r>- TT T~» r • •! irrite d'abord
dernier point 1 esprit de Sixte V. De fait, il en mais après pn témoigna d'abord une grande émotion. Toute- de"'^"'efi^L''e fois , quand sa colère se flit un peu rassise , il ^^^^ "'" admira le courage héroïque de ce roi , qui , de si loin, avoit su venger une injure, et attacher des marques de son ressentiment jusqu'aux portes de son palais. De sorte qu'il conçut une si haute
i585. estime pour lui (tant il est vrai que la vertu se fait révérer par ses ennemis mêmes ) , qu'on lui entendit souvent dire que de tous ceux qui régnoient dans la chrétienté , il n'y avoit que ce prince , et Elisabeth , reine d'Angleterre , a qui il eût voulu communiquer les grandes choses qu'il rouloit dans son esprit, s'ils n'eussent pas été SI bien hérétiques. Ainsi , toutes les prières de la ligue def'ournirde uc Ic purent jauiais obliger de fournir aux frais ligue!"' ^ * de cette guerre : ce qui fît avorter la plupart de ses entreprises, parce qu'elle avoit fait en partie son compte sur un million qu'il lui avoit promis.
Le roi de Or , commc de leur côté les chefs de la ligue
Navarre fait ^a i • ^ i, . . ,-1
une ligne tachoicut d engager avec eux tout ce qu ils poufe^nd'i-e!^ ^' ^oieiit dc scigucurs et de villes , le roi de Navarre de sa part réunissoit avec lui tous ses amis de l'une et de l'autre religion : le maréchal de Damville-Montmorenci , gouverneur de Languedoc ; le duc de Montpensier , prince du sang , qui étoit gouverneur de Poitou , avec son fils le prince de Dombes; le prince de Condé, qui tenoit une partie du Poitou , de la Saintonge et de l'Angoumois; le comte de Soissons et le prince de Conti son frère. De ces cinq princes du >>ang, les trois derniers étoient ses cousins-germains, les deux premiers l'étoient en un degré plus éloigné, et tous professoient la religion catholique , hormis
le prince de Condé. Il avoit aussi de son parti Les- i583. diguières, qui, de simple gentilhomme , s'étoit , par sa valeur, élevé à un si haut point, qu'il étoit le maître du Dauphiné, et faisoit trembler le duc de Savoie ; Claude de La Trimouille , duc de Thouars, jeune seigneur d'une naissance illustre, plein de feu et d'esprit , et très puissant en Poitou et en Bretagne, lequel s'étoit fait huguenot depuis peu, et avoit eu l'honneur de marier sa sœur Charlotte au prince de Condé; Henri de La Tour, vicomte de Turenne , qui avoit aussi épousé la nouvelle religion; Châtillon , fds de l'amiral de Coligni ; La Boulaye , seigneur poitevin; René, chef de la maison de Rohan; François , comte de La Rochefoucauld ; George de Clermont d'Amboise; le seigneur d'Aubeterre; Jacques de Gaumont-La-Force ; le seigneur de Pons ; Saint-Gelais- Lansac , et plusieurs autres seigneurs et gentilshommes de marque, la plupart de la nouvelle religion. En même temps , il dépêcha aussi vers Ehsabeth , reine d'Angleterre, et vers les princes protestants d'Allemagne , de si habiles négociateurs, qu'ils les obligèrent de se joindre tous ensemble, par une forte union , pour se maintenir les uns les autres. Tellement que tout cela étant uni ensemble, il arriva tout le contraire de ce que la ligue avoit pensé ; et le roi de Navarre se trouva fortifié de telle sorte , qu'il n'eut plus d'ap-
préhension d'être accable sans avoir les moyens de se défendre.
Je ne ferai point ici le de'tail des exploits de
l'un et de l'autre parti durant les anne'es i585
i586. et i586, parce que je n'y remarque rien de fort
conside'rable.
