‹ Histoire de roi Henri-le-GrandChapitre 22 sur 27 · VI». T.. ..• leducdechoi · texte numérisé non relu

VI». T.. ..• leducdechoi

qu il se résolve a 1 une ou a 1 autre alternative, jj^^ ^^ i-^. Le duc prend de nouveaux délais , et promet res^utuVion. ^ toujours qu'il le satisfera. Cependant il faisoit

1600. remontrer au conseil d'Espagne le péril où il se*^ie"cousen ctoit ; quc la perte du marquisat le mettroit hors fe^^ecourh-'^^ d'c'tat de pouvoir servir les Espagnols ; qu'elle ouvriroit une porte aux François pour aller troubler l'Italie, et que cette tempête, après avoir désolé ses terres , iroit fondre sur le Milanois. Le conseil d'Espagne en comprenoit bien l'importance ; mais comme il agit fort lentement, il Lecomfede fut asscz loug-temps à se résoudre. Enfin le comte

Fneute;- vient i -i •

j.nur cela au dc Fucntcs , gouvcmcur du Muanois, eut ordre, tard. ' mais deux mois plus tard qu'il ne falloit, d'assister puissamment ce prince. Il se rendit pour cet effet dans le Milanois, où, avec deux millions d'or, qui étoient tout prêts, il commença de faire de grands préparatifs.

Le roi près- Après quc le duc , par divers artifices , eut fait

se le duc de ^

«tioîsîr , ou traîner la négociation près de deux autres mois,

récliange, ou , . , , . ,

la restitution. Ic roi étant ennuyé de toutes ses remises, se prépara de lier ce Protée, qui se changeoit en toutes sortes de formes , et de le forcer à rendre une réponse certaine. Il s'avança pour cet effet jusqu'à Lyon, où il avoit envoyé son conseil devant. Le duc , sachant qu'il s'approchoit , eut recours à d'autres finesses. Il lui envoya trois ambassadeurs , qui proposèrent conjointement un acte par lequel ils déclai'oient que leur maître étoit prêt d'accomplir le traité fait à Paris, et qu'il promettoit de l'emettre le marquisat ; mais celui

DE HENllI-LE-GRAND. 267

des trois qui avoit le secret, fit refus de signer 1600. les articles qu'on dressoit sur ce sujet, que premièrement le duc ne les eût montres à son conseil, et signés. Par ce détour, le duc gagna encore sept ou huit jours de temps : mais le roi , résolu de le pousser jusqu'au bout, le suivoit toujours à la trace , démêloit toutes ses ruses , et ne lui laissoit plus de subterfuge. Il fallolt donc qu'il n promet

» lA • • M -1 11 positivement

répondit positivement ; et 11 promit de rendre le de rendre le marquisat dans le 1 6* d'août.

Sur cette assurance , le roi fit avancer Le Mais quand

.le roi y eu-

Bourg-L'Espinasse , vieux colonel d'infanterie, voie destrou-

. . , . pes, il lève le

avec des troupes suisses, pour prendre possession masque, et l£ du marquisat. Comme il en approchoit, le duc leva le masque, et dit nettement qu'aux conditions qu'on lui avoit proposées , la guerre lui étoit moins dure que la paix. Ainsi le roi fut obligé d'en venir au point où il avoit bien prévu qu'il en faudroit venir, c'est-à-dire , à une guerre ouverte. Il la lui déclara donc le 11^ du mois Le roi lui d'août, mais avec ces termes exprès, que c' étoit gu^r/e! seulement pour le marquisat, et sans préjudice du traité de Vervins , lequel il désiroit observer inviolablement.

En même temps il donna avis de cette rupture n eu rend à tous les princes voisins, et leur fit entendre les "liTces voijustes sujets qu'il en avoit. Ce grand roi savoit ^"*** bien qu'entre les Chrétiens l'infraction de la paix

i6S rfisToiRE

1600. est extrêmement odieuse , et que , sans des raisons qui convainquent fortement les esprits, il ne faut jamais rien faire qui trouble la tranquillité publique.

Il e'toit pour lors à Grenoble , où il n'avoit , pour commencer cette guerre , que trois ou quatre compagnies d'ordonnance. Quelqu'un lui proposa de faire avancer le re'giment des Gardes. Il re'pondit : Qu'il ne le voulait pas éloigner de lui; que c'était la dixième légion , qui ne cornbattait point * sans César. Mais dans peu de temps la noblesse françoise et les aventuriers accoururent de tous côte's auprès de lui , comme Il la noce et au bal.

Biron con- Le marc'chal de Biron , quoique déjà degfoûté ,

quiert toute ' 1 1 j o 7

la Bresse. ayant amassé quelques troupes, entama le pays de Bresse en plusieurs endroits. Du Terrail y pétarda la ville de Bourg; mais la citadelle se garda mieux , et elle fit presque la seule difficulté de cette guerre. Créquy entrant en Savoie , y emporta la ville de Montmélian sur la minuit, mais non pas le château.

Le pape, Le pape, alarmé par les premières étincelles

alarmé de cette guerre.en- dc cct inccndic , ct ayant peur qu'il n'embrasât

voïc vers le *

roi. toute l'Italie, s'employa tout aussitôt pour l'e-

' Jules César ue vouloit pas que la dixième légion combattit sans lui.

teindre. Il dépêcha un prélat, qui portoit le titre 1600.

de patriarche de Gonstantinople , vers le roi, pour

lui remontrer les inconvénients de cette rupture,

et pour le conjurer au nom de Dieu de ne point

passer outre. Le roi l'assura qu'il n'avoit nul Belle répon.

^ ^ . se du roi au

dessein de troubler la paix d Italie; qu'il etoit pai>e,etbieu

, , . . ^. 1 . . chrétieune.

pnnce chrétien et juste ; que Dieu lui avoit donné un assez beau royaume pour s'en contenter; mais qu'il désiroit ravoir ce qui étoit de sa couronne ; que s'il avoit eu d'autres plus vastes desseins , il auroit fait de plus grands préparatifs.

Peu de jours après il partit, et entra lui-même Le roi entre dans la Savoie. Sa présence étonna tellement la la Savoie, et. ville de Chambéry, qu'il en fit sortir la g^arnison béry parwpar une prompte capitulation. Il se rendit maître què'iqué","!.!ensuite des avenues de la Tarentaise et de la ^eaux. Maurienne, en prenant dans deux ou trois jours le château de Gonflans et celui de la Charbonnière, qui jusque-là avoient passé pour imprenables.

Le duc de Savoie ne se remuoit point pour Le duc de

., , . . , , Savoie ne s'en

toutes ces pertes: il en etoit si peu touche, remuoit point. qu'il chassoit et qu'il dansoit tandis qu'on le dépouilloit de ses provinces. Il ne sembloit pas qu'il fût l'adversaire, mais le spectateur. Ses sujets pareillement ne s'étonnoient guère des progrès du roi : ils disoient que , s'il prenoit quelque

1600. place en Savoie , leur duc en prendroit bien

d'autres en France. On ne pouvoit deviner d'où

11 se fioJt à procédoit cetle grande sécurité. Il y en avoit

quelques vai- . . il» • ' •

lies piédic- qui croyoïent que le duc s assuroit sur je ne sais ligues, ou an qucUcs proiiostications d'a&trologues , qui lui '^iJou'' qui avoient prédit que dans le mois d'août il n'y etoit fort ir- ^uroit poiiît dc roi en France: ce qui se trouva

rite contre le i ' i

^o'- fort vrai, parce qu'en ce temps-là le roi étoit vic-

torieux au milieu de la Savoie. D'autres croyoient que le duc se fondoit encore sur les intelligences qu'il avoit avec le maréchal de Biron , dont la fidélité ayant été fort ébranlée par ses artifices, tandis qu'il étoit eu France , venoit d'être entièrement débauché par de nouveaux sujets de mécontentement que ce nîaréchal avoit reçus depuis cette guerre ; car le roi ne témoignoit plus se fier tant à lui : il ne le traitoit plus avec la même franchise qu'auparavant , et il coramettoit la principale direction de cette conquête a Lesdiguières , qui en effet savoit mieux le pays et la manière de faire la guerre dans ces montagnes que lui. Cette préférence irritoit furieusement un esprit altier, qui croyoit qu'on ne pouvoit et qu'on ne devoit rien faire sans lui. Puis le refus que fit le roi de lui donner le gouvernement de la citadelle de Bourg, le mit tout à-fait hors du sens. Depuis cela, il n'eut plus que des pensées extravagantes et criminelles; et il commença,

(lisoit-on , de traiter une lig^ue avec le Savoyard , iSou. pour rallumer la guerre civile en France. Je ne puis marquer les particularités de ce dessein , parce qu'on ne les a jamais bien sues.

Le duc de Savoie croyoit ses forteresses de Montme'lian en Savoie , let de Bourg en Bresse , imprenables, et se reposoit de la sûreté de son pays là-dessus. Il fut bien surpris d'apprendre que le marquis de Brandis, gouverneur de la première, avoit capitulé de la rendre dans certain temps. Sur cela il se mit aux champs , et fit F.nfin le duc

,,- ^ ' , j 1 • semetenc.ini.

tous S€s errorts pour être en état de le secounr. pa;4iic; mais

Il eut recours a l'assistance des Espagnols ; mais

le comte de Fuentes, qui désiroit engager les

affaires encore plus avant , lui refusa des troupes

dans son besoin; et cependant le terme de la La citadeiio

capitulation étant échu, il perdit Montmélian , iian prise,

au grand étonnement de ses sujets , et à la honte

de Brandis. La disette de vivres et de munitions

lui fît aussi perdre, à quelques semaines de là, p,.is celle

la citadelle de Bourg , dont le gouvernetir soutint " ^ '

le siège jusqu'à l'extrémité.

