ft 11 r t • P"i* "^"C de
Rosny, et depuis duc de Sully, ayant ete nourri suiiy. assez jeune auprès du roi dans la religion huguenote , le roi avoit reconnu sa capacité et son affection en diverses affaires de conséquence ; mais surtout qu'il avoit le génie porté au ma- n aroît gé-
^ ... nie pour les
niement des iinances , et qu il avoit toutes les finances. qualités requises pour cela. En effet, il étoit homme d'ordi-e, exact, bon ménager, gardoit sa parole , point prodigue , point fastueux , point porté à faire de folles et vaines dépenses, ni au jeu, ni en femmes, ni en festins, ni en meubles
1598. somptueux, ni en bâtiments trop superbes, ni en aucune des choses qui ne conviennent pas à un homme élevé dans cet emploi. De plus, il étoit vigilant, laborieux, expéditif, qui donnoit presque tout son temps aux affaires, et peu à ses plaisirs. Avec cela, il avoit le don de pénétrer ces matières jusqu'au fond, et de développer les entortillements et les nœuds dont les financiers, quand ils ne sont pas de bonne foi , s'étudient à cacher leurs grivèleries. Surtout il n'entra jamais dans les traités , ni dans les fermes , sous des noms empruntés; ce qui sans doute est un vol manifeste et très punissable , étant certain que, qui est intéressé aune affaire, au lieu de la porter aussi haut qu'elle devroit aller, la rabaisse tout autant qu'il peut.
Après la Nous avous dit comme le roi désiroit sur toutes
mortdeFran- . v ,, , . , „
çois d'(», le choses de pourvoir a 1 économie de ses linances, sesfinaDcts'à ct Ics raisoiis pour lesquelles il avoit été obligé cinq ou SIX , j jajsscr Fraucois d'O dans la chare-e de surin-
qui s en ac 3 O
quittèreutfort tei^J^ut. Après quc cet homme fut mort, il en donna la charge à cinq ou six personnes qu'il en crut capables, et gens de bien. Il s'étoit persuadé qu'il en seroit mieux servi que d'un seul , s'imaginant qu'ils s'entreveilleroient, et qu'ils se serviroient de contrôleur les uns aux autres. Mais tout le contraire arriva : chacun se déchargeoit sur son compagnon , rien ne s'avançoit ; et si
DE HENRI-LE-G RANTî. 229
quelqu'un d'eux vouloit agir, tous les autres ne 1598. manquoient point de le traverser par leurs jalousies; de sorte qu'ils ne s'accordoient qu'en ce point, que chacun d'eux se faisoit bien payer de ses appointements , qui coûtoient six fois plus au roi que s'il n'y eût eu qu'un seul surintendant , sans qu'il retirât aucun profit de cette multitude.
Lorsqu'il eut donc reconnu que tant de gens Vovantceia, lie faisoient qu'embrouiller ses finances , il les seuisuriuten. remit toutes en la main d'un seul, qui fut Sancy ; mais quelque temps après l'ayant reconnu plus f.c fort propre a cl autres emplois qu a celui - la , il lui après Rosny, donna Rosny pour compagnon , et puis enfin fit Rosny seul surintendant.
Rosny, avant qu'il entrât en cette charge, s'etoit Qu: con-
■' . , . noissoit par-
pourvu de toutes les connoissances necessaues faitement les pour s'en bien acquitter; il savoit parfaitement tous les revenus du royaume , et toutes les de'penses qu'il y falloit faire. Il communiqua tout Le roi le sace quil en savoit au roi, qui de son cote avoit qu'il ne pou-
• 1 • '.!•',. 1 > ■^o't V être
aussi si bien étudie toutes ces choses, qu on ne trompé. pouvoit pas dépenser cent écus sans qu'il sût s'ils avoient e'té bien ou mal employés. Comme c'est l'avantage d'un mauvais dispensateur, que son maître soit ignorant, et qu'il ne voie goutte dans ses affaires, aussi est-ce celui d'un serviteur utile et fidèle, qu'il soit bien instruit, et qu'il y
23o HISTOIRE
1598. voie clair, afin qu'il sache estimer dignement
ses services.
Il désira de Au Fcste , soR liumcur s'accordoit parfaitement
prît aucuQ bien avec celle du roi. Lorsqu'il lui confia ses
L° prUnt"' finances , il de'sira de lui qu'il ne prît jamais
sansienaver. j^^ç^j^ pot-de-viu , ni aucun pre'sent, sans l'en
avertir. Et quand Rosny l'en avertissoit, il y con-
sentoit aussitôt, et même ëtoit si aise, qu'en le
servant bien il y trouvât son compte , que bien
souvent il y ajoutoit des dons du sien, pour lui
donner courage de le servir toujours de mieux
en mieux. Mais Rosny ne les recevoit jamais
qu'ils ne fussent dûment ve'rifie's à la chambre
des comptes, afin que tout le monde sût les li-
be'ralites que lui faisoit son prince, et qu'on n'eût
point à lui reprocher qu'il se servoit de sa faveur
à épuiser ses coffres.
