'on pouvoit nommer les clefs de la France. Les Espagnols , au contraire , qui voyoient que leur roi étoit moribond, ses finances épuisées , les Pays-Bas ébranlés , le

DK II ENRI-LE- GRAND. 1\']

Portugal et ses terres d'Italie sur le point de se iSg*révolter, le fils qu'il laissolt, bon prince à la vérité' , mais qui aiinoit bien le repos , s'étonnoient que les François , ayant si bravement repris Amiens , et réuni toutes leurs forces après le traité du duc de Mercœur , n'eussent pas poussé dans les Pays-Bas , parce que apparemment il les eussent emportés ou fort ébréchés. Le roi répon- Pourquo; le doit que s il avoit désire la paix , ce n etoit pas siré la paii. qu'il s'ennuyât des incommodités de la guerre , mais pour donner moyen à la chrétienté de respirer : qu'il savoit bien que dans la conjoncture Belles paoù étoient les choses , il en eût pu tirer de grands avantages ; mais que la main de Dieu renversoit souvent les princes dans leurs plus grandes prospérités, et qu'un sage ne devoit jamais, pour l'opinion de quelque favorable événement, s'éloigner d'un bon accord , ni se fier trop sur l'apparence du bonheur présent , qui peut changer par mille accidents imprévus ; étant arrivé bien souvent qu'un homme atterré et fort blessé , a tué celui qui lui vouloit faire demander la vie.

On reconnut dans peu de temps que le roi Maladie Philippe II avoit beaucoup plus besoin de cette ^or°dVph;paix que la France ; car son mal se redoubla plus a^Espagne"!"' fort. Il eut vingt-deux jours durant un perpétuel flux de sang par tous les conduits de son corps; et un peu devant sa mort, il lui vint quatre

2l8 HISTOIRE

^598. aposthumes en la poitrine, d'où il sortoit une continuelle fourmillièi e de vermine , que tout le soin de ses officiers ne pouvoit tarir.

Dans cette e'trange maladie , sa constance fut

merveilleuse , et il n'abandonna point les rênes

de son Etat jusqu'au dernier soupir de sa vie ;

Avant que car il prit soin, avant que mourir , de traiter

prendsoinde Ic mariage de son fils avec Marguerite, fille de

faire marier 15 i • , ,

son fils et sa i arcliiduc de Gratz; et celui de sa chère fille Isabelle avec le cardinal archiduc Albert, de même sang qu elle , et lui donna pour dot les Pays-Bas et la comte' de Bourgogne, à la charge de reversion si elle mouroit sans enfants. La maladie II avoit bien signe' les articles de la paix; mais

ne Philippe II - . r 7

ivmpêcii.de sa maladie mortelle ne lui permit pas de prêter

jurer la paix. 1 1 a , . /

le serment avec les mêmes solennités qu'avoient Son fils Phi- fait le roi et l'archiduc. Philippe III, son fils et

lippe III la ju- * ^ •"

ro iîprès sa succcsseur, s'acquitta de cette obhgation le 21® mai de l'an 1601 , dans la ville de Valladohd, y assistant le comte de La Rochepot, ambassadeur de France.

Comme la licence des guerres avoit, durant plusieurs anne'es , entretenu l'impunité', il se trouvoit encore grand nombre de vauriens qui croyoient qu'il leur étoit permis de prendre toujours le bien d'autrui ; et d'autres qui pensoient avoir toujours droit de se faire justice par les voies de fait, ne reconnoissant point d'autres lois

mort

DE HENRI-LE-GRANl-». 219

que la force. Ce fut ce qui obligea notre sage roi »59Sà commencer la re'formation de son État par le rétablissement de la sûreté publique. Pour cet ^^^^^f^^J;^ effet , il de'fendit tout port d'armes à feu a toutes darmcs. personnes, de quelque qualité qu'elles fussent, sur peine de confiscation des armes et des chevaux,.et de deux cents écus d'amende pour la première fois , et de la vie , sans rémission , pour la seconde ; permettant à tout le monde d'arrêter tous ceux qui enporteroient, hormis ses chevauxlégers, ses gendarmes et ses gardes-du-corps , qui en pourroient avoir, seulement lorsqu'ils seroient en service.