Le roi étant passé du côté de Genève , soumit le pays de Chablais et de Faussigni. Les habitants Pu;, le fort de Genève prirent le fort de Sainte-Catherine, que rhie. les Savoyards avoient bâti pour les matter, et le démolirent. Après cette prise, il voulut visiter Leroivîsiu Genève , si célèbre pour être un des remparts de

1600. la religion protestante. The'odore de Bèze, le premier en âge comme en doctrine de tous les ministres huguenots , lui fit une harangue en peu de paroles. Le maréchal de Biron ayant considéré la place , que les habitants fortifioient depuis quarante ans avec beaucoup de soin et de dépense, soit pour se faire estimer grand capitaine, soit pour montrer beaucoup de zèle a. la religion catholique, se vanta qu'il la pourroit prendre en vingt jours ; ce que le roi ne trouva pas bon , d'autant que la France l'avoit prise sous sa protection dès le règne de François l" , et s'étoit obligée de la défendre contre le duc de Savoie , qui prétend que la seigneurie lui en appartient. Le pape s'en. Cependant le pape, désirant sur toutes choses

tremet dela/.,»^, • t ' \ 1 r

paix, et en- ctemclre le leu de cette guerre, avoit dépêche

voie pour cela 1 • , 11 1 1 • 1

sonueveuié- ^^^^ ^^ ^'^^ ^^ "^'^"'^ ^^ ^^^ ^<^" ucvcu , le carduial ^**' Aldobrandin, lequel travailloit incessamment à

moyenner la paix. Sa plus grande peine étoit de trouver des nœuds assez sûrs et assez forts pour attacher le duc de Savoie ; car ceux de ses promesses et de sa foi étoient si incertains et si coulants , que l'on ne s'y pouvoit fier. Le roi vint Au même temps le roi , à qui la guerre n'avoit

à Lyon, où la • . 1 '1

reine Tatten- p^s mtcrrompu Ics pcnsccs de son mariage , *^*"'' s'embarqua sur le Rhône et descendit à Lyon,

où la reine sa nouvelle épouse étoit arrivée , et

Tattendoit.

Le légat n'avoit point discontinué le traité de iCoo. ia paix : il étoit venu à Lyon pour cela, où il fit y\„f„^!'S,It son entrée ciuinze jours après la reine. Les am- !f* ""y?""

T. J 1 opurs ae ba-

bassadeurs de Savoie l'y suivirent ; mais leur ^""'• pouvoir étoit conçu en tels termes, que le duc avoit moyen de les désavouer. Toutefois , quand ils virent la citadelle de Bourg à l'extrémité, ils sollicitèrent instamment le légat de reprendre les premiers errements du traité ; mais il n'en voulut rien faire , qu'ils ne lui eussent donné par écrit, qu'ils l'en avoient prié pour le bien des affaires de leur maître.

Comme les articles furent dressés et accordés, i6ot. on les siffna de part et d'autre , et la paix fut pu- ^5 traite de

° A 'Il paix se tait ,

bliée à Lyon le i '7^ de janvier 1601, par laquelle ^^ «igné, et le duc cédoit au roi et à tous ses successeurs, Lyon. rois de France, les pays et seigneuries de Bresse, Articles de

T« . 1T 1 . ' / 1 • ce trailé.por-

Bugey et Valromey, et généralement tout ce qui taut que la lui appartenoit le long de la rivière du Rhône, «^rof, et^^e depuis la sortie de Genève , comme aussi le '^""^''1"'=*** *" bailliage et baronnie de Gex ; et cela en échange du marquisat de Saluées, que le roi lui délaissoit entièrement pour lui et pour les siens. Le traité portoit aussi que toutes les places que le roi avoit prises sur le duc de Savoie, lui seroient rendues; mais seroient réservés au roi tous les droits prétendus contre ledit duc, suivant qu'il étoit contenu aux traités de Gâteau en Cambresis et de Vervins.

1601. Dans cet échange , l'un et l'autre gagnoient

l'un^riWre également. Le roi , pour un marquisat de peu a cet échau- d'éteuduc , éloifirué de ses terres , enclavé dans

ge. ' o 7

celles de Savoie , et lequel il ne pouvoit conserver que par de grosses garnisons qui consumoient deux fois plus que le revenu qu'il en tiroit, acquéroit un pays de plus de vingt-cinq lieues d'étendue , qui étoit continent aux siens , qui élargissoit sa frontière , auquel il y avoit huit cents gentilshommes , et qui étoit très fertile et très abondant, principalement en pacages pour nourrir des haras. Le duc , en s'appropriant le marquisat, se tiroit une fâcheuse épine du pied, ou plutôt une épée qui lui traversoit le corps , et se mettoit en sûreté : car tandis que les François le tenoient , il n'osoit sortir de Turin qu'accompagné de trois ou quatre cents chevaux d'escorte, et il falloit qu'il entretînt de grosses garnisons au milieu de son pays.

Après cela, Le traité étant signé, le roi partit de Lyon en

le roi part de • \ t» • ^ i • 1 • ■

Lyon pour postc pour rcvcnir a Pans , ou la renie le suivit reine le suit. ^ pctitcs joumécs. Quclquc temps après qu'elle vo'iV"s'erbâ! y ^^^ arrivée , il la mena voir ses bâtiments de tinients. Saint-Gcmiain-en-Laye. C'étoit un de ses plaisirs, et certes fort innocent, et qui sied bien à un puissant prince , quand il a payé ses plus grandes dettes, et qu'il a soulagé ses peuples du plus gros fardeau des impositions. Car, en élevant

ces superbes édifices , il laisse de belles marques ï6or. de sa grandeur et de ses richesses à la postérité ; ' il embellit sou royaume , attire l'admiration des peuples , fait connoître aux étrangers que ses coffres regorgent d'argent, donne la vie et du pain à quantité de pauvres manœuvres, travaille utilement pour sa commodité et pour celle de ses successeurs, et enfin fait fleurir l'architecture , la sculpture et la peinture , lesquelles ont toujours été infiniment estimées de toutes les nations du monde les plus polies.

Le roi Henri-le-Grand ne prenoit ce divertis- ii se «liver-

,. . . tissoitauxbâ-

sèment que pour se délasser l esprit de ses tra- timents, mais

p -i . ne s'y occu-

vaux , et non pas pour se l occuper ; car il avoit poit pas. l'âme trop grande et le génie trop élevé pour se donner tout entier a des choses si médiocres, encore moins pour s'attacher à de vains amusements. Il est vrai qu'il bàtissoit, qu'il chassoit, Belle réfle-

,.| . . . , , . -, xioD, et qu'un

quiljouoit; mais c etoit sans se détourner trop roinesauroit de ses affaires , et sans abandonner le timon de "^"^ son État, lequel il tenoit aussi ferme et aussi soigneusement durant le calme que durant la tempête.

D'ailleurs il n'avoit garde de s'endormir durant la bonace , qui est souv£nt trompeuse ; et outre qu'il n'y a pas moins à travailler pour un bon roi au-dedans de l'État pendant la paix , qu'audehors pendant la guerre , il savoit que TEspagnol

:i'j6 HISTOIRE

1601. et le Savoyard grondoient toujours , et qu'ils couvolent dans le cœur quelque entreprise contre lui. Le comte de Fuentes ayant levé une grande àrme'e pour assister le Savoyard , se fàchoit que la paix lui avoit ôte l'occasion de l'employer. Quelques places qu'il avoit prises en Picardie , durant la guerre d'entre les deux couronnes , lui avoient donné de la vanité, et lui faisoient croire qu'il remporteroit toujours de l'avantage sur les François. Au même temps le roi d'Espagne avoit aussi mis en mer une armée navale, commandée par un Doria, laquelle avoit sans doute quelque dessein sur la Provence , si la paix ne se fût faite ; Le comte de et même, quoiqu'elle le fût, Fuentes ne laissoit

Fuentes veut i i • • ■»»

surprendre pas dc vouloH' tcntcr uuc entreprise sur Mar-

pour rompre scillc , pour faire rupture. Ceux avec qui il avoit

la paix. intelligence pour cela , offrirent au roi d'attirer

dans le piège six ou sept cents hommes, et de

les retenir prisonniers, ou de les tailler en pièces.