Il conamen- Sous l'administration de ce surintendant , la
oa par établir .^ , . , . . .
ordre con- première loi que le roi donna aux affaires de cette *aîn dans les naturc, cc ftit la constauce immuable de l'ordre, lequel ne s'y doit jamais alte'rer, depuis qu'il a e'té une fois arrêté et résolu : car comme les choses les plus déplorées se redressent sous une conduite ferme et certaine , aussi les plus assurées se dissipent par une tête légère, qui fait, défait et refait sans cesse , et qui révoquera demain ce qu'elle a ordonné aujourd'hui.
Rosny donna bientôt des preuves indubitables
stant et car tain dan fiuacceï
DE HENRI-LE-GllAND. 2^1
de sa capacité ; car ayant visité quatre généralités i^gs. seulement, il fît en peu de temps revenir un jj^^ mLà^ million et demi des deniers qui étoient égarés. °'^^*>'"'y- Puis, après la surprise d'Amiens par les Espagnols , il fit trouver promptement un fonds pour dresser une grande armée, et fournir aux frais du siège ; si bien qu'il fut un des principaux instruments du recouvrement de cette grande ville.
Il est bon démarquer un expédient qu'il trouva Expédient
1 • Ail • 1 • pour pmpê-
entre plusieurs , pour empêcher les grivèleries cher que les des financiers; car cela est nécessaire en tout feauegr^ètemps. Il savoit qu'il y avoit quelques personnes f^r^i^rs*^ ^H dans le conseil du roi qui étoient de part avec les ^" traitants. traitants et les fermiers, et qui faisoient adjuger au conseil les fermes et les traités à vil prix, et souvent leur faisoient donner de grandes diminutions. Pour empêcher que ces gens-là ne mangeassent ainsi le gâteau entre eux, il ferma la main aux fermiers-généraux, défendant aux sousfermiers de leur plus rien payer, et leur ordonnant de f\ire voiturer l'argent de leurs sous-fermes et de leurs sous-traités tout droit à l'épargne. Il doubla, par ce moyen, les revenus du roi, par.ce que les sous-fermes et les sous-traités se trouvèrent monter presque les deux tiers plus que ne montoient les traités et les baux généraux. Il ménagea aussi de telle sorte la dépense , qu'il
1598. n'ëtoit point besoin de prêts, qui consument les
plus clairs deniers du roi, et le tiennent toujours
dans la nécessité; et s'il obligeoit les fermiers à
faire des avances , c'étoit sans aucunes remises.
Financiers Ccs geiïs du couscil , qui étoicut vilainement
aboient fort .,/•.■/.
contre Ros- intcresscs daus les fermes et dans les partis, du
ny ; mais il • ^ r 1 •
s'en mo(jue. Commencement crièrent tort contre sa conduite , lui tendirent mille pièges , et lui causèrent mille traverses : mais, avec le temps, il les amena à la raison. Semblablement tous ceux qui n'avoient aucun droit de lui demander, et qui ne laîssoient pas de l'importuner, ne pouvant rien arracher de lui, pestoient fort contre sa dureté ; mais il ne se soucioit point de leur vaine colère , ni de leurs sots discours; il ne regardoit qu'à acquitter légalement les dettes du roi , et à payer promptement ce qui étoit ordonné pour de bonnes causes ; car il ne savoit ce que c'étoit que de faire demander cent fois une chose qui étoit véritablement due.
Nous nous sommes un peu arrêtés sur ce point des finances , d'autant que c'est le plus important de tous , celui par lequel on fait tout , sans lequel on ne sauroit rien faire, et d'où dépend le soulagement ou l'accablement des peuples, et tous les bons ou les mauvais succès des desseins et des entreprises.
Notre Henri eût bien désiré en même temps
«E IIENRI-LE-GRANT). 2*33
de pourvoir à la réformation du clergé, qui véri- jS[)S.
11 '• ll'l.^ l'S ""O' 16
tablement etoit en grand desordre , tant pour peut eccore
. l/iv* t'i' ' pourvoir à la
son temporel ( les biens en ayant ete usurpes déformation
durant les guerres par les Huguenots et par les *^" cierge.
mauvais Catholiques), que pour le spirituel, la
plupart des prélats et des pasteurs étant aussi
ignorants que dépravés; mais il ne put pas sitôt
y apporter les remèdes convenables. La nécessité
où il étoit de récompenser ceux qui Tavoient Habusedes
béuéiices.
bien servi, le contraignoit de tolérer les abus, et même de les commettre , disposant des bénéfices comme autrefois avoit fait Charles- Martel : car il les donnoit à des gens incapables , à des gens mariés, à des hommes d'épée, à des enfants, même à des femmes, pour récompenser la perte de leurs maris tués ou ruinés à son service.
Je n'ai pas entrepris d'excuser ce défaut, parce qu'il n'y peut jamais avoir de sujet légitime de prostituer les biens du sanctuaire aux profanes , et d'employer les trésors du crucifix à d'autres services qu'à celui de l'autel. Je sais bien néanmoins que beaucoup d'ecclésiastiques même en usent tout autrement ; mais qui doute que ces gens-là ne soient pires que les Juifs qui jouoient aux dez sur la robe sacrée de Jésus-Christ ?
Sur la fin de cette année , l'assemblée générale Rcmontma-
, ce de l'assein-
du cierge se tenant à Paris , fit une grande remon- Liée générale
, 11 1 '11 • • *^" clergé au
trance au roi , par laquelle les prélats le prioient roi.
i5(j8. de faire publier le concile de Trente en France ; de ne pointxharger sa conscience des nominations aux évêchés , abbayes et autres bénéfices ayant charge d'âmes ; de ne point mettre des pensions sur les bénéfices pour des personnes laïques ; de ne plus permettre que les églises et les lieux saints fussent profanés comme ils l'étoient ; mais de faire en sorte qu'on les réparât, et qu'on y rétablît le service divin.
