l' ' 1 i '•! ■ "i Savoienevou
le temps avec 1 épaule , et qu il arnveroit, ou lok que gaque les François s'ennuieroient de poursuivre &^«'"^^'^™p^-
1600. cette affaire, ou qu'il en surviendroit quelque autre plus importante, qui de'tourneroit les pensées du roi ailleurs. De plus, comme il y avoit encore plusieurs esprits mélancoliques qu'on n'avoit pu guérir de cette opinion, que le roi étoit toujours huguenot dans Tâme, et avec cela quelques ennemis cachés et dangereux, de sorte qu'il n'y avoit point d'années qu'il ne se fit plusieurs conspirations contre sa vie , il se pouvoit faire qu'il y en auroit enfin quelqu'une qui réussiroit. En effet , cette année-là on en avoit découvert trois , dont celle qui fit le plus de bruit fut d'une femme, qui alla offrir au comte de Soissons de l'empoisonner ; mais le comte la déféra, et elle fut brûlée toute vive en Grève. Il veut venir Afin douc de ffacncr du temps, il désira de
en France . a .
conférer avec vcuir cu France lui-même, ayant si bonne opi-
le roi. . , . - ,., , .
mon de son esprit et de ses ruses,, qu il s assuroit d'obtenir du roi ce marquisat en don, ou du moins prétendoit faire de telles propositions, et d'employer tant d'artifices, qu'il se passeroit plus d'un an avant qu'on les pût démêler. Il disoit que son ambassadeur lui avoit mandé qu'il avoit entendu dire au roi, que s'ils étoient ensemble, ils vuideroient bientôt ce différend à l'amiable, et que c'étoit cette bonne parole qui l'avoit embarqué en son voyage : mais plusieurs soupçonnoient, avec apparence, qu'il le faisoit à
DE IIENRI-LE-GRAND. sB'J
dessein de gagner quelques gens dans le conseil 1600.
du roi ; de sonder les affections ; de remarquer
et de reveiller les mécontentements; de jeter des
semences de corruption et de division, et de
renouveler les intelligences qu'il pouvoit avoir
à la cour. D'autres s'imaginoient qu'il ëtoit mal- Quels pou-
voient être
content de l'Espagne , parce que Philippe H , les motifs de
1 /11-» T. IV n^^ ^ / ce voyage.
ayant donne les Pays-Bas en dot a sa iule pumee , n'avoit laissé à son aîne'e , femme du duc , qu'un crucifix et une image de Notre-Dame. D'ailleurs, il avoit en effet reçu quelques déplaisirs des ministres d'Espagne ; et il faisolt courir le bruit, soit qu'il fut vrai ou non , qu'il avoit entrepris ce voyage sans en rien communiquer à Philippe III, son beau -frère. Enfin, chacun en jugeoit à sa fantaisie ; et peut-être que pas un ne devinoit le secret de ses pensées , n'y ayant jamais eu prince moins pénétrable et plus caché que celuilà. Aussi disoit-on de lui, que son cœur étoit couvert de montagnes , aussi bien que ses pays : c'est qu'il étoit bossu , comme la Savoie est toute montueuse.
Il voulut amener un train qui marquât son Son train, rang et sa puissance. Il avoit douze cents chevaux ; mais tous ses officiers étoient vêtus de deuil , à cause de la mort de sa femme ; ce que plusieurs des siens prirent à mauvais présage. Le roi , désirant le recevoir selon sa dignité ,
258 HISTOIllE
1600. ordonna aux villes et aux gouverneurs de lui
Le roi le fait i . 1 a i 5\
bien recevoir rendre tous Ics memes honneurs qua sa propre partout. personne.
Il passe par H descendit à Lyon par la rivière du Rhône , et y fut reçu par La Guiche , g-ouverneur de cette ville. Mais le chapitre de Saint Jean ne lui donna pas la place de chanoine et comte de cette e'glise, parce qu'il ne possédoit plus la comté de Villal'S , en vertu de laquelle les comtes de Savoie y avoient e'té reçus autrefois; joint qu'il n'avoit pas ses titres , et qu'il ne vouloit point se donner le temps d'y faire preuve de sa noblesse, dont ce chapitre-là ne dispense qui que ce soit que nos rois.
