DEPUIS SA NAISSANCE JUSQU'A CE QU'IL PARVINT A LA COURONNE DE FRANCE
On ne sauroit dire précisément en quel lieu Henri -le - Henri-le-Grand fut conçu. La commune opinion conçu à La est que ce fut à La Flèche , en Anjou , là où ^*^ ^' Antoine de Bourbon son père , et la princesse de Navarre sa mère , séjournèrent depuis la fin de février de l'an 1 55^ , jusqu'à la mi-mai de l'année 1553. i553. Mais il est certain que la première fois qu'elle s'aperçut de sa g^rossesse , et qu'elle le sentit remuer , elle étoit au camp , en Picardie , avec son mari , qui étoit gouverneur de cette province , et qui y étoit allé de La Flèche pour y commander une armée contre l'empereur Charles- Quint. Certes, il étoit bien juste que celui dont la Providence divine avoit destiné de faire un prince extraordinaire , marquât les premiers mou-
l/J. HISTOIRE
i553. Yements de sa vie dans un camp , au bruit des trompettes et du canon, comme un vrai enfant de Mars.
Son grand-père Henri d'Albret, qui vivoit encore , ayant appris que sa fille étoit grosse , la rappela auprès de lui, désirant prendre lui-môme le soin de la conservation de ce nouveau fruit, qu'il disoit , par un pressentiment secret , le devoir venger des injures que l'Espagnol lui avoit faites.
Cette courageuse princesse prenant donc congé de son mari , partit de Compiègne le 1 5 novembre, traversa toute la France jusqu'aux monts Pyrénées , arriva à Pau , en Béarn , où étoit le roi son père , le 4 décembre , n'ayant demeuré que dix-huit ou dix-neuf jours à faire ce voyage; et le 1 3 du même mois , elle accoucha heureusement d'un fils.
Avant cela, le roi Henri d'Albret avoit fait son testament , que la princesse sa fille avoit grande envie de voir , parce qu'on lui avoit rapporté qu'il étoit fait à son désavantage , en faveur d'une dame que le bon homme avoit aimée. Elle n'osoit lui en parler ; mais étant averti de son désir , il lui promit qu'il le lui mettroit entre les mains , lorsqu'elle lui auroit montré ce qu'elle portoit dans ses flancs : mais à condition que dans l'enfantement elle lui chanteroit une chanson, afin y
.'^.1 nais sance.
DE HENRI -LE-GR AND. l5
lui (lit-il , que ta ne me fasses pas un enfant r555. pleureux et reclii^nè. La princesse le lui promit. Sa nuro et eut tant de courage , que malg^re les grandes mettant au douleurs qu'elle souffroit, elle lui tint parole, et en chanta une en son langage béarnois, aussitôt qu'elle Tentendit entrer dans sa chambre. L'on remarqua que l'enfant , contre l'ordre com- ii ne cria
, , . -, point eu uais-
mun de la nature, vmt au monde sans pleurer et sant. sans crier. Aussi, certes, ne falloit-il pas qu'un prince qui devoit être la joie de toute la France, naquît parmi des cris et des gémissements. .,
Sitôt qu'il fut né , le grand-père l'emporta dans sit6t qu'il
11 , , , , fut né , sou
e pan de sa robe en sa cliambre , et donna son grand - père
testament , qui étoit dans une boite d'or , à sa g^ cLmbre!
fille , en lui disant : Ma fille , voilà qui est à
vous , et ceci est à moi. Quand il tint l'enfant , il lui frot-
ac . H ,, ,, ., ta les lèvres
trotta ses petites lèvres d une gousse dail, et dune gousse
lui fît sucer une goutte de vin dans sa coupe d'or, fit^lucer*une
afin de lui rendre le tempérament plus mâle et €0"'f«<'«^'"-
plus vigoureux.
Les Espagnols avoient dit autrefois, par raille- Sotte raii-
ne, sur la naissance de la mère de notre Henri: pagnois sur
Miracle , la vache a fait une brebis , entendant ^e k rô\re de
par ce mot de vache , la reine Marguerite sa mère ; °°"^* T^^nri.
car ils l'appeloient ainsi, et son mari , le vacher y
faisant allusion aux armes de Béarn , qui sont
deux vaches. Et le roi Henri, qui se tenoit assuré
de la future grandeur de son petit-fils , le prenant
l6 HISTOIRE
i553. souvent entre ses bras , le baisant , et se souvenant de cette froide raillerie des Espagnols , disoit , tout ravi de joie , à ceux qui le venoient visiter, pour se conjouir de cette heureuse naisr.epartie de saucc : Vojez , maintenant ma brebis a enfanté
sou père.
un lion.
i554. Il fut baptise Tannée suivante , le jour des Rois ,
HMriiv! ^ ^ janvier i554- Pour ce baptême, on fit expressément des fonts d'argent doré , sur lesquels il fut baptisé en la chapelle du château de Pau. Ses Ses parrains parraius furcut Henri II , roi de France , et
et marraine. • n n • i • ^ • ^
Henri d Albret , roi de Navarre , qui lui donnèrent leur nom ; et la marraine fut madame Claude de France , qui fut depuis duchesse de Lorraine. Jacques de Foix , pour lors évêque de Lescar , et depuis cardinal , le tint sur les fonts au nom du roi très chrétien , et madame d'Andouins, au nom de madame Claude de France. Il fut baptisé par le cardinal d'Armagnac , évêque de Rodez et vice-légat d'Avignon.
Il fut d'à- Il fut d'abord très difficile à élever , ayant eu
Lord difficile , . . ,, \ n
à élever. scpt OU liuit nouiTiccs 1 Une aprcs 1 autre. Au Il eut pour sortir de la mamelle , le roi son aïeul lui donna
gouvernante
madame de pour gouvemantc Suzaunc de Bourbon, femme
de Jean d' Albret , baronne de Miossens , laquelle
réleva dans le château de Coaiasse , en Béani ,
situé dans les rochers et dans les montagnes.
Le grand-père ne voulut pas qu'on le nourrît
DE HENRI-LE-GRAND. l'J
avec la délicatesse qu'on nourrit d'ordinaire les i554. gens de cette qualité , sachant bien que dans un pèr^uf^v^oucorps mol et tendre , il ne loo^e ordinairement î"' i''** i," ? "
•T ' o le nourrit de-
qu'une àme molle et foible. Il défendit aussi qu'on licatement. l'habillât richement , ni qu'on lui donnât des babioles ; qu'on le flattât , et qu'on le traitât de prince , parce que toutes ces choses ne font que donner de la vanité , et élèvent le cœur des enfants plutôt dans l'orgueil que dans les sentiments de la générosité. Mais il ordonna qu'on l'habillât et qu'on le nourrît ' comme les autres enfants du pays , et même qu'on l'accoutumât à courir et à grimper sur les rochers , a cause que par ce moyen on le faisoit à la fatigue , et que , pour ainsi dire , on donnoit une trempe à ce jeune corps pour le rendre plus dur et plus robuste; ce qui sans doute étoit nécessaire à un prince qui avoit à souffrir beaucoup pour reconquérir son état.
Le roi Henri d'Albret mourut a Hagetmau , en i555. Béarn,le 2 5 mai i555, âgé de cinquante-trois Hend°^d'Alans ou environ. Il ordonna , par son testament , ^"'• que son corps fût porté à Pampelonne , pour y être enterré avec ses prédécesseurs, et qu'en attendant, il fut mis en dépôt dans l'église cathé-
' Oa dit que , pour l'ordinaire , on le nourrissoit de pain bis, de bœuf, de fromage et d'ail, et que bien souvent on le faLsoit marcher nu-pieds et nu-tête.
l8 HISTOIRE
i555. drale de Lescar, en Bëarn. Ce prince etoit courageux , spirituel , doux et courtois à tout le monde , et tellement libéral, que Charles-Quint, passant une fois par la Navarre , en fut si bien reçu , qu'il dit qu'il n'avoit jamais vu de prince plus magnifique.
Sa fille et Après sa mort, Jeanne sa fille , et Antoine , duc succèdent, et ..de Vendômc , son gendre, lui succédèrent. Ils îacour!'^'*^^ étoient alors a la cour de France, et eurent beaucoup de peine à obtenir leur congé pour s'en aller en Béarn, d'autant que le roi Henri II , poussé par un mauvais conseil , vouloit leur ôter la Basse- Navarre qui leur restoit , disant que tout ce qui étoit au-deça des Pyrénées étoit du royaume de France. Ils surent adroitement y faire opposer les Etats du pays, et le roi n'osa les trop pousser sur ce sujet, de peur que le désespoir ne les forçât d'appeler l'Espagnol à leur secours ; mais il en demeura toujours fâché contre eux , tellement que , donnant à Antoine le gouvernement de Guienne , qui avoit aussi été tenu par Henri d'Albret son beau-père , il en retrancha le Languedoc , qui en avoit été depuis long-temps. 1557. Environ deux ans après , ils revinrent à la cour
de France, où ils amenèrent leur fils , âgé de cinq ans, qui étoit le plus joli et le mieux fait du monde ; mais ils n'y séjournèrent que peu de mois, et s'en retournèrent en Béarn.
Peu après, le roi Henri II fut tue d'un coup iSSg. de lance par Montg^ommeri. François II, son fds HeurMi"*^^' aîné, lui succe'da : et Messieurs de Guise, oncles , î^'^''"'^?""
' ' "lui succède.
de la reine Marie Stuart sa femme, se saisirent du gouvernement. Les princes du sang ne le purent Divisions à souffiùr. Louis , prince de Condé , frère puîné la mon de d'Antoine , appela ce roi en cour pour s'y opposer. Dans ces divisions, les Huguenots firent la conspiration d'Amboise , contre le gouvernement d'alors , laquelle étant découverte , et les deux frères Antoine et Louis accusés d'en être les i56o. chefs , on les arrêta prisonniers aux Etats d'Orléans, et on fit le procès au second avec tant de chaleur , qu'on croit qu'il eût eu la tête tranchée ,
' T^ ^ ' Mort de
si la mort du roi François II ne fut arrivée. Frauçois 11.