LeroiHen- Le roi Henri III s'ennuyoit extrêmement de
ri Klhaïssolt
la ligue et les ccttc gucrrc , qui se faisoit à ses dépens et à son
Huguenots, , . . ,, ,.
et n'aimoit grand préjudice , puisque 1 on disputoit sa sucris. " ^^'^ cession , lui vivant et se portant bien , et qu'on le considéroit déjà comme un homme mort. Il n'aimoit ni Tun ni Tautre parti; mais il chérissoit si fort ses favoris , étrange aveuglement ! qu'il eût bien désiré, s'il eût été en son pouvoir, de partager son état entre eux. La ligue , de son côté, prétendoit avoir assez de force pour l'emporter ; et le roi de Navarre s'attendoit bien qu'il romproit les desseins des uns et des autres. La La reine rcinc mèrc ayant d'autres vues pour les enfants
mère s'entre- • / i i
metd'accom- dc sa fille mariée au duc de Lorraine, promit
inodement . , •■ ■. -,
avec le roi au roi dc ti'ouver les moyens de canner toutes
ces tempêtes. Pour cet effet, elle procura une
trêve avec le roi de Navarre , pendant laquelle
Leur entre- OU moycuna uiic eutrcvuc d'elle et de lui au
Tue et confé- ,. t ^ • ^^ • \ ^ r-^ • ^-i
renceàsaint- chatcau de Saïut-Brix , près de Coignac, ou ils
se rendirent l'un et l'autre au mois de décembre.
Il V eut bien de la peine à trouver des sûretés
pour l'un et pour l'autre , mais particulièrement
DE HENRI-LE-GRAJVD. 6j
pour la reine mère, parce qu'elle e'toit merveil- i586. leusement défiante. Notre lie'ros fit sur cela une Belle ac-
, , ,/.,.. , tioii , et l)ien
action de grande générosité, voici comment. 11 géuér<usc,cie avoit ete accorde une trêve pour la surete de ce pourparler; de sorte que si l'un des deux partis l'eût rompue , il eût été en faute , et on eût pu arrêter avec justice tous ceux qui en e'toient. Or, quelques gens du roi de Navarre , feignant d'être traîtres, avoient leurré des capitaines catholiques, trop ardents au butin , de quelque intelligence sur Fontenay, qu'ils leur eussent laisse' prendre. Par ce moyen , les Catholiques fussent demeurés convaincus de perfidie , et il y eût eu sujet d'arrêter la reine mère. Mais ce généreux prince ayant eu le vent de cette supercherie , s'en fâcha fort contre ceux qui la tramoient , et leur défendit de la continuer. N'étoit-ce pas avoir, en effet , les véritables sentiments de l'honneur dans le fond de l'âme, et non pas à l'extérieur seulement ?
Comme il témoig-na sa générosité en cette -^a fermeté
., ,, . , - et la force
rencontre , il ht vou' sa fermeté et la force de de son esprit
1 1 „, . , . dans toute la
son esprit dans toute la conterence. La reine lui conféreuce. demandant qu'est-ce qu'il vouloit, il lui répondit , en regardant les filles qu'elle avoit amenées : « Il n'y a rien là que je veuille , Madame ; » comme lui voulant dire par-là qu'il ne se laisseroit plus piper à de semblables appas. Elle tâchoit
i586. surtout de le désunir d'avec les autres chefs de son parti, ou de le rendre suspect, lui offrant tout ce qu'il demanderoit en son particulier; mais il connut bien sa ruse , et tint ferme sur ce point, qu'il ne pouvoit rien traiter sans en communiquer à ses amis.
Après un long entretien , comme elle lui demanda encore si la peine qu'elle avoit prise ne produiroit aucun fruit, elle qui ne souhaitoit que le repos, il lui répondit : « Madame, je n'en suis pas cause ; ce n'est pas moi qui vous empêche de coucher dans votre lit , c'est vous qui m'empêchez de coucher dans le mien ; la peine que vous prenez vous plaît et vous nourrit ; le repos est le plus grand ennemi de votre vie. »
Il fit plusieurs autres reparties fort vives et
fort spirituelles : mais on remarqua sur toutes
celle qu'il fit au duc de Nevers , de la maison de
Gonzague, qui accompagnoit la reine mère. Ce
duc s'avança une fois de lui dire qu'il seroit bien
plus honorablement auprès du roi que parmi des
gens où il n'avoit point d'autorité, et que s'il
venoit à avoir affaire d'argent à La Rochelle , il
n'auroit pas le crédit d'y faire un impôt. Il lui
Belle repar- repartit fièrement : « Monsieur, je fais à La Rôtie au duc de 1 n . • • >
Kevers. " clielle tout cc quc je veux, parce que je ny » veux rien que ce que je dois, m
Cette conférence de Saint-Brix n'ayant donc i586. abouti qu a de nouvelles aigreurs , et la reine ^^ jg saimmère s'en étant retournée , les Guise , qui tentoient î['^ " ^^"""
" '1 tit a rien.
