rr • II-»- • ^ Le maréchal
implique dans 1 airaire de Bn^on, jugea a propos j^ jto.iiiion de se retirer en sa vicomte de Turenne. Le roi , ™*JÎ^,,fra"io!r ayant avis qu'il y tramoit encore quelque chose, «^^ ^""od.
• T" Le roi le
lui manda qu'il le vînt trouver pour se justifier, man.ie ea
,. ,, . ., I . , . . I p cour : au lieu
Au lieu dy venir, il lui écrivit une lettre tort de veuir, ii éloquente, par laquelle il lui repre'senta qu'ayant tTrrbcham. appris que ses accusateurs étoient très me'chants J^^^ ^ ' et très artificieux , il le supplioit de le dispenser d'aller à la cour , et de trouver bon que , pour satisfaire à Sa Majesté, à toute la France et à son honneur propre , son procès lui fût fait à la chambre de Castres, en vertu du privik'ge qu'il avoit accordé a tous ceux de la religion prétendue, et qu'on voulût y envoyer les accusateurs et les accusations. Aussitôt il se rendit à Castres , se présenta à la chambre , et prit acte de sa comparution. Le roi n'eut point cette réponse agréable : il blâma même le procédé des juges de Castres, qui lui en avoient donné acte, et lui manda qu'il n etoit point encore question de le mettre en justice , et qu'il eût à venir au plutôt.
Comme il fut averti , par les amis qu'il avoit à la cour, de la résolution du roi , lequel lui avoit . ^"'* *®,'"^"
'^ tireaOoneve,
envoyé le président de Commartin pour lui faire etdeiaaHei.
-, , . . dtiberg, chez
entendre sa volonté , il partit de Castres , alla à le prince Pa-
. ^ » • ■ \ X, • latin, son pa-
Orange , passa par Genève , puis se retira a jtlei- rent.
3l2 HISTOIRE
1602. delberg , chez le prince Palatin , disant en sage politique , comme il e'toit , qu'il ne falloit ni capituler avec son roi , ni s'approcher de lui tandis qu'il e'toit en colère. Cette affaire couva quelques années; nous verrons en son lieu comme elle se termina.
La faveur H faut avoucr quc la faveur de Rosny servoit
deRosnTscr- i\ 1 <■ % i
voit (le pré- en ce temps-la de prétexte presque a tous les contentements mëconteutements et à toutes les conspirations desgran s. j^^ grands. Le roi l'avoit ve'ritablement e'ievé par trois ou quatre belles charges, parce qu'il croyoit ne pouvoir assez récompenser les services qu'il lui rendoit ; et en cela, ce prince ne me'rite que louanges , d'autant qu'un ])on maître ne peut faire trop de bien à un bon serviteur. Le roi ne Mais si Ics brouillous et les malcontents se plai-
lul donnoit . i-i 1 • 1 • i i
pourtant pas guoicut qu il lui donuoit trop de charges et
trop de pou- 1, i • • • , •^
voir; car il le d cmplois , au moius ne pouvoient-ils pas se lui-méme.""'^ plaindre qu'il lui donnât trop de pouvoir, et qu'il n'en donnât qu'à lui seul ; car il est vrai de dire que Rosny n'avoit pas la liberté de faire la moindre grâce de son chef. Il falloit pour toutes choses s'adresser directement au roi : il vouloit distribuer lui-même toutes les grâces et les récompenses à des gens qu'il en connût dignes , qui lui en eussent obligation , et qui n'eussent de'pendance que de lui. Ce grand prince savoit bien
împtmn!? QUE, CELUI QUI DONNE TOUT, PEUT TOUT ; ET QUE
DE HENRI-LE-GRANI). 3l3
CELUI QUI NE DONNE RIEN, n'eST RIEN QUE CE 1602.
qu'il plaît a celui qui donne tout. Il avoit trop de courage et trop de gloire pour souffrir qu'un autre fît la plus noble fonction de son autorite royale. Quelque faveur et quelque familiarité qu'on eût auprès de lui, si on eût manqué de lui garder un profond respect, de lui parler et d'agir avec lui autrement qu'on ne le doit avec son maître et avec son roi , on fût tombé sans doute aussitôt en disgrâce ; et ce fut , comme nous avons remarqué , une des causes de la perte de Biron. Jugez donc si celui qui ne vouloit point qu'on fît en rien du monde le compagnon avec lui, eût enduré qu'on y eût fait le souverain: jugez s'il se fût contenté que ses ministres eussent simplement pris son agrément sur une affaire , et qu'ils ne lui eussent parlé des choses que par manière d'acquit , après les avoir résolues d'euxmêmes. Non sans doute ; il vouloit que les résolutions partissent de sa tête et de son mouvement; que le choix fût de lui ; qu'il eût seul la puissance d'élever et d'abaisser, et que personne que lui ne fût arbitre de la fortune de ses sujets. Ce n'est pas qu'il ne considérât, comme il est juste, les recommandations des grands de son État et de ses ministres, dans la collation i^'i\ faisoit des bénéfices , des emplois et des charges : mais c'étoit toujours de telle façon, qu'il faisoit connoître à
lustres.
3l4 HISTOIllE
1602. celui à qui il les donnoit, qu'il ne devoit les tenir que de lui. L'exemple suivant le montre bien.
Exemple L'cvêché de Poitiers étant venu a vaquer ,
roémorable , t • . /
que le roi ne Rosuy Ic supplia mstamment de considérer en
déféroit pas . . .,, , ,
tropàsesmi- cctte occasiou Pierre renouulet, repute savant homme et grand prédicateur. Le roi , nonobstant cette recommandation , le donna à l'abbé de La Rochepozav , qui en son particulier avoit beaucoup de bonnes qualités, et, outre cela, étoitfils d'un père qui avoit également bien servi de son épée pendant la guerre , et de son esprit dans les ambassades. A quelque temps de là , l'évêché de Montpellier vint à vaquer : le roi , de son propre mouvement, envoie chercher Fenouillet, et lui dit qu'il le lui donnoit , mais a condition qu'il n'en auroit obligation qu'à lui seul. On voit par-là comme il considéroit en quelque sorte la recommandation de Rosny : mais on voit aussi comme étoit bornée la puissance de ce favori, qui donnoit de la jalousie à tout le monde. Je l'appelle favori , à cause qu'il avoit les emplois les plus éclatants ; quoiqu'à dire vrai , il n'avoit aucune prééminence sur les autres du conseil ; car Villeroy et Jeannin étoient plus considérés que lui pour t(^tiégociations et pour les affaires étrangères; Bellièvre et Sillery pour la justice , la police et le dedans du royaume. Et il ne faut
DE HENRI-LE-GRANU. 3l5
pas s'imaginer que ces gens-là dépendissent en 1602. aucune façon de lut : il n'y avoit qu'un chef dans l'État, qui etoit le roi, lequel faisoit mouvoir tous les membres, et duquel seul ils recevoient les esprits et la vigueur.
Sur la fin de cette année, le duc de Savoie, F.nircpnse
. , , , ^ du duc de Sa-
pensant se venger et se dédommager de la perte ^oie sur Gcde son marquisat de Saluées sur la ville de Genève , avorte'. essaya de la surprendre par escalade. L'entreprise avoit été formée par les conseils du seigneur d'Albigny, et le duc avoit passé les monts, la croyant infaillible. D'Albigny conduisit deux mille hommes destinés pour cela, jusqu'à demi-lieue de la ville : mais s'étant chargé de la conduite de cette action , il ne jugea pas à propos de s'engager dans la place , et en laissa l'exécution à d'autres. Le commencement en fut assez heureux. Plus de deux cents hommes montèrent par des échelles, gagnèrent les remparts, et coururent par toute la ville sans être aperçus. Cependant les bourgeois furent éveillés par les cris des fuyards d'un corps-de-garde, qui découvrit les entrepreneurs, et qui aussitôt se vit chargé par eux ; et le pétardier qui devoit rompre une porte par-dedans , pour faire entrer ceux de dehors , vint malheureusement à être tué. Après quoi ils furent accablés de tous côtés ; la plupart essayèrent de regagner leurs échelles ; mais le canon de la
3l6 HISTOIRE
1602. courtine les ayant brisées , ils furent presque tous
tués, Qu se rompirent le cou en sautant dans le
Treize des fossé. Il CH fut pris treize en vie , presque tous
entrepreneurs .-. . . . .
pendus. gentilshommes , entre autres , Attignac , qui avoit servi de second à don Philippin , bâtard de Savoie. Ils se rendirent sur l'assurance qu'on leur donna de les traiter en prisonniers de g^uerre; mais les cris furieux de la populace , qui représentoit le danger où leur ville avoit été des massacres, des violements , d'un incendie universel et d'une servitude perpétuelle, forcèrent le conseil de cette petite république à les condamnera la mort infâme de la potence, comme des voleurs. On attacha leurs têtes, avec cinquante-quatre autres de celles des tués, sur les fourches patibulaires , et on jeta les corps dans le Rhône.