Charles IX , qui lui succéda , étant mineur , la Charles ix reine Catherine sa mère se fit déclarer récente
, '-' La reine
par les Etats ; et le roi de Navarre , premier Catiierineest
déclarée ré-
prince du sang, fut déclare lieutenant -général geute, et le du royaume , pour gouverner 1 Etat avec elle ; varre lieutede sorte que , par ce moyen , il fut obligé de de- duVoyaume. meurer en France , où il fit venir la reine Jeanne sa femme , et le petit prince Henri son fils. Mais il ne garda pas long-temps cette nouvelle dignité; car les troubles continuant toujours par les surprises que faisoient les nouveaux réformés, des meilleures villes du royaume , après qu'il eut repris Bourges sur eux , il vint assiéger Rouen ,
ao HISTOIRE
1S62. où j visitant un jour les tranchées et faisant de TaiuRouen! ^'^^'^ ■> ^^ Tcçut Une mousquetade dans l'épaule gauche, dont il mourut quelques jours après, à Andely-sur-Seine. S'il eût vécu plus long-temps, les Huguenots eussent sans doute été mal menés en France ; car il les haïssoit mortellement , quoique son frère le prince de Condé fût le principal chef du parti.
La reine sa La rciuc sa femme , et le petit prince son fils,
femme s'en , . i \ 1 i \ »
retourne en ctoicut pour lors a la cour dc Frauce. La mère s en
Béarn,oùelle , v 11 1 . *.
embrasse ou- Tctouma cu Beam , ou elle embrassa ouvertement caivh^sme. ^ ^^ calvinisme ; mais elle laissa son fils auprès du roi , sous la conduite d'un sage précepteur nommé La Gaucherie, lequel tâcha de lui donner quelque teinture des lettres, non par les règles de la grammaire , mais par les discours et les entretiens. Pour cet effet, il lui apprit par cœur plusieurs belles sentences , comme celle-ci :
Ou vaincre avec justice; ou mourir avec gloire.
Et cette autre :
Les princes sur leur peuple ont autorité grande ; Mais Dieu plus fortement dessus les rois commande.
'^ * L'an 1 566 , la reine sa mère le tira de la cour
Elle tire son
fils de la cour de Fraucc , et l'emmena a Pau ; et en la place de
de France, et . •/••ir^i/ iii-i
lui donne un La Gauclicrie , qui etoit decede , elle lui donna
précepteur , ^1 / • • • i 1 •
qui l'élève Florent Chrétien , ancien serviteur de la maison yaiTe doml- de Vendôme , homme de très agréable coiiversa-
])E IIENRI-LE-GRAND. 21
tlon , et fort versé aux belles-lettres, mais tout-à- i566. fait huguenot, et qui, selon les ordres de cette reine , éleva le prince dans cette fausse doctrine.
Aux premiers troubles de la religion, François, duc de Guise, avoit été assassiné par Poltrot au siège d'Orléans , laissant ses enfants en minorité ; ce fut en Tannée i 563. Aux seconds, le connétable de Montmorenci reçut une blessure à la bataille de Saint -Denis, dont il mourut à Paris trois jours après , la veille de la Saint-Martin, en l'année 1 567. Aux troisièmes, en 1669, la i56g. reine Jeanne se rendit la protectrice du parti huguenot , étant pour cet effet venue à La Rochelle avec son fils , qu'elle dévoua dès-lors à la défense de cette nouvelle religion.
En cette qualité il fut déclaré chef du parti ; Henr!,prîn-
• 1 , / T ce de Waxar-
et son oncle , le pnnce de Conde , son lieute- re , déclaré
nant , avec l'amiral de Collgnl. C'étolent deux gionnaires.
grands chefs de guerre ; mais ils commirent de ce de'ci'ndéj
notables fautes ; et ce jeune prince , âgé seule- 'on^^UeùS-
ment d'environ treize ans , eut déjà l'esprit de les ^^;"^i^drc*'
remarquer ; car il jugea fort bien , à la grande ^'S^'-
escarmouche de Loudun, que si le duc d'Anjou ' Action fort
Al AI •! judicieuse qu'il
eut eu des troupes prêtes pour les attaquer , il fait étant eul'eût fait , et que ne le faisant point, il étoit en mauvais état , et partant , qu'il fallolt l'attaquer
' Ce duc d'Anjou fut depuis Henri IIL
1D69. au plutôt ; mais on ne le fit pas , et ainsi on donna
le temps à toutes ses troupes d'arriver. Autre ac- A la joume'e de Jarnac, il leur remontra en-
tion fort ju- ...
dicieuse qu'il core judicieusemeut qu'il n'y avoit pas moyen
fait à la jour- 1
nëe de Jar-- de Combattre , parce que les forces des princes
étoient e'parses, et celles du duc d'Anjou toutes
jointes ; mais ils s'étoient engagés trop avant
Louis, pria- pour pouvoir plus reculer. Le prince de Condé
cedeCondé, « , , i"ll ta • f 1
tué .1 Jarnac. lut tuc ciaus ccttc bataille, ou plutôt assassine de sang-fi^oid après le combat , dans lequel il avoit eu la jambe rompue. Après cette Après ccla , toutc l'autorité et la créance du
mort, le com- .
œaudemeut parti dciTieura a l'amiral de Coligni , qui , à dire
demeureàl'a- • / • 1 i 1 i 1 i\
mirai, qui ha. vrai, ctoit Ic plus grand homme de ce temps-la,
sarde la ba- > i i- • ' -il 11
taille de Mont- ^ la rcligiou prcs, uiâis le plus malheureux, contour. q^^ amiral ayant ramasse' de nouvelles forces,
hasarda une seconde bataille à Montcontour, en Poitou. Il avoit fait venir à l'aimée notre petit prince de Navarre, et le jeune prince de Condé, qui se nommoit aussi Henri, et les avoit donnés à garder au prince Ludovic de Nassau , qui les tenoit un peu écartés sur une colline avec quatre mille chevaux.
Notre jeune Lc jcuue pHuce brûloit d'cnvie de jouer des
prince mou- , . il- • 1
roit d'envie maïus ; mais on ne le lui permit pas , de peur
mlins"rmais de liasardcr sa personne. C'étoit sans doute sa-
pêciu" ^™" gement fait de retenir son ardeur. Néanmoins ,
quand l'avant - garde du duc d'Anjou eut été
enfoncée par celle de l'amiral, il n'y eût point i^egi
eu de danger de le laisser fondre sur la bataille ,
qui e'toit fort étonnée. Toutefois on l'en empêcha,
et il s'écria alors : Nous perdons notre avantage. Donne des
, , . marques de
et la bataille par conséquent. Cela arriva comme son jugement. il l'avoit prévu ; et on jugea dès l'heure , qu'un jeune homme de seize ans avoit plus de lumières que les vieux routiers. Aussi s'appliquoit-il tout entier à ce qu'il faisoit; il n'y avoit pas seulement le corps, mais aussi l'esprit et le jugement.
S' étant sauvé avec les débris de son armée, il fît presque tout le tour du royaume, se battant en retraite, et recueillant des troupes huguenotes ça et la durant cinq ou six mois, pendant lesquels il eut a souffrir tant de fatigues , que , s'il n'eût été nourri comme il l'avoit été, il n'y eût jamais pu résister.
Ce jeune prince , toujours accompagné de l'amiral, mena ses troupes en Guienne, et de là en Languedoc, où il prit Nîmes par stratagème, força quelques petites places, et brûla les environs de Toulouse ; de sorte que les étincelles de cet incendie voloient jusque dans cette grande ville. La guerre étant aussi allumée dans le Vi- 15^70. varais , il se montra sur l'autre bord du Rhône guerre avec avec ses troupes, emporta par escalade les villes '"°"" ' de Saint-Julien et de Saint- Just, et ol^ligea Saint- Etienne en Forez de capituler. De là il descendit
Paix d'Ar iia)-le-Duc.
1570. sur les rives de la Saône, et puis dans le milieu de la Bourg-ogne. Paris trembloit une seconde fois à l'approche d'une arme'e d'autant plus redoutable, quelle sembloit s'être renforce'e par la perte de deux batailles , et qu'elle venoit de remporter quelque avantag^e sur celle des catholiques , que le maréchal de Gosse' commandoit.
Le conseil du roi, craignant de hasarder ainsi le tout pour une quatrième fois, jugea plus à propos de plâtrer encore une paix avec ce parti. Elle fut donc traitée à Saint-Germain-en-Laye , les deux armées étant proches l'une de l'autre dans la vallée d'Aillan , non loin d'Arnay-le-Duc , et conclue le 11 d'août 1 Bjo.
Cette paix faite , chacun se retira cliez soi : le prince de Navarre alla en Béarn ; le roi Charles IX se maria avec ÉlisaJ^eth , fille de l'empereur Maximilien II ; et il sembloit que l'on ne pensât plus qu'à des réjouissances et à des festins. Cependant, le roi ayant reconnu qu'il ne viendroit jamais à bout des Huguenots par la force , résolut d'y employer d'autres moyens plus 1571. faciles, mais aussi bien plus méchants. Il se mit On résout ^ j^^ carcsscr , à feindre qu'il les vouloit traiter
cl attraper les ' i
^"1"^°°'* *' favorablement , à leur accorder la plupart des
de les ester- * ^
miner. clioscs qu'ils demandoicnt , et à les endormir de
l'espérance de faire la guerre au roi d'Espagne dans les Pays-Bas, ce qu'ils souhaitoient passion-
nement ; et , pour les mieux leurrer , il leur 1571. promit pour gage de sa foi sa sœur Marguerite, pour la marier au prince de Navarre ; de sorte que, par ce moyen, il attira les principaux chefs de ce parti à Paris.
La reine Jeanne sa mère, qui y étoit venue 1572. devant pour faire les préparatifs des noces, mou- Jeanne d'Airut peu de jours après qu'elle y fut arrive'e ; *''**' princesse qui avoit l'esprit et le courage au-dessus de son sexe, et dont Tâme toute virile n'e'toit point sujette aux foiblesses et aux de'fauts des autres femmes , mais à la ve'rite' ennemie passionnée de la religion catholique. Quelques historiens disent qu'elle fut empoisonnée avec des gants parfumés, parce qu'on craignoit, comme elle avoit beaucoup d'esprit, qu'elle ne découvrît le dessein qu'on avoit de massacrer tous les Huguenots ; mais d'autres assurent que c'est une fausseté, et qu'il est plus vraisemblable qu'elle mourut pulmonique, vu même que ceux qui étoient auprès d'elle et qui la servoient, l'ont ainsi témoigné.