toutes sortes de moyens pour se venger des favoris , firent offrir leur service au roi de Navarre ; et le duc de Mayenne lui manda qu'il y avoit lieu d'accommoder les choses, s'il y vouloit entendre; qu'il iroit le trouver avec quatre chevaux partout où il voudroit , et qu'il lui donneroit sa femme et ses enfants en otage. Cette négociation n'eut point de suite, et je n'ai pu trouver quel fut le sujet qui l'interrompit.
Les cours des deux rois passèrent le reste de Danses et
1JI • r . • . 1 • 1 • festins dans
hiver en lestins et en danses ; car parmi les mi- i^ cour des
sères et les troubles de l'État, la reine Catherine ^^'^^^°'*avoit introduit cette habitude de danser en tous lieux et en toutes saisons; ce qu'elle faisoit, disoit-on , pour amuser ses enfants et les autres grands de la cour dans ces vains divertissements , n'y ayant rien qui dissipe davantage l'esprit, et qui soit plus capable, s'il faut ainsi dire, de dissoudre les forces de l'âme , que le son ravissant des violons , l'agitation continuelle du corps et les charmes des dames. A l'exemple de la cour, le bal et les mascarades régnoient dans tout le royaume ; et même les remontrances des ministres n'avoient su empêcher qu'on ne dansât chez la plupart des seigneurs huguenots, quoi-
'jO HISTOIRE
qu'il y en eût toujours quelques-uns qui ne le pouvoient souffrir '.
i587. \x\ printemps , les entreprises recommencèrent
de part et d'autre , mais ce n'e'toit rien en comparaison de ce qui se fit sur la fin de la campagne. L'année des Les princcs protcstauts d'Allemas^ne envovoient
l'rotestants , o ^
siiemano's eu- unc armcc au secours des Huguenots , composée
tre eu France, , . -il r • -ii ^ •
de cmq mule Lansquenets , seize mille Suisses et six mille Reisties. Elle traversa la Lorraine et la Champagne , puis passa la Seine , et marcha vers la Loire , comme si elle eût voulu la passer ou la côtoyer en remontant. Au même temps, le roi de Navarre avoit ramassé ses troupes vers La Rochelle , et s'effoiçoit de venir au-devant d'elle jusque sur les bords de la Loire ; mais il en e'toit empêché par une armée du roi , que commandoit le duc de Joyeuse , qui avoit ordre de le suivre Elle est siH- partout. Le duc de Guise ayant aussi recueilli les
VÎC T)»1V le
duc de Guise, foixcs dc son parti, quoiqu'elles fussent petites, suivoit tantôt les lleistres , tantôt les côtoyoit ou les devançoit, et se niêloit souvent parmi eux sans beaucoup de danger , d'autant que ce trop pesant corps d'étrangers ne se pouvoit pas facilement remuer, étant embarrassé d'un grand bagage, n'ayant pas de chef assez accrédité ni assez
' Biaise de Moutluc , maréchal de France , qui écrivoit ea ce temps-là, dit dans ses Mémoires qu'il falloit, quelque affaire qu'il y eût, que le bal marchât toujours.
intelligent pour le conduire , et tous ses capitaines 1587. e'tant en discorde et mauvaise intelligence.
A cause de tous ces défauts , cette arme'e ne sut jamais prendre une bonne résolution. La Loire étoit guéable en cent endroits , car c'ëtoit sur la fin de septembre , et néanmoins elle ne la voulut Elle ne fait
, , , 1 I rien qui vaille-
pomt passer; mais vint s étendre dans les campagnes de Beauce , attendant des nouvelles du roi de Navarre , au lieu de monter dans le Nivernois et de gagner la Bourgogne. L'intention du roi de le roi de Navarre étoit de monter le long de la Dordogne , vem^o'indre^ et de là entrer en Guienne ; puis y ayant recueilli ™e%Veust"a toutes ses forces, aller rencontrer l'armée des ""e armée qui
' lui fait tête.