Pour ce qui est du concile de Trente , il faut savoir qu'il étoit reçu en France, quant aux articles qui concernent la foi, mais non pas généralement pour ceux qui touchent la police et la discipline , parce qu'il semble à plusieurs que ces derniers sont, pour la plupart, contraires aux libertés de l'Église gallicane et aux droits du roi. C'est pourquoi, quelque effort que les plus zélés aient pu faire , jamais ils n'en ont su venir à bout, les parlements s'y étant toujours fortement opposés.
Belle répon- A la harangue du clergé, le roi répondit élo-
se du roi. . , , .,
quemment, mais en peu de mots, qu il l'econnoissoit que ce qu'ils lui avaient dit touchant les nominations des bénéfices étoit véritable , mais qu'il n' étoit pas l'auteur de cet abus , et qu'il l'avoit trouvé ; quêtant parvenu a la couronne durant l'embrasement des guerres civiles, il avoit couru oh il voyait le plus grand feu pour
t éteindre ; que maintenant qu'il avoit la paix , «^«iSil tdcheroit de relever les deux colonnes de la France , qui sont la piété et la justice ; que Dieu aidant , il i^emettroit l Eglise en aussi bon état quelle étoit du temps de Louis XII . Mais, leur disoit-il, contribuez- f , je vous prie, de votre coté ; faites , par vos bons exemples , que le peuple soit autant incité a bien faire , qu'il en a été ci -devant détourné. Vous m'avez exhorté de mon devoir, je vous exhorte du vôtre i faisons bien a Venvi les mis des autres. Mes prédécesseurs vous ont donné de belles paroles ; mais moi, avec ma jaquette grise, je vous donnerai de bons effets. Je suis tout gris au-dehors , mais je suis tout d'or au-dedans. Je verrai vos cahiers , et j répondrai le plus favorablement qu'il me sera possible.
Il n avoit pas trop de toute sa prudence et de n avoit he-
1 1 , soin de s»ran-
toute son adresse pour se gouverner de sorte que jg adresse les Catholiques et le pape fussent contents de sa d°;°Vrvec"ê conduite , et que les Huguenots n'eussent pas sujet Pj*!'^ hh^'uIde s'en alarmer et de se cantonner. Son devoir i>o'*et sa conscience le portoient à l'assistance des premiers; mais la raison d'État et les grandes obligations qu'il avoit aux derniers , ne lui permettoient pas de les désespérer. Pour garder donc un tempérament nécessaire , il leur accorda un édit plus ample que les précédents : on l'appela
iMjî). redit de Nantes, parce qu'il avoit été conclu Nautesâccor 1 année précédente en cette ville-là, tandis qu'il déausHugue- ^^^^jj p^^, ,. g'jjj. jj ^ Rccordoit toutc li-
nots. J '
berté pour l'exercice de leur religion , même la faculté d'être admis aux charges, aux hôpitaux , aux collèges, et d'avoir des écoles en certains endroits , et des prêches presque partout; et plusieurs autres choses , dont ils sont bien déchus depuis ce temps-là, à cause de leurs rebellions et de leurs diverses entreprises.
Le parle- L^ parlement y apporta de grandes oppositions
ment le véri- ^ J rr o rr
ii« avec peine, plus d'uu an duraiît : enfin, comme on lui eut fait comprendre que ce seroit rallumer le feu dans le royaume , que de ne pas accorder cette sûreté aux Huguenots , qui étoient querelleux et puissants , il le vérifia.
Le roi rend D'uu autrc côté , pour adoucir le pape , qui eût
toute sorte * 1 r 7 n
derespectsau pu sc fàclicr de Cet édit , le roi lui rendoit toute
pape. . . , ^
sorte de respects , et embrassoit ses mterets avec chaleur , comme il fit en l'affaire de Ferrare , dès l'an iSgy et iSgS.
Affaire dn Ccttc duclîé cst uii ficf masculiu du saint siège,
duché de Fer- . r • • • ^ •
rare. duquel Ics papcs avoient autrefois investi les sei-
gneurs de la maison d'Est, à la charge de reversion au défaut de mâles légitimes. Alphonse d'Est, second du nom , dernier duc , étoit mort l'année i597 ' ^^"^ enfants, et avoit laissé de grands trésors à César d'Est , bâtard d'Alphonse P"^, son pa-
DE HENRI-LE-GRAND. l'ij
rent. Il avolt fait son possible auprès du pape "Qgpour obtenir l'investiture du duché pour ce bâ- tard de Fertard , lequel ne l'ayant su impétrer, ne laissa pas "a^nteuir"*^ de se mettre en possession après la mort d'Alphonse II , et de s'y vouloir maintenir à force d'armes. Clément VIII fut obligé de lui faire la Le p»pe lu; guerre pour le déposséder. Les princes d'Italie se partagèrent dans cette querelle ; et les ducs de Guise et de Nemours furent sur le point d'entreprendre la défense de César, dont ils étoient proches parents, étant issus d'Anne d'Est, fille d'Hercule II , duc de Ferrare , et de madame Renée de France ; car cette Anne , en premières noces, avoit épousé François, duc de Guise, et en secondes, Jacques, duc de Nemours. Le roi d'Espagne aussi le favorisoit sous main , ne désirant pas que le pape s'agrandît en Italie par la réunion de cette duché; mais Henri-le-Grand ne Le roi offre
-, i • ij rr ■ ^°" épée au
manqua pas de prendre cette occasion d oih^u'son pape, épée et ses forces au saint Père. Les alliés de César l'ayant su, en furent extrêmement refroidis ; et lui , contraint de capituler avec le pape , auquel il remit tout le duché de Ferrare. Il ne César quitte lui resta que les villes de Modène et de Reggio, Ferrare, et que l'empereur maintint être fief de l'Empire , et aHiod^uer dont il lui donna l'investiture. De là viennent les ducs de Modène d'aujourd'hui.