On pouvoit Mais le roi ne jugea pas qu'un si petit avantage

attraper ces i a i • i i • • i

gens par uue valut la pcinc de donner sujet aux ennemis de

contre-intcl- 1 • . i . i

iigence;mais romprc la paix, et de rentrer dans une guerre le^roi ne veut ^^- ^a^^ ^^^ j-^^,j. Jangereusc , parce qu'ils étoient

puissamment armés. D'ailleurs il craignoit qu'il n'y eût encore au-dedans de son Etat du feu caché sous les cendres, et que, dans le bruit de la guerre, on n'attentât plus facilement sur sa personne; car, pour dire le vrai, il avoit plus à

DE HENllI-LE-GRAND. 277

craindre leurs couteaux et leurs poignards, que 1601. leurs épe'es. Il dissimula donc sagement cette entreprise, et re'pondit aux Marseillois : Qu'il Jie savait point dérober la victoire ; que les embuscades rCèloient honnêtes que durant la guerre ; et quil sefalloit bien donner de garde de coïitribuer, en quelquefaçon que cefdt^ a V infraction que les ennemis avoient dessein défaire.

Enfin les Espagnols ayant reconnu que ce sage Le ro! d'Es-

,, 1 • -1 pagne em-

argus avoit trop d yeux et de vigilance pour j,i„ie s.s ar-

A. • 1 1 A, / mes contre

pouvoir être surpris , de quelque cote que ce i^^ inCdèies.

fût, se résolurent d'employer leurs armes à de

pieuses et honorables entreprises. Une partie de

leur armée de terre passa en Hongrie , qui étoit

alors attaquée par les Turcs. Le duc de Mercœur Le duc de

/ II / 1 1 i\ 1 • Mercœur y

étant aile chercher en ce pays-la une plus juste commande les

1 • 11 • •! 1 TT' lestroupesde

gloire que dans les guerres civiles de France , y l'empereur , commandoit les troupes de l'empereur. Il y fit ^' ^ meurt. connoître aux Infidèles , par plusieurs beaux exploits , particulièrement par la mémorable retraite de Caiiise , que la valeur fi^ançoise est choisie de Dieu pour soutenir la religion chrétienne. Aussi ne fait-on point de doute qu'il ne les eût entièrement chassés de ce royaume-la, dont ils ont envahi plus de la moitié, s'il ne fût mort Tannée suivante d'une fièvre pourprée, qui le saisit à Nuremberg, comme il alloit faire ses dévotions à Notre-Dame de Lorette,

1601, Il arriva quelque temps après un accident ,

clans lequel le roi sut bien faire voir aux Espagnols qu'il n'étoit pas capable de souffrit- rien contre son honneur et contre la dignité de son GentiUhom- Etat. Roclicpot étoit son ambassadeur en Es-

mes de Vaut- , .. ^

bassadeur de paguc : quclqucs gentilshommes de sa suite ,

France en Es- j 1 '. v 1 • 1' 1 • n

pagne, tuent dcsqucls ctoit SOU ucvcu, sc baignant a la rivière, pagnTis! * prirent querelle contre des Espagnols , et en tuèrent deux; puis se sauvèrent chez l'ambassadeur. Les amis des morts émurent tellement le peuple, qu'il assiégea la maison, et étoit prêt Lemagistrat d'y mettre le feu. Le magistrat ^ afin de prévenir ^'e^'son hfttli, ^^s tiagiqucs effets de cette fijreUr^ fut contraint pour les prea- ^^ f^jj,^ ^^^ injusticc , et de violer la franchise

de riiotel de l'ambassadeur ; car il s'y transporta avec main-forte , et emmena les accusés en prison. Le roi d'Espagne , fâché de ce qu'il avoit violé le droit des gens , mais recevant ses excuses , l'envoya demander pardon à l'ambassadeur : toutefois ces François demeurèrent toujours prisonniers.

Discours sur On fit alors plusieurs disfcoiirs et plusieurs

la franchise , . 1 1 ■ - -i ' 1 1

deThôteides ccrits sur Ics droits et privilèges des ambassadeurs. Il est vrai , disoit-on j qu'un ambassadeur a seul droit de souveraine justice dans son hôtel; mais les gens de sa suite sont sujets à la justice de l'État dans lequel ils sont, pour les fautes qu'ils commettent hors de son hôtel ; et ainsi ,

s'ils sont pris liors de là , on leur peut faire leur i6or. procès. Et, bien qu'on sache que cette rigueur ne s'observe pas ordinairement, et que le respect qu'on porte à la personne de l'ambassadeur s'étend sur tous ceux qui le suivent, toutefois c'est une courtoisie et non pas un droit. Mais pour cela il n'est pas permis d'aller chercher le criminel dans Ihôtel d'un ambassadeur, qui est un lieu sacré, et comme un asile certain pour ses gens. Il ne doit pourtant pas en abuser, ni en faire une retraite de scélérats, ou y donner asile aux sujets du prince , contre les lois et la justice ; car en ce cas-là on s'en plaint à son maître , lequel est obligé aussitôt d'en faire raison.

Or le roi étant offensé , comme il devoit , de Le roi ofl'injure faite à la France dans son ambassadeur, le son ambaset ne jugeant pas que la satisfaction que le *^ ^^' magistrat lui en avoit faite fût suffisante , lui commanda de s'en revenir aussitôt; ce qu'il fit sans prendre congé du roi d'Espagne. Il défendit aussi en même temps tout commerce avec les Espagnols; et comme il prévit que dans ces com- Et s'en va

^ ., . en diligence

mencements de rupture, ils pourroient entre- à Calais, visiprendre sur ses places de Picardie , il partit en J^^g* diligence de Paris pour visiter cette frontière , et se rendit à Calais.

Les peuples , qui commençoient à goûter le repos, et à labourer leurs terres en patience,

28o HISTOIRE

i6oi. frissonnèrent de frayeur qu'une nouvelle guerre !,'emremer "^ les exposât UHC autrc fois a. la licence du ^iTirdmZ soldat. Mais Dieu eut pitié de ces pauvres gens : rend , et le ]q pgpg s'e'tant entremis de reme'dier au mal qui menaçoit la chre'tienté, accommoda heureusement le différend. L'Espagnol lui remit le procès et les prisonniers, lesquels sa Sainteté consigna, quelques jours après, entre les mains du comte de Béthune, ambassadeur de France à Rome; et le roi ensuite renvoya un ambassadeur en Espagne, qui fut le comte de Barrant.

L'archidur, Commc le roi étoit à Calais, ainsi que nous Ostende, en- avons dit, 1 arcliiduc etoit devant Ostende, ou piimeut il continuoit ce siège ', le plus fameux qui ait

coin au roi.

jamais été depuis le siège de Troye. Il appréhenda, avec sujet, que l'approche du roi ne retardât le progrès de son entreprise, où il avoit déjà tant perdu d'hommes, de temps, de coups de canon , d'argent et de munitions. Il lui envoya donc faire comphment, promettant que , du côté d'Espagne , on le satisferoit de la violence faite au logis de son ambassadeur; mais qu'il le supplioit que les assiégés ne se prévalussent point Le roi rend dc ccttc conjoncturc. Lc Foi , qui ne se laissoit

la civilité à . . . . . ,

rarchiduc. jamais vaincre par courtoisie , non plus que par les armes , lui envoya le duc d'Aiguillon , fils

* Ce siège dura trois ans , trois mois et trois semaiues.

aîné du duc de Mayenne, l'assurer qu'il désiroit >6oi. maintenir la paix; qu'il ne s'étoit avancé sur les frontières que pour dissiper quelques menées qui s'y brassoient , et qu'il espéroit de l'équité du roi d'Espagne qu'il lui feroit raison.

Durant qu'il fut à Calais, la reine Elisabeth La reine l'envoya aussi visiter par le milord Edmond, son envofe aussi principal confident. Pour répondre à cette civilité Jîlnfént ,*^et°!i obligeante, il fit passer le maréchal de Biron en y répond par

O ' r le mareclial

Angleterre, accompagné du comte d'Auvergne, de Biron, et de l'élite de tout ce qu'il y avoit de noblesse a la cour, pour lui représenter le regret que le roi avoit , se trouvant si près d'elle , de ne pouvoir pas jouir du bien de la voir.

Cette reine s'efforça , par toutes sortes de moyens , de faire connoître aux François sa grandeur et sa puissance. Un jour, tenant Biron Auquel die par la main, elle lui montra un ffrand nombre de ^^" /°"' '"

•T ' o tête du comte

têtes plantées sur la tour de Londres , lui dit que «^'Esses. l'on punissoit ainsi les rebelles en Angleterre , et lui raconta les sujets qu'elle avoit eus de faire mourir le comte d'Essex, qu'elle avoit autrefois si tendrement chéri. Ceux qui entendirent ce discours , s'en souvinrent bien depuis , lorsqu'ils virent le maréchal de Biron tombé dans le même malheur que le comte d'Essex , perdre la tête , api^ès avoir perdu les bonnes grâces de son roi. Il ne faut pas oublier qu'avant que le roi fît

«601. son voyage de Calais, il avoit mené la reine reîne gagent g^^&n^r 1^ jubilé dans la ville d'Orle'ans, où le leans. *^ '^'^ Saint Pèrc avoit ordonné que commençassent les stations pour la France. Sa pie'té, qui étoit sincère et sans feintise , donna un bel exemple à ses peuples, qui le voyoient aller dévotement aux processions, et prier Dieu avec grande attention, et le cœur sur les lèvres. Il mit la première pierre fondamentale à l'église de Sainte-Croix d'Orléans, que les Huguenots avoient misérablement abattue il y avoit près de quarante ans, et donna une somme d'argent considérable pour la rebâtir.