A même fin, et pour décharger le plat pays ,^^;;^8;f de la foule des gens de guerre , il congédia nonseulement la plupart des troupes nouvelles, mais encore retrancha plus de la moitié des vieilles: il réduisit les compagnies d'ordonnance à petit -nombre , et il ôta les gardes aux gouverneurs des provinces et lieutenants de roi , ne voulant pas souffrir qu'autre que lui , quel qu'il fût, eût cette glorieuse marque de la souveraineté à l'entour de sa personne.

La guerre avoit rompu le commerce, réduit les villes en villages, les villages en masures, et les terres en friche ; et néanmoins les receveurs contraignoient les pauvres paysans de payer les charges pour les fruits qu'ils ii'avoient pas

aaO HISTOIRE

iSgS. cueillis. Les cris de ces misérables, qui n'avoient

les restel des P^^s quc la laiig uc pour sc plaindre , touchèrent

peunks. ^"^ tellement les entrailles d'un si bon et si juste roi,

qu'il fît un e'dit par lequel il leur quitta tout ce

qu'ils dévoient du passé, et leur donna espérance

de les soulager encore pour l'avenir.

n fait re- j)g pj^g ayant appris que durant les troubles

clierclier les i ' j i i i

faux nobles, Q s'étoit fait quantité de faux nobles, qui s'exemp-

et réimposer ^ ■*■

à la taille. toicnt de la taille, il ordonna qu'il en seroit fait recherche : et il ne les confirma point dans leur usurpation pour une pièce d'argent, comme on fait quelquefois, au grand préjudice des autres sujets taillables ; mais il voulut qu'ils fussent réimposés à la taille , afin que , par ce moyen , ils aidassent aux plus pauvres a porter une bonne partie du fardeau, comme étant les plus riches.

Il désiroit encore, avec beaucoup d'affection, faire du bien à sa vraie noblesse, et la dédommager des dépenses qu'elle avoit faites à son service ; mais ses coffres étoient vuides, et d'ailleui^s tout l'or du Pérou n'eût pas été suffisant pour satisfaire l'appétit et le luxe de tant de gens; car le roi Henri III avoit, par son exemple et par celui de ses mignons, porté la dépense si haut, que les seigneurs vouloient vivre en princes , et les gentilshommes en seigneurs. Il falloit pour cela qu'ils aliénassent les possessions de leurs ancêtres , et qu'ils changeassent ces vieux châteaux ,

DE HENIll-LE-GRAND. 22C

marques lUustri^s de leur noblesse , en clinquants , ^h^en dorures , en train et en chevaux. Puis , lorsqu'ils sV'toient endettes par-delà leur crédit, ils retomboleut ou sur les coffres du roi, demandant des pensions, ou sur le dos du pauvre peuple, re'corchant par raille briffandaees. Le roi , voulant » retrancii»

i & O ' 1^ luxe de la

donc remédier à ce désordre , déclara assez hau- noblesse , et

1 • 5-15 ^•'^ reuvoie

tement a sa noblesse qu il vouloit qu ils s accou- tous dans

, . , -, 1 ■ . leurs raaisonii

tumassent a vivre chacun de son bien ; et pour ^ux champs.

cet effet qu'il seroit bien aise , puisqu'on jouissoit

de la paix, qu'ils allassent voir leurs maisons, et

donner ordre à faire valoir leurs terres. Ainsi il

les soulag-eoit des grandes et ruineuses dépenses

de la cour, en les renvoyant dans les provinces,

et leur apprenoit que le meilleur fonds que l'on

puisse faire , est celui du bon ménage. Avec cela, Leurmon-

. . . . tre , par son

sachant que la noblesse françoise se pique d'imiter exemple, la

., - . modestie des

son roi en toutes choses, il leur montroit, par habits. son propre exemple , à retrancher la superfluité des habits : car il alloit ordinairement vêtu de drap gris , avec un pourpoint de satin ou de taffetas , sans découpure , passement ni broderies. Il louoit ceux qui se vêtoient de la sorte , et se rioit des autres , qui portoient , disoit-il , leurs moulins et leurs bois de haute futaie sur leur dos.