Le duc de Le duc de Savoie , tout confus d'un si mauvais
Savoie s'ex- , 1 i i
cuse envers succes , et cucorc plus dcs reprochcs que toute la chrétienté lui faisoit d'avoir tenté une telle entreprise en pleine paix , repassa les monts en poste , laissant ses troupes près de Genève , et tâcha de s'excuser envers les Suisses de ce qu'il avoit voulu surprendre cette ville, qui étoit sous leur protection, aussi-bien que sous celle de France , disant qu'il ne l'avoit pas fait pour troubler le repos des ligues, mais pour empêcher que Lesdiguières ne s'en emparât pour la remettre au roi.
les Suisses.
DE HENRI-LE-GRAND. 'dlj
Les ducs de Savoie ont depuis long -temps 1602. prétendu que cette ville est de leur souveraineté, ii;ve*ia"liii. et que les évêques , qui en ont porté le titre de * ^'*^^' " comte , et en ont été seigneurs durant quelque temps, relevoient d'eux. C'est pourtant ce que les évoques n'ont jamais avoué, ayant toujours maintenu qu'ils dépendoient immédiatement de l'Empire. La ville , de son coté , soutient qu'elle est ville libre, qui n'est point sujette, pour le temporel, ni à ses évêques , lesquels elle chassa entièrement l'an i533, lorsqu'elle renonça malheureusement à la religion catholique , ni au duc de Savoie, mais seulement à l'Empire, dont elle a toujours les aigles arborées sur ses portes. Il n'est pas besoin de rapporter ici les titres des uns ni des autres; mais pour lors la ville de Genève etoit en possession de sa pleine liberté il y avoit plus de soixante ans , et s'étoit alliée avec les cantons des Suisses. Or les Suisses étoient com- EUeéto.tai-
1 1 1 'i. ' J T7- ■ 11' ' 1 liée des Suis-
pris dans le traite de Vervms, comme allies de 5^, ^t sous la France; par conséquent la ville de Genève y lap'otect.ou
'ri J de rranc*.
étoit aussi, et le roi l'avoit assez déclaré au duc de Savoie. Il ne laissa pas pourtant de tenter l'entreprise que nous venons de dire , espérant que, si elle réussissoit , le roi d'Espagne et le pape le soutiendroient , et que le roi , pour si peu de chose , ne voudroit pas rompre la paix.
Les Genevois, furieusement animés, commen-
3l8 HISTOIRE
1602. cèrent de lui faire la guerre ; et entrant couravois^^o^rh geusement sur ses terres , lui prirent quelques irsa^oi "^"^ petites bicoques. Ils pensoient que le roi et les Suisses seconderoient les mouvements de leur ressentiment, et que tous les potentats d'Allemagne accourroient pour les assister. Mais le roi de'siroit observer la paix , et étoit trop prudent pour souffrir qu'il s'allumât une guerre dans laquelle il n'eût pas pu accorder ensemble la religion et la politique, et ajuster l'honneur et les intérêts de la France, obligée à protéger ses alliés, avec les bonnes grâces du pape, porté Maïs le roi par SOU dcvoir à la ruine des Huguenots. Il leur
les oblige à ^
faire la paix, eiivoya douc De Vie les assurer de sa protection , mais avec ordre de leur faire connoître que la paix leur étoit si nécessaire, et la guerre si ruineuse , qu'ils dévoient se porter à embrasser l'une et fuir l'autre. Comme ils avoient peu de force pour tant de colère , et qu'ils ne pouvoient rien sans son assistance, ils furent contraints de se relâcher, et d'entrer dans un traité avec le Savoyard, par lequel il fut dit qu'ils étoient compris dans le traité de Vervins , et que le duc ne pourroit bâtir aucune forteresse à quatre lieues
Affaire de Je Icur villc.
Metz , ou les
habitants se i\ arriva presque au même temps que la ville
barricadent
contre Sobo- de Mctz se soulcva contre le gouverneur de la
le.leurgou- .in 19 i- iii 1
yerneur. Citadelle. Il S appcloit Soboic , lequel y ayant
DE IIENRI-LE-GRAND. Sig
été mis lieutenant par le duc d'Épernon , à qui 1602. Henri III avoit donné ce gouvernement en chef, s'étoit depuis détaché de ce duc, je ne sais point par quelle considération , et avoit pris des provisions du roi. Il avoit un frère qui le secondoit dans les soins de ce gouvernement.
Durant la dernière guerre contre l'Espagne, ces deux frères avoient accusé les principaux habitants de Metz d'avoir conjuré de livrer la ville aux Espagnols. Il y en eut plusieurs d'emprisonnés, quelques-uns de mis à la question; mais pas un ne fut trouvé coupable : de sorte que tous les bourgeois, croyant avec sujet que ce fût une calomnie, prirent les Sobole en haine, et dressèrent des cahiers de plaintes contre eux, lesaccusant de quantité d'exactions et de cruautés. Le duc d'Epernon, qui sans doute soutenoit ces Leducd'É-
b\ 1 r . ' 1 • Pfeinou allii-
ourgeois a la cour, y rut envoyé par le roi rneiefeapius
pour accommoder ce différend. Les Sobole , qui °"' l'avoient offensé , ne se fioient point en lui : ils ne voulurent point le laisser entrer dans la citadelle le plus fort , ni faire sortir la garnison au-devant de lui ; tellement qu'étant justement animé, il enflamma la plaie au lieu de la guérir, et échauffa de sorte les habitants , qu'ils se barricadèrent contre eux. Le roi , qui savoit que Le roi y va les moindres bluettes étoient capables de causer un grand embrasement , ne se contenta pas d'y
1602. envoyer La Varenne, mais s'y achemina lui-même ,
e'tant d'ailleurs bien aise de visiter cette frontière.
Soboie lui Sobole lui remit la place entre les mains; et il
reudlaplace, v . • i- 1 1 i / •
et il la met eu- la domia a Arquien, lieutenant-colonel du regi-
d'Àrquieu. meut dcs gardes, avec la qualité de lieutenant
de roi , pour y commander en l'absence du due
d'Epernon, gouverneur , lequel n'y eut pas grand
pouvoir tant que le roi vécut.
i6o3. Le roi passa les fêtes de Pâques à Metz. Tandis
îé?eatentl" ^^'^^ J ^"t, il écouta la rcquêtc que les Jésuites
quête au roi j^j firent Dour Icur rétablissement. Il remit à leur
pour leur re- ■•■
fabiissement, faire justicc quand il seroit de retour à Paris, et permit au père Ignace Armand et au père Coton de s'y rendre, pour solliciter leur cause. Ils n'y manquèrent pas ; et le père Coton , qui étoit d'un entretien extrêmement doux et accord, et fort célèbre prédicateur, gagna aussitôt les bonnes grâces de toute la cour, et plut si fort au roi, qu'il obtint de Sa Majesté le rappel de la Société en France , malgré même les avis de quelques-uns Le roi les de SOU coiiscil. Il Ics rétablit donc par un édit giorieuseiuent. qu'il fit vérifier en parlement , et fit abattre ensuite cette pyramide qui avoit été dressée devant le palais , en la place de la maison de Jean Châtel, sur laquelle il y avoit plusieurs écrits en vers et en prose très sanglants contre ces pères. Ainsi leur bannissement fut glorieusement réparé , surtout le roi ayant retenu auprès de lui le père
Coton, en qualité de son prédicateur ordinaire, et de confesseur et directeur de sa conscience. Cela ne s'accomplit qu'en l'an iGo{\.