Toute la France , dans ce saint jubilé , avoit instamment demandé au Ciel qu'il lui plût lui donner un dauphin , pour la délivrer des malheurs où elle eiit été plongée , si son roi fût venu à mourir sans enfants mâles. Ses vœux furent La relue ac- cxaucés : la rciuc accoucha heureusement d'un dauphin, qui fils à Fontaincblcau , le jour de Saint Côme j Louis°"etde- ^7^ ^^ Septembre. On lui donna au baptême le puis surnom- jjqjj, (jg Louis , si doux et si cher à la France

me le Juste. '

pour la mémoire du grand Saint Louis et du bon roi Louis XII, père du peuple. Depuis, on lui appropria le surnom de Juste ; et nous croyons aujourd'hui qu'avoir été père de Louis le Sage et le Victorieux y n'est pas le moins beau de ses titres. Sa naissance fut précédée d'un grand tremblement de terre , qui arriva quelques jours au-

paravant. L'enfantement fut difficile, et l'enfant si 1601. travaillé, qu'il en étoit tout violet; ce qui peut-être lui ruina au-dedans les principes de la santé et bonne constitution. Le roi invoquant sur lui la Le roi lui

,,,,.. i/Tii'i 1 • !• donne sa bé-

benediction du Ciel, lui donna la sienne, et lui nédiction,et

f r \ 1 • • . -,-.• '■7 7 • 1"' ni<ît son

mit son epee a la main , priant Dieu qu il lui ^^^^ j^ns la Jït la grâce d'en user seulement pour sa gloire ™*"** et pour la défense de son peuple. Les princes du sang, qui étoient avec lui dans la chambre de la reine, saluèrent tous le dauphin l'un après l'autre. J'omets comme des courriers exprès portèrent cette nouvelle par toutes les provinces; les réjouissances qui s'en firent par tout le royaume , particulièrement dans la grande ville de Patis , qui aimoit aussi fortement Hénri-le-Grand qu'elle avoit haï son prédécesseur ; les compliments que le roi en reçut de la part de tous les potentats de l'Europe, et le présent accoutumé du saint Père en pareille occasion ; savoir : les langes bénits , lesquels il lui envoya par le seigneur Barberin , qui depuis a été cardinal et pape , nommé Urbain Vliï.

Cinq jours auparavant , la reine d'Espagne étoit Naissance

, . (, . , . de l'infante

accouchée de son premier enfant, qui etoit une d'Espagne,

r>Ii •> â 1 ^ 1 1 A nommée y^/J-

iille,qu on nomma Anne sur les fonts de baptême, ne, qui de- Les Espagnols ne s'en réjouirent pas moins que LouisXiir* si c'eût été un fils, parce qu'en ce pays-là les filles succèdent à la couronne. Ceux d'entre les

284 niSTOIRE

1601. François qui pénetroient le plus dans l'avenir, prenoient aussi part à cette joie, mais pour une autre raison. C'est que cette princesse étant de même âge que le dauphin , il sembloit que le ciel les eût fait naître l'un pour l'autre , et qu'elle dût quelque jour être son épouse; comme en efFet, Louis XIU a eu ce bonheur, et la France le possède encore , admirant en toutes occasions la rare sagesse, la piété exemplaire , et la fermeté héroïque de cette grande princesse.

Le roi fait En rcconnoissancc de la grâce que Dieu avoit ments pour faite au roi de lui donner un dauphin, qui étoit État. Is comble de ses souhaits , il redoubla son travail

et ses soins pour se bien acquitter de ce qu'il devoit à son Etat , et pour améliorer , ainsi qu'il disoit, la succession de son fils. Nous rapporterons ici quelques établissements et ordonnances qu'il fit pour cela.

Il supprime La nécessité d'argent l'avoit obligé , durant le des offices de siégc d' Amicus , de créer des officiers triennaux en ses finances. Quand elle fijt passée , il connut qu'il n'étoit pas besoin d'avoir tant de gens qui fouillassent dans sa bourse , et qu'il ne se pouvoit qu'il n'en demeurât toujours un peu dans la main de chacun d'eux. C'est pourquoi il supprima ces nouveaux officiers , et ordonna que l'ancien et l'alternatif rembourseroient le triennal. De cette suppression furent exceptés les trésoriers de

l'épargne, ceux des parties casuelles, et quelques i^oi. autres.

Rosny avoit si bien bridé les financiers et les n établit

-' une cliambre

traitants, cru'ils ne pouvoient plus dévorer de de justice, gros morceaux comme autrefois. Mais ce n etoit cherche des

., , , . 11 1. financier».

pas encore assez ; ils s etoient tellement remplis avant qu'il fût surintendant, que le roi ordonna, avec beaucoup de justice , un tribunal composé de certain nombre déjuges clioisis dans les cours souveraines ( on le nomma la chambre royale ) , qu'il chargea de faire une exacte recherche des malversations de ceux qui avoient manié les deniers royaux. Cette chambre fit rendre gorge à plusieurs de ces gens-là ; toutefois une grande partie trouvèrent moyen de se mettre à couvert, les uns par la considération de leurs alliances, les autres à force d'argent , gagnant ceux qui approchoient le roi , principalement ses maîtresses, ou corrompant les juges même: tant il est vrai que l'or pénètre partout , et que rien n'est à l'épreuve de ce pernicieux métal. Il ne faut donc pas s'étonner si ces gens-là remplissent leurs coffres le plus qu'ils peuvent, puisque plus ils en ont, plus leur justification leur est facile.

Je l'ai déjà dit et je le dis encore (car on ne sauroit le marquer en trop d'endroits , ni trop fortement), il n'y a point de remède pour empêcher ce désordre, qui est le plus grand de tous

1601. les désordres de l'État , et la cause de tous les

autres , que la vigilance et l'exactitude du roi.

L'unique rfi- Il faut qu'il tienne lui-iriême les cordons de sa

inède contre , ,., . .

leur avidité , oourse , qu il ait toujours 1 œil sur ses coffres , roTvo*irscs qu'il sache ponctuellement ce qui entre dedans, comptes. ^g ^^j ^^ sort, par quelles voies viennent ses deniers , à quels usages on les emploie , qui sont ceux qui les manient; et surtout il faut qu'il leur fasse rendre si bon compte , comme faispit Henrile-Grand , que s'ils sont gens de bien , ils ne puissent se corrompre ; et s'ils sont méchants , qu'ils n'aient pas moyen d'exercer leurs méchancetés.

On lui avoit fait connoître qu'il y avoit deux autres désordres dans son royaume , qui l'appauvrissoient extrêmement , et en tiroient tout l'or et l'argent. L'un étoit le transport que l'on en faisoit aux pays étrangers , en Italie , en Allemagne et en Suisse , où les petits potentats le billonnoient , et en faisoient de la monnoie à plus bas titre. L'autre étoit le luxe , qui en consumoit aussi une grande quantité en broderies, en clinquants et passements sur les habits, et non moins encore en dorures de lambris , de cheminées et de divers meubles.

Le roi de- Il fît dcux sévèrcs édits qui défendoient ces

feud le trans- , i t» i -m i i

]iort d'or et ucux abus. Pour Ic premier, il renouvela les

«l'arcentliors • -, i ^ ^t

•lu royaume, ancicnncs ordonnanccs sur le transport de 1 or et de l'argent, y ajoutant la peine de la corde

aux contrevenants , et commandant à tous gou- ïfioi. verneurs de veiller à l'observation de ses défenses, et de ne donner aucuns passeports au contraire ; autrement il les de'claroit participants de ces transports.

Pour le second , il de'fendit , sur peine de Défend iw

1 •^ r • .. J' *' l'ar-ent

grosses amendes pour la première lois, et d em- sur les luprisonnement pour la seconde , de porter or ni jôruVes. argent sur les habits , ni d'en employer aux. dorures. Cet édit fut rigoureusement observé, parce qu'il n'exceptoit personne , le roi lui-même s'e'tant soumis à la loi qu'il avoit faite, et ayant fait mauvais visage à un prince du sang qui n'obéissoit pas à cette réformation.

Il se dépensoit encore une prodigieuse quantité d'argent en soie , par l'achat desquelles tout notre argent étoit attiré chez les étrangers. Le introduit la

, . - , ,, - manufacture

roi voyant cela, et considérant que 1 usage de ces des soies en étoHés est fort beau et fort commode , s'avisa qu'il en falloit introduire la manufacture en France , afin qu'elle fît gagner aux François ce que gagnoient les étrangers. Pour ce sujet, il donna ordre qu'on eût à planter quantité de mûriers blancs a.ux pays où ces arbres viennent le mieux, particulièrement en Touraine, pour nourrir des vers à soie , et qu'il y eût des gens qui apprissent à préparer les cocons, et à mettre en œuvre le travail de ces précieuses chenilles.

i6or. Si on eût eu soin , après sa mort, de maintenir

cet ordre, et de l'étendre aux autres provinces, on eût e'pargne' à la France plus de cinq mdlions tous les ans, qu'elle dépense au-dehors pour faire venir des étoffes de soie. On eût fait gag^ner la vie à un million de personnes, qui sont inutiles à d'autres travaux, comme sont les vieilles gens, les filles et les enfants ; et on eût donné moyen à ce peuple de payer plus facilement les impôts et les tailles, par le profit qu'il eût tiré de son industrie.