Protestants en Bourgogne , à la faveur des provinces qui lui étoient amies. Le duc de Joyeuse le poursuivoit opiniâtrement , s'imaginant qu'il fuyoit , parce qu'en effet il évitoit le combat , n'ayant pour but que la jonction des Allemands. Ce nouveau duc étoit bien déchu de sa faveur auprès du roi , qui avoit reconnu qu'il inclinoit eu côté de la ligue , non pas qu'il aimât les Guise, mais parce qu'il s'étoit laissé mettre dans la tête, par ses flatteurs , qu'il méritoit d'être le chef de ce grand parti ; et il tenoit la destruction des Huguenots si certaine, qu'il avoit obtenu du Pape la confiscation des terres souveraines de notre Henri. Désirant donc soutenir sa réputation et Ce duc l'aisa faveur , qui étoient fort chancelantes , il le de'couual."
iSS?. talonna si vivement , qu'il l'atteignit auprès de Coutras.
Quelle étoit L'armc'e de Joyeuse e'toit , pour ainsi dire,
l'armée de t i -il i !• i? -i
Joyeuse. toute Q or, brillante de clinquant, d armes damasquinées , de plumes à gros bouillons , d'e'charpes en broderie, de casaques de velours , dont chaque seigneur , selon la mode de ces temps-là , avoit Quelle étoît paré ses compagnies. Celle du roi de Navarre
celle de Hen- , . ^ r ■> i
ri. etoit toute de 1er , n ayant que des armes grises ,
et sans aucun ornement , de grands collets de buffle , et des habits de fatigue. La première avoit l'avantage du nombre , six cents chevaux et mille hommes de pied plus que l'autre , la moitié de son infanterie d'arquebusiers à cheval , sa cavalerie presque toute de lanciers , et plusieurs montés sur des chevaux de manège. Elle avoit pour elle le nom et l'autorité du roi , et l'assurance des récompenses ; mais elle étoit la moitié de nouvelles troupes ; elle manquoit d'ordre et de discipline ; elle avoit un général sans autorité, cent chefs au lieu d'un, et tous jeunes gens élevés dans les délices de la cour, avec beaucoup de cœur , mais sans aucune expérience.
L'autre , au contraire , étoit composée de toute l'élite de son parti , des vieux débris des batailles de Jamac et de Montcontour, de gens nourris dans le métier, endurcis parle choc continuel des adversités et des combats ; elle avoit à sa tête trois
princes du sang ; le premier d'entre eux bien obéi 1687. et révéré comme présomptif héritier de la couronne , l'amour des soldats , et l'espoir des bons François : outre cela, elle étoit armée de la nécessité de vaincre ou de mourir, qui est plus forte ni que l'acier , ni que le bronze.
Les ordres donnés , le roi de Navarre appela '''°" exiior-
tatioa a son
tous ses chefs, et de dessus une petite éminence , armée,etau3
princes du
il les exhorta en peu de paroles , mais convenables sang. à sa qualité et au temps , prenant le ciel à témoin qu'il ne combattoit point contre son roi , mais pour la défense de sa religion et de son droit. Puis s'adressant aux deux princes du sang Condé et Soissons : Je ne vous dirai rien autre chose , leur dit-11, sinon que vous êtes de la maison de Bourbon ; et vive Dieu , je vous montrerai que je suis votre aine.
Sa valeur brilla ce jour-la par-dessus celle de toutes les autres. Il avoit mis sur son casque un bouquet de plumes blanches, pour se faire remarquer , et parce qu'il aimoit cette couleur ; de sorte que quelques-uns se mettant devant lui , à dessein de défendre et couvrir sa personne , il leur cria: A quartier, je vous prie, nem'ojfus- SaTaienret
•* . bravoure.
quez pas , je veux paraître. Bravoure nécessaire tout-à-fait à un conquérant , mais qui sans doute seroit une témérité et une faute insupportable à un roi bien établi. Il enfonça les premiers rangs
^^^7- des ennemis, fit des prisonniers de sa main, et en vint jusqu'à colleter un nomme' Chàteau-Regnard, cornette d'une compagnie de gendarmes , lui disant , rends-toi , Philistin.