Dans ces deux anne'es de 1602 et i6o3, nous ifJua avons encore a. remarquer trois ou quatre choses i6(>3. importantes. La première, que le roi, au sortir 11 visite sa de Metz, alla à Nancy visiter sa sœur, la du- cy. cliesse de Bar, laquelle mourut l'année suivante sans enfants. La seconde, qu'il renouvela l'ai- il renouvelle
|. 1 f- • VI • 1 IV alliance avec
liance avec les buisses , et a quelques mois de la , les Suisses et avec les Grisons, nonobstant les obstacles que tâcha d'y apporter le comte de Fuentes , gouverneur du Milanois. La troisième , que s'en n apprend
\ TA ■ -1 1 11 1 1 la mort d'F.li-
retournant a Pans, il reçut la nouvelle de la zabeti., reine
mort d'Elizabeth, reine d'Angleterre , l'une des '
plus illustres et des plus héroïques princesses
qui aient jamais régné, et laquelle régit son
Etat avec plus de conduite et plus de vigueur
qu'aucun roi de ses prédécesseurs n'avoit jamais
fait.
Elle étoit fille du roi Henri VIII, et de cette Anne de Boulen , pour l'amour de laquelle il avoit quitté Catherine d'Aragon , tante de l'empereur Charles-Quint , sa première femme. Il ne EUe avoit
111 \ chassé la re-
manqua presque rien au bonheur de son règne y.^]^^ cathoque la religion catholique qu'elle bannit d'An- ''[^"grre'^ ^et p^leterre : et on eût pu lui donner le nom de ^'^'"^ . ™o"'^'''
«^ ^ A Marie Smart,
bonne aussi-bien que celui de grande , si elle ** cousine,
i6o5, n'eût pas traite si inhumainement, comme elle fît , sa cousine germaine Marie Stuart , reine d'Ecosse , qu'elle tint dix-huit ans prisonnière , et puis lui fît couper la tête , à cause de quelques conspirations que les serviteurs et amis de cette pauvre princesse avoient faites contre sa personne.
Jacques VI, Lc fîls dc ccttc Marie, nommé Jacques VI, roi fiu de Marie', d'Écossc , étant Ic plus proclîc du sang- d'An- TOvatmedi^ gletcrrc , comme petit-fils de Marguerite d'Angleterre, aleterre , fille du roi Henri VII , et sœur du roi
lin etoit que o ' ' ^
Jacques i^du jjgnri VIII, maHéc à Jacques IV, roi d'Ecosse,
nom entre les , *
rois d'Angle- succéda à Élizabctli, qui avoit fait mourir sa mère. Il voulut s'appeler roi de la Grande-Bretagne , pour unir sous un même titre les deux couronnes d'Angleterre et d'Ecosse, qui en effet ne sont qu'une même isle , jadis appelée par les Romains Magna Britannia.
L'alliance d'un si puissant roi pouvoit faire
pencher la balance du côté qu'il se fût tourné,
ou de France , ou d'Espagne ; c'est pourquoi
Ambassa- l'uuc ct Tautrc l'envoyèient aussitôt saluer par
ce'etd'Espa- ^^ magnifiques ambassades, chacun tâchant de
gne , pour p^ftii^er à soi. Ce fut Rosny qui y passa de la part
avoir son anu- j i j y. v
*'^- de Henri-le-Giand. Il obtint toutes les audiences
qu'il voulut fort favorables; et après quelques difficultés , la confirmation des anciens traités d'entre la France et l'Angleterre. L'ambassadeur
DE HENRI-LE-GRANO. SsS
d'Espngiie ne trouva pas tant de facilité en sa i6oî.
nég-ociation ; les Anglois tinrent ferme. Il fallut
que le lieu du traité fût pris en Angleterre, que
les Espagnols leur accordassent le commerce par
toutes leurs terres , même aux Indes , et qu'ils
leur donnassent liberté de conscience en Es- La piété cè-
, . . . deàriutérêt.
pagne ; en sorte qu ils ne seroient pomt sujets à l'inquisition , ni obligés de saluer le Saint- Sacrement par les rues , mais seulement de se détourner.
La France étant dans une profonde paix, tant au-dehors, parle renouvellement de ses alliances avec les Suisses et avec l'Angleterre, qu'au-dedans, par la découverte des conspirations qui avolent été entièrement dissipées, le roi jouissoit d'un repos digne de ses travaux , et ses peines passées rendoient ses plaisirs plus doux. Il n'étoit pas Leroitra-
, . . I . . , ■vaille à entre»
neanmoms oiseux : on le voyoït toujours dans teuiriapaix. l'occupation , et il s'employoit avec autant de soin à conserver la paix , cette divine fille du ciel, qu'il avoit apporté de courage et d'ardeur à faire la guerre.
On lui a souvent ouï dire que quand il eût pu Beiiesparorendre la maison de France aussi puissante en dignes d'un Europe , qu'est celle des Ottomans en Asie , et ^*^" '^"''. conquérir en un moment tous les Etats de ses voisins , il ne l'auroit pas voulu faire au déshonneur de sa parole , obligée à l'entretien de la paix.
t6o3. Ses plus ordinaires divertissements pendant ce
sem'enu!'^''* temps-là, etoient la chasse et les bâtiments. Il avoit des manœuvres en même temps à Sainte- Croix d'Orle'ans, à Saint- Germain-en-Laye , au Louvre et à la place Royale.
Occupation La noblcssc françoisse ayant la paix , ne pou-
de la nobles- . . . „ . .
sefrançoise. voit aussi demeurer sans rien tan-e : les uns passoient le temps à la chasse , les autres auprès des dames ; quelques-uns à apprendre les belleslettres et les mathe'matiques , d'autres à voyag^er dans les pays e'trangeis, et d'autres a continuer l'exercice de la guerre, sous le prince Maurice en Hollande. Mais plusieurs à qui les mains démangeoient, et qui cherchoient à signaler leur valeur sans partir de leurs maisons , devenoient pointilleux , et pour le moindre mot, ou pour un regard de travers , mettoient l'e'pee à la main. Duels trop Ainsi la manie des duels entra bien avant dans
reç[uen s. ^^^ espiits dcs g^entdshommcs ; et ces combats étoient si fréquents , que la noblesse versoit presque autant de sang sur le pre' par ses propres mains, que les ennemis lui en avoient fait perdre dans les batailles.
Le ro! fait* Lc roi pour cck fit un second e'dit fort sévère ,
r,ceuema- qui défcndoit les duels, et confisquoit le corps
"'*• et les biens de ceux qui se portoient sur le pré.
D'abord cette défense refroidit un peu l'ardeur des plus échauffés : mais parce qu'il donnoit sou-
PE nEN RI-LE-GR AND. SaS
vent grâce de ce crime , sa bonté ne pouvant la i€o3. refuser à des gens qui Tavoient fidèlement servi dans son besoin, il arriva que dans peu de temps le mal reprit son cours presque aussi fort comme auparavant.
Comme il recevoit de tous côtés des avis pour il fait des
. .| . ordonnances
accommoder et enrichir son royaume, il apprit pour rra.aii-
,.| . •,. 1 • 1 1 •!-« liT aii^ raines
<ju il y avoit, en divers endroits de la France, d'<.r,iiarc'eut
di 1 • 1' t 1» . 1 • et de cuivre.
assez bonnes mines d or et d argent, de cuivre
et de plomb, et que si on y faisoit travailler, on n'auroit pas besoin d'en acheter des étrangers ; que même, quand il n'y auroit pas grand profit à les fouiller, on en tireroit toujours cet avantage, que l'on y emploieroit quantité de fainéants , et aussi ceux des criminels qui ne méritoient pas la mort , lesquels eussent pu y être condamnés pour quelques années. Il fit donc un édit qui renouveloit les anciennes ordonnances touchant les officiers , directeurs et ouvriers des mines ; et ^
l'on commença d'y travailler dans les Pyrénées, où il est certain qu'il y en avoit autrefois d'or et d'argent , et qu'il y en a encore : de sorte que , si on eût voulu continuer ce travail , il y a bien de l'apparence qu'on en eût tiré de notables avantages : mais , ou la négligence des directeurs, ou leur peu d'intelligence, et d'ailleurs l'impatience des François, qui se rebutent aus-
i6o3. sitôt si une chose ne leur réussit pas avec facilite',
le firent discontinuer.
On entre- On cu entreprit un autre de fort grande comprend de fai- t / . / . .
re joindre la moditc pour' Paris. C'etoit de joindre la rivière
Loire etla..^,.
Seine. OC Lou'e a la Seine , par le canal de Briare.