Les usures H y avoit un autrc mal bien plus grand, qui ,

étnlent ex- . . ' / i • i

cessives en pour auisi parler, dessechoit les entrailles du

France ; ce , , . , .

qiiifiisoitque royaume : c etoient les usures excessives. Les

les meilleures • ' 'i^^• ii tii

maisons se niauvais mcuagcrs, cest-a-dire, la plupart de la rumoient; noblcssc , cmpruntoicnt de l'argent au denier dix ou douze. En cela, il y avoit deux grands inconvénients : le premier , que les intérêts les minoient peu à peu, et, dans sept ou huit ans, sapoient les fondements des plus riches et des plus anciennes maisons , qui sont comme les étais et les arcs-boutants qui soutiennent TÉtat; Et que les le second , que les marchands , trouvant cette

marcliands t / i i \ •

abandon- commoditc dc mettre leur argent a si grand

noient tout- „ • i i •

à-fait le com- proiit , et saus aucune risque , abandoimoient entièrement le commerce , dont les sources étant une fois taries, il y eût eu bientôt disette d'or et d'argent dans le royaume : car la France n'a

point d'autres mines que le trafic et le débit de 1601. ses denre'es.

Ces considérations obligèrent le roi non-seu- le roi les

1 , , ^ . défend , et

lement de défendre toutes usures , a peine de règle ie> ren-

P . , , A , , tes Jiypothè-

conriscation de la somme prêtée , et de grosses qucs au deamendes (ensuite de quoi les parlements députèrent des conseillers par les provinces pour faire recherche des usuriers), mais encore de réduire tous les intérêts ou rentes hypothèques au denier seize. Elles étoient avant cela au denier dix ou douze , comme nous avons dit. La raison étoit que ; lorsqu'elles avoient été constituées , l'argent étoit bien plus rare. Or, puisqu'il s'étoit multiplié extrêmement depuis la découverte des Indes, il étoit juste de rabaisser les intérêts; et c'est pour cette raison encore que depuis on les a réduits au denier dix-huit, et que peut-être on les mettra quelque jour au denier ving^t.

Dans ce même dessein d'enrichir ses peuples et de mettre l'abondance dans son royaume , le roi recevoit de toutes parts des mémoires de ce qui pouvolt servir à faire le commerce meilleur et plus facile, à apporter de la commodité à ses sujets, a cultiver et fertiliser les lieux les plus infructueux. Il vouloit rendre , tout autant qu'il ses Grands lui étoit possible, les rivières navig^ables; il fai- enrlchi/sou soit rebâtir les ponts et les chaussées , et paver '"raun^e. les grands chemins; sachant bien que, si on n'a

1601 soin de les entretenir , ils se gâtent si fort , que les voitures ne se font que très difficilement, et que le commerce en est interrompu. D'où il arrive les mêmes desordres dans l'économie de l'État qui arrivent dans celle du corps humain, quand il y a des obstructions, et que le passage du sang et des esprits n'est pas libre.

Quand il alloit par pays, il regardoit curieusement toutes choses, s'instruisoit des nécessités et des désordres, et y remédioit tout aussitôt avec 11 favorise grand soin. Sous sa faveur et sa protection, il

l'établisse- 1 / i t i • 1 • i i

ment des ma- S établit Cil plusicurs cudroits du royaume des manufactures de toiles, de tapisseries, de draperies , de dentelles , de quincailleries , et de plusieurs autres choses.

Asonexem- A son exemple, les bourgeois réparoient leurs

nie, tout le • 1 'i • ' T

inoàde Ira «laisous quc la gUBiTC avoit ruinées. Les genvaiiio.t a fai- tilsliomiiies , ayant pendu les armes au croc, et

re valoir son ' J r "

bien. n'ayant qu'une houssine à la main , s'adonnoient à

ménager leur bien et augmenter leurs revenus. Tout le peuple étoit attentif au travail, et c'étoit une merveille de voir ce royaume qui, cinq ou six ans auparavant , étoit pour ainsi dire une tanière de serpents et de bêtes venimeuses, étant rempli de voleurs, de larrons, de vauriens, de gens de sac et de corde , avoir été si bien purgé de tous ces maux par ce grand roi , et comme changé en une ruche d'abeilles innocentes, qui

DE HEWRI-LE-GRAND. ÛQI

s'effbrçoient à l'envi de donner des preuves de 1601, leur industrie , et d'amasser de la cire et du miel. L'oisiveté y étoit honteuse , et une espèce de crime : aussi est-elle , comme dit le proverbe , la mère de tous vices. Un esprit qui ne prend pas la peine de s'occuper sérieusement à quelque chose, est inutile a soi-même et pernicieux au public. Voilà pourquoi, de ce temps-là, les pré- L'oisiveté YÔts recherchoient les fainéants , les vagabonds '^""'^* et gens sans aveu , et les envoyoient servir le roi en ses galères , afin de les obliger à travailler malgré eux.

Il n'est point de bonheur si stable et si assuré, 1602. qui ne puisse être facilement troublé. Il arriva jjé à deux cette année deux choses qui eussent bouleversé ^î"'.*''* ' 'i'"

j etoient capa-

toute la France , si le roi n'y eût obvié de bonne 1*^*'* ^'^ '"'""

•' leverser la

heure. Frauce.

L'assemblée des notables de Rouen , qui s'étoit tenue l'an 1 096 , pour trouver un fonds au roi , afin de continuer la guerre et acquitter ses dettes, lui avoit octroyé , comme nous avons déjà dit , l'imposition du sou pour livre sur toutes les denrées des villes closes. « L'État (ce dit Tacite, le « plus grand politique d'entre les historiens) ne « se peut entretenir sans troupes , ni les troupes , « sans payement , ni le payement se trouver sans « impositions. Par conséquent, elles sont né- « cessaires, et il est juste que chacun contribue

2gi HISTOIllE

i6o3. « pour les dépenses d'un État dont il fait partie , « et des commodités et protection duquel il « jouit. Mais il faut que ces impositions soient « modérées ; qu'elles soient proportionnées aux « forces de chacun ; que tout le monde en porte « sa part ; avec cela qu'elles soient faciles à perce cevoir; qu'elles ne ruinent point le commerce « et la liberté ; que les frais qu'on fait à les lever « n'excèdent point le principal; qu'elles se pren- « nentsur des choses qui ne soient pas odieuses, « comme sont les denrées qui nourrissent les « pauvres ; qu'enfin ce soit du sang qu'on tire « des veines, non pas de la moelle qu'on arrache Imposition « des os. » Or, l'imposition du sou pour livre

du .sou pour , , . 1 T-.li ' ■ c TA 1

livre fâcheu- n ctoit pasdc ccttenaturc. Elle etoit tort lâcheuse; car à chaque ville on fouilloit les marchands, on débalolt les marchandises, on voyoit ce que chacun portoit; ainsi il n'y avoit plus de liberté dans le royaume pour les marchands ni pour les voyageurs. D'ailleurs, elle étoit excessive; car telles marchandises qu'il y a , se vendant dix ou douze fols, il se trouvoit qu'elles payoient presque autant d'impôt qu'elles valoient. Et de plus , il y avoit de fort grands frais à la lever; car il falloit y employer tant de commis, qu'on eût pu en composer une armée ; lesquels voulant tous faire les opulents, aussi-bien que leurs maîtres, commettoient une infinité de vexations sur les mar-

DE HËNRI-LE-GRAT^U. SqS

cliands, qui en etoient comme désespérés. Et, ce i6oz, qui est bien étrange , 11 y avolt dans le conseil du roi des gens qui , étant pensionnaires de ces fermiers, ou intéressés avec eux, les supportoient dans leurs violences , et rejetoient bien loin toutes les plaintes qu'on faisoit de leurs malversations.

Les peuples sont dans cette erreur criminelle , , Cause des

émotions dnos

de croire que, quand on leur dénie la justice, ils les provinces. ont droit de se la faire, et d'avoir recours a la force , quand leurs supplications ne servent de rien. C'est là presque la cause de toutes les séditions ; et c'est ce qui fit que tous ceux de delà la Loire s'étolent si fort échauffés sur cette imposition nouvelle , qu'ils avolent donné la chasse aux commis, et, qui pis est, en avolent tué quelques-uns. Il y eut même des villes , avec leurs magistrats , qui prirent les armes Les fermiers , d'autre côté , algrlssolent le mal par de furieuses menaces qu'ils faisoient, qu'on démantelerolt les villes rebelles , qu'on y bâtiroit des citadelles pour les tenir en bride; et je crois qu'ils l'eussent bien désiré de la sorte , non pas tant peut-être pour l'amour de l'autorité du roi , que ces gens ont toujours à la bouche, que pour leur propre vengeance et pour leur avantage particulier.