Henri son fils , qui venoit après elle , étant en Son fils
, ,, prend la qua-
Poitou , y apprit les nouvelles de sa mort , et lué de roi de alors il prit la qualité de roi ; car jusque-là il n'avoit porté que celle de prince de Navarre.
•1 r> \ -1 II épouse la
Comme û fut a Pans , les malheureuses noces se sœur du roi
fi fi \ 11 ■ r n ' étant arrivé
célébrèrent : les deux parties lurent hancees au à Paris.
1.572. Louvre par le cardinal de Bourbon, et le lendemain mariées par le même à Notre-Dame, sur un échafaud , qui pour cela fut dressé devant la grande porte de cette église, en présence du roi et de la reine mère. Après la cérémonie, la reine Marguerite alla entendre la messe et faire ses dévotions dans le chœur, et le roi de Navarre , passant par une galerie faite exprès le long de l'église, se retira dans le logis de l'Archevêché; puis , lorsque la messe fut achevée , il vint audevant de sa maîtresse, et, lui ayant donné un baiser, la conduisit dans l'Archevêché, où le dîner étoit préparé pour toute la maison royale. Massacre de Six jours après, qui fut le jour de la SainttLciemi. Barthélemi, tous les Huguenots qui étoient venus à la fête furent égorgés ; entre autres l'amiral , vingt seigneurs de marque , douze cents gentilshommes, trois ou quatre mille soldats et bourgeois ; puis par toutes les villes du royaume , a l'exemple de Paris , près de cent mille hommes. Action exécrable ! qui n'avoit jamais eu et qui n'aura, s'il plaît à Dieu, jamais de pareille. Douleur et Quelle doulcur à ce jeune roi de voir, au lieu
frayeur de r i 1 ^
notre jeune de vin et de parfums, répandre tant de sang a ses noces, égorger ses meilleurs amis, et entendre leurs cris pitovables , qui parvenoient jusqu'à ses oreilles dans le Louvre, où il étoit logé! Avec cela , quelles transes et quelles frayeurs n'avoit-il
pas qu'on n'en vînt jusqu'à sa personne ? En effet, 1572. il fut mis en délibération s'il les falloit ég^orger lui et le prince de Condé comme les autres ; et tous les auteurs du massacre conclurent à leur mort : néanmoins, comme par un miracle, on résolut de les épargner.
Charles IX se les fit amener en sa présence ; il leur montra un monceau de corps morts , et avec d'horribles menaces , sans vouloir écouter leurs raisons , il leur dit : la mort , ou la messe. Ils choisirent plutôt le dernier que le premier ; 11 est con-
.| , . r 1 1 • • • 1 traint de se
ils abjurèrent le calvinisme : mais parce qu on faire cathoiisavoit que ce n'étolt pas de bon cœur , on les "^^ * faisoit observer si étroitement, qu'ils ne purent s'évader de la cour pendant les deux ans que vécut Charles IX , ni même long-temps après sa sa mort.
Durant ce temps -là notre Henri dissimuloit adroitement ses déplaisirs , quoiqu'ils fussent grands , et mettoit au-devant des chagrins qui lui troublojent l'esprit , une perpétuelle sérénité de visage , et une humeur toujours enjouée. Ce fut là sans doute le plus difficile passage de sa vie. Il avoit affaire à un roi furieux , à ses deux 11 y aroit frères, savoir, au duc d'Anjou, prince dissimulé, r;is et des
^. • •. . '11 ^ écueils pour
et qui avoit trempe dans les massacres; et au luiàiacoi.r. duc d'Alençon , qui étoit double et malicieux ; à la reine Catherine, qui le haïssoit mortellement,
aS HISTOIRE
iSja. parce que ses devins lui avoient prédit qu'il re'gneroit ; enfin , à la maison de Guise , dont la puissance et le cre'dit étoient presque sans bornes.
Sa ssge et H lui falloit sans doute une merveilleuse pruduite!"'^^°° dence pour se conduire avec tous ces gens-là; pour ne donner point de jalousie , et donner pourtant grande estime de soi ; accorder la soumission et la gravité , et conserver sa dignité et sa vie. Cependant il se démêloit de toutes ces difficultés et de tous ces écueils , avec une adresse sans pareille.
ïi fait amitié ^^ Contracta une grande familiarité avec le duc arGul^e *^"*^ ^^ Guise , qui étoit à peu près de son âge , et ils faisoient leurs parties secrètes ensemble. Il ne s'accordoit pas si bien avec le duc d'Alençon , qui avoit un esprit capricieux; et aussi ne se soucioit-il pas d'être mal avec lui , parce que le roi et la reine mère n'avoient nulle affection 11 évite de pour cc duc. Toutcfois il ne voulut pas croire le
se battre avec • •! i ' • • ^ i.*. •
le duc d'A. mauvais conseil des émissaires de cette reine , ençon. ^^| tâclioicnt dc l'engager à se battre en duel contre lui ; car, outre qu'il considéroit que c' étoit le frère de son roi , à qui il de voit respect, il connoissoit bien que c'eût été sa perte , et qu'elle n'eût pas manqué de prendre un si beau prétexte pour l'accabler.
Il évitoit ainsi les pièges qu'elle lui tendoit ,
maïs non pas tous ; car il se laissa prendre aux 1572. appas de certaines demoiselles de la cour, dont on ia;sse'*pre^ dit que cette reine se servoit exprès pour amu- ^^^ V^^ j^'
n. r i pas des da-
ser les princes et les seigneurs, et pour découvrir °'^*toutes leurs pensées. La politique de cette reine étoit si connue de tout le monde, que Ton ne peut pas cacher cette ve'rité, quand on le voudroit , a. moins que d'effacer toute l'histoire de ce temps-là.
Depuis cela, comme les vices qui se contractent à l'entre'e de la jeunesse accompagnent ordinairement les hommes jusqu'au tombeau, la passion des femmes fut le foible et le penchant de ^^ f"' '*
■•• son foible,
notre Henri, et peut-être la cause de son dernier malheur ; car Dieu punit tôt ou tard ceux qui s'abandonnent aveuglément à cette passion criminelle.
Hors ce défaut , il n'en contracta point d'autres 11 ne tomb»
1 1' 1 ■ ■! ^ A point dans
dans cette cour, et 1 on doit attribuer a une grâce les autres vitoute particulière de Dieu , qu'il ne s'y gâtât cour ^ qui pas entièrement ; car il n'y en eut jamais de bibles"' '"^" plus vicieuse et de plus corrompue. L'impiété , l'athéisme , la magie , même les plus horribles saletés , la noire lâcheté et la perfidie , l'empoisonnement et l'assassinat , y régnoient au souverain degré. Toutes ces abominations , bien loin de l'infecter, le fortifièrent dans l'horreur naturelle qu'il en avoit ; et pour être parmi les
3o HISTOIRE
méchants , il n'eut jamais la pensée de devenir
leur compagnon , mais bien d'être leur ennemi.
iSyS. Ensuite de la Saint - Barthélemi , on voulut
Leduc d'An- ,11 • 1 tt t^
jouassiégeLa aciiever d extermmer les Huguenots. Pour cet l'y mène.' cfFet , Ic duc d'Aujou alla assiéger La Rochelle , et l'y mena , mais si bien observé , qu'il ne pouvoit se détourner ni à droite ni à gauche. On peut juger quel crève-cœur c'étoit pour lui , qu'on le fît servir d'instrument à la perte de ce qui lui restoit de serviteurs et d'amis, qui s'étoient réfu- Le sîége est gJes daus ccttc viUc-là. Après un long siège , elle
levé par l'é- „,,,., T • ' i 1 1
lection de ce fut dclivrcc par 1 amvec des ambassadeurs de
ducauroyau- ^ ^ . . • i i u » •
de Polo- Pologne, quivenoient quérir le duc d Anjou,
me
^°*' que les états du pays avoient élu leur roi.
Le siège levé , Henri retourna à Paris , ou plutôt
y fut reconduit; et le duc d'Anjou partit de France
avec grand regret , pour aller prendre possession
de son nouveau royaume.
IÎ74. A quelques mois de là , Charles IX tomba
tomb^ mor- mortellement malade , rendant le sang par tous
teiiementma^ Ics couduits de SOU corps , si bicu quc l'on crut
de vincen- gy'jj étoit empoisouné. Quoi qu'il en soit, on
peut dire ( s'il est permis de juger des rois , qui
ne doivent être jugés que de Dieu ) que ce fut
une punition divine pour ses blasphèmes , et
peut-être aussi pour tant de sang qu'il avoit fait
répandre.
Son extrême maladie donna naissance à une
DE HENRI-LE-GRAND. 3l
ligue que firent le duc d'Alençon , les maréchaux ï'ï74.
de Montmorenci et de Cosse, et quelques catlio- „t* """caule
liques, avec le parti huguenot, pour ôtor le gou- '^^■^l^ f^f^l
vernement à la reine mère , et chasser les Guises ^'■' cour; notre Ueun eu
de la cour , où ils étoient fort puissants. Notre <^*'- Henri y entra , non par aucune liaison qu'il voulût avoir avec ces gens-là , mais seulement pour avoir moyen de se retirer avec sûreté dans son pays.
La reine mère ayant découvert ces pratiques , La reine
^ n A 1 • 11 15.1 1 ™^re l'ay^ut
le ht arrêter lui et le duc d Alençon , et leur découverte ,
1 1 1 T • 1 /-> 1 ' le fait arrê-
donna des gardes. Le prmce de Londe se sauva ter, le duc heureusement en Allemag^ne. Elle fit aussi arrêter •^^''^°î°" »
o etc.
les deux maréchaux de Montmorenci et de Cossé ; et pour faire voir qu'elle ne traitoit point des prince de cette sorte sans grand sujet , elle voulut qu'ils fijssent interrogés sur plusieurs cas très atroces , mais qu'on croit qui étoient tous faux. On fit seulement mourir La Mole , Coconas et EUe fait
. mourir La
Tourtray , trois gentilshommes de marque , qui Mole, Coco -
» /. • . Al /■ 1 I • • ^ / "as et Tour-
s etoient mêles de leurs intrigues. Cette execu- tray. tion lui étoit nécessaire pour cahner l'esprit de la noblesse et du peuple , qui commençoient à murmurer de ce qu'on traitoit ainsi un fils de France , et un premier prince du sang.