Rosny y faisoit travailler avec beaucoup de dépense , et y employa près de trois cent mille écus; mais l'ouvrage fut interrompu, je ne sais pourquoi. On l'a repris sous le règne de Louis XIII , et amené à sa perfection.
Autre des- Qu en proposa encore un autre ,^ qui étoit de
sein de join- . - n ' i
dre les deux faiic comuiuniquer les deux mers, 1 Océan et la Méditerranée , en joignant ensemble la Garonne , qui va dans l'Océan ; et l'Aude , qui tombe dans la Méditerranée , au-dessous de Narbonne , par des canaux qu'on de voit tirer par de petites rivières , qui sont entre ces deux grandes. Le pays de Languedoc offroit d'y contribuer ; mais il se trouva des difficultés qui empêchèrent cette entreprise.
La navigation s'étant rétablie par le bon ordre que le roi avoit donné de tenir ses côtes en sûreté, et de punir sévèrement les pirates quand on les attrapoit , nos vaisseaux ne se contentoient pas de trafiquer aux lieux ordinaires , mais entreprenoient aussi d'aller au Nouveali-Monde , dont ils avoient presque oublié la route depuis l'amiral de Cohgny. Un gentilhomme saintoiigeois, nommé
DE IILNRI-LE-GUAKD. 327
Du Gas , commença , avec commission du roi , les i6o5.
' , , . (. ' 1 i- 1 Navigation
voyages de Canada, ou depuis tut établi le com- ^^ Canada,
I j? et comniiTce
merce des castors , qui sont des peaux cl un cer- ^^^ ^^^^^^^^ tain animal amphibie, presque semblable aux loutres de ce pays-ci.
Parmi tous ces établissements , il ne faut pas Établisse-
ment de rt-li-
oublier ceux de quantité de nouvelles compa- gi-ux et rtU-
^ . gieuses.
gnies religieuses , qui se firent dans Pans. On y vit pour la première fois des Récollets , qui est une branche de Tordre de Saint-François, d'une nouvelle réforme ; des Capucines et des Feuillantines; des Carmélites, lesquelles y furent amenées d'Espagne ; des Carmes déchaussés , qui vinrent aussi du même pays; des frères de la chanté, vulgairement appelés frères ignorants , venus d'Italie; et tous eurent bientôt bâti leurs couvents des aumônes et charités des personnes dévotes.
Au milieu de ce grand calme dont le roi jouissoit, et durant toutes ces belles occupations , qui étoient si dignes de lui , il ne laissoit pas de sentir des chagrins et des ennuis qui le fàchoient fort. Il n'y en avoit point de plus cuisant, ni de plus continuel que celui qui lui venoit de la part de sa femme et de ses maîtresses.
Nous avons vu comme mademoiselle d'Entra- Le roi don-
ne VerneujI a
eues l'avoit en^a^é. Il lui avoit donné la terre de mademoiseUe
D ,, .,11 d'Eutragues.
yerneuil, près de Senlis; et pour 1 amour d elle,
•^^^ HISTOIHE
i6o3. l'avoit érigée en marquisat. Depuis qu'il avoit été marié, il ne laissoit pas d'avoir le même attachement pour elle, de la mener en ses voyages, et de la loger à Fontainebleau.
Elle méprî- Ces désordres scandaleux offensoient extrême-
soit et oltea- -,
soit la reiuc. ment la renie ; et d'ailleurs la fierté de la marquise loutrageoit furieusement; car elle parloit toujours d'elle avec des termes ou injurieux, ou méprisants, jusqu'à dire quelquefois que si on lui faisoit justice, elle devroit tenir sa place.
Jtst'reZ ^'^ '^'''"^ ^"'^'' ^^ ^'«" ^oté, s'emportoit avec doit fort fâ- raison contre elle , et en faisoit ses plaintes à tout
clieuse vers le - . > ^ »>. »^vii,
roi. le monde. Mais ce n'étoit pas le moyen de gagner
l'esprit du roi : il eût peut-être mieux valu qu'elle eût sagement dissimulé son déplaisir, et que, par ses caresses, elle se fût rendue maîtresse d'un cœur qui lui appartenoit légitimement. Le roi amioit à être flatté; il aimoit le doux entretien et la complaisance , il se prenoit par la tendresse et par l'affection. Le filtre de l'amour est l'amour même ; c'est ce qu'elle devoit employer auprès de lui , non pas les gronderies , les dédains et le mauvais accueil, qui ne servent qu'à dégoûter davantage un mari , et à lui faire trouver plus de plaisir dans les appas d'une maîtresse, qui prend soin d'être toujours agréable et toujours, complaisante Au lieu de tenir cette route, elle étoit toujours en pique avec le roi; elle l'aigris-
soit à toute heure par des plaintes et par des i6o3. reproches; et quand il pensoit trouver avec elle quelque douceur pour se délasser de ses grands travaux d'esprit, il n'y rencontroit que de l'amertume et du fiel.
Elle avoit auprès d'elle une femme de chambre , Florentine , fille de sa nourrice , nommée Lëonora Galigai , créature extrêmement laide, mais fort spirituelle , et qui avoit su si adroitement s'insinuer dans son cœur, et s'en emparer de sorte, qu'elle la gouvernoit tout-à-fait. On dit , je ne sais ce qui en est , que , cette femme , craignant que la reine sa maîtresse ne l'aimât moins , si elle aimoit parfaitement le roi son mari, l'éloignoit de lui tant qu'elle pouvoit, afiri de la posséder plus à son aise. Depuis, afin d'avoir Léonora et
. . Concliini son
un second dans ses dessems , elle se maria et mari,rentre-
, ,, . -, . 11* tenoient en
épousa un I*Jorentm, domestique de la reme , sesmnuvaises qui s'appeloit Conchini , un peu de meilleure '"™''"''** extraction qu'elle , étant petit-fils d'un Baptiste Conchini, qui avoit été secrétaire de Côme, duc de Florence.
L'opinion commune est que ces deux personnes travaillèrent conjointement, tant que le roi vécut, à entretenir des aigreurs dans l'esprit de la reine, et à la rendre toujours fâcheuse et de mauvaise humeur envers lui ; de sorte que sept ou huit ans durant, s'il y avoit un jour de
33o HISTOIRE
i6o3. calme et de plaisir dans ce ménage , il y en avoit deux de mécontentement et de fâcherie. En cela véritablement la faute du roi e'toit la plus grande , pour ce qu'il donnoit sujet à ces troubles, et que le mari étant, comme dit saint Paul, le chef de la femme , doit lui donner l'exemple, et avoir plus étroite union avec elle.
Nous avons remarqué cela une fois pour toutes; mais on ne sauroit assez souvent faire cette réflexion : Que le pèche est la cause du désordre ; et que , pour un petit plaisir , il cause mille ennuis et mille maux , des ce monde ici même. Les déhau- Le roi n'étant âgé que de cinquante ans juste-
cJies du roi ,, . , ,
lui causèrent mcut , commeuça d avoir cette année quelques
a gou e. legrères atteintes de goutte , qui peut-être étoient
les effets douloureux de son excessive volupté,
aussi-bien que de ses fatigues.
1604. Pour revenir à la marquise , il arriva un jour
nace la^^nar- ^^c la rcinb étant fort offensée de ses discours ,
neuij*^*^*'^ la menaça qu'elle sauroit bien réprimer sa mé-
Laqueiie cliantc lauguc. La marquise se mit à faire la triste
prie le roi de , , i « ^ • 1 • \ ^ • o • i
ne la plus et la dolentc, a ruir le roi, et a lui taire entendre qu'elle le supplioit de ne lui plus parler, pour ce qu'elle avoit peur que la continuation de ses faveurs ne lui fût trop préjudiciable , à elle et à ses enfants. Son dessein étoit d'enflammer plus fort sa passion , en se montrant plus difficile. Or, comme elle vit que son adresse n'avoit pas
▼oir.
tout l'eftet qu'elle espéroit , et que d'ailleurs 1C04 la colère de la reine sY'toit accrue à tel point, (ju'il y avoit en effet quelque danger pour elle et pour les siens, elle s'avisa d'une autre chose. D'Entragues son pore demanda permission au roi Et son père
lui tleuiande
(le l'emmener hors du royaume , pour éviter la congé de se
- . . , . , retirer avec
vengeance de la reine. Le roi lui accorda sa die Lors de demande plus facilement qu'elle ne pensoit ; dont étant outre'e au dernier point, son père et le comte d'Auvergne , son frère utérin , se mirent ils traitent
> • \ 11 1 1 1? avec Tamlias-
a traiter secrètement avec 1 ambassadeur d Es- sadeur d'Es-
1 , i)a£ue , pour
pagne, pour avoir retraite sur les terres de son t'y retirer. roi , et se jeter entièrement eux et les enfants entre ses bras.