Sur la fin de l'année , il fut atteint d'une su- n tombe

. ^ 1 -1 ras^ade et en

bite et violente maladie a Monceaux, dont il dauger. pensa mourir. Toute la France en eut le fi isson ;

i.TyS. on le tint pour désespéré, et le bruit qui en courut pensa rallumer les factions. Mais il fut sur pied au bout de dix ou douze jours ; et il sembla que Dieu ne lui avoit envoyé ce mal que pour lui découvrir ce qu'il y avoit encore de mauvaise volonté dans le royaume , et pour lui donner la satisfaction de sentir, par les regrets que faisoient ses peuples, le plaisir qu'il y a d'être aimé.

Paroles d'un Dans le plus fort de sa maladie, il disoit à ses

bon roi. ^ *

amis ces belles paroles : Je n appréhende nullement la mort, je l'ai affrontée dans les plus grands périls ; mais f avoue que j'ai regret de sortir de cette vie sans avoir pu remettre ce royaume dans la splendeur que je m'étois proposée, et sans avoir témoigné a mes peuples , eu les gouvernant bien et les soulageant de tant de subsides , que je les aime comme s'ils étoient mes enfants.

Il trav.iiiie Au sortir de la, continuant ses louables des-

aui états de . ^

ses dépenses, scius de mettre ordre a ses affaires , il vint a Saint - Germain - en - Laye , pour y résoudre les états de la dépense, tant de sa maison que de la garde des places, entretien des troupes, artillerie, marine, payement des officiers, et plusieurs autres charges. Il avoit pour lors en son conseil, comme nous dirons à cette heure, de très grands hommes, et fort consommés en toutes

sortes de matières ; mais il se montroit encore i5os. plus habile qu'eux, et plus éclaire. H examina et discuta tous les articles de de'penses avec un jugement et des lumières d'esprit merveilleuses, retrancha et me'nagea tout ce qui se pouvoit retrancher, et conserva tout ce qui étoit nécessaire. Entre autres choses, il retrancha beaucoup Retranche

, les superflui-

de superfluités pour la dépense des tables de sa tésdesesta

, , Lies.

maison; non pas tant pour eparg^ner pour luimême que pour obliger ses sujets à modérer leur friandise , et afin d'empêcher qu'ils ne ruinassent leurs maisons pour y vouloir entretenir une trop grande cuisine. En effet, par l'exemple du roi, qui a toujours plus de force que les lois, ni que la correction , le luxe fut bientôt converti en frugalité fort nécessaire à l'Etat.

Afin de savoir si bien tout le fond de ses finances qu'il ne pût se tromper dans ses mesures, ni être trompé par ceux qui les manioient, il avoit dans son cabinet un état de sa maison , un de la marine, un de l'artillerie, un des gages des officiers de justice et de finances, un de tout ce qui se levoit en chaque province, et des charges qui étoient dessus , et généralement de toutes les choses , sur lesquels il jetoit souvent les yeux et les examinoit , pour y ajouter ou retrancher , non point selon la fantaisie ou les importunités des autres, mais selon le besoin , la raison et l'équité.

Qui ttoieut ses conse ou ministres.

i5nS. Il y avoit pour lors dans son conseil de très

•[,"5 habiles et fidèles ministres, comme Chiverny, Bellièvre , Sillery , Sancy , Jeannin , Villeroi et Rosny. Je ne parle point des grands hommes pour la guerre, comme le maréchal de Biron, LesdiguièreSj gouverneur du Dauphine'; le duc de Mayenne, le connétable de Montmorency, le maréchal de La Chastre, le maréchal d'Aumont, Guitry, La Noue et plusieurs autres, desquels il ne se servoit point pour l'administration de l'Etat, quoiqu'il s'entretînt souvent avec eux, et que, par honneur, il leur communiquât quelquefois les grandes affaires, et leur en demandât leur avis ; comme il faisoit aussi à quelques gens de robe , qu'il connoissoit fort habiles et fort affectionnés , entre autres Achille de Harlay , premier président au parlement , et Jacques- Auguste de Thou , aussi président dans la même compagnie, qu'il employa en plusieurs négociations très importantes.