En cette affaire , le chancelier voulut interroger Le chaucele roi de Navarre ; mais quoique captif et menace , terroger le
•1 1 , « . » ,. . ', roideNavar-
il ne voulut pas taire ce tort a sa dignité que de re.
ï574. repondre. Toutefois, pour contenter la reine mère , il fît un long discours , lui adressant la parole , par lequel il de'duisoit beaucoup de choses touchant l'état présent des affaires ; mais il ne chargea jamais personne , comme avoit fait assez foiblement le duc d'Alençon.
Charles IX Lc roi Cliarlcs IX étant proche de la mort,
se fie en lui , -l i •• • i r ^ ^
et l'envoie commc 11 liaissoit ct SCS dcux ireres et sa mère, ^oche de^ia cnvoya qucrir notre Henri , auquel seul il avoit mort. reconnu de l'honneur et de la foi , et lui recom-
manda très affectueusement sa femme et sa fille. La reine Catherine de Médicis ayant su qu'il l'envoyoit
Catherine , . i-i i • i • -» i '
qui en est qucrir, cut pcur qu il ne lui laissât la régence ; et
veut ^ faire' pour cct cfict, lui voulut jeter de la frayeur dans
peur. l'àme , afin qu'il n'osât pas l'accepter. Comme il
alloit donc trouver le roi , c'étoit au bois de
Vincennes , elle donna ordre qu'on le fit passer
par-dessous les voûtes, entre des gardes qui étoient
en haie et en posture de le massacrer. Il tressaillit
de peur, et recula deux ou trois pas en arrière ;
toutefois Nançay-la-Chastre , capitaine des gardes-
du-corps , le rassura, lui jurant qu'il n'auroit
point de mal. Il fallut donc, quoiqu'il ne se fiât
pas trop à ses paroles , qu'il passât au travers des
carabines et des hallebardes.
Charles IX Après la mort de Charles IX , Catherine de
étant mort, ,. .., „ .., ,
elle se saisit Mcdicis , moitie par force , moitié par adresse, ce, * "^^'^" se saisit de la régence , en attendant le retour
de son cher fils le duc d'Anjou, que l'on nomma i574- Henri III.
Quand il fut de retour de Pologne , elle mena Les deux
11 • 1 1 1 • • ■> T\ princes sont
les deux princes au-devant de lui jusqu au Pont- mis en liberde-Beauvoisin, pour en faire ce qu'il lui plairoit. Après quelques menaces et réprimandes , il les mit en liberté.
Ces deux princes , faisant réflexion sur les dangers continuels où ils avoient été deux ans durant, résolurent de se délivrer de ces frayeurs à la première occasion. Le prince de Condé , qui Le prince étoit en Allemagne , y avoit fait des levées pour étoit en .Aiiele parti huguenot , qui , dès la fin du règne de ™'Bne Charles IX , avoit repris les armes ; et Damville , second fus du feu connétable, et frère du maréchal de Montmorenci , qui étoit prisonnier à la Bastille, s'étoit joint avec ce parti , ne prenant pas la religion pour prétexte , parce qu'il étoit catholique , mais bien la liberté publique et la réformation de l'État. On nomma cette sorte de Catholiques, qui se liguoient avec les Huguenots , les politiques.
Notre Henri ne put pas s'évader de la cour Le roî de
• A VI 1 1 ' • • -1 /■ • • Navarre ne
Sitôt qu il le desiroit ; il etoit soigneusement peucs'évader
■-1^ r . 1 . / . coma ■'
veille , et ses propres domestiques etoient autant siroit d'espions auprès de lui. D'ailleurs il appréhendoit que s'il étoit surpris se voulant sauver, on ne le fît assassiner. Or , tandis qu'il cherchoit les oc-
i574. casions de le pouvoir faire avec sûreté' , il alla aux *^ apms s'engag^er dans de nouveaux lacs , devenant pasd'ime dame. sJonne de la dame de Sauves , femme d'un secrétaire d'État , qui e'toit alors la plus belle de la cour.
Cependant, la reine mère qui l'avoit retenu à la cour avec tant de soin , eût été bien aise qu'il s'en fut allé ; car le roi son cher fds commençoit à prendre quelque connoissance de ses affaires ; ce qui ne lui plaisoit point , parce qu'elle La reîne vouloit tout gouvemcr. Commc elle appréhen-
mère allume . ,, . , ...
toutes les fac- doit douc quc , prenant 1 autorité en main , il ne resciviies. ^ diminuât la sienne , elle croyoit qu'il le falloit embarrasser par des factions et des guerres civiles, dont elle seule , par manière de dire , eût la clef ; en sorte qu'il ne pût du tout se passer d'elle. Voilà pourquoi , tant qu'elle vécut, elle ne fît que susciter sous main des brouilleries , et d'animer les partis différents , et à la cour et au dehors , jusqu'à ce qu'enfin , après avoir causé la désolation de l'État, et la subversion de toutes les lois et de tous les ordres, elle périt elle-même dans l'embrasement qu'elle avoit tenu si longtemps allumé.
iS-jS. Sur ces entrefaites , comme le roi alloit à Reims
Conspira- ^ | sacrcr , on découvrit une conspiration
tioa contre ' i
Henri iii,qui ^g |g ^^ç. (l'A.lencon faisoit sur sa personne, à
se conne a TL » '■
notre Henri, l'instigatiou dcs aiiiis du défunt amiral , et de La
Mole , qui avoit été son favori. Quelques - uns ïS?'»crurent que c'étoit une pièce apostée par la reine mère , afin d'étonner et d'affoiblir l'esprit du roi son fils; et le sujet qu'on eut de le croire, c'est qu'elle obligea le roi de pardonner ce crime bien légèrement , sans qu'aucun des complices ni des instigateurs en fût châtié. Quoi qu'il en soit, Henri III témoigna en cette occasion une particulière confiance au roi de Navarre qui , étant assisté de ses amis , lui servit de capitaine des gardes par les chemins , et n'abandonna point la portière de son carrosse ; en cela d'autant plus généreux , qu'il n'avoit point d'autre sujet de l'aimer que l'obligation de son devoir , étant son parent et son vassal.
Henri III étant arrivé à Reims , fut sacré le i5 Henriiiiest
, .,„,. -, T11/-.- sacré, et épou-
du mois de février par le cardinal de Guise , et se Louise de le lendemain épousa Louise de Lorraine , fille du comte de Yaudemont ; ce qui ajouta encore un grand éclat à la maison de Guise , dont étoit chef le duc Henri , qui étoit alors en faveur , et fut depuis tué à Blois. Ce prince , l'un des plus braves en toutes manières qui aient jamais été, se promettoit de gouverner le roi par la reine Louise sa parente. Il avoit contracté une très étroite Familiarité familiarité avec le roi de Navarre, qu'il appe- ri^et^du chu-' loit son maître , comme ce roi Tappeloit son ^"^ ^'^''^^' compère. r
iSjS. La reine Marguerite , qui, à dire la vérité, ne
pouvoit vivre sans intrigues , contribuoit de tout son pouvoir à l'entretien de cette bonne intelligence , et essayoit d'y faire entrer Monsieur (c'est celui que nous nommions duc d'Alençon) qu'elle aimoit très passionnément.
La reine Or, commc l'uniou des princes est la ruine
mère rompt . . ■^ , ^ i
cette union, dcs lavoris et de ceux qui empiètent le gouvernement , la reine mère rompit adroitement ce coup , donnant au roi de la jalousie contre sa femme, irritant Monsieur contre le duc de Guise, par le ressouvenir du massacre de l'amiral , et brouillant sans cesse le roi de Navarre avec Monsieur , par l'intrigue de quelques femmes , mais particulièrement de la Sauves , qui , jouant tel personnage que Catherine lui ordonnoit, recevoit les soins et les services de Monsieur , afin de les mettre mal ensemble.
C'est assurément un mal fort grand pour l'État, et encore plus grand pour la maison royale , que d'être ainsi divisé; et ceux qui savent bien l'histoire de ces temps-là attribuent le malheur et l'anéantissement de la famille des Valois à la discorde continuelle que la reine Catherine, par une méchante politique, entretenoit parmi ses enfants. Elle nourrissoit une haine irréconciliable entre le Roi et Monsieur ; sur quoi il arriva une chose qui marque autant la grandeur de courage
et la générosité de notre Henri , qu'aucune action iSyS. qu'il ait faite en sa vie.
Le roi étant tombé malade , et en grand danger Henri m de mort, d'un mal d'oreille, crut avoir été em- trémité. poisonné, comme l'avoit été François TI ', et en accusoit Monsieur. Dans cette croyance , il envoie quérir le roi de Navarre, et lui commande de se défaire de Monsieur dès aussitôt qu'il seroit mort , s'efforçant de tout son possible de lui persuader que ce méchant le feroit périr lui et tous les siens, s'il ne le prévenoit. Les favoris du roi, qui avoient la même opinion que leur maître , voyant passer Monsieur, le sacrifîoient déjà à leur vengeance par des regards meurtriers.
Notre Henri ayant hoiTeur d'un ordre si cruel , Belle et gétàcha d'adoucir la fureur du roi, et lui remontra tioad les terribles conséquences de ce commandement ; mais le roi ne se payoit pas de raisons ; au contraire , il s'emporta de telle sorte , qu'il vouloit qu'il l'exécutât tout sur-le-champ, de peur qu'il n'y manquât quand il seroit mort.