Le roi, ayant avis de ces émotions, craignit Le roi, pour

, ,1 « . / , / . . I les apaiser,

qu elles ne tussent suscitées par les émissaires de va à Poitiers.

ug4 HISTOIRE

i6o3. la faction du duc de Biron , laquelle il venoit de de'couvrir. C'est pourquoi , un peu après Pâques , il partit de Fontainebleau , se rendit à Blois , et de là à Poitiers. Là il écouta favorablement les plaintes de ses peuples , remontra aux députés

Sage et ^q^ villcs de Guieunc : Que les impôts qu'il

équitable ré- ^ \. i j.

poiiie qu'il levait rCetoient point pour enrichir ses ministres

fait aux dé- j^ . ■ /- ■ • i '

pûtes de et ses javoris , comme uvoit jait son precleces-

Guienne. . . 7 ; '

seur , mais pour supporter les charges nécessaires de VÉtat; que si son domaine eût ete suffisant pour cela , il n'eut rien voulu prendre dans la bourse de ses sujets; mais puisqu'il jr employait le sien tout le premier ' , qu'il étoit bien juste qu'ils f contribuassent du leur; qu'il désirait avec passion le soulagement de son peuple^ et que jamais aucun de ses prédécesseurs n'avait tant souhaité leurs prières envers Dieu que lui , pour bénir les années de son règne ; que les alarmes qu'on leur vouloit donner, qu'il avait dessein de bâtir des citadelles dans les villes , étaient Jausses et séditieuses , et qu'il n'en désirait point avoir d'autres que dans le cœur de ses sujets.

Il calme les Par CCS douccs rcmontrances , il calma toutes révoque ' le Ics séditious , sans qu'il fût besoin d'aucun châsou pour I- j.jjjjgj^(. ^ sillon que l'on déposa les consuls de

' Il vendoit les terres de son patrimoine.

DE HUNRI-LE-G RAND. ÇLC)^

Limoges, et que la pancarte fut établie : on appe- 1602. loit ainsi le sou pour livre. Mais ce ne fut que pour l'honneur de Tautorite royale ; car aussitôt ce prince , le plus juste et le meilleur qui fut jamais, connoissant les vexations extrêmes qu'elle causoit, la re'voqua et l'abolit tout-à-fait.

La seconde chose qui lui donnoit encore plus Conspiran niquietude, et qui etoit capable de bouleverser réchai de Bil'Etat, s'il n'y eût remédié, c'étoit la conspiration du maréchal de Biron. Il faut savoir que LafQn avoit été le principal instrument des intelligences d'entre ce maréchal et le duc de Savoie. Il avoit porté et rapporté toutes les lettres, et avoit eu quelques conférences avec le duc et avec le comte de Fuentes : de sorte qu'il savoit toute l'intrigue. Or, voyant qu'il n'y avoit point d'as- Laffiniadé-

, , , . couvre au

surance aux paroles du Savoyard, et que Bn-on roi. sembloit chanceler, il résolut de découvrir cette menée au roi ; soit qu'il eût peur que, traînant trop long-temps, elle fût éventée d'ailleurs; soit qu'il espérât, par ce service , tirer quelque grande récompense , et se remettre bien auprès du roi , où il étoit fort mal.

Ayant ce dessein , il employa le vidame de Chartres , son neveu , pour obtenir du roi sa grâce et abolition du passé, à la charge de lui découvrir les complices de la conspiration , et de lui en fournir les preuves. Il avoit retenu plusieurs

i6oa. lettres qu'il gardolt; mais elles n'en disoient pas assez, et ne parloient pas si clairement qu'elles pussent faire conviction. Pour l'avoir toute entière, voici ce qu'il fit.

Comment Bii:on avoit quelques Mémoires écrits de sa

il fit pour • V 1 • • / r

avoir les Më- proprc maiu, ou la conspiration etoit couchée

moires écrits . . ^,-, -, . i / ■

(le la main de par articlcs. Latriii lui remontra que c etoit une imprudence de les garder et de les communiquer, parce que son écriture étoit trop connue; qu'il seroit plus siàr d'en faire une copie et de brûler l'original. Biron trouva cela bon et les lui bailla pour les transcrire. Il les transcrivit en effet , tandis que Biron étoit couché sur son lit , puis lui rendit la copie; et chiffonnant l'original , fit semblant de le jeter dans le feu ; mais par une adresse préméditée , il y jeta quelques autres papiers, et retint ceux-là. Une chose de cette conséquence méritoit bien que Biron les brûlât lui-même; et ne l'ayant pas fait , parce que Dieu le permit ainsi, cette négligence lui coûta la vie comme nous le verrons.

Après cela, Laffin continuant ses intrigues pour essayer de tirer encore quelques secrets plus particuliers , fut à Milan , travesti , et conféra avec Fuentes : mais cet Espagnol habile et rusé sentit bien qu'il les vouloit trahir, et se montra plus retenu. On dit que Laffin , ayant reconnu cette défiance, eut peur qu'on ne se défit de lui, et

qu'il s'en revint par des chemins écartés. Le duc 1602.

de Savoie , averti de cela par Fuentes , retint g^^ol^ ^l!^^,.,^^

prisonnier le secrétaire de Laffin , nommé Re- ^^'^"!|-^' "aê

nazé, de peur qu'il n'allât servir de témoin contre Laffiu.

Biron.

Dans leurs conférences , ils avoient proposé de Les propositions faites démembrer le royaume de France ; que le duc entre Biron ,

de Savoie auroit la Provence et le Dauphme ; voiectiecom-

Biron la Bourgogne et la Bresse , avec la troi- t^^ ^

sième fille de ce duc en mariage, et cinquante

.mille écus de dot; quelques autres seigneurs,

d'autres provinces , avec la qualité de pairs ; que

tous ces petits souverains releveroient du roi

d'Espagne ; que , pour parvenir à ce dessein , les

Espagnols jetteroient une puissante armée dans

le royaume, et le Savoyard une autre; que l'on

feroit remuer les Huguenots ; qu'en même temps

on réveilleroit plusieurs malcontents en divers

endroits, et que l'on susciteroit et animeroit les

peuples, qui étoient fort irrités par la pancarte.

^1 Toutes ces propositions, ce disoit-on, s' étoient

faites du temps de la guerre de Savoie; et le

maréchal de Biron, outré du refus que le roi lui ^

avoit fait de lui donner la citadelle de Bourg, y

avoit prêté l'oreille , et s'étoit engagé bien avant

en ces damnables menées. Toutefois il sembloit Birou en

^ . avoit denian-

s'en être repenti ; car il les avoit avouées au roi, dé pardon au

i . , T 1 ^ i roi, puis étoit

en se promenant avec lui dans le cloître des retombé.

i6oa. Cordeliers de Lyon, et lui en avolt demandé pardon; mais il avoit ne'gligé d'en prendre abolition, contre le conseil que lui avoit donne' le duc d'Epernon , qui étoit plus sage et plus avisé que lui.

Il parioit Or, peu après, se repentant de s'être repenti,

mal du roi, et ., , . , ^ .\ ^

sevantoitex- il ctoit retoumc a sa première faute, et entre-

cessivement. . , , i

tenoit encore quelque correspondance avec les étrangers. Avec cela, il pai loit du roi avec peu de respect, abaissoit la gloire de ses belles actions, élevoit la sienne, se vantoit de lui avoir mis la couronne sur la tête , et d'avoir sauvé la France ; enfin tous ses discours n'étoient que bravoures, rodomontades et menaces.

On rapportoit tout cela au roi ; on lui disoit qu'il déprimoit ses beaux faits ; qu'il vantoit la puissance du roi d'Espagne ; qu'il louoit la sagesse du conseil de ce prince , sa libéralité à récompenser les bons services , et son zèle à défendre la vraie religion. Le roi disoit adroitement et prudemment à ceux qui lui faisoient ces rapports : Qu'il connoissoit le cœur de

I Biron , qu'il ètoil Jîdele et affectionne : qu'à

la vérité sa langue étoit intempérante; mais qu'il lui pardonnoit ses mauvais discours en faveur des bonnes actions qu'il avoit faites.

Denxciioses Or dcux clioses achevèrent de le perdre , et

aclievèrent ii-r i -n o ^• ^^•

de le perdre, obligèrent le roi d approfondir tout-a-icut ses

mauvais desseins. La première fut le trop grand »6o2. nombre d'amis, et Taffection des gens de guerre, dont il faisoit parade , comme s'ils eussent été absolument dépendants de ses commandements , et capables de faire tout ce qu'il eût voulu. La seconde, qu'il avoit amitié très particulière avec le comte d'Auvergne , frère utérin de mademoiselle d'Entragues, qu'on nommoit la marquise de Verneuil. Car , par l'une , il donna de la jalousie à son roi , et se voulut faire craindre ; et par l'autre , il se rendit odieux à la reine , qui s'imagina peut-être, non sans sujet, qu'il feroit un parti dans le royaume pour maintenir cette rivale et ses enfants, à son préjudice.

Or, le roi désirant de pénétrer le plus avant Laffin vient qu'il pourroit dans cette affaire, manda Laffin, révèle tou't au qui se rendit à Fontainebleau plus d'un mois avant que le roi partît pour le Poitou. Il eut premièrement des entretiens fort secrets avec lui, puis il en eut d'assez publics, et lui donna quantité de papiers, entre autres ce Mémoire écrit de la main de Biron , dont nous avons parlé. Ce que Laffin révéla au roi lui jeta de grandes inquiétudes dans l'esprit ; de sorte que , dans tout le voyage de Poitiers, on le vit extrêmement rêveur; et la cour, à son exemple , étoit plongée dans un triste étonnement , sans que personne en pût deviner la cause.