La bataille gagnée , quelqu'un ayant vu les fuyards qui faisoient halte , lui vint dire que l'armée du maréchal de Matignon paroissoit. Il reçut cette nouvelle comme un nouveau sujet de gloire, et se tournant bravement vers ses gens : Allons , dit- il, mes amis , ce sera ce qu'on n'a jamais vu , deux batailles en un jour.
Ce ne fut pas seulement sa valeur qui se fît admirer en cette occasion , ce fut aussi sa justice, sa modération et sa clémence. Pour sa justice, on raconte ce qui suit. Action de II avoit débauclié une fille d'un officier de La tice et d lui- Rochclle ; ce qui avoit déshonoré cette famille , et tienne. fort scandalisé les Rochelois. Un ministre , comme
les escadrons étoient prêts d'aller a la charge , et qu'il falloit faire la prière , prit la liberté de lui remontrer que Dieu ne pouvoit pas favoriser ses armes , si auparavant il ne lui demandoit pardon de cette offense , et s'il ne réparoit le scandale par une satisfaction publique , et ne rendoit l'honneur à une famille à qui il l'avoit ôté. Le bon roi écouta humblement ces remontrances , se mit à genoux , demanda pardon a Dieu de sa faute, pria tous ceux qui étoient présents de vou-
loir servir de te'moins de sa repentance, et d'as- lâS;surer le père de la fille que , si Dieu lui faisoit la grâce de vivre , il repareroit , tout autant qu'il pourroit , l'honneur qu'il lui avoit ôté. Une soumission si chrétienne tira les larmes des yeux de toute l'assistance , et il n'y en avoit pas un qui n'eût donné mille vies pour un prince qui se portoit si cordialement à faire raison a ses inférieurs, S'étant ainsi vaincu lui-même , Dieu le rendit vainqueur de ses ennemis ; et que sait-on s'il ne l'exalta pas pour s'être humilié si chrétiennement! L'année ennemie fut toute taillée en pièces , avec Bataille Je
. -n 1 1 1 Contras, qu'il
perte de cinq mille hommes, de son canon, ba- gagne.
gage , enseignes, et de tous ses chefs, hormis deux-
ou trois , entre autres du duc de Joyeuse et de Joyeuse y
Saint - Sauveur son frère , qu'on trouva étendus
sur la place.
Le soir notre vainqueur trouvant son logis tout plein de prisonniers et de blessés de l'ennemi , fut contraint de faire porter son couvert dans celui du Plessis-Mornay ; mais le corps de Joyeuse étant étendu sur la table de la salle , il fallut qu'il montât en haut ; et là , durant qu'il soupa , on lui présenta les prisonniers , cinquante-six enseignes de gens de pied , et vingt-deux guidons et cornettes.
Ce fut mi beau et glorieux spectacle pour ce prince d'avoir sous ses pieds son ennemi , qui
1 587. avoit obtenu du Pape la confiscation de ses terres , de voir sa table environnée de tant de nobles captifs , et sa chambre toute tapisse'e d'enseignes. Mais , à dire vrai , c'en fut un bien plus agréable aux âmes généreuses , que parmi tant de sujets de vanité et d'orgueil, et dans de si justes ressentiments des injures atroces qu'on lui avoit faites (choses qui portent les esprits les plus doux à l'insolence et à la cruauté), on ne remarqua ni Sa modéra- en SOU visage , ni en ses paroles, ni en ses actions,
tiou et sa clé- . . ~ .
mence mer- aucun Signe qui fit voir que sa constance ou sa
veilleuse dans 1 / /» • i / ' »
sa victoire, boutc lusscnt tant soit peu altérées. Au contraire, se montrant aussi courtois et humain dans la victoire , qu'il s'étoit montré brave et redoutable dans le combat , il renvoya presque tous les prisonniers sans rançon , rendit le bagage à plusieurs , prit grand soin des blessés , donna les corps de Joyeuse et de Saint-Sauveur au vicomte de Turenne , qui les lui demanda , étant leur parent , et dépêcha le lendemain son maître des requêtes vers le roi , pour le supplier de lui vouloir donner la paix. D'où l'on jugea dès lors qu'un si grand courage viendroit a bout de tous ses ennemis , et que rien ne seroit capable de renverser celui qu'une telle prospérité n'avoit pas seulement ébranlé.