Si les deux fières, savoir le Roi et Monsieur, eussent été hors du monde , la couronne lui appartenoit. Or, l'un, dans toutes les apparences, alloit mourir , et il pouvoit faire mourir l'autre,
^ François II mourut d'uue apostume à l'oreille , qu'on tlisoit provenir de poison.
e notre Henri.
iSjS. ayant les favoris, les. officiers du roi, les Guise et leurs amis , et presque tous les seigneurs à sa dévotion; car Monsieur etoit un prince de peu de crédit , haï presque de tout le monde , fit ;Soutenu seulement du brave Bussy d'Aiîibpise. Combien peu de princes e|issent manqué une si belle occasion ? Et toutefois notre héros ( c'est dans une te|le action qu'il le faut nommer ainsi) eut horreur de la furieuse vengeance de Henri III , bien loin de s'en prévaloir. « Est-il une plus belle ce ambition que de la savoir modérer quand elle « n'est pas juste , et de vouloir conserver sa con- « science et son honneur, plutôt que d'acquérir « une couronne par de lâches voies ? Les diadèmes (c acquis par de si méchants moyens ne sont pas c< des marques de gloire sur le front de ceux qui « les portent; ce sont plutôt des fronteaux d'in- « famie, tels qu'on en met aux pendards et aux « voleurs ». i
Le Ciel, approuvait s^ns doute les genéreu3(: sentiments de notre héros , lui destina le sceptre des fleurs de lis , parce qu'il n'avoit point d'impatience de l'avoir avant son rang : au contraire^ ces frères de la maison de Valois , qui s'efforçoipnt de se le ravir les uns aux autres, moururent tous malheureusement , et eurent pour successeur celui qui avoit refusé de l'être par un crime.
1576. Henri IH étant guéri , reconnut bien qu'il avoit
DE IIENRI-LE-GRAND. Sq
eu tort d'accuser son frère de l'avoir empoisonné ; 1576. mais pour cela il ne l'aima pas da\ antag^e. Il souffroit chaque jour que ses favoris lui fissent mille algarades, et le jouassent dans toutes les assemblées , ne considérant pas que le mépris qu'on faisoit de son frère retourneroit sur lui-même , et qu'il enhardissoit ses sujets à lui manquer de respect, quand il souffroit qu'ils en manquassent à une personne qui lui étoit si proche. Ils voulurent même faire assassiner de nuit , aux portes du Louvre, Bussy d'Amhoise , qui étoit son favori et son unique support ; et on crut qu'il y avoit ordre , si le duc d'Alençon fût allé à son secours (parce qu'il y avoit des gens apostés pour lui venir crier ; On assassine Bussy / ) , de le tuer lui-même. Tellement que, prenant enfin le frein Monsieur aux dents , u s évada de la cour , se mit aux cour , et se champs , recueillit les malcontents , fit une armée , guenot"! ^' et joignit celle des Huguenots, commandée par le prince de Condé , et par Casimir , frère puîné du comte Palatin, lequel, dans ces guerres civiles de la religion , amena deux ou trois fois de grandes ^
levées de Reistres en France.
Le roi de Navarre fut puissamment sollicité de NotreHenri
■1 . ....■,■, . . neleputsui-
ie suivre , et Monsieur disoit qu'il lui avoit promis vre sitôt, maïs
1]^. . ., r ^1 \ ^ A • enfin il se sau-
de le taire; mais on avoit écarte d auprès de lui veùAiençon. tous ceux qui eussent pu favoriser son évasion, et substitué en leur place des gens à gages. Avec
4o HISTOIRE
10/6, cela , on lui promettoit la lieutenance générale de l'armée du roi ; ce qui e'toit un puissant leurre pour le retenir : l'amour de la belle Sauves en e'toit encore un plus fort. Toutefois les élancements naturels de son courage , et la crainte qu'il eut que Monsieur et le prince de Condé ne se saisissent du premier rang dans le parti huguenot, qui avoit été son berceau, et qui devoit être son fort ; les remontrances de quelques-uns de ses serviteurs , et les inventions de la reine Catherine , qui tout exprès irritoit le roi contre lui, afin de l'obliger à s'échapper, lui en firent prendre la résolution.
La paix se II sc sauva donc , feignant d'aller à la chasse
fait avec Moa- oi- . l•^Al ^ ^ ^ r ■
sieur et les "^'^rs Scnlis, ct sc rctu'a a Alençon , ou toutelois uguenots. ^j ^^ remua rien , parce qu'on fit bientôt la paix avec eux tous. On accorda à Monsieur un grand apanage , de l'argent et des places ; aux Huguenots , plusieurs conditions très avantageuses ; et au prince de Condé , le gouvernement de Picardie , et la ville de Péronne pour sa retraite : mais a notre Henri, rien autre chose que des espérances, desquelles enfin étant désabusé, il franchit le pas, rentra dans le parti huguenot, le
Notre Henri scul appui qu'il pût avoir ; et, quittant l'Eglise
se fait hugue- i i - ri • \ i •
not pour la catiioliquc, proicssa de nouveau sa première reli-
secoude fois. • -i ^ ^ • vi i n. vi f. •.
gion : il est a croire qu il le iit parce qu il etoit persuadé qu'elle étoit la meilleure. Ainsi, sa faute
DE nENRI-Lt-CRAND. /j I
seroit en quelque façon digne d'excuse , et l'on i^^e. ne pourrolt lui reprocher que de n'avoir pas eu les véritables lumières. Cependant il ne faut pas oublier à remarquer sur cela , que le plus grand reproche que lui aient jamais fait ses ennemis , je veux dire les Ligueurs, c'est d'avoir été relaps, et que ce fut aussi le plus grand obstacle qu'il trouva à Rome, quand, s'étant converti, il demanda l'absolution au Pape.
Les Rochelois le reçurent dans leur ville , mais il est reru à
■ , , . , La Rochelle,
non sans beaucoup de précautions , et seulement puis va eu après qu'il eut chassé d'auprès de lui quelques '""^ gens qui n'étoient ni catholiques, ni huguenots, mais athées et horriblement scélérats. On tient qu'ils l'avoient suivi malgré lui ; que véritablement il s'en étoit servi dans quelques intrigues , mais qu'il les avoit en horreur , et que ce fut luimême qui , par des ressorts secrets , obligea les Rochelois à lui en demander l'expulsion.
Après qu'il eut séjourné quelques mois à La On lui re- Rochelle , il alla prendre possession de son gou- tlTàTioivernement de Guienne, où il eut le déplaisir de se voir fermer les portes de la ville de Bordeaux , sous prétexte que les habitans avoient peur qu'il ne s'en rendît le maître , et n'en bannît la religion catholique ; injure très sensible à un jeune prince plein de courage , mais qu'il sut très sagement dissimuler pour lors, parce qu'il n'étoit
1^76. pas en pouvoir de s'en venger , et qu'il omjlia ge'ne'reusement quand il eut les moyens de s'en ressentir.
Naissance En cc tcmps , la ligue prit naissance ; cette puissante faction qui a tourmenté la France vingt ans durant , qui a pensé y introduire la domination espagnole , et qui vouloit renverser l'ordre de la succession de la maison royale , sous le plus beau prétexte du monde , qui est le maintien de la religion de nos ancêtres.
Autrefois , sous le règne de Charles IX , il s'étoit fait diverses ligues et associations en Guienne et en Languedoc, pour défendre l'Eglise contre les Huguenots. Je laisse à penser si ceux qui s'en rendoient les chefs avoient beaucoup de zèle , ou beaucoup d'ambition ; mais elles n'avoient pas été poussées bien avant , ni soigneusement entretenues ; en sorte qu'elles s'étoient Ces ligues y éteintes. Les grands du royaume avoient pourtant
sont un beau . . . , . ., .
moyen pour bien pu remarquer que si quelque jour 11 se lai-
les auib'tieux •. i -n • .• •, i
de s'élever, soit dc pareilles associations , ce seroit un beau moyen pour élever bien haut celui qui s'en pourroit rendre le chef.
Le duc de Hcuri , duc dc Guisc , qui avoit un cœur de
Cuise se fait a -i
chef de la 11- roi , cut Vraisemblablement cette pensée ; ou s'il ne l'eut pas d'abord , les favoris de Henri III, en le persécutant, le forcèrent de l'avoir, et de s'appuyer de ce parti pour se défendre contre eux.
il y avoit dans sa maison luiit ou dix princes , 1576. tous bjaves au dernier point. Les principaux étoient le duc de Mayenne et le cardinal de Guise, ses frères , le duc d'Aumale et le marquis d'Elbeuf , ses cousins.
Or l'évasion de Monsieur , dont nous avons parlé , vers les Hug^uenots , et la paix avantageuse qu'on leur accorda ensuite , firent éclore la lig-ue , qui fut très petite en son commencement. Ceux La guerre
, / . . ,.| de Monsieur,
qui , pour se rendre puissants , desiroient qu il sa jonction y eût une nouvelle faction dans l'Etat, prirent ce guenots , fu-
• . 1 r> • ' . 1 ' • • 1 rent la cause
sujet de taire représenter par leurs émissaires le jg j^ ii„ue grand danger que couroit la religion catholique , et de remontrer la puissance excessive de ses ennemis , qui avoient de leur côte les deux premiers princes du sang- , et Monsieur , qui étoit leur ami. Que seroit-ce , disoient-ils , s'il venoit à la couronne avec de si mauvaises intentions ? Qu'il falloit donc y aviser de bonne heure , et se fortifier contre le péril qui menaçoit la sainte Eglise. On souffloit d'abord ces considérations et autres semblables dans les oreilles; puis , quand on y eut disposé les esprits , on les publioit tout
haut. îf-'trn ,.-.'> ,•.!.-
Là-dessus les bourgeois de Péronne , ville libre , Péronne et
, . . f . -, autres villes
et qui n avoit point accoutume d'avoir de gou- de Picardie
„ - . I . la commen-
verneur puissant, relusent de recevoir le prince cent,etpouide Condé , parce qu'il étoit huguenot. Il en fait '^"°'"
j^>:G- ses plaintes au roi , et demande l'exe'cution du traité de paix. Les Picards se roidissent contre lui , et font les premiers une ligue , ou union pour la de'fense , se disoient-ils , de la foi catholique , apostolique et romaine. Le prince de Condé ne put jamais en avoir raison , et fut contraint de se retirer en Guienne.
Jacques, seigneur d'Humières, se fit chef de cette ligue en Picardie ; et Aplincourt , jeune gentilhomme , prit le serment des habitants de Péronne , à l'exemple desquels les villes d'Amiens , de Corbie et de Saint - Quentin , et plusieurs autres, la jurèrent. Louis de La Tremouille en dressa aussi une en Poitou. La reine mère favorisoit secrètement ce dessein, afin d'entretenir son autorité dans les discordes et les brouilleries. On apporta le premier modèle et les articles de cette ligue à Paris ; et il y eut quelques zélés qui allèrent les montrer par les maisons , tâchant d'y cinîstophe engager les plus échauffés ; mais Christophe de pèche qnViie Thou , premier président , empêcha pour lors le
ue s'enracine \ i ., • ^•
sitôt à Paris, progrcs dc cette conspiration.