Si la chaleur que le roi avoit témoignée en
1599. cette occasion pour les inte'rêts du saint siège ,
oblig^ea sensiblement le pape , celle qu'il faisoit
voir tous les jours pour ramener les Huguenots
au sein de l'Église , ne lui etoit pas moins agre'able.
Hugneuts"" ^^ ^'^^it de telle sorte pour cela, que d'heure à
convmisseat. autrc il s'en convertissoit plusieurs, même des
plus savants et des plus notables. Mais ce qu'il y
avoit de plus important , c'est qu'il avoit retire'
le jeune prince de Conde d'entre les mains des
Huguenots, qui le gardoient soigneusement à
Saint- Jean-d'Angely, depuis la mort de son père,
arrive'e l'an 1687, et le nourrissoient dans leur
fausse religion , avec grande espe'rance d'en faire
le^'eune'iw qu^k^e jour leuF chcf et Icur protcctcur. Le roi,
destain'^sïes ^^^^^^^'^ant combicu il seroit préjudiciable au
Hiigueriots,et salut de ce jeune prince et à ses propres inte'rêts
le fait élever i i i • ,, , , i^ r y
Haus la reii- de le laisscr la plus long-temps, sut si bien e-affner
Rion catholi- 1 • • i . ,.,
que. les prmcipaux du parti , qu'ds souffrirent qu'on
l'amenât à la cour. Il lui donna pour gouverneur Jean de Vivonne , marquis de Pisani , seigneur d'un rare mérite et d'une sagesse sans reproche , lequel n'oublia rien pour le bien e'iever dans la religion catholique et dans les plus beaux sentiments de l'honneur et de la vertu. Il n'avoit encore que sept à huit ans : lorsqu'il en eut neuf, le roi lui donna le gouvernement de Guienne , l'aimant tendrement, et le nourrissant comme son successeur pre'somptif
Dans le calme de la paix, on ne parlolt que de »%9
/• - 1 PA 1 • /-. 1 • 1 Mariages, (le
réjouissances, de letes et de mariages. Lelui de rinfanted'F... l'infante d'Espagne Isabelle-Claire-Euge'nie , et ^caUiVriL / de l'archiduc Albert , se solennisa dans les Pays- Bas ; et celui de madame Catherine , sœur du roi , avec Henri, duc de Bar, fils aîné de Cliarles II, duc de Lorraine , à Paris.
Catherine étoit âge'e de quarante ans , plus Qualités de agre'able que belle , ayant une jambe un peu courte, pour^uoi^' i^c Elle e'toit assez spirituelle, aimoit les belles-let- ••«' '^ «^«"-''^
r ' au duc de bar.
très , et savoit beaucoup pour une femme , mais ëtoit opiniâtrement huguenote. Le roi apprëhendoit qu'elle n'épousât quelque prince protestant, lequel , par ce moyen , fût devenu protecteur des Huguenots, et comme un autre roi en France. A cause de cela , il la donna au duc de Bar , pensant d'ailleurs gagner plus de créance parmi les Catholiques , en s'alliant avec la maison de Lorraine. Avant cela, il fit tout son possible pour la convertir , jusqu'à y employer les menaces ; et n'en ayant pu venir à bout , il dit un jour au duc de Bar : Mon frère , c'est a vous a la dompter.
Il y eut de la difficulté pour le lieu et pour la cérémonie de la célébration de ce mariage. Le duc vouloit qu'il se fît à l'église, et la fiancée qu'il se fît au prêche. Le roi trouva un milieu : il Le mariage le rit taire dans son cabinet, ou il amena sa sœur nabicctdur-
iSgg. par la main, et ordonna à son frère naturel , qui étoit archevêque de Rouen il y avoit environ deux ans , de les marier. Ce nouvel archevêque en fit du commencement quelques refus, alléguant les canons qui le défendoient ; mais le roi lui représenta que son cabinet étoit un lieu sacré, et que sa présence suppléoit au défaut de toutes solennités ; après quoi le pauvre archevêque n'eut pas la force de résister.
Le papu se Ce mariage s'étant fait pour le bien de la reli-
fâclia contre . -i i i i i •
lediicdeBar, giou catlioliquc , il scmblc que le pape en devoit
de ce maria- ^ i • • ' • ■^ i -^
ge. être bien aise ; néanmoins , comme il ne vouloit
point souffrir un mal , quelque bien qui en pût arriver, il déclara que le duc de Bar avoit encouru excommunication , pour avoir , sans dispense de l'Église , contracté avec une hérétique , et tint ferme long-temps pour ne lui point donner l'absolution, quelque instance que le duc lui en pût faire.