Arrive à Fon- De Lyon il vint à Rouanne, descendit par eau
taiiiebleau, ou \ ~. -, r • v,.,, \
étoitieroi. a Orleaus , et puis en poste a Fontainebleau, ou
étoit le roi. Il y arriva le 20''" de décembre, courant
Son adresse avcc soixautc et dix chcvaux. D'abord, pensant
pour gagner ' • J 1 P ^ 1 1 • M
d'abord la acqucnr de Ja confiance auprès de lui , il se roi plaignit hautement des Espagnols , lui découvrit ,
ou feignit de lui découvrir ses plus secrètes pensées, et un dessein qu'il avoit de les chasser d'Italie. Il lui dit ses amis, ses moyens 6t ses intelligences pour cela. Il voulut lui faire ci^oité qu'il lui ouvroit son cœur, qu'il étoit tout François, et qu'il désiroit s'attacher aux intérêts de Quiest aussi la Fraucc sans réserve. Le roi l'écouta avec
fin que lui , .
attention, et le remercia de ses bofts sentiments ;
DK HENRI-LE-GRANll. sSg
mais après tout, il finit par-là : Je suis d'avis iGoo.
que nous vuidions premièrement les affaires
que nous avons ensemble^ puis nous parlerons
du reste. Trois jours après, le roi s'en alla à Et ramène à
Paris, où ils dévoient parler plus amplement du
sujet qui l'avoit amené en France.
Sur cela commença la dernière année du quin- Onverturo
' du jubilé cen-
zième siècle , que l'on comptoit 1600, célèbre teuaireàUopar le jubile centenaire qui s ouvrit a Rome. Il s'y trouva vingt et quatre mille François, les uns mus de dévotion, les autres de curiosité, entre lesquels il y avoit bon nombre de Huguenots , qui étoient allés voir cette grande cérémonie. Ils le pouvoient avec toute liberté ; car , durant l'année du grand jubilé , l'inquisition cesse à Rome , où d'ailleurs elle est bien moins rigoureuse qu'en Espagne. Le duc de Bar se trouva en babit inconnu à cette ouverture : il y étoit allé pour demander la dispense de son mariage et l'absolution au saint Père ; il obtint l'absolution en la manière que Jie cardinal d'Ossat le dit dans ses lettres : mais quelque grande que fût sa soumission , il ne put pour lors obtenir la dispense \ elle ne lui fut accordée qu'à trois ans de là, et même elle n'arriva que quelques jours après qvie sa femme, madame Çatberine, fut morte. Grandes de-
moDstratioos
Le commencement de cette année vit le roi d'amitié entre
16 roi et le
et le duc de Savoie vivre avec tant de privautés duc.
a6o IIISTOIRL
1600. et tant de preuves d'amitié, qu'on eût cru que ce n'étoit qu'un même cœur. La civilité et la courtoisie Françoise obligeôient le roi de faire toute sorte de bons traitements au duc; et le désir qu'avoit le duc d'oblenir de lui le marquisat, le portoit à une extrême complaisance , et à chercher tous les moyens de se rendre agréable à un si grand roi. La cour de France avoua qu'elle n'avoit jamais vu de plus parfait courtisan ; les dames, de plus agréable galant; les officiers du Comment roi et dcs grands , de prince plus libéral. Il savoit le roi; sc conduire dé telle sorte auprès du roi, qu'il ne libéraii- faisoit ni le compagnon ni le valet; et s'il vouloit bien paroître inférieur en grandeur, il s'efforçoit de paroître supérieur en générosité et en libéralité. Il donnoit à pleines mains , même aux prin- Le roi lui èipaux de la cour. Le roi leur permettoit d'acsorresd.'b'oD! ccptcr ses préscuts , et de son côté en donnoit traitemeuts. j^ f^^,^ grauds au duc. Il le traitoit et le faisoit traiter par les principaux de sa cour , et tous les jours lui faisoit voir quelque nouveau sujet de Lui faît voir divertissement. Entre autres choses, il désira
avec soa ses tés.
rle-
nitnt, où ils qu'il vît SOU parlement, que nos rois ont tou-
pUi'de°/Tne jours montré aux princes étrangers comme un
cause. abrégé de leur grandeur, et le lieu où leur
majesté réside avec plus d'éclat. Ils se mirent
ensemble dans la lanterne de la grand' chambre ,
où ils entendirent avec ravissement plaider une
cause fort singulière, qu'on avoit choisie exprès, 1600. et prononcer l'arrêt par Achille de Harlay, premier président , personnage si grave et si disert, que tout ce qui sortoit de sa bouche sembloit sortir de celle de la justice même.
Il n'y avoit point de civilité ni de courtoisie Maïs ne se