Une la pour- Oii le blâma néanmoins de n'avoir point poursuit, et pour- . . , , . . 15 • 1 • '
quoi. suivi chaudement sa victoire , et d avoir laisse
rompre cette arme'e triomphante, faute de l'avoir i^f?;. employée ensuite à quelque grand exploit. On crut , et il y avoit bien de l'apparence , qu'il n'avoit pas voulu pousser les choses si avant , de peur de trop offenser le roi , avec lequel il de'siroit encore garder quelques mesures , espérant toujours qu'il se pourroit réconcilier avec lui , et retourner à la cour , où il avoit besoin d'être présent, pour être en passe de prendre la couronne, si Henri III venoit à mourir. Enfin , soit pour cette raison , ou pour d'autres , il se retira en Gascogne , et de là en Béarn , sous prétexte de quelques affaires , n'emmenant avec lui que cinq cents chevaux , et le comte de Soissons , qu'il retenoit auprès de lui , par l'espérance de lui faire épouser sa sœur. Le prince de Condé s'en retourna à La Rochelle , et Turenne en Périgord.
Cependant cette grande armée de Reistres Défaite «le* ayant reçu plusieurs échecs en divers endroits, mais spécialement à Auneau en Beauce , où le duc de Guise tua ou fit prisonniers trois mille Reistres, puis au pont de Gien , où le duc d'Epernon prit douze cents Lansquenets, et presque tout le canon, entendit volontiers à un accommodement que le roi lui fit proposer; et après cela, se retira par Le reste d* la Bourgogne et par le comté de Montbelliard , m^^^se remais toujours poursuivie jusque bien avant dans *"^^' ce comté par le duc de Guise.
yS HISTOIRE
t5ss. Sur cela commença rannée i588, que tous les
dermalhfiars astrologucs judiciaircs avoient, dans leurs prodei'iini588. nostics , appelée la merveilleuse année, «pour ce qu'ils y prévoyoient si grand nombre d'accidents étranges, et tant de confusion dans les causes naturelles, qu'ils avoient assuré que si elle ne voyoit la fin du monde, elle en verroit au moins un changement universel. Leur pronostic fut secondé par quantité d'effroyables prodiges qui arrivèrent par toute l'Europe. En France , la terre trembla tout du long de la rivière de Loire, et en Normandie aussi. La mer fut battue six semaines durant de tempêtes qui sembloient vouloir confondre le ciel et la terre. Il parut en l'air divers fantômes de feu , et le 2 4 de janvier Paris fut couvert d'un si effroyable brouillard, qu'il n'y avoit point de si bons yeux qui pussent rien voir en plein midi, sinon avec l'aide des flambeaux. Tous ces prodiges sembloient signifier ce qui arriva bientôt, la mort du prince de Condé, les barricades de Paris , le renversement de tout ce royaume , le meurtre des Guise , et ensuite le parricide de Henri IIL Mort du Quant au prince de Condé, il mourut au mois Co'ndl de mars à Saint-Jean-d'Angely , où il faisoit alors
sa résidence. Quoiqu'il y eût une secrète jalousie entre lui et le roi de Navarre , jusqu'à faire deux brigues dans le parti , si est-ce que ce roi ressentit
cette perte avec une extrême douleur; et s'ëtant i^ss. enferme' dans son cabinet avec le comte de Sois- Na^Vre' tu sons, il fût ouï en jeter les hauts cris, et dire ""^'"'t a'^^'qu'il avoit perdu son bras droit. Toutefois, après que sa douleur se fut évaporée , il recueillit ses esprits; et jetant toute sa confiance en la protection divine , il sortit , disant avec un cœur plein d'une assurance chrétienne : Dieu est mon refuge Mais dans
, , , . , ., V son affliction,
et mon support: c est en Lui seul que j espère ; iimetsacon-
• • • , /^ j iiance en
je ne serai point conjondu. ^n^^
C'étoit véritablement une grande perte pour lui; il avoit désormais à supporter lui seul tout le poids des affaires : et étant dénué de cet appui , il demeuroit plus exposé aux attentats de la ligue , laquelle n'avoit qu'à faire un semblable coup en sa personne pour être au-dessus de toutes ses affaires. Il avoit donc juste sujet de craindre ses attentats. Toutefois le duc de Guise avoit le cœur si noble et si grand , que , tandis qu'il vécut , il ne voulut jamais souffrir que l'on prît de si détestables voies.