Outre les solennités de toutes ces noces , plusieurs autres choses entretenoient la cour. Deux changements notables , l'un du duc de Joyeuse , l'autre de la marquise de Belle-Isle , lui causèrent de l'étonnement.
Le dnc de Le duc de Joyeuse avoit quitté l'habit de capu-
Joyeuse ren- .... . ,.
tre dans les ciu , il y avoit quatrc ou cinq ans , avec dispense re^prTndVhï du papc , pour être chef de la ligue en Languedoc. *"*' Un beau jour , sans en rien communiquer à per-
sonne , il alla se rejeter dans son couvent de Paris , i^ooet reprit l'habit. Peu de jours après , on fut bien e'tonné de voir, avec cet habit de pénitence, prêcher dans la chaire celui qu'on avoit vu la semaine pre'ce'dente danser au bal , comme l'un des plus galants. On dit que les saintes exhortations de sa mère , qui de fois à autre le faisoit souvenir de son vœu , et certains mots ambigus que le roi lui jeta en quelques conversations , lui firent penser qu'il ne pouvoit plus être dans le monde avec sûreté de conscience , ni avec honneur.
La marquise de Belle-Isle , sœur du duc de Lamarquîse
•Il 1 • 1 r. n T 1 ^^ Belle-Fsle
Longueville , et veuve du marquis de Belle-Isle , se fait feuiifils aîné du maréchal de Retz , ayant eu quelque secret déplaisir, y renonça aussi , et s'alla enfer" mer dans le couvent des Feuillantines , à Toulouse , où elle prit le voile , et y acheva ses jours.
Il vint après cela des nouvelles à la cour, que DueideCré^ Philippin, bâtard du duc de Savoie, avoit été philippin, bàtué en duel par le seigneur de Créquy, duquel on peut dire sans flatterie qu'il étoit un des plus galants hommes et des plus braves de son temps. L'histoire de ce combat se trouve écrite en tant d'endroits, et est encore si fort dans le souvenir de tous ceux qui portent l'épée, qu'il seroit superflu d'en rapporter les particularités.
La chasse étoit alors le plus ordinaire divertissement du roi. On raconte que chassant dans la
tard de Savoie.
iSgg. forêt de Fontainebleau , accompag^né de plusieurs
seigneurs, il entendit un grand bruit de cors, de
veneurs et de chiens, qui sembloit être fort loin;
puis tout à l'instant s'approcha tout près d'eux.
L'apparition Quelqucs-uns dc sa compagnie s'avançant vingt
du grand ve- . , , . .
neur au ro; , pas , Virent un grand homme noir , parmi des a^ipontaine- halhcrs, qui Ics effraya tellement qu'ils ne purent '^*"' dire ce qu'il devint, mais entendirent qu'il leur
crioit d'une voix rauque et épouvantable : M'attendez-vous, ou m'entendez-vous , ou amendezvous. Les bûcherons et paysans d'alentour de cette forêt disoient que ce n'étoit point chose extraordinaire, et qu'ils voyoieiit quelquefois ce grand homme noir , qu'ils nommoient le grand veneur, avec une meute de chiens , qui chassoit à beau bruit, mais qui ne faisoit mal à personne. Ce que ce II sc fait uuc infinité de contes dans tous les cesfantônaes. P^ys du iiiondc , de pareilles illusions de ces chasseurs. S'il faut y ajouter quelque foi, on peut croire que ce sont ou des jeux de sorciers, ou de quelques malins esprits , à qui Dieu donne cette permission pour convaincre les incrédules, et leur faire voir qu'il y a des substances séparées, et quelque être au-dessus de l'homme.
Or, si les prodiges sont les signes, comme l'on dit, de quelques grandes et funestes aventures, on peut croire que celui-là présagea la mort étrange de la duchesse de Beaufort, qui arriva
quelques jours après. L'amour que le roi avoit i5ç)q. pour elle , au lieu de s'éteindre par la jouissance, brieiie *^dps'e'toit accru jusqu'à tel point , qu'elle avoit bien '"'^",'!^^" '■°'
J 1 r ^ a qii ill ipouse
ose lui demander qu'il reconnût sa faute, et qu'il *' ^i" '' *''""
A A tune ses cn-
le'gitimât ses enfants par un mariage subséquent; fams.
et il n'avoit pas osé lui refuser absolument cette iiieiuifa;-
^ -Il • • ^1 f *"**'' espérer.
grâce, mais l entretenoit toujours d espérances.
Ceux qui aiment la gloire de ce grand roi ont de la peine à croire qu'il eût jamais pu faire une telle action , qui sans doute l'eût jeté dans le mépris, et du mépris l'eût fait retomber dans la haine de son peuple. Toutefois il étoit à craindre que les appas de cette femme, qui avoit trouvé son foible , avec la flatterie des courtisans , qu'elle avoit presque tous gagnés à force de présents et de caresses , n'engageassent ce pauvre prince ^
dans le déshonneur : et sans mentir, il avoit l'àme trop tendre du coté des dames. Il étoit maître de toutes ses autres passions ; mais il étoit esclave de celle-là. On ne sauroit justifier sa mémoire de ce reproche ; et s'il est admirable quasi en toutes les autres parties de sa vie, il ne doit pas être imité en ce point-là.