L'ambassadeur crut que cette affaire seroit fort avantageuse à son maître, et qu'en temps et lieu il se pourroit servir de cette promesse de mariage que le roi avoit donnée à la marquise. Ainsi , il leur accorda facilement tout ce qu'ils demandèrent , et y ajouta toutes les belles promesses dont les esprits foibles et le'gers se peuvent enivrer.
Le roi leur avoit accordé permission de se retirer hors de France , sans emmener pourtant les enfants, dans la crovance qu'il avoit qu'ils iroient en Angleterre, devers le duc de Lenox et le comte d'Aubigny, de la maison de Stuart, qui étoient leurs proches parents : mais lorsqu'il
002 IIISTOIRI-
1604. eut appris qu'ils méditoient leur retraite en Es-
soutàlTese'n pagnc , il re'solut de les en empêcher ; et pre-
«mpecier. mièrement, d'y employer les voies de douceur.
Pomcetcf- Il manda donc le comte d'Auvergne, qui étoit
fet , il man- , , , . , & ' ^
«le le comte lors a Clemiont , assez aimé dans la province ,
d'Auvergne, . ,., . a /
quiestàcier- pour croirc qu il y pouvoit demeurer en surete.
mont , et qui t1 r 1 • 5 -i » a
leiuse de ve- ^1 rctusa de vcuir , qu auparavant il n eut son abolition scelle'e en bonne forme, de tout ce qu'il pourroit avoir fait. C'étoit une sorte de nouveau crime de capituler avec son roi ; toutefois il la lui envoya , mais avec cette clause , qu'il se rendroit aussitôt auprès de lui.
Sa de'fiance ne lui permit pas d'obéir à cette condition; il demeura dans la province, où il se tenoit sur ses gardes avec toutes les précautions imaginables. Néanmoins il ne put être si fin que le roi ne le fît attraper , et par un artifice assez grossier. Il étoit colonel de la cavalerie françoise; on le pria d'aller voir faire montre à une compagnie du duc de Vendôme. Il y alla bien monté , se tenant assez éloigné pour n'être pas enveloppé ; néanmoins d'Eurre , lieutenant de cette compagnie , et Nerestan , l'abordant pour le saluer , montés sur des bidets , de peur de lui donner du soupçon, mais avec trois soldats déguisés en laquais , le jetèrent à bas de son cheval
Il est arrêté ^ n ■ • 11 • * v 1
prisonnier, et ct Ic firent prisonnicr. On 1 amena aussitôt a la tille. ' Bastille, où il fut saisi d'une extrême frayeur,
quand 11 se vit logé en la même chambre où avoit 1G04. été le maréchal de Biron, son grand ami.
Incontinent après , le roi fît aussi arrêter d'En- D'Entragups tragues , qui fut mené à la Conciergerie , et la se sont aussi marquise , qui fut laissée dans son logis , sous la '^"'^ ^** garde du chevalier du Guet. Puis , désirant faire connoître , par des preuves bien publiques , la mauvaise intention de l'Espagnol, qui séduisoit ses sujets, et qui excitoit et fomentoit à tout propos des conspirations dans son Etat, il remit les prisonniers entre les mains du parlement; lequel les ayant convaincus d'avoir comploté avec l'Espagnol, déclara, par un arrêt du i^"^ de Arrêt du par-
/./•l iH4 T-'.^ 1 lemeutCDUtre
février, le comte d Auvergne, Entragues, et un çu^. Anglois nommé Morgan, qui avoit été l'entremetteur de cette belle négociation, criminels de lèze-majesté, et comme tels, les condamna a avoir la tête tranchée ; la marquise , à être conduite sous bonne garde en l'abbaye des religieuses de Beaumont , près de Tours, pour y être récluse ; et que cependant il seroit plus amplement informé contre elle , à la requête du procureur général.
La reine n'avoit point épargné ses sollicitations pour faire donner cet arrêt, croyant que l'exécution satisferoit son ressentiment; mais la bonté du roi se trouva plus grande que sa passion. L'amour qu'il avoit pour la marquise n'étoit pas si fort
x6o4. éteint, qu'il pût se re'soudre à sacrifier celle qu'il
avoit si puissamment aimée. Il ne voulut pas
Le roi leur qu'on Icur prouonçât l'arrêt ; et à deux mois et
pardonne , et . .
lait justifier demi de là, savoir, le i5 d'avril il commua par
la marquise, i i i i '
des lettres du grand sceau , la peine de mort du comte d'Auvergne et du seigneur d'Entragues, en une prison perpétuelle ; et celle de Morgan en un bannissement perpétuel. Quelque temps après , i\ changea encore la prison d'Entragues au séjour de sa maison de Malesherbes en Beauce. Il permit aussi à la marquise de se retirer à Verneuil ; et sept mois s'étant passés sans que le procureur général eût trouvé aucune preuve contre elle , il la fit déclarer entièrement innocente du crime dont elle avoit été accusée. Mais le corn- H n'v cut quc le couitc d'Auvcrffne oui, étant
fe d Auver- , , . o T '
gne demeure Ic plus à Craindre, fut le plus maltraité; car,
a la Bastille , , ^ ' '
etestdqwuii- nou-seulemcnt le roi le retint prisonnier à la té. ''^ *^°'°' Bastdle , où il croupit douze ans durant , mais encore lui fit ôter la propriété de la comté d'Auvergne. Il en portoit le titre, et en jouissoit en vertu de la donation que le roi Henri III lui en avoit faite.
La reine Marguerite , nouvellement revenue à la cour, soutint que cette donation ne pouvoit être valable , pour ce que le contrat de mariage de Catherine de Médicis leur mère , à laquelle cette comté appartenoit, portoit su])stitution de ses
nE HEWTII-LE-GRAND, 335
biens, et cette substitution , dlsolt-elle , s'étendoit 1604auxfillesaudofautdesniales; partant, cette comté lui revenoit après la mort du roi Henri III, et il n'avoit pu la donner à son préjudice.
Le parlement ayant écouté ses raisons et vu ses LaqneUepst
1 1 • r • TT • Trr adjugée à la
preuves , cassa la donation laite par Henri 111 , reine Marui adjugea la comte. En recompense de cette |g„„g ^%^ obligation et de beaucoup d'autres qu elle avolt pj,*;"'/" '^'"" au roi, elle fit une donation entre-vifs de tous ses biens à monsieur le Dauphin, s'en réservant seulement l'usufruit sa vie durant.
Le comte d'Auvergne , ainsi dépouillé , demeura dans la Bastille jusqu'en 1616, que la reine Marie de Médicis, ayant besoin de lui durant quelques broulUerles , le délivra de là, et le fit justifier. Elle voulut même qu'on tirât des registres du parlement et du greffe l'arrêt et les informations qui eussent conservé la mémoire de son crime. Voilà comme le temps amène toutes choses, et comme il change les plus grandes haines en grandes affections , de même qu'il change les plus fortes affections en des haines mortelles.
En approfondissant le complot que le père de on décou la marquise avoit tait avec les Espagnols , pour ^ées du leur livrer sa fille et ses enfants , on découvrit B^Vuion. aussi les menées du duc de Bouillon , qui désormais étoit le. seul qui pouvoit faire de la peine au roi dans son royaume. Il est constant que ce
ma-
âvo
1604. grand prince lui avoit fait des biens très consioh fa°it de dérables , lui ayant donné le bâton de mare'chal ftni^il2 ^^ France, et procuré le mariage de Théritière iXnerï" ^^ ^^^^^' ^"^^' ce seigneur l'avoit très bien servi dans ses plus grandes nécessités ; mais depuis qu il le vit converti à la foi catholique , il diminua beaucoup de son affection ; et étant mu en partie de zèle pour sa fausse religion, en partie d'ambition, il conçut de vastes desseins de se faire chef et protecteur du parti huguenot, et , sous ce prétexte , de se rendre maître des provinces de delà la Loire. On disoit que pour cela il avoit fort aidé à échauffer l'esprit du maréchal de Biron, et qu'il avoit fait un traité avec l'Espagnol, qui lui devoit fournir de l'argent à souhait, mais non pas des troupes , de peur de le rendre odieux aux Protestants.