3oO HISTOIRE

1602. A son retour de Poitiers à Fontainebleau , il

deàisjiou de manda au duc de Biron de le venir trouver. Biron

se reodre en r '„•.„,. 5 1

cour mais il "csite , et S en excuse sur quelques mauvaises d'abord**^"*^ raisous. Il le presse; il lui envoie d'Escures, puis le pre'sident Jeannin , lui porter parole qu'il n'auroit point de mal. Cela se devoit entendre , pourvu qu'il se mît en état de recevoir grâce , et qu'il n'aggravât pas son crime par son orgueil et par son impénitence.

Biron savoit bien que Laffin avoit fait un voyage à la cour; mais il se tenoit assuré de cet homme là plus que de soi-même. D'ailleurs le baron de Lux , son confident , qui s'y étoit trouvé alors , lui disoit que Laffin avoit eu bonne bouche, et qu'il n'avoit rien révélé qui lui pût nuire. De Lux le croyoit ainsi , parce que le roi, après avoir entretenu Laffin, lui avoit dit avec un visage gai : Je suis bien aise cTai'oirvu cet homme, il m'a oté beaucoup de défiance et de soupçons de l'esprit.

Cependant les amis de Biron lui écrivoient qu'il ne fût pas si fou que d'apporter sa tête à la cour; qu'il étoit plus sûr de se justifier par procureur qu'en personne. Mais nonobstant cet avis, et malgré les remords de sa conscience , après avoir délibéré quelque temps , il prend la poste et Enfia Biron se rend à Fontainebleau , alors que le roi ne l'attendoit plus, et qu'il se préparoit pour l'aller quérir.

DE HENRI-LE-GRAND. 3oi

Les histoires de ce temps-là et diverses relations 1602. racontent exactement toutes les circonstances de l'emprisonnement, du procès et de la mort de ce mare'clial. Je me contenterai d'en rapporter seulement le gros.

On ne peut assez admirer l'insolence et l'aveuglement de ce malheureux; ni au contraire assez louer la honte' et la clémence du roi , qui tâchoit de vaincre son endurcissement. L'aveu de la faute est la première marque delà repentance. Le roi le Le roi le

,. -, . . conjure pour

prenant en particulier, le conjura instamment u première de lui vouloir déclarer ce qui étoit de ces intel- ^^ i^ vérité. ligences, et des traités qu'il avoit faits avec le duc de Savoie , lui engageant sa foi qu'il enseveliroit tout cela dans un éternel oubli ; qu'il en savoit assez toutes les particularités , mais qu'il désiroit les entendre de sa bouche , lui jurant que , quand sa faute seroit la plus grande de tous les crimes, sa confession seroit suivie d'une grâce entière. Biron, au lieu de la reconnoître, ou du iis'.mporfe moins de s'excuser avec modestie, en parlant à son roi qui étoit offensé, lui répondit insolemment qu'il étoit innocent ; qu'il n'étoit pas venu pour se justifier, mais pour apprendre les noms de ses calomniateurs, pour en demander justice ; autrement, qu'il se la feroit lui-même. Encore que cette réponse trop altière aggravât beaucoup v'ion offense , le roi ne laissa pas de lui dire bien

et se cahri

1602. doucement, qu'il y pensât mieux, et qu'il espéroit qu'il prendroit un meilleur conseil.

Le roi prie j^q même iour, après souper, le comte de

le comte de j ' 1. 1 7

Soissons de Soissous l'cxliorta encore , de la part du roi , de

l'exhorter à . 1 ' • r

coofessersou lui coufesser la vcnte , et conclut sa remontrance

par cette sentence du Sage : Monsieur, sachez

que le courroux du roi est le messager de la

Il s'opinià- mort. Mais il lui répondit encore avec plus de

tre plus fort. ^ . ,.1 , v / 1

iierte qu il n avoit repondu au roi.

Le ro! lui en Lc lendemain matin, le roi, se promenant en

reparle pour ii / 1 • 1 J r • J 1 •

la seconde fois, SCS allces , Ic conjura pour la seconde fois de lui

mais inutile- 1 • .• . .-, , .

ment. avoucr la conspiration : mais il n en put tirer

autre chose que des protestations d'innocence et des menaces contre ses accusateurs, n a de la Sur Cela, le roi se sentit agité jusqu'au fond soudre à ce dc l'âme de diverses pensées , ne sachant ce qu'il ^l' ' ' de voit faire. D'un côté, l'affection qu'il lui avoit portée , et ses grands services , retenoient son juste courroux ; et d'autre part, son crime atroce, son orgueil et son endurcissement lâchoient la bride à sa justice , et Tincitoient à punir le criminel. Joint que le péril dont son État et sa personne étoient menacés , sembloit ne pouvoir être prévenu qu'en écrasant le chef d'une conspiration dont on ne voyoit pas bien le fond.

Il demande Daus ccttc pciuc d'cspHt, il se ictirc dans son

conseil à Dieu ^ . . ,

en le priant, cabinct ; et, se mettant a genoux, prie Dieu de tout son cœur de lui vouloir inspirer une bonne

DE HEWni-LE-GRAy». 3o3

resolution. Il avoit accoutumé d'en user ainsi 1603.

dans toutes ses grandes affaires : Dieu étoit son

plus sûr conseiller, et sa plus fidèle assistance.

Au sortir de sa prière , comme il Ta dit depuis ,

il se sentit entièrement délivré de l'agitation où

il étoit, et se résolut de mettre Biron entre les 11 résout de

1 I . . . ., . le mettre en-

mams de la justice, si son conseil tr9uvoit que tre les mains les preuves qu'on avoit par écrit fussent si fortes, * ^justice, qu'il n'y eût point de doute à sa condamnation. Il choisit pour cela quatre personnes de ceux qui le composoient , Bellièvre , Villeroy , Rosny et Sillery , et leur montra les preuves. Ils lui dirent tous d'une voix qu'elles étoient plus que suffisantes.

Après cela, il voulut faire une troisième ten- Maïs tente

.- . pour la trot-

tative sur ce cœur orgueilleux. Il employa, pour sièmefois^e

kl -y r ■ 1 1 -y tirer de lui la

dernière rois, les remontrances, les prières, vérité.

les conjurations et les assurances de pardon, pour l'obliger de lui avouer son crime; mais il répondit toujours de la même sorte, et ajouta que, s'il connoissoit ses calomniateurs , il leur romproit la tête.

Enfin le roi , ennuyé de ses rodomontades et 11 nVu pem de son opiniâtreté, le quitta la, lui disant pour le quitte li. dernières paroles : Hé bien! il faudra apprendre la vérité d'ailleurs. Adieu, baron de Biron. Ce mot fut comme un éclair, avant-coureur de la foudre qui l'alloit terrasser ; le roi , le dégra-

3o4 HISTOIRE

1602. dant par-là de tant d'éminentes dignités dont il l'avoit honoré, montroit qu'il l'alloit abaisser beaucoup plus qu'il ne l'avoit élevé.

Biron et le Au Sortir de la chambre de la reine où il

comte d'Auvergne sont jouoit à la prime , Vitry, capitaine des gardes-du-

souuier». corps , lui demande son épée , et l'arrête prisonnier. Prasjin, aussi capitaine des gardes, s'assure du comte d'Auvergne ; et le lendemain ils les mettent dans des bateaux sur la Seine, et les conduisent avec bonne escorte par eau , à la Bastille.

Biron avoit un très grand nombre d'amis; mais

en cette occasion , où il étoit accusé d'avoir

conspiré contre la personne du roi, tous demeu-

Ses parents rèrcnt mucts et perclus. Ses parents , qui se trou-

intercèdent \ v 1 ll^ • \

pour lui. verent a la cour, allèrent se jeter a genoux devant le roi, non pour lui demander justice, mais pour implorer sa miséricorde. Le seigneur de LaForce , qui depuis a été maréchal de France, portoit la parole pour tous. Si Biron eût parlé du commencement avec autant d'humilité et de soumission quils firent, il eût sans doute obtenu sa grâce; mais il étoit trop tard, la clémence n'avoit plus de lieu, elle avoit fait place à la justice.

Le parle- Lc roi commauda à son parlement de lui faire

liient lui fait , ^ . . . ,.^

son procès, le proces , et envoya commission particulière au premier président, au président Potier Blanc-

DE HENRI-LE-GRANn. 3o5

Mesnil , et à deux conseillers , pour en dresser 1602. l'instruction , à la requête de son procureurgéne'ral.

Les preuves ëtoient fortes, et la défense de Used.fend Biron très foible. Il fit bien voir, dans une af- '"'' fan^e où il s'agissoit de la vie, qu'il avoit moins de cervelle que de cœur; car il reconnut d'abord son e'criture, sur laquelle il eût pu chicaner, et gagner quelques jours qu'il eût fallu employer à la vérifier. Cette pièce avoit e'té écrite du temps de la guerre de Savoie, et il prétendoit que le Toi étant à Lyon, lui avoit pardonné toutes ses escapades. Le roi envoya des lettres du grand Lettres da sceau à son parlement, par lesquelles il révo- '^" '■°' ' "'

'■ >- voqiiant le

quoit cette grâce. Mais on ne fit pas grande cou- pa'-'Jott qu'il

• 1 ^ . ,v 1 i o Ju; avoit ac»

sideration la-dessus; car premièrement la o-râce cordéàLyon. qu'il lui avoit accordée n'étoit que verbale ; et en second lieu , le parlement tient pour maxime qu'il y a des crimes que le roi ne peut pardonner, comme ceux de lèze-majesté divine et humaine, et ceux qui sont d'un horrible scandale, ou d'un grand préjudice au public. Quand on vint au iinereprorecollement et confrontation des témoins, et •=^'^P°"''Laf. qu'on présenta Laffin à Biron, au lieu de le reprocher, comme c'étoit un homme que cent reproches rendoient incapable de porter témoignage , il le reconnut pour homme de bien et brave gentilhomme. Puis, lorsqu'il eut entendu

3o6 HISTOIRE

1602, lire sa déposition , il se mit à le charger d'injures, à l'appeler traître, magicien et me'chant; mais il n'e'toit plus temps; ses reproches n'e'toient plus valables.