La hardiesse de la ligue s'accrut merveilleuse- La ligne
, , . I, , . , s'en réjouit.
ment par la mort du prmce ; elle en témoigna des réjouissances extraordinaires , et publia que c'étoit un coup de la justice de Dieu et des foudres apostoliques. Les Huguenots, au contraire, en Les Hugue-
, . , . ^ . , , nets s'en .if-
etoient dans une consternation extrême , conside- fiigent. rant qu'ils avoient perdu en lui leur chef le plus
ï58S. assuré , parce qu'ils croyoient qu'il étoit fort persuadé de leur religion, et qu'ils n'avoient pas la même opinion du roi de Navarre. En* effet, la confusion et le désordre étoient si grands parmi eux, qu'il sembloit que si on eût continué de les pousser fortement, on les auroit bientôt abattus. àtuelTiu. ^^ ''''' ^""^ ^'^'^'''«^t cruellement, et y eût volontiers consenti; mais il vouloit ménager les choses de telle sorte , que leur destruction ne fût pas l'agrandissement du duc de Guise, et sa perte de Gut itères' l;^i-"iême. Mais ce duc, n'ignorant pas ses intense de imdou- tions, le pressoit continuellement de lui donner
ner des forces , „ v^ii»iv.i
pour oxtcr- dcs forccs pouV aclicver d'exterminer les Huijue-
minerlesHu- j i •
guenots. nots, daus la runie desquels il espéroit infailliblement envelopper le roi de Navarre.
GuSe" ^^''"?^' ''' ^™t^ê^^ «"^' 1^ ^^«i' q^'ii avoit aimé etH.m. acquis l'amour des peuples, principalement par
n m fort bai. j i
deux moyens : le premier étoit de s'opposer aux nouveaux impôts; le second, de choquer toujours les favoris , et de ne fléchir jamais devant eux. Le contraire de cela avoit fait tomber le roi dans un extrême mépris, et avoit même refroidi quantité de ses serviteurs. En voici un exemple :
et viiSHe ^^ "'^^ ^^""^^ '^^"^ ë^^''^^ hommes dans son conrangent d'af- scil, Pierre d'Espinac, archevêque de Lvon • et
fection au -.,, . , ' J 7
duc de Guise, Villeroi , Secrétaire d'état. Le duc d'Épernon qui
etpourquoî. '.-./> i . , , ' ^
etoit her et hautam , les voulut traiter de haut en bas; ils se piquèrent contre lui, et pour cela se
DE HENRI-LE-GRAND. 8l
rangèrent d'affection au parti du duc de Guise ; i583, mais sans doute demeurant toujours , dans le cœur, très fidèles aux inte'rcts du roi et de la France , comme il a bien paru depuis , spécialement en la personne de Villeroi.
Cependant le roi vivoit à son ordinaire dans Mauvaise
r , . . , conduite de
les profusions d'un luxe odieux, et dans l'oisivete Henri m. d'une retraite me'prisable , passant son temps ou à voir danser, ou à flatter de petits chiens, dont il avoit grande quantité dç toutes sortes , ou à faire parler des perroquets , ou à découper des images , et autres occupations plus dignes d'un enfant que d'un roi.
Mais le duc de Guise ne perdoit point le temps ; Conduite et
, occupations
il se faisoit de nouveaux amis, entretenoit les du duc de vieux , caressoit les peuples , témoignoit grand zèle aux ecclésiastiques , prenoit la défense de ceux qu'on vouloit opprimer , paroissoit partout avec l'éclat et avec la gravité d'un prince ; mais sans faste et sans orgueil. Les Parisiens étoient enivrés d'estime pour lui ; il n'y eut que le parlement presque tout entier et la plupart des autres officiers qui ne suivirent point ses mouvements , et qui conservèrent toujours l'affection qu'ils dévoient au service du roi.
Il y avoit un nombre infini de gens qui avoient signé la ligue ; et dans les seize quartiers de Paris , comme on n'avoit pu gagner les quarteniers, on
82 UISTOIRE
i588. avoit élu quelques-uns des plus échauffés ligueux ,
qui dévoient faire leur fonction , à cause de quoi
on appela depuis à Paris les principaux de ce
Ce que ce- parti , et leur faction, les Seize. Ce n'est pas qu'ils
toit que les . ., , . i i i-
Seize. ne lusscut quc seize , car ils etoient plus de dix
mille , mais tous répandus dans les seize quartiers.