Maïs depuis II n'étoit que trop visible que, depuis la con-
la couversion . i ' r
du roi, il ex. version du roi, il avoit travaillé sans cesse à
citolt les Hu- • 1 1 '/-•
guenots con- entretenir des dehances et des mécontentements louioiV faire ^aus Ics cspHts dcs Hugucuots , et à les unir et ciicf départi. ^^Iher tous ensemble, afin qu'ils fissent corps; se persuadant que ce corps voudroit avoir nécessairement une tête , et qu'il n'en pouvoit choisir une autre que lui. Voilà pourquoi il s'étoit fait tant d'assemblées et de synodes particuliers et généraux de ceux de la religion , où l'on n'eiitendoit que des plaintes et des murmures contre
le roi , lequel ils fatiguoient sans cesse de nou- 1604, velles demandes et requêtes.
Outre cela, on sut que ce duc avolt des émis- Sps émissai-
- . ^ ^ r^ • • rcstàclient de
saires et des serviteurs dans la buienne , et parti- forme r un. )arculièrement dans le Limousin et dans le Quercy, ^^^ qui cabaloient parmi la noblesse , distribuoient de l'argent, prenoient le serment de ceux qui lui promettoient service , et avoient formé des entreprises sur dix ou douze villes catboliques.
Le roi, jugeant qu'il falloit couper la racine du mal avant qu'il s'étendît plus au loin , et ne sachant pas même jusqu'où il s'étendoit, résolut d'y aller porter le remède lui-même. Il partit Le ro; y va
1 T-. • 1 1 • 1 1 pour einpè-
de Fontauiebleau au mois de septembre, ayant cherkuisdesr: envoyé devant Jean- Jacques de Mesme, seigneur de Roissy, qui alla à Limoges pour faire le procès aux coupables.
Aussitôt toute cette conspiration s'en alla en Toute cette
~ , , .,. , . conspiration
lumee. Les plus avises vinrent au-devant du roi , se dissipe,
se jeter à ses pieds; les autres s'enfuirent hors
du royaume, ou se cachèrent. Cinq ou six mal- Punition de
heureux ayant été pris, furent décapités à Limoges, p^bie".*^ '^°"
leurs têtes plantées sur le haut des portes , et
leurs corps réduits en cendres qui furent jetées
au vent. Trois ou quatre autres souffrirent même
supplice en Périgord. Il y en eut dix ou douze
des plus considérables condamnés par contumace
et effigies , entre autres La Chapelle Biron , et
1604. Giversac, de la maison de Cugnac. Mais dans
toutes ces procédures , il ne se trouva aucune
preuve par écrit , ni même aucune déposition
bien formelle contre le duc de Bouillon , tant il
avoit finement et adroitement conduit toute cette
trame.
Le roi re- Avaut CCS cxécutions , Ic Toi ayant fait son
ris. ' entrée à Limoges , s'en retourna à Paris. Il sou-
haitoit avec passion qu'après cela le duc de
Bouillon se reconnût et s'humiliât. Car s'il
demeuroit sans repentance , il étoit obligé de le
pousser à bout; et s'il entreprenoit de le pousser,
il offensoit tout ce grand corps des Protestants,
Ti tâche de qui étoicut ses plus fidèles alliés. Il employa donc
faire liumilier . - - ., ^ .
le duc de SOUS mam tous les moyens dont il se put aviser.
Bouillon, mais -, \ ■ ^ 1 '
inutilement, pour Ic portcr a avoir recours a sa clémence plutôt qu'à l'intercession des étrangers, laquelle ne peut agréer à un souverain pour son officier et son sujet. Le duc désiroit encore plus que lui se tirer de cet embarras; mais il croyoit ne pouvoir trouver de sûreté à la cour, parce que Rosny, qui n'étoit pas son ami, et qui avoit quelque jalousie de le voir plus autorisé que lui dans le parti huguenot, avoit beaucoup de crédit Use résout auprès du roi. Tellement qu'après diverses entre-
^^a«.eger e ^j^^^ ^j. j^^^gociations , Ic loi se résolut de l'aller chercher à Sedan avec une armée.
Rosny travailloit avec beaucoup de chaleur
aux préparatifs de cette expédition. Le roi se 1604. confioit en lui, et, en l'honorant, désiroit té- touli^s^pSmoig^ner aux Huguenots, que s'il attaquoit le '^'|!;.i;'-^^^^^ duc de Bouillon , ce n'étoit point a leur relig-ion <='^'»qu'il en vouloit , mais à la rébellion. Pour ce Le roi érige
1 11 11' Sully tu du-
sujet, il lui érigea la terre de Sully en duché et ciié. pairie ; ce qui fera que nous l'appellerons désormais le duc de Sully. Son sentiment étoit que le roi poussât \ivement le duc de Bouillon. Villeroy et les autres étoient d'un contraire avis; ils ne vouloient point que l'on hasardât le siège de inconvé-
11 1 nieiits qu'il y
Sedan , d autant que la longueur de cette entre- avoit d'assié-
A A '-ii'T c ,• ger Sedan.
prise eut peut-être réveille diverses factions aux autres coins du royaume , et eût donné le temps aux Espagnols d'attaquer la frontière de Picardie; au Savoyard malcontent, de se jeter, avec les forces du Milanois , sur la Provence désarmée ; et aux Huguenots et aux Protestants d'Allemagne , d'accourir au secours de leur ami.
Le roi prévoyoit bien tous ces inconvénients ; Le roi aime
, / , . ,, , mieux rece-
c'est pourquoi s étant avance jusqua Donchery, voir ce duc
1 ni 1 o 11 1-1 • ' eu grâce.
durant 1 absence de Sully, qu il avOit envoyé peut-être tout exprès quérir de l'artillerie, il traita avec le duc de Bouillon , et le reçut en grâce , moyennant qu'il s'humiliât devant Sa Ma* a quelles
, --Il Al I -Il 1 c 1 conditions.
jeste, qu il le reçut dans la ville de Sedan, et qu'il lui remît le château, pour le tenir avec telle garnison qu'il lui plairoit, quatre ans durant.
34o HISTOIRE
1604. C'etoient là les conditions publiques ; mais par
les articles secrets, le roi promettoit de n'être que peu de jours dans Sedan, et de ne mettre que cinquante hommes dans le château , qui en sortiroient incontinent , à la très humble supplication que le duc lui en feroit. Toutes ces choses s'exécutèrent fidèlement et sans aucune défiance Le doc de- Je part et d'autre. Le duc vint trouver le roi à
mande par- \ • 1
dou ail roî, Donchery, ou il le supplia de lui vouloir par-
qiiieatredans . , ... fi 5 a
Sedan, etpuis donuer. Le roi le reçut aussi bien que s il n eut
vient à Paris. • • p •^^• m. • • • ^ •! t
jamais laïui, et cinq ou six jours après, il entra dedans Sedan, et y en séjourna trois seulement, puis retourna à Paris. Le duc l'accompagna jusqu'à Mouson , et ne passa pas plus outre : mais quelques jours après , lorsqu'il eut appris que le parlement avoit vérifié son abolition , dans laquelle ses amis , qui avoient été condamnés par défaut à Limoges , étoient aussi compris , il se rendit à la cour , où il reçut plus d'honneur et de caresses que jamais. C'étoit la manière de ce grand roi : il avoit un cœur de lion contre les Grandexem- orguelUcux ct coutrc Ics rebelles; mais il se rositédeno- plaisoit à rclcver, avec une bonté sans pareille, ceux qu'il avoit terrassés, lorsque leurs soumissions les rendoient dignes de recevoir sa grâce. Aussi le duc de Bouillon , qui connoissoit parfaitement son naturel (car ils avoient vécu et fait la guerre fort long -temps ensemble )j ne
tre prmce.
DE nENRI-LE-GRAND. S/Jl
manqua pas de se conduire en cette conjoncture ^604. avec toute la prudence et toute la souplesse dont un habile homme comme lui étoit capable.
Nonobstant cette grande générosité et bonté du Nonobstant
\ , . . ,,^ / Cfla, sou rè-
roi , son règne ne laissoit pas d être traverse par ^oe e»t trades infidélités et par des conspirations incroyables. TOnspiratious. Telle fut la trahison de L'Oste ; l'entreprise sur la ville de Marseille par Merargues, et une autre sur Narbonne et sur Leucate , par les Luquisses.