Renazé pa- Il croyoit quc Rcnazé fût encore prisonnier

roît devant . , ., , , . , -,

lui. dout H en Piémont; il s etoit sauve quelques jours aupa-

M or e on- j^^^^^^j ^ çj- yoilà qu'on le pre'sente devant lui. Il

croit voir un fantôme, il demeure e'tonné et

muet; et sans lui faire aucun reproche, entend

sa de'position , qui etoit conforme à celle de Laffin.

Dépositions Ils dëposoiciit, outrc ce que nous avons dit, qu'il

de Laffin et . 1 / i i r •

de Renazé. avoit complotc avcc le gouverneur du fort Sainte- Catherine, de faire tuer le roi lorsqu'il irait reconiioître la place , où Biron l'eût accompagné et eût marché un peu devant lui, vêtu d'une certaine façon , afin d'ctre connu. Ils disoient encore qu'il y avoit une autre entreprise pour enlever le roi lorsqu'il seroit a. la chasse , ou ailleurs , mal accompagné, et le mener en Espagne.

11 est con- L'instruction du procès ainsi faite dans la Bas-

ôuit par la ri- ... . . 1 1 * ■

vicreaupar- tille par quatre commissaires, on le conduisit au

lemeut, où il -i • 1 ••\ 1 l'j '• .i

est ouï. palais par la rivière, bordée du régiment des gardes. Il fut ouï en parlement , assis sur la sellette, toutes les chambres assemblées, mais les pairs n'y étant pas, quoiqu'ils y eussent été appelés. Puis il fut reconduit à la Bastille.

Le lendemain , dernier de juillet , on alla aux opinions, et de cent cinquante juges, il n'y en

DE HENRI-LK-C PvAND. 3o7

eut pas un qui ne conclût à la mort. Il fut de'claré ïGo2.

..... . j . j 7^ ' . I Son arrêt

attei/U et co/waincu au crime de Lezc-majeste j,> conjam-

ualiuu uniurt.

pour les conspiralLons faites par lui sur la personne du roi, entreprise sur son Etat, proditions et traités avec ses ennemis , étant maréchal de Vannée dudit seigneur roi. Pour réparation de ces crimes , privé de tous états , honneurs et dignités , et condamné à at^oir la tète tranchée en place de Grève; ses biens, meubles et immeubles, acquis et confisqués au roi; sa terre de Biron pour jamais privée du titre de pairie; cette terre et toutes ses autres reunies au domaine de la couronne.

Le roi, sous prétexte de fliire grâce à ses pa- Le iku du

supplice est

rents, mais craignant en enet quelque tumulte, commué à la

,.,/.-, . , , ,' Bastille.

parce qu il etoit tort anne des gens de guerre , et avoit grand nombre d'amis à la cour, commua le lieudeTexécution, et voulut qu'elle se fit dans la Bastille. Le chancelier y étant allé avec le pre- O"!"' p^omier président, le fit mener à la chapelle, où, rèt. sur les dix heures du matin, on lui prononça son arrêt, qu'il entendit un genou en terre, avec assez de patience, hormis quand ce vint à ces paroles: Conspiration sur la personne du roi. Pour lors, il se leva et s'écria : // n'en est rien, cela est faux ; otez cela. Ensuite le chancelier , selon les formes, lui redemanda le collier de l'ordre, sa couronne ducale, et le bâton de maréchal.

nonce sonar-

3o8 HISTOIRE

160». Il n'avolt pas les deux derniers avec lui, mais seulement le premier, qu'il tira de sa poche et le rendit.

Il seroit inutile de rapporter tous ses discours,

ses reproches , ses emportements , ses plaintes ,

ses exclamations, et cent extravagances (car on

les peut nommer ainsi) auxquelles il s'emporta.

Il a la tête Su.r Ics ciuq heures du soir il fut mené sur

tranchée. u'iri ^-ii a i/

lecharaud, ou il eut la tête tranchée.

On remarqua qu'elle bondit par trois fois,

pousse'e par Timpétuosite' des esprits qui s'y

e'toient transporte's , et qu'il en sortit plus de

Il est enter- sauff que du tronc du corps. Il fut porté en

ré à S. Paul. ,, , ,. , . i \ 1?

1 église de Saint-Paul, OU l'on l'inhuma sans aucune cérémonie, mais avec un merveilleux concours de peuple , qui avoient tous les larmes aux yeux , et plaignoient ce brave courage, qu'une détestable ambition et un orgueil trop emporté avoient amené à une fin si malheureuse.

11 étoit fort II est bon de savoir que ce maréchal étoit fort

Σ;noranf,niais

fort amateur ignorant, mais extrêmement curieux des predic-

<le toutes sor- . , , , . ,

tesdeprédic- tions dcs astrologucs , dcvins , geomanciens et autres affronteurs. On tient même que Laffin avoit gagné ses bonnes grâces, sur ce qu'il lui faisoit croire qu'il parloit au diable , et qu'il l'avoit assuré qu'il seroit souverain. On dit encore qu'étant jeune, il alla un jour déguisé voir un diseur de bonne aventure , qui lui prédit qu'il

DE HENRI-LE-GRA.ND. SoQ

seroit fort grand seigneur, mais qu'il auroit la 1602-, tcte coupe'e, dont il se fâcha et le battit outrageusement ; qu'un autre devin lui prédit qu'il seroit roi , si un coup d'epe'e par derrière ne l'en empechoit; et un autre, qu'il mourroit par l'épee d'un Bourguignon, et qu'il se trouva que le bourreau qui lui trancha la tête étoit natif de Bourgogne.

On en compte encore beaucoup d'autres ; mais , à dire vrai , la plupart de ces prédictions se font d'ordinaire après coup ; et quand elles auroient effectivement précède l'événement, il faut croire que c'est par hasard, et non point par science ; les pronostiqueurs disant tant de hâbleries, qu'il est impossible qu'il n'en arrive quelqu'une. C'est Réflexions

1 1 1 1 ' 1 n t""^* néces-

donc une grande sagesse de se desabuser l es- saires aux prit de ces sottes curiosités ; car outre qu'elles ^'^^^ *' n'ont aucun fondement dans la raison , on offense Dieu d'y croire, et on donne prise à se laisser infatuer et mener par le nez. Aussi les habiles gens n'y ajoutent jamais foi; mais quelquefois ils s'en servent pour persuader les simples.

Laffîn et Renazé eurent leur abolition. Un laffin et nommé Hébert, secrétaire du maréchal de Biron, tienn<nt leur souffrit la question ordinaire et extraordinaire ^ """'''; sans rien confesser; toutefois il fut condamné a une prison perpétuelle. Peu de temps après, le roi le fit mettre en liberté ; mais le ressentiment

3lO HISTOIRE

ifio2. de ce qu'il avoit soufTert étant plus fort sur lui que celui de la grâce , il passa en Espagne, où il acheva ses jours.

Comraean«: Lc baron de Lux, confident de Biron, vint en

le baron de , i i • i i

Lux , et la cour sur la parole du roi. Il lui dit tout ce qu'il

conservation • a i

de ses char- savoit, et pcut-etrc cncorc davantage; moyennant ^^'" quoi il obtint son abolition en telle forme qu'il

voulut, et fut confirmé en ses charges et aux gouvernements du château de Dijon et de la ville de Beaune. Le roi retint le gouvernement de Bourgogne pour monsieur le Dauphin , et en donna la lieutenance à Bellegarde , lequel depuis en fut gouverneur en chef, Montbarot Moutbarot , scigneuF breton , fut mis dans la

emprisonné j -« .ii 1 • t ?-i

puis mis en Bastillc , sur quclqucs indices qu il y avoit contre

liberté. i • ■)'... ' • i •

lui; mais s étant trouve innocent, on lui ouvrit aussitôt les portes.

Fontanelles Lc baron dc Fontanellcs , gentilhomme de très bonne maison , n'eut pas le même sort ; car , pour avoir trempé dans la conspiration , et outre cela avoir traité de son chef avec les Espagnols , de leur livrer une petite isle sur les côtes de Bretagne, il fut rompu sur la roue en Grève, par arrêt du grand conseil. Le roi , en considération de sa maison , qui est fort illustre , accorda aux parents que dans l'arrêt il ne seroit point appelé de son nom propre ; mais Ihistoire ne l'a pu taire.

rompu sur la roue.

DE TIEN RI-LE-GR AND, 3ll

Le duc de Bouillon, se trouvant aussi un peu ï6o2.

Page 1