Chiverxy. Le chancelier de Chiverny, qui avoit été élevé a cette charge sous le règne de Henri III , étoit homme froid , dissimulé et avisé; mais, a ce qu'en disoient ses ennemis , il étoit meilleur praticien que bon conseiller d'Etat.

Bellièvre. Il mourut l'année suivante ; et en sa place , le roi mit Pomponne de Bellièvre , fort consommé dans la science des droits et des intérêts de la

France, et fort adroit négociateur, comme il le iSyS. montra bien au traité de Vervins. Il étoit vieux quand le roi lui donna cette charge : aussi disoit-il qu'il n'y étoit entré que pour en sortir. Il porta le roi à faire un sévère édit contre les duels; il établit un fort l)on ordre dans le conseil , et ordonna qu'il ne seroit point reçu de maître des requîtes qui n'eût été dix ans entiers dans quelqu'une des compagnies souveraines, ou seize ans en d'autres sièges subalternes.

Nicolas Bruslard de Sillery, président au mor- Sillery. tier au parlement de Paris, qui avoit été son compagnon à Vervins , étoit un esprit doux , facile et accort, mais qui pénétroit plus avant qu'il ne vouloit qu'on le crût. On dit que le public ne vit jamais aucune émotion sur son visage ni en ses discours.

Harlay-Sancy étoit un homme franc , hardi , Sajsct. intrépide , qui ne craignoit personne , quand il s'agissoit du service du roi ; mais il étoit un peu brusque , et lui parloit trop librement ; témoin ce qu'il lui dit touchant madame Gabrielle, qui sut bien le lui rendre.

Quant à Jeannin , président au parlement de Bourgogne, et Villeroy, premier secrétaire d'État, ils avoient tous deux été dans Je parti de la ligue, et y avoient très utilement servi le roi et la France, en ce qu'agissant seulement pour la défense de la'

220 ILISTOIllii;

iSgS. relig ion catholique , et non par esprit de faction , ils avoient empêché que les Espagnols n'empiétassent sur ce royaume, et que le duc de Mayenne ne se jetât absolument entre leurs bras, comme souvent le désespoir de ses affaires l'y portoit. Ils convenoient tous deux en ce point qu'ils aimoient TÉtat et la royauté avec passion , et qu'ils avoient un grand jugement; mais du reste leurs humeurs étoient assez différentes.

Jeanmn. Jeannin étoit un vieux Gaulois , qui vouloit mener les affaires par les formes anciennes , suivant les lois et les ordonnances; bon jurisconsulte, ferme et résolu, qui alloit droit au but, qui ne savoit point prendre de détours , et qui aimoit fort le bien public.

ViLLERoy. Villeroy étoit un des plus sages et des plus adroits courtisans qu'on ait jamais vus; il avoit un esprit clair et net , qui développoit avec une incroyable facilité les affaires les plus embrouillées ; qui les expliquoit si agréablement et si intelligiblement que rien plus , et qui leur donnoit le tour qui lui plaisoit. Il étoit merveilleusement actif, et avec cela très fécond en expédients , prenant une affaire par tant de biais , qu'il étoit malaisé qu'elle lui échappât.

Leroicon- Lc roi couféroit souvent avec ces conseillers;

féroit jouvent . . , .

avec ces con- OU Ics appeloit cncorc ainsi, et non pasmmistres, comment, -commc OU a fait depuis trente-cinq ans. Il leur

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parloit de ses affaires, quelquefois pour en être iSgS. instruit, et quelquefois pour les instruire euxmêmes: ce qu'il faisoit, ou dans son cabinet, ou à la promenade dans les allées des Tuileries, de Monceaux, de Saint-Germain et de Fontainebleau. Il s'entretenoit souvent avec eux séparément, les appelant les uns après les autres ; et il en usoit ainsi, ou pour les obliger à lui parler avec plus de liberté, ou pour ne leur pas dire lui-même, à tous ensemble, ce qu'il ne vouloit dire qu'à quelques particuliers , ou pour quelque autre raison , qui étoit sans doute d'une fort bonne politique. Il disoit qu'il n'en trouvoit point parmi eux qui le satisfissent comme Villeroy , et qu'il vuidoit plus d'affaires avec lui en une heure, qu'avec les autres en un jour.

Quant à Maximilien de Béthune , baron de RosNY,de-

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