L'Oste étoit commis de Villeroy et son filleul : TraFiîson d« l'emploi qu'il avoit auprès de lui étoit de déchiffrer les dépêches. Ce malheureux faisoit savoir tout le secret des affaires du roi à quelques gens du conseil d'Espagne , qui l'avoient corrompu moyennant douze cents écus de pension qu'on lui avoit promis pendant qu'il étoit en ce payslà avec l'ambassadeur Rochepot. Sa méchanceté étant découverte , il s'enfuit ; et comme les prévôts des maréchaux le poursuivoient, il se noya dans la rivière de Marne , près le bac du Fay. On peut juger si Villerov, dont la fidélité demeuroit par-là exposée aux soupçons du roi et aux médisances de ses ennemis, en eut un sensible déplaisir. Il eût eu sans doute beaucoup de peine à se laver de cette affaire , quelque innocent qu'il fût , si le roi, qui le vit dans une affliction extraordinaire, n'eût eu la bonté de le visiter lui-même, de lui porter de la consolation, et de le justifier,
par cet honneur, de toutes les calomnies que ses
envieux semoient contre lui.
i6o5. Merargues étoit un gentilhomme provençal
Merargues. ^^ ^^^^^ Donnc maisou , Icqucl, ayant assurance
d'être viguier de Marseille l'année suivante, avoit
promis de livrer la ville aux Espagnols durant
sa viguerie. Il fut si imprudent et si fou, que de
découvrir son dessein à un forçat des galères de
Marseille, lequel en donna avis à la cour, afin
peut-être d'obtenir sa liberté. Sur cet avis, on
épia si soigneusement Merargues, qui étoit pour
On le sur- lors à Paris , qu'on le trouva conférant avec le
prend confé- , . i i» i i uti i
raut avec le Secrétaire de 1 ambassadeur d Espagne , et parlant
rlmblssldeur ^^ ^^^^^^ ■> qu'on cntcudit presque tout ce qu'ils
d Espagne, digoicnt. On le fouilla, et on trouva sous les plis
de sa jarretière un Mémoire contenant le plan
Sa punition, dc SOU entreprise. Il fut arrêté, et eut la tête
tranchée , par arrêt du parlement de Paris du
19* de décembre. Son corps fut écartelé , les
quartiers attachés à des poteaux devant les portes
de la ville, et sa tête portée à Marseille, pour y
être plantée au bout d'une pique , sur une tour
On arrête d'uuc dcs principales portes. Le secrétaire de
aussi le secré- i, i i ^ a/ • \ • 1'^
taire de l'am 1 ambassadcur tut arrête aussi-bien que lui, et eût couru grand risque , si le roi y eût voulu aller aussi vite , comme lui conseilloient ceux qui désiroient la rupture avec l'Espagne.
Cette rencontre donna sujet aux politiques de
bassadeur.
iliscourir diversement sur les droits des ambas- i6o5. sadeurs et de leurs gens. Mais Henri-le-Grand dw rsnunt de'clda lui-même la question de cette sorte. « Les ^"^ a'^birsa- (( ambassadeurs , dlsoit-il, sont sacre's par le «^f"'"^-.
' ^ i Lptoi en de-
(C droit des ffens : or, Us le violent les premiers cide lui même
" * la (juestion.
« quand ils trament quelque trahison contre (( l'État ou contre le prince auprès duquel leur « maître les a envoyés ; par conséquent ce droit « ne les doit point mettre à couvert de la re- (( cheï;plie et de la punition. D'ailleurs, il n'est (( point à présumer qu'ils soient ambassadeurs, et ce qu'ils représentent le souverain qui les envoie, (( lorsqu'ils font des lâchetés et des infidélités, « lesquelles il ne voudroit pas faire ni avouer. (( Toutefois il y a plus de générosité à n'user (( point en cela de la dernière rigueur, mais de ce se réserver cet avantage de les pouvoir châtier (C sans le faire. 1^ Ce fut là son sentiment ; et comme il suivoit toujours les maximes les plus généreuses, il défendit qu'on ne procédât point n défend contre le secrétaire de l'ambassadeur , auquel les cèdTTontrê juges alloient donner la question. '^ secrétaire.
Cependant l'ambassadeur pensant couvrir cette L'ambassaperfidie à force de crier bien haut , vient se plain- <;oupdrbmit| dre à lui qu'on avoit violé le droit des e^ens et la ^^ menace du
T- ^ ressentiment
dignité de l'ambassade, protestant que le roi son ^e son maimaître en auroit le ressentiment que doit avoir un grand prince offensé. Le roi , lui répondant
i6oi
avec une sage froideur, lui repre'senta ce que son secrétaire avoit fait avec Merargues. L'ambassadeur ne voulant pas avouer son homme , ni approuver son action , tourna l'affaire d'un autre biais , et se plaignit que le roi avoit le premier fliit infraction au traite de Vervins, puisqu'il assis- Le Toi inî toit Ics Hollaudois d'hommes et d'argent. Le roi
répond fort , ,. " '
froidement , rcpliqua quc , pour les hommes, ils n'y alloient
et lui rend • , -
son sécrétai- po^t par scs ordrcs , et qu d y avoit des François av^irrsoiu ^" service de l'archiduc, aussi-bien qu'au service «uparavant. jes Hollandois ; mais , pour son argent , qu'il e'toit en son pouvoir d'en fliire ce qu'd lui plairoit, et de le prêter, ou de le donner, sans qu'on y pût trouver à dire. L'ambassadeur s'échauffa fort , et il y eut des paroles bien hautes de part et d'autre. Enfin le roi lui fit rendre son secre'taire, comme il l'avoit re'solu dès auparavant qu'd lui en parlât.
Trahison des Quaut aux Luquisscs , c'e'toient deux frères, (jrcnois d extraction, qui avoient fait marche' avec le gouverneur de Perpignan , de lui livrer Narbonne et Leucate. Il est certain qu'il n'etoit pas en leur pouvoir d'exécuter ce dessein, et qu'il y avoit plus de mauvaise volonté' en eux , que de danger que la chose réussît ; néanmoins ils furent pris et mene's à Toulouse , où le parlement les envoya l'un et l'autre au gibet.
Il sembloit que non -seulement la mahce des
DE nENRI-LE-GRAND. 345
hommes conspirât alors contre la France , mais ï^'oîaussi la folie. Car le même jour que Merargues unfoaatfut exécuté , un malheureux fou attenta sur la p^Jtbonne du personne sacrée du roi , se jetant sur lui une dague ^°'' à la main , comme il passoit à cheval sur le Pont- Neuf en revenant de la chasse. Les valets de pied de Sa Majesté y ayant accouru, lui firent lâcher prise , et l'eussent assommé sur-le-champ , sans la défense du roi, qui le fit mener en prison au Fort-l'Évêquc. Il s'appeloit Jean de l'Isle , natif de Vineux, près de Senlis. Il fut aussitôt interrogé par le président Jeannin , qui n'en put jamais tirer aucune réponse raisonnable ; car il étoit tout-àfait hors du sens. Il croyoit être roi de tout le monde , et disoit que Henri IV ayant usurpé la France sur lui , il le vouloit châtier de sa témérité. Sur cela, le roi jugeant qu'il étoit assez puni par sa folie , commanda qu'on lui fit seulement garder la prison, où il mourut peu de temps après.