Cependant, Gabrielle se flattant toujours de Enfin elle
1) • HA 1 • A c 1 / l'obligfa de
espoir cl être bientôt sa lemme , sur les espe- demander des
. ~ ''l 1 • 'il ' Ci. ■ L ■ commissaires
rances qu il lui en avoit données, ht si bien aupape,nour qu'elle Tobliffea de demander au pape des com- ^"f,':!.'?*^ ^^
v Cl il nullité de son
missaires pour juger du divorce d'entre lui et la ^a'^'"?*^-
1599. reine Marguerite ; et le roi , afin de trouver faveur auprès du saint Père , et le rendre plus facile
^ à ses intentions , lui faisoit dire sous main , par
Sillery, son ambassadeur, qu'il ëpouseroit Marie de Médicis , dont on croit ne'anmoins qu'il n'avoit pour lors aucune envie.
Le pape ti- Aussi le pape , soit qu'il se défiât de son inten-
roit l'affaire .• -. î-i a i • -mr • 5
en longueur, tion , soit qu il Vit quc la reine Marguerite ny donnoit pas les mains , faisoit traîner l'affaire , et ne rendoit que des réponses ambiguës. On dit même que se voyant un jour fort pressé par le cardinal d'Ossat et par Sillery, de donner contentement à leur maître , à faute de quoi , disoientils , il se pourroit faire qu'il passeroit outre , et qu'il épouseroit la duchesse ; il fut si étonné de ce discours, qu'il remit aussitôt la conduite de cette affaire en la main de Dieu, ordonna un jeûne à toute la ville de Rome, et se mit en oraison lui-même pour demander à Dieu qu'il lui inspirât ce qui seroit le mieux pour sa gloire et pour le bien de la France ; qu'au sortir de la prière, il s'écria, comme s'il fût revenu d'extase: Dieu y a pou/vu; et que peu de jours après il arriva un courrier à Rome, qui apporta la nouvelle de la mort de cette duchesse.
Le roi cependant s'impatientoit fort de ses longueurs; et quelques-uns craignoient que le dépit d'être méprisé ne le jetât dans les mêmes incon-
vénients où il avolt autrefois jeté Henri VIII, i-^99roi d'Angleterre ; ou bien que , par le conseil de quelques flatteurs, forçant la bonté de son naturel, il ne se portât à se de'faire de la reine Marguerite , de quelque manière que ce fût.
Gabrielle alors étoit grosse de son quatrième Le roi de-
. meure à Fon-
enfant. Comme la fête de Pâques approchoit, le taiuebieau,
. , , . r . 1 ' ^- '1 • ' 1 4. i pour faire ses
roi désirant faire ses dévotions éloigne de tout dévouons le objet de scandale, la renvoya à Paris , et la con- ^^^l^ ^ l^ ^^l duisit jusqu'à mi-chemin. Elle eut grand'peine G°brleut^"à à se séparer de lui , et elle lui recommanda ses ^^'^'** enfants la larme a. l'œil , comme ayant un secret pressentiment qu'elle ne le devoit jamais revoir.
Etant à Paris, logée dans la maison de Zamet, ce fameux financier, après avoir dîné chez lui, et ensuite avoir entendu ténèbres au petit Saint- Antoine (c'étoit le jeudi saint) ; comme elle étoit de retour au logis , et qu'elle se promenoit dans le jardin, elle se sentit frappée d'une apoplexie au cerveau. Le premier accès étant passé, elle ne voulut plus demeurer en cette maison, mais se fit transporter chez madame de Sourdis, sa tante , près de Saint-Germain de TAuxerrois ; et là , Elle y meurt tout le reste du jour et le lendemain, elle eut de forutran^e^ fois à autres des syncopes et des convulsions dont elle mourut le samedi matin.
On parla diversement des causes de sa mort : mais, après tout, ce fut un bonheur pour la
1^99 France, en ce qu'elle ôta au roi un objet pour
Le roi s'en -, l'i'ii' t i • '
console, et ce. lequcl il S alloit perdre lui et son Etat. Sa dou-
pendant con- i r . • i ii • / r
serve ton- ^^^^^ ^^^ ^ussi grande que 1 avoit ete son amour. iré.ne"°^ten- Toutcfois, çommc il u'ëtoit pas de ces âmes foifes'enfaïtT'^ bles , qui sc plaïscnt à perpétuer leurs regrets et à se baigner dans leurs larmes, il n'en reçut pas seulement les consolations, il les chercha; mais il conserva toujours , à l'endroit des enfants , particulièrement du duc de Vendôme , l'affection qu'il avoit eue pour la mère.
Les bons François désiroient avec passion qu'un si bon roi pût laisser des enfants le'gitimes. Ils n'avoient pas osé le trop presser de prendre une femme capable de lui en donner, tandis que Gabrielle vivoit, de peur qu'il ne l'épousât; et dans La reme la même crainte , la reine Marguerite n'avoit
Marguerite • i ■
présente sa pomt voulu aussi prêter son consentement a dispe, tendante soudrc SOU mariage. Mais lorsque Gabrielle fut son miriage! mortc , elle y donna volontiers les mains , et adressa une requête au saint Père , pour demander elle-même cette dissolution, se fondant principalement sur deux causes de nullité. La première étoit le défaut de consentement ; car elle alléguoit qu'elle avoit été forcée de l'épouser par le roi Charles IX son frère. La seconde étoit la proximité de parenté qui se trouvoit entre eux au troisième degré, dont elle disoit qu'il n'y avoit point eu de dispense valable.