Ceux qui en avoient dressé le plan , avoient délibéré entre eux , qu'afin de lui donner moyen de s'agrandir, et pour tenir toujours les esprits des peuples en chaleur , il falloit continuer la guerre aux Huguenots. Pour cet effet , ils suscitèrent diverses personnes qui leur surprirent des
DK nE:VRT-LE-GRAND. ^5
places, et firent diverses insultes à notre Henri 1576. et au prince de Condé. Bien plus , ils suscitèrent venienUa^^iu tant de factions de tous côtés , et tant de plaintes p«» "l'^'K''"*
' 1 leroi (le teuir
de ffens qui demandoient la tenue des Etats, nue le^Eiats.
01 ' i Ils s asspm-
le roi fut oblige de l'accorder. Ils s'assemblèrent l'iem à bIoIs.
. On y résout
donc à Blois , et commencèrent au mois de de'- b guerre coq-
1 11» '/'/'TTT A trelesHu£[ue-
cembre de 1 année 1570. Les Huguenots même uots. n'etoient point fâché de cette convocation, parce qu'ils s'imaginoient que le tiers - e'tat , qui ordinairement y est le plus fort , et qui a le plus de sujet d'appréhender la guerre , y feroit confirmer la paix. Mais la cabale de ceux qui vouloient la guerre fut si forte , que l'on y résolut de la leur f^re puissamment.
On jugea néanmoins à propos de députer auparavant quelques personnes de l'assemblée vers le roi de Navarre , qui à cette heure-là étoit devant la ville de Marmande , qu'il tenoit assiégée , et vers le prince de Condé , pour les exhorter à revenir au sein de l'Eglise catholique.
Le roi de Navarre répondit sagement qu'il ne respiroit que le service et l'obéissance du roi ; qu'il eût mieux aimé aller chercher les occasions honorables dans les pays étrangers , que d'être forcé de faire la guerre à des François ; qu'il supplioit Sa Majesté de lui permettre l'exercice de la religion dans laquelle il avoit été nourri , et que tous les jours il prioit Dieu de l'y maintenir,
1376. si elle étoit bonne , mais si elle ne l'étoit pas , de lui faire la grâce de la quitter , et de la pouvoir détruire.
La faction de ceux qui vouloient la guerre fut si puissante dans les États, comme je viens de dire , qu'elle empêcha qu'on n'eût égard comme l'on Henri se dé- dcvoit a uue répousc si sage et si raisonnable. Le laUgue. roi fut obligé de se déclarer chef de la ligue, et par ainsi , de souverain devint chef de faction, et ennemi d'une partie de ses sujets. Mais pour se Et fait un venger du duc de Guise, qui lui causoit toutes princes du ccs pciucs, il fît uu édit que désormais les princes deroieut'^'^ifcs àu sang précédcroieut tous les autres princes et *'^'"* pairs, tant au sacre du roi qu'au parlement et
autres assemblées : ce qui ne diminua pas peu la dignité du duc de Guise, lequel jusqu'à cette heure-là, suivant l'ancienne et perpétuelle coutume du royaume, avoit précédé les princes du sang qui n'étoient point pairs, ou dont la pairie étoit de plus nouvelle création que la sienne. i5:7- Suivant la résolution des États, le roi leva trois
11 met trois , ■ n . 1 tt
ou quatre ar- OU quatrc amiecs, qui nrent la guerre aux Hu-
""nTreleHiu- gucuots cn Dauphiué, en Languedoc, en Guienne
guenots. gj. gjj Poitou , et Ics réduisirent bien au bas.
C'étoit fait d'eux si on eût vivement poursuivi
leur ruine , dans l'étonnement où on les avoit
La reine
mère l'oblige mis ; mais la reine mère, qui ne vouloit la guerre
de leur accorder la pais, que pour avoir des affan-es, et non pas pour en
DE IIENRI-LE-GRAND. l\'-J
sortir, persuada au roi son fils, par de certaines ■^^nraisons étudiées , de leur accorder la paix.
Le traité en étant conclu, la reine mère fit un 1578. voyage en Guienne. Elle feignoitque c'étoit pour ^,,^.3,!^, ^'\{^ le faire ponctuellement exécuter, et pour mener ^"'«°°«> "^
r ' j; y ro«ne sa
sa fille Marguerite au roi de Navarre son mari : *■"* Margue-
o ' rite.
mais , en effet , c'étoit pour jeter des semences de discorde parmi les Huguenots , afin d'être maîtresse dans ce parti-là, comme elle l'étoit dans celui des Catholiques. Henri tenoit alors sa petite Gour à Nérac. Auparavant il l'avoit tenue à Agen, où il étoit fort aimé du peuple , k cause de sa bonté et de sa justice; mais il arriva qu'en un bal, quelques jeunes gens de sa suite soufflèrent les chandelles pour faire des insolences; ce qui scandalisa tellement les habitants, qu'ils livrèrent leur ville au maréchal de Biron , que le roi avoit envoyé pour gouverneur dans la province de Guienne.
Peu de temps après , Henri perdit aussi La i^e roi <\^
^ ... , Navarre perd
Reole par une autre folie de jeunes gens. Il en Agen et La
, / 1 y . . Réole , par
avoit donne le gouvernement a un vieux capi- deux fautes taine huguenot , nommé Ussac , qui avoit le ^ i^""^^"^visage horriblement difforme. Sa laideur ne l'empêcha pas pourtant de devenir passionné d'une des filles de la reine mère ; car elle en avoit mené grand nombre des plus coquettes. Le vicomte de Turenne, depuis duc de Bouillon, âgé pour lors
157S. de vingt-un ou vingt-deux ans, s'en voulut railler avec quelques autres de son âge. Notre Henri , au lieu de leur imposer silence, comme il devoit, se mit de la partie , et , comme il avoit beaucoup d'esprit, leur aida à lancer quelques traits de moquerie contre ce vieillard amoureux. Il n'y a point de passion qui rende un cœur si sensible que celle-là. Ussac ne put souffrir la raillerie , même de son maître, et, au préjudice de son honneur et de sa religion, il partit de la main et livra La Réole à Duras. Ce seigneur ayant ete en faveur auprès du roi de Navarre, l'avoit quitté par de'pit de ce qu'il lui témoignoit moins d'affection qu'à Roquelaure , qui e'toit sans doute l'un des plus honnêtes hommes et des plus agre'ables de son temps.
Ces deux pertes d'Agen et de LaRéole lui donnèrent et doivent donner à tout prince deux instructions très nécessaires.
Deux belles La première , que c'est à un prince à régler ses courtisans, d'autant qu'on lui impute tous leurs désordres, et qu'on présume, quand ils en font, que c'est lui-même qui les commet, parce qu'il est obligé de les empêcher.
La seconde, qu'il doit sur toutes choses s'abstenir de la raillerie ; car il n'y a point de vice qui fasse tant d'ennemis, et qui en fasse de plus dangereux, parce qu'ils demeurent couverts. Tel
mot qui, sortant de la bouche d'un particulier, i573 ne feroit qu'une légère piqûre , est un coup de poignard sortant de celle d'un prince, et laisse dans le cœur des ressentiments mortels. Et il ne faut point flatter les grands de cette persuasion , que leurs sujets et leurs inférieurs doivent tout souffrir d'eux ; parce que là où il s'agit de l'honneur, plus la personne qui le blesse est supérieure , plus la plaie en est grande ; de même que l'impression d'un corps est plus forte , plus il a de poids et qu'il tombe de plus haut.
La reine mère a\ oit mené , comme nous avons La reme
,. , • TïT • ^ • n Marguerite
dit , la reme Marguerite a son mari : 1 un et n'aimoit pas fautie des deux époux n'en étoient point trop n^u-l'^^nf u," contents. Marguerite, qui aimoit le grand éclat ^^^' de la cour de France , où elle nageoit , s'il faut ainsi dire, en pleine intrigue, croyoit qu'être en Guienne , c'étoit un bannissement pour elle ; et Henri, connoissant son humeur et sa conduite, l'eût mieux aimée loin que près. Toutefois, comme il vit que c'étoit un mal sans remède, il se résolut de la souffrir, et lui laissa une entière liberté. Il la considéroit plutôt comme sœur du roi que comme sa femme. Aussi prétendoit-il qu'il y avoit eu des nullités en son mariage ; mais il attendoit à les faire voir en temps et lieu. Cependant, Mais il t;s'accommodant à la saison et au besoin de ses jg' se^^lnri.. affaires, il tâchoit de tirer des avantages de ses ^"^*"
5o HISTOIRE
1578. intrigues et de son crédit. Il n'en reçut pas un petit dans la conférence que lui et les députés des Huguenots eurent à Nérac avec la reine mère; car tandis qu'elle pensoit les enchanter par les charmes des belles filles qu'elle avoit avec elle, et par l'éloquence de Pibrac, Marguerite lui opposa les mêmes artifices , gagna les gentilshommes qui étoient auprès de sa mère par les attraits de ses filles, et elle-même employa si adroitement les siens , qu'elle enchaîna l'esprit et les volontés du pauvre Pibrac; de sorte qu'il n'agissoit que par son mouvement, et tout au rebours des intentions de la reine mère , laquelle ne se défiant pas qu'un homme si sage pût être capable d'une telle folie , y fut trompée en plusieurs articles , et portée insensiblement à accorder beaucoup plus aux Huguenots qu'elle n' avoit résolu.
La reîne A peine huit mois s'étoicnt écoulés depuis la
mère, Mou- , , . ^ . , .
sieur et les paix, quc la rcmc mère. Monsieur et les Guise
Guise s en- \ i 7 i • ^
nuieut (le la Commencèrent de s en ennuyer : la reine mère, ^*^"'' parce qu'elle ne vouloit pas que le roi fût long-
temps sans avoir besoin de ses négociations et de son entremise; Monsieur, pour ce qu'en rallumant la guerre , il pensoit se rendre redoutable au roi , et se faire donner des forces pour aller la porter dans les Pays-Bas , qui , étant révoltés contre l'Espagnol, le demandoient pour leur souverain; les Guise enfin , parce qu'ils avoient peur
DE HENRI-LE-GRA?fD. 5l
que l'arcleur de la ligue ne se refroidît durant un trop long calme.