Ceux qui désiroient la guerre ne perdoient ceux qui point l'occasion d'irriter l'esprit du roi sur toutes guerre, aigrisces conjurations et entreprises des Espagnols. Ils l'e'jf^ritduroî lui remontroient qu'il n'en devoit point attendre «ur toutes ces
A A conspirations.
d'autres de ses ennemis perpétuels ; qu'ayant fait tous leurs efforts pour l'empêcher de parvenir a. la royauté, ils les continuoient toujours pour attenter sur son repos et sur sa vie ; que leurs embû-
i6nT. ches étoient plus à craindre dans la paix que dans la guerre ; qu'il falloit rompre avec eux , parce qu'ils auroient moins de moyens de lui malfaire , quand ils ne seroient plus dans les entrailles de son État; qu'il y avoit plus d'avantage d'agir avec eux à force ouverte , que non pas de démêler toutes les mene'es et pratiques qu'ils tramoient sous le manteau de paix et d'amitié. Ils lui représentoient avec cela le mauvais état des affaires de l'Espagne , qui, s'étant toute épuisée d'argent dans les guerres des Pays-Bas , avoit été contrainte d'avoir recours à des moyens extraordinaires pour Ils lui Jou- en recouvrer. Mais surtout ils n'oublioient pas de du *^"'i^n?i! lui mettre devant les yeux les grandes et avanta- 'e iif ' r ' g^euses qualités qu'il avoit par-dessus Philippe III, d'Espagne, jqj^ advcrsairc ; d'autant que l'on se porte bien plus facilement à attaquer un homme lorsqu'on le méprise et qu'on le croit le plus foible. Quel étoit Je dirai, à ce propos, que ce roi-là, quoiqu'il eût l'esprit assez éclairé , et que les soins du roi Philippe II son père , très grand politique , lui eussent donné toutes les connoissances nécessaires pour gouverner , néanmoins , par une certaine timidité et par une défiance de lui-même , trop ordinaire à beaucoup de grands , fuyant le travail et la peine, il s'étoit entièrement déchargé du gouvernement sur le marquis de Dénia , lequel il fit bientôt duc de Lerme. Il seroit malaisé
ce prmce
DE IIENRI-LF.-GRANI). 347
d'exprimer combien celui-ci se rendit odieux , et ï^oS, combien l'autre fut peu estimé tandis que cela dura : car enfin Dieu fit la g^ràce à ce jeune prince de lui dessiller les yeux : il brisa ses chaînes ; et celui qui s'étoit rendu comme son maître , crut ne pouvoir se mettre mieux à couvert de toutes les disgrâces qui lui pouvoient arriver, qu'en se faisant d'église et cardinal.
Peut- on, en passant, faire quelque réflexion Belle et utile sur le pitoyable état où se met un souverain qui, pour ne se pas conduire comme il doit , tombe nécessairement dans le mépris et dans l'aversion de ses sujets ? Sans doute que le plus grand malheur qui lui puisse arriver, est d'être regardé comme inférieur et sujet à un autre ; d'avoir les oreilles bouchées à toutes les voix de son peuple, qui lui crie de tous côtés , gouvernez - nous , et de s'en rapporter plutôt à cinq ou six lâches flatteurs qui lui font accroire qu'il est le maître, quoiqu'en effet il n'en fasse aucune fonction , que non pas à la vérité , et au sentiment de tout son royaume ; que s'il désire savoir et connoître au vrai s'il est le souverain ou non , il n'a qu'à regarder, sans se flatter, si c'est lui qui donne les charges , les bénéfices , les pensions et les récompenses de son propre mouvement; si c'est lui qui choisit les personnes ; si les officiers qu'il a autour de lui sont de sa main ; s'il se fait des
i6oo. créatures; s'il a jamais dit une bonne fois , ye veux , dans quelque affaire d'importance ; s'il se voit toujours suivi et accompagné des grands; si ceux qui ont des affaires, qui cherchent des emplois , et qui ont besoin de faveur , sont dans son antichambre; à qui enfin, dans son royaume, on rend plus de respect et plus d'assiduité ; et alors il connoîtra clairement qui est celui qui règne. Mais ce n'est pas assez que de connoître ce qui en est, il faut, à l'exemple de Philippe III, dont nous venons de parler, faire un effort pour Enqui>icon. sc mettre en possession de son autorité. C'est en
«iste priiici- ■• . . . , , ,,
paiement le ccla quc cousistc pHucipalcmeut le courage d un souverain ; car en quoi sauroit-il mieux faire connoître sa fermeté et sa vigueur , qu'à prendre le rang et le pouvoir que Dieu lui a donné ? N'estce pas le vrai point d'honneur pour un roi , que de maintenir en sa personne les droits de la royauté ? Sans mentir , il y a plus de lâcheté et plus de honte pour un souverain de se soumettre à celui qui devroit être soumis à ses volontés, que de fuir un jour de combat devant les ennemis : car les plus braves quelquefois lâchent le pied ; et le courage d'un roi consiste beaucoup moins à combattre de sa main qu'à gouverner de sa tête. Que lui sert de vaincre ses ennemis , s'il se voit au-dessous de son sujet qui , sous prétexte de le servir, le réduit, lui et son Etat, dans les
courage d'un eouvcraiu
DE nENllI-LE-GllANU. 349
liens , et qui ose se revêtir de toute la gloire et i<5ox de tout l'avantage du commandement , en lui faisant croire que c'est pour le soulager du fardeau ?
Notre Henri n'e'toit pas de même; sa bonté Qneiieétoit étoit extrême , mais elle n'étoit point fainéante HeuH°-^e ni timide ; ses lumières et ses connoissances point Grand. inutiles , mais toujours laborieuses et agissantes. Rien n'étoit au-dessus de lui que Dieu même ;. rien à côté de lui que la justice et la clémence, ses deux plus fidèles conseillères. Le plus hardi de ses ministres trembloit quand il lui voyoit tant soit peu froncer le sourcil. Toutes familiarités cessoient, et chacun se tenoit dans un grand respect quand il prenoit le ton de maître.
Or ce grand roi conservant ainsi l'éclat de sa majesté, il ne faut point s'étonner s'il s'estimoit au-dessus de Philippe III , qui pour lors se laissoit entièrement gouverner. Ainsi , parce qu'on savoit qu'il connoissoit son défaut , on croyoit qu'il seroit plus facilement persuadé de lui faire la guerre. En effet , il y étoit assez résolu ; et après n eût bîea
. 1. IV • Ti • J T? 1 voulu faire la
tant d injures qu u avoit reçues des Espagnols, guerre aux son ressentiment n'avoit pas ffrand besoin d'y ^*P'.p°'*. '
r o J ma, s il ne ju-
être poussé. Toutefois, avant que de s'engrao-er b'^» p»'* a proen une si grande entreprise , il vouloit prendre '««■• toutes ses mesures si exactement, et amasser tant d'argent , d'artillerie et de munitions , garnir si
35o HlSTOrRE
i6o5. bien ses places frontières , donner si bon ordre au-dedans de son État , s'assurer de tant d'amis et et allie's , lever de si puissantes armées , et enfin faire sa partie si forte, que le succès n'en fut nullement douteux, et qu'en choquant cette ambitieuse puissance , il fût assure de la terrasser. Vodà pourquoi il ne jugea pas à propos de se tant hâter. \
Cependant il ne ne'gligeoit pas les autres moyens d'acque'rir de la réputation, et ne tenoit pas moins glorieux de faire éclater son nom par la sagesse de ses conseils que par la force de ses armes. Par la dernière, ilavoit été victorieux des rebelles et des n se rend Espagnc^s ; par l'autre , il se rendit l'arbitre des
I arbitre des . ,
différends de plus grands différends de la chre'tiente' , et s'acquit
une supe'riorité d'autant plus noble , qu'on la lui
de'fe'roit sans contrainte.
1606. Le pape Cle'ment VIII étant mort sur la fin de
motrdedé- l'année i6o5, il voulut employer son crédit pour
SiI'Lé'oa ^^"^^ "" P^P^ "^^ ^^^ ^'"'^- ^^ cardinal de Joyeuse,
bilmô"""^' son ambassadeur, et ses autres agents y travaillè-
Paui V lui rent si bien , qu'ils firent tomber les suffrages
succède. , 1 1 T. /T •
sur Alexandre de Medicis, qu'on nommoit le cardinal de Florence. Il prit le nom de Léon XI; mais il mourut au bout de dix-sept jours, et ce fut à recommencer. Le roi ne voulut pas qu'on se mît davantage en peine d'en faire élire un autre , et déclara que la France n'y prenoit point d'autre
DE HENRI-LE-GRAND. 35l
intérêt, sinon qu'on choisît un homme de bien. Le 1606, conclave ensuite élut le cardinal Borghèse , qui fut nommé Paul V.
Dans les premières années de son pontificat , il Un grand se ralluma un ffrand différend qui avoit commence ^^^ entre
° 1 1 A I r Paul V et le»
sous ses prédécesseurs, lequel eut mis le leu aux Yénitiens.. quatre coins de Tltalie , et peut-être li toute la chrétienté, si Henri-le-Grand n'eût pris le soin de l'éteindre. Je vous en vais dire le sujet.
La Seigneurie de Venise avolt autrefois fait une La répubi;-