DE IIENRI-LE-GRANll. 247
Semblablemeiit les seigneurs du royaume et le i^gt). parlement supplièrent Sa Majesté, par de solen- g.,ours ^^0 nelles députations , de \ouloir songer à prendre sJ',"pi ,!"t''\e femme , lui représentant les inconvénients et le \°' '}'' p'"^"
>■ dre temme.
danger où la France se trouveroit s'il venoit à mourir sans enfants. Ces députations-là ne sembleront pas étranges à ceux qui savent notre ancienne histoire : car on y voit que les rois ne se marioient, ni eux, ni leurs enfants, que de l'avis de leurs barons; et cela passoit presque en ce temps-là pour une loi fondamentale de l'Etat.
Le roi, touché des justes supplications de ses n présente
sa requête au
sujets, adressa sa requête au pape contenant les pape, connue
A • 11 1 1 • T»x • avoit fait la
mêmes raisons que celles de la reme Marguerite, reine Maret chargea le cardinal d'Ossat, et Sillery, son s^en e. ambassadeur extraordinaire, qu'il avoit envoyé à Rome pour suivre le jugement du pape sur la restitution du marquisat de Saluées , de solliciter instamment cette affaire.
La cause rapportée au consistoire , le pape Le pape
1 • ■ \ 1 '1.11' accorde des
donna commission a des prélats de la juger sur commissaires, les lieux, selon les droits de cette couronne, qui centirdîl^ol ne souffrent point que l'on traduise les François i"t'onduma.
■■■A ^ nage.
pour pareille nature d'affaires de -là les monts, où il leur seroit presque impossible de faire aller les témoins et les preuves nécessaires. Ces prélats furent le cardinal de Joyeuse, le nonce du pape et l'archevêque d'Arles ; lesquels ayant interrogé
1391). les deux parties, vu les preuves produites de part
et d'autre, et la réquisition des trois États du
royaume, déclarèrent ce mariage nul, et leur
permirent de se marier oîi bon leur sembleroit.
Après cela, La Tcinc Marg"uerite , qui depuis plusieurs
la reiue Mar- , . . ^ .
guérite ^ient anuccs avoit quitte le roi , et après diverses aventures s'étoit enfermée volontairement au fort château d'Usson en Auvergne, eut permission de venir à Paris, de l'argent pour payer ses dettes, de grandes pensions, la jouissance de la duché de Valois et de quelques autres terres , et droit de porter toujours le titre de reine. Elle vécut encore plus de quinze ans, et bâtit un palais près du Pré-aux-Clcrcs, qui depuis a été vendu pour payer ses dettes, et démoli pour Ses înclina- bâtir d'autrcs maisons. Elle aima fort les bons musiciens, parce qu'elle avoit l'oreille très délicate; et les hommes savants et éloquents, parce qu'elle avoit l'esprit beau et l'entretien fort agréable. Au reste, elle étoit libérale jusqu'à la prodigalité , pompeuse et magnifique ; mais elle ne savoit ce que c'étoit que de payer ses dettes : ce qui est sans doute le plus grand de tous les défauts dans un prince , parce qu'il n'y a rien qui soit si fort contre la justice, dont il doit être le protecteur et le modèle.
Ce mariage étant dissous , Bellièvre et Villeroy, appréhendant que le roi ne s'engageât en de nou-
tlOUS
velles amours , et ne se prît à quelqu'un des iSgg. filets que les plus belles de la cour lui tendoient , le portèrent , par plusieurs grandes raisons d'Etat , à se fixer en la recherche de Marie de Mëdicis. Elle étoit fille de François, grand-duc de Toscane, qui étoit mort dès l'an i588, et n'ayant que des filles , avoit eu pour successeur son frère Ferdinand, qui par conséquent étoit oncle de Marie , et tenoit pour lors la duché. ^g^^
Le cardinal d'Ossat et Sillery firent entendre Ou deman-
-de Marie de
son mtention au grand-duc Ferdinand son oncle ; Médicis pour
et Alincour, fils de Yilleroy, qu'il avoit envoyé
pour remercier le gaint Père de sa bonne et
brièv,e justice, touchant la dissolution susdite de
son mariage, eut ordre de lui témoigner que le
roi ayant jeté les yeux sur toutes les filles des
maisons souveraines de la chrétienté, n'avoit
point trouvé de princesse plus agréable. L'affaire
ïnX. maniée avec tant d'adresse et de vigilance ,
par les soins de ceux qui l'avoient entreprise,
que le roi s'y trouva tout-à-fait engagé. Le con- Le contrat
1 • ^ • ' \ x-ii ^^ mariage
trat de mariage tut signe a Florence par ses est passé à ambassadeurs, le 4^ du mois d'avril de l'an 1600 ; les" noces Vy et Alincour, dans sept jours, lui en apporta les ^urlu"^'^'" nouvelles à Fontainebleau. Il assistoit pour lors à la fameuse conférence ou dispute d'entre Jacques-David Du Perron, évêque d'Évreux , depuis cardinal , et Philippe Du Plessis - Mornay ,
îi5o HISTOIRE
iGoo. dans laquelle la ve'rité triompha hautement du mensong^e.