Dans ces vues , ils pressoient le roi de rede- ^^79-
111 1 A /• 5 -1 / Ils portent
mander les places de surete qu on avoit données sous maiu le aux Huguenots; et sous main, Monsieur et la re'à laVup"^^ reine mère faisoient dire au roi de Navarre qu'il *"'^*' ne les rendît pas ; qu'il tînt bon ; que sa cause étoit juste, et que son salut consistoit dans les armes. La reine Marguerite , qui savoit son foible , et qui vouloit aussi la guerre , l'y excitoit par les persuasions des demoiselles qu'elle instruisoit à ce dessein , et par les mêmes moyens animoit pareillement tous les braves qui l'approchoient ; elle - même ne s'epargnant pas auprès du vicomte de Turenne pour ce sujet. Tellement que ce prince , peut-être avec peu de justice, et certes fort mal à propos, se porta à la rupture , et engagea les Huguenots dans une nouvelle guerre civile. On la nomma , pour les raisons que je viens de dire , la guerre des amoureux.
Ce fut la plus désavantageuse qu'ils eussent point Elle lui fut encore faite : elle leur fitperdre quantité de bonnes tageuse. places , et les affoiblit si fort, que si on eût achevé de les pousser, ils ne s'en fussent jamais relevés. Mais Monsieur , qui désiroit transporter toutes Monsieur
If 11) 11» -11 '"' moyenne
les rorces de 1 un et de 1 autre parti dans les Pays- la pais. Bas, se rendit médiateur de la paix, et la leur
obtint par un édit, qui fut dressé ensuite de la
conférence de Fleix.
i58o. Cette paix causa presque autant de maux a
inageabie à l'Etat , qu'avoicnt fait toutes les guerres précé-
caus^e que les dcntcs. Lcs dcux cours dcs dcux rois , et les deux
deux Henri ^.^jg même sc plouffèrcnt dans les voluptés ; avec
se plongèrent r o r '
dans les piai- cette différence toutefois , que notre Henri ne
sirs. ...
s'endormoit pas si fort dans les plaisirs , qu'il ne songeât quelquefois à ses affaires , étant réveillé et vivement piqué par les remontrances des ministres de sa religion, et par les reproches de ses vieux capitaines huguenots , qui lui parloient avec une grande liberté. Mais Henri HI s'abîma tout-à-fait dans la mollesse et dans la fainéantise. Il sembloit n'avoir ni cœur ni mouvement ; et ses sujets ne sentoient point qu'il fût au monde, que parce qu'il les chargeoit a toute heure de nouveaux impôts , dont l'argent alloit tout au profit de ses favoris.
Henri III a H Cil avoit toujours trois ou quatre à la fois ;
des favoris qui font graad tort à ses af-
Bernard , et Jean-Louis , dont l'aîné mourut cinq ou six ans après , et le cadet fut duc d'Epernon , l'un des plus mémorables et des plus merveilleux sujets que la cour ait jamais vu élever dans la faveur , et qui certes avoit des qualités aussi éminentes que sa fortune. Cependant les dons
quiVont^raud ^^ pour lors il commcuça de donner ses bonnes faires grâccs à Joycuse et aux deux Nogaret; savoir,
excessifs que le roi faisoit à tous ces favoris , iî8o, excitoient les crieries du peuple, parce qu'il eu étoit foule' ; et leur grandeur monstrueuse clioquoit les princes , parce qu'ils se croyoient méprisés ; de sorte qu'ils se rendirent odieux à tout le monde. La haine qu'on leur portoit retomboit sur le roi ; et la violence dont ils l'obligeoient d'user envers ses parlements , pour vérifier ses édits de créations et d'impôts , l'augmentoit encore davantage : car si son autorité y faisoit passer ses volontés absolues , il attiroit des malédictions ; et si la vigueur des compagnies souveraines , comme il arriva plusieurs fois , les arrêtoit , il attiroit le mépris.
Le peuple qui se licencie facilement à la médisance contre son prince, quand il a perdu pour lui les sentiments d'estime et de vénération , disoit des choses étranges de lui et de ses favoris. Les Guise , que les mignons (on appeloit ainsi les Dispositions favoris) choquoient en toutes occasions, tâchant ja p'enVdl de leur ôter leurs charges et leurs gouvernements ^°'' ^ * pour s'en revêtir eux-mêmes , ne manquoient pas de souffler le feu et d'accroître les animosités des peuples , particulièrement des grandes villes , que les favoris ont toujours redoutées, et qui ont toujours haï les favoris. Ce furent là les principales dispositions à l'agrandissement de la ligue , et à la perte de Henri IIL
ij8o. Il n'est point de notre sujet de raconter ici
toutes les intrigues de la cour durant cinq ou six ans , ni la guerre des Pays-Bas , dont Monsieur ' ne rapporta que de la honte. Il nous faut dire seulei584- ment que l'an 1 584, Monsieur mourut à Château- Thierry , sans avoir été marié ; que Henri III n'avoit point aussi d'enfants , et que l'on ne savoit que trop bien qu'il étoit incapable d'en avoir, a cause d'un mal incurable qu'il avoit contracté dans Venise, à son retour de Pologne. Voilà pourquoi , La mort de dès quc Monsicur fut jugé à mort par les méde-
Moiisieur don- . , . . ^ »
ne sujet de cms , Ics Guisc et la reine mère commencèrent a
penser à la .,, i i i a •
succession de travailler, chacun de leur cote, pour s assurer
la couronne, i i . i • \ r, r
de la couronne, comme si la succession eut ete ouverte. Garni l'un ni l'autre ne comptoient pour rien le roi de Navarre , d'autant qu'il étoit au-delà du septième degré , au-delà duquel , dans les successions ordinaires , il n'y a plus de parenté ; et que d'ailleurs il n'étoit point de la religion dont les rois de France avoient toujours été depuis Glovis, et par conséquent étoit incapable de porter la couronne et le titre de très chrétien. Ajoutez à cela qu'il étoit éloigné de deux cents lieues de Paris , et comme relégué dans un coin de la
* Monsieur ayant voulu surprendre Anvers, et traitant mal les peuples des Pays-Bas qui l'avoient appelé, en fut chassé.
Guienne , oîi il leur sembloit qu'il étolt aisé de i58.;. renveloppcr et de ropprimer.
La reine mère s'étoit mis dans la tête de faire La reioe
> 1 c 1 r>ii • ' 11 l'ère vouloit
régner les enfants de sa fille , mariée au duc de faire régner
^ . 1 ^^ 1 • •> -Al • les enfants de
Lorraine , qu elle vouloit qu on traitât de princes «a fiiie, madu sang- , comme si la couronne de France pou- de Lorrain"*! voit tomber en quenouille. Et elle ne se portoit pas à cela seulement par l'amour qu'elle avoit pour eux , mais aussi par une haine secrète qu'elle avoit contre le roi de Navarre, pour ce qu'elle voyoit que , contre ses souhaits , le ciel lui frayoit le chemin pour venir au trône.
Au reste , elle se trompoit fort pour une habile On croit femme , de croire que le duc de Guise la favori- de Guise penseroit dans son dessein. Il y a bien de l'apparence , lui-même."*'^ et la suite le témoigna assez , que comme il se vit poussé par les favoris, et maltraité du roi pour l'amour d'eux, il songea à s'assurer de la couronne pour lui-même. Car les mauvais traitements ne font pas moins que de jeter dans le dernier désespoir les âmes aussi nobles et aussi élevées qu'étoit celle de ce prince. Mais comme il connoissoit bien que de lui-même il ne pourroit parvenir a une chose si haute , d'autant qu'il lui seroit fort difficile de détourner l'affection que les peuples françois ont naturellement pour les princes du sang , il s'avisa de gagner le vieux cardinal de Bourbon , qui étoit oncle du roi de
i584. Navarre. Il lui promit donc que la mort de Henri III arrivant, il emploieroit ses forces et celles de ses amis pour le faire roi ; et ce bon homme, tout cassé de vieillesse , se laissant flatter de ces vaines espérances , se rendit le jouet de l'ambition de ce duc, qui par ce moyen attiroit dans son parti un grand nombre des Catholiques qui considéroient la maison de Bourbon. La question étoit si l'oncle devoit précéder le fils de son frère aîné dans la succession , et si la représentation en ligne collatérale devoit avoir lieu, ou non. Ce point de droit fut lors diversement agité par les jurisconsultes, et il s'en fit plusieurs traités , les uns en faveur de l'oncle , les autres du neveu : mais ce n'étoient que des combats de plume , il falloit que l'épée vuidàt ce différend. Il sembla à plusieurs grands politiques que le duc de Guise péchoit extrêmement contre ses intérêts et contre son dessein, de reconnoître que le cardinal de Bourbon devoit succéder à la couronne, vu que c'étoit avouer qu'après sa mort, qui ne pouvoit pas tarder long-temps , elle appartiendroit au roi de Navarre son neveu ; mais il faisoit peut-être son compte qu'il l'auroit opprimé avant qu'il en pût venir là.
Henri lu Henri III connoissoit assez son dessein , ou plu-
connut son *
dessein , ou j^^j g^ étoit avcrti par ses favoris , qui vovoient
en fut averti * \
par ses favo- en ccla IcuF Fuinc toute certaine. Voilà pourquoi
TJS.
il eût bien désiré ramener le roi de Navarre dans 1534. l'Eglise catholique , afin d'ôter aux ligueurs le spe'cieux prétexte qu'ils avoient d'entretenir la ligue. Il envoya donc vers lui le duc d'Epernon, 11 envoya le qui essaya de le convertir par des raisons d'intérêt non vcrT le et de politique. Henri l'écouta paisiblement; mais re,pVurlv il lui témoigna que ce n'étoient pas des motifs frérdans'rÉassez puissants pour le faire changer , et le ren- s^'^^ cati.oiivoya avec beaucoup de civilités. le refuse.