Il y a des relations particulières des solennités qui se firent à Florence , des magnificences du grand-duc, des cérémonies des fiançailles et des noces de cette reine, de son embarquement et de sa conduite par les galères de Malte et de Florence, et de sa réception à Marseille, à Avignon et à Lyon; et ainsi je n'en dirai rien. Le roi tom- Tandis que ce mariage de Florence se traitoit ,
be daus les , . . . -
liiets de ma- Ic roi ayant un cœur qui ne pouvoit long-temps d'Eiitrâguel, conserver sa liberté, s'attacha à un nouvel objet. .'iuSdeVer^ Il faut savoir que Marie Touchet, qui avoit été ueuii. maîtresse du roi Charles IX , d'où étoit issu le
comte d'Auvergne , avoit été mariée au seigneur d'Entragues , et en avoit eu plusieurs enfants ; entre autres une fort belle fille, nommée Henriette, qui par conséquent étoit sœur utérine du comte d'Auvergne. Ce comte étoit âgé pour lors de quelque trente ans, et elle de quelque dix-huit. Réflexion On ne sait que trop qu'il n'y a que les flatteurs
importante i ia i i • -a il
sur les flat- ct Ics lachcs complaisauts qui gâtent tout dans la cour des grands, et qui corrompent même leurs personnes. Ce sont eux qui sucrent le poison, qui enhardissent le prince à mal faire, en lui ôtant la honte du mal, qui le familiarisent avec le vice, qui lui en recherchent et facilitent les occasions, et qui font , pour ainsi dire , le métier de Satan et
de tentateur. Il est impossible de purger la cour iCoo. de ces pestes; elles s'insinuent malgré qu'on en ait dans les palais des grands , se rendent agréables par de nouveaux divertissements, gagnent l'oreille par des louanges flatteuses, par de bons contes, par des hâbleries plaisantes ; puis , quand elles tiennent les entrées, elles font glisser subtilement le venin dans le cœur , et empoisonnent les âmes les plus innocentes.
Notre Henri , tout grand prince qu'il étoit , avoit de ces gens-là auprès de lui , lesquels ayant reconnu son foible pour les femmes , au lieu de le fortifier et de le retenir, comme véritables amis , n'oublioient rien pour le pousser plus fort dans le penchant , et faisoient leur fortune de son défaut. Ce furent eux qui louèrent tellement les beautés, les gentillesses, l'esprit, l'entretien divertissant et enjoué de mademoiselle d'Entragues, qu'ils lui firent venir l'envie de la voir et de l'aimer. Ils ne pouvoient jamais rendre de plus mauvais office à leur maître que celui-là. Elle avoit certainement beaucoup de charmes; mais elle n'avoit pas moins d'esprit et d'adresse. Ses refus et sa modestie irritèrent plus fort la passion du roi. Bien qu'il ne fût point prodigue , il lui fit Le roi don-
.,, , ,, ne cent mille
porter cent mille ecus tout en un coup. Elle ne écusàmade-
1 c . . ' • ' • .1 inoiselle d'En-
les rerusa pas, et témoigna réciproquement beau- tra-ues. coup d'amour et d'impatience pour un si grand
ï6oo.
roi; mais elle fît adroitement intervenir son père et sa mère à la traverse, pour l'observer de si près , qu'elle ne pût pas lui donner la commodité entière de lui parler.
Son adresse Sur cck, elle lui fit entendre qu'elle étoit au
pour le me- i / . ^ '^^•^'- »*»*
ner au point dcsespoir de ne lui pouvoir tenir parole • au'il
qu'elle vou- r 11 • • 1 r 5 ^
i„it. talloit avoir le consentement de ses père et mère ,
et qu'elle y travailleroit de son côte'. Puis , après plusieurs long^ueurs et remises, elle lui dit qu'ils ne pouvoient être amenés à un point si délicat , SI ce n'étoit que , pour mettre leur conscience à couvert envers Dieu, et leur honneur envers le monde, Sa Majesté voulût lui faire une promesse de mariage ; qu'elle n'avoit nulle envie de se servir de cet écrit ; et que quand elle voudroit s'en servir, elle savoit bien qu'il n'y avoit point d'offîcial qui osât faire citer un homme qui avoit cinquante mille hommes de g^uerre à son commandement : mais que ces bonnes gens le désiroient ainsi, et qu'il ne devoit point faire de difficulté de guérir leur fantaisie, puisqu'il ne s'agissoit que de lui donner un petit morceau de papier en échange de la chose la plus précieuse
Elle tire une qu'elle eût au monde. Enfin elle sut si bien
promesse de • -i i
mariage de toumcr son csprit , qu il lui fit une promesse de sa main, par laquelle il s'obligeoit de l'épouser , dans un an, pourvu que dans ce temps-là elle lui fît un enfant mâle.
DE HEWRI-LE-GRANU. 253
Toute cette intrig^ue se voit dans les Mémoires 1600. de Sully, où il dit que le roi l'ayant mené seul dans la première galerie de Fontainebleau , lui montra cette promesse écrite de sa main , et lui en demanda son avis ; qu'au lieu de répondre SuUy la d«-