Les Huguenots furent si vains, que de publier et de faire imprimer la conférence de ce prince avec Epernon , pour montrer qu'il étoit inébranlable dans sa religion , et peut-être aussi pour l'y engager plus fortement. Le duc de Guise, de son Le duc de
A. r J5 r • £t±. 1 1 Guise en fait
cote , ne manqua pas d. en lan^e son profit et de ^^^ profit. remontrer aux peuples catholiques l'opiniâtreté de ce prince , et ce qu'il en falloit espérer , s'il venoit une fois à la couronne avec de si mauvais sentiments.
Pour lui en fermer donc le chemin , il fait que La ligue les zélés renouvellent ouvertement la ligue , et hs. la promènent hardiment dans Paris , où quelques nouveaux religieux inspiroient cette ardeur dans les âmes par les confessions. La première assemblée publique s'en tint au collège de Fortet , qu'on appela le berceau de la ligue. Plusieurs bourgeois , plusieurs gens de pratique , même quelques curés de Paris y entrèrent. On la porta à
i5S4. Rome , et la pre'senta-t-on au pape Gre'goire XIII, afin qu'il l'approuvât ; mais il ne le voulut jamais , et tant qu'il ve'cut , il la de'savoua toujours.
Sitôt qu'elle fut un peu grande et forte , ceux qui l'avoient engendre'e firent voir que ce n'étoit pas seulement afin de pourvoir à la sûreté de la religion pour l'avenir , mais pour s'approcher euxmêmes du trône dès cette heure-là ; et qu'ils n'en vouloient pas seulement au roi de Navarre , qui devoit succéder , mais au roi Henri III , qui régnoit. Ils avoient à gages certains nouveaux théologiens , qui osoient bien soutenir a qu'on Et se tourne doit déposcr uU pHucc qui s'acquitte mal de son Henri iii. dcvoir; qu'il n'y a que la puissance bien ordonnée qui soit de Dieu ; autrement , quand elle est déréglée, que ce n'est pas autorité, mais brigandage ; et qu'il est aussi absurde de dire que celui-là soit roi qui ne sait pas gouverner, et qui est dépourvu d'entendement , comme de croire qu'un aveugle puisse servir de guide, ni qu'une statue immobile puisse faire mouvoir des hommes vivants ».
Cependant le duc de Guise s'étoit retiré en son
gouvernement de Champagne , feignant d'être mal
Traité de coutcnt ; mais c'étoit pour faire signer la ligue au
Joinville, où • i • i r ■»•! •
les Espagnols duc dc Lorraïuc , lui donnant espérance qu il feroit
entrent dans , , r-i v i ^ l il •! '
la ligue , et succcdcr son iiis a la couronne , a laquelle il pre-
rdTgeiu!" ^ tendoit avoir droit par sa mère , fille de Henri II.
Il se tint pour cet effet une conférence à Joinville,
DE HENEI -LE-GRAND. Sq
où il se trouva aussi des agents du roi d'Espagne ; 1534. qui signèrent le traite , et donnèrent , à ce qu'on disoit , de grandes sonnnes d'aigcnt au duc de Guise , en lettres de change.
Au partir de là , ce duc assemble des troupes Lai'guesai-
sit plusieurs
de tous cotes ; ses amis se saisissent d'autant de places. places qu'ils peuvent, non-seulement sur les Huguenots , mais aussi sur les Catholiques. Le roi eût dissipé facilement ces nouvelles levées , s'il se fût mis en campagne ; mais la reine mère , La reine
,,,! , , . . r , -, . mère entre eu
qui, semblable aux medecms mteresses, vouloit conférence augmenter le mal pour en profiter , le retient et ^ç^^^sl, qui la l'amuse dans son cabinet, et lui persuade que, l'O'np^ q"»°'^
' 1 T. " il se voit eu
s'il lui laisse manier cette affaire , elle ramènera ^'*' ^^ "^
' craindre plus
aussitôt le duc de Guise à son devoir. Pour cet rien. effet , elle entre en conférence avec lui à Vitry , et ainsi lui donne le temps de fortifier son parti. Quand il se voit en état de ne rien craindre , il rompt la conférence , et fait mine de vouloir venir droit à Paris. "*
Le roi, bien étonné , prie sa mère de conclure Le roi bien
- ^ , . . étonné lui ac-
un accommodement a quelque prix que ce soit; corde tout ce ce qu'elle fait par le traité de Nemours, par ^"' lequel il accorde au duc de Guise et autres princes de sa maison , plusieurs gouvernements , de grandes sommes d'argent, et avec cela un édit sanglant contre les Huguenots. Il portoit défense de professer d'autre religion que la catholique ,
6o HISTOIRE
i585. sur peine de confiscation de corps et de biens ; commandement à tous ministres et pre'dicants de sortir du royaume dans un mois , et à tous Huguenots d'en sortir dans six, ou d'abjurer leur fausse religion. On appela cet e'dit l'édit de juillet, et la ligue contraignit encore le roi de le porter luimême au Parlement , et de l'y faire vérifier.
Peu après arrivent nouvelles de Rome , que
Sixte V , qui avoit succe'dé à Gre'goire XIII , avoit
Le pape enfin approuvé la ligue , et outre cela , fulminé
Sixte V ex- i i n ■, i i . ,
communie le ucs bullcs tembles coutrc le roi de Navarre et reetieprince coutrc le pHucc dc Condé , Ics déclarant hérétiques , relaps , chefs , fauteurs et protecteurs de l'hérésie ; comme tels , tombés dans les censures et les peines portées par les lois et les canons , privés eux et leurs descendants de toutes terres et dignités , incapables de succéder à quelque principauté que ce soit , spécialement au royaume de France ; absout leurs sujets du serment de fidélité , et leur défend de leur obéir.
Laverinde Ce fut lors quc uotrc Henri eut besoin de se réveille"" toutes Ics forccs de son courage et de sa vertu , pour soutenir de si rudes chocs. Il s'étoit en quelque façon endormi dans les voluptés. Le bruit de ces grands coups le réveilla; il recueillit tous ses sens , il rappela toute sa vertu , et commença de la faire paroître avec plus de vigueur qu'il n'avoit point encore fait. Et certes il avoua depuis qu'il
DE HENRI-LE-GRAND. Gl
avoit grande obligation à ses ennemis de l'avoir i58J. poussé de la sorte ; pour ce que , s'ils l'eussent laissé en repos , l'oisiveté l'eût peut-être enseveli dans un coin de la Guienne , et il n'eût point été contraint de songer à ses affaires ; de sorte que , quand Henri III fût venu à mourir , il n'eût point été en état de recueillir la couronne.
Il fit alors deux actions de grand éclat. La pre- Hfaitdeus
.> p ,.1 ^ 1 • belles actious.
miere fut qu d ordonna a Plessis-Mornay , gentilhomme , qui avoit beaucoup d'érudition , et à qui on ne pouvoit rien reprocher , sinon qu'il étoit huguenot , de répondre au manifeste de la ligue , par une apologie et par une déclaration qu'il lui fit dresser. Dans cette dernière pièce , comme les chefs de la ligue semoient diverses calomnies contre son honneur , il supplioit avec toute soumission le roi son souverain , de ne point trouver mauvais qu'il prononçât, sauf le respect dû à Sa Majesté, qu'ils en avoient faussement et malicieusement menti. Et de plus , que , pour épargner le sang de la noblesse , et éviter la désolation du pauvre peuple , et les désordres infinis que cause la licence de la guerre, surtout les blasphèmes , les violements et les incendies , il offi'oit au duc de Guise , chef de la ligue , de " défie le
duc de Guise
vuider cette querelle de sa personne à la sienne , au eombiit
\ 1 \ 1 1- \ 1- 1 1 singulier.
un a un , deux a deux , dix a dix , en tel nombre qu'il voudroit , avec armes usitées entre des cava-
i585. lièrs d'honneur, soit dans le royaume , en tel Heu que Sa Majesté ordonneroit , soit dehors , en tel endroit que le duc de Guise choisiroit lui-même. Cette déclaration eut grand effet sur les esprits ; ils disoient qu'on ne pouvoit point justement employer la force contre celui qui se soumettoit ainsi à la raison ; et la plupart de la noblesse approuvoit ce généreux procédé , et disoit tout haut que le duc de Guise ne devoit point refuser un si grand honneur.
Pourquoi le Cc duc ne manquoit point de courage pour naccqjte pas acccptcr cc défi : mais il considéroit que tirer l'épée contre un prince du sang , c'étoit en France une espèce de parricide ; que d'ailleurs il eût réduit la cause de la religion et du public à une querelle particulière. Ainsi il répondit sagement qu'il révéroit les princes du sang ; qu'il estimoit la personne du roi de Navarre , et qu'il n'avoit rien à démêler avec lui; mais qu'il s'intéressoit seulement pour la religion catholique , qui étoit menacée , et pour la tranquillité de l'Etat , qui dépendoit absolument de l'unité de la religion.
L'autre bri. L'autrc actiou fut telle. Comme il eut entendu
le action de - . , ■ i /
tre Henrî. Ic Druit clcs loudres quc le pape avoit lancées contre lui , il dépêcha vers le roi pour lui en faire ses plaintes , et lui remontrer que cet attentat le touchoit de plus près que lui; qu'il devoit penser que si le pape s'ingéroit de décider de sa succes-
no
Il fait afCclier aux car-
DE ITEIVRI-LE-GRATVD. 63
sion , et empiétoit ce point , de déclarer un prince i58 du sang incapable de la couronne , il pourroit bien après cela passer plus outre, et le détrôner lui-même, comme on disoit qu'autrefois Zacharie avoit dégradé Clulderic III par un attentat insupportable.
Sur ces remontrances , le roi empêcha la publication de ces bulles dans son royaume. Mais refours
. r.otnp des (ip-
le roi de Navarre ne se contenta pas de cela, iiositionsàia
.. . 1 • V -r» "1 » sentence du
Comme il avoit des amis a nome, il s en trouva pape sixte v. d'assez hardis pour afficher les oppositions de lui et du prince de Condé par les carrefours de la ville , dans lesquelles ces deux princes appeloient de cette sentence de Sixte k la cour des pairs de France, donnoient un démenti a. quiconque les accusoit du crime d'hérésie, s'offroient a prouver le contraire dans un concile général; enfin, protestoient qu'ils vengeroient sur lui et sur tous ses successeurs l'injure faite à leur roi, à la maison royale et à toutes les cours de parlements.
Il sembloit que cette opposition dût irriter au Lequel s>u