Henriinies Or, le roi , incité principalement par le duc
veut cbâtier. > / i i i a • i i
d Epernon , résolut de châtier les plus ardents de ces Seize , qui en toutes occasions se montroient furieux ennemis de ce favori. Par ce moyen , il pensoit abattre la ligue , et ruiner entièrement la réputation et le crédit du duc de Guise. Il fît donc entrer secrètement des troupes dans Paris , et donna les ordres pour se saisir de ces gens-là. Le duc de Le duc de Guise en ayant avis , accourt de
Cuiseaccourt ^ -1 '^ v ' i i / • i a
pour les dé- boissous OU il ctoit , rcsolu dc pcriF plutot que
Les barri- ^^ laisscF perdre ses amis. En un mot , les barri-
*^^ "• cades se font le lo du mois de mai, jusqu'aux
portes du Louvre , et les troupes du roi sont
taillées en pièces ou désarmées. La reine mère ,
à son ordinaire , s'entremet d'accommodement ;
Le roî se mais le roi crai ornant d'être enveloppé , prend
retire à Char- ^ ^ tri 7 l
très. 1 épouvante , et se retire à Chartres.
La ligue se La liguc devenant maîtresse de Paris par ce
read maîtres- , - -ii i i, a i i
se de Paris, moycii , S empare de la Bastille, de IHotel-de- Ville, du Louvre et du Temple, change le prévôt des marchands et le lieutenant civil. Au même temps , elle s'assure d'Orléans , de Bourges ,
d'Amiens , d'Abbeville , de Montreuil , de Rouen , i588. de Reims, de Châlons et de plus de vingt autres villes en diverses provinces. Les peuples crient partout : Fi^^e Guise , vii'e le protecteur de la
foil
Le roi , non sans raison , en est fort irrité. Les i^e* Pan-
• • 1 / 1 • \ 1 1 siens dépu-
Parisiens députent vers lui a Chartres , pour de- tent vers le
, , . 111 , roi à Char-
mander pardon ; mais avec cela ils demandent tre». l'extirpation de l'hérésie. Tout le monde augmente ses frayeurs; personne ne lui fortifie le courage. En cette détresse, il ne trouve point d-e plus sûr moyen d'écarter le danger qui le menaçoit, que d'essayer à désarmer ses sujets. Pour
cet effet , il envoie un maître des requêtes au par- i-e roi pardonne tout, lement, lui faire entendre que sa dernière inten- pourvu qu'oa
/.,,,■■. -, / pose les ar-
tion etoit d oublier tout le passe , pourvu que mes. tout le monde se remît dans son devoir , et de travailler soigneusement à la réformation de son royaume , pour laquelle il trouvoit bon d'assembler les États-généraux a la fin de l'année , où l'on pourvoiroit à lui assurer un successeur catholique et du sang royal , protestant qu'il observeroit inviolablement toutes les résolutions des États ; mais qu'il vouloit qu'elles fussent libres et sans faction, et que dès ce jour-là tous ses sujets missent les armes bas.
Il fàchoit fort au duc de Guise de les poser ; il craignoit , s'il étoit sans défense , de demeurer à la
i588. merci de ses ennemis, particulièrement du duc Le duc de d'Epcmon. Il suscita donc les Parisiens, par une
Guise deman- ,, y, ,, . y, -,
de Texpui- cclebre deputation , a demander la contniuation
non, qufen- ^^ 1^ gucrrc contrc Ics Huguenots , et l'expul-
cordée"'^^' ^^^^ ^^ ^^ ^^^' ^^ ^^^ ' après quelque résistance ,
lui accorda l'un et l'autre ; car il fît vérifier au
parlement un édit très avantageux en faveur de
la ligue , et fort sanglant contre les Huguenots ,
et il donna congé au duc d'Épernon , qui se retira
dans son gouvernement d'Angoumois.
Après quoi Après ccla, le duc de Guise vint trouver le roi
cour à Char- a Chartres , sous la parole de la reine mère , y donna
^'"' de grandes assurances de sa fidélité , et reçut toutes
les marques qu'il pouvoit souhaiter de l'affection
du roi, jusque-là qu'il le fit grand-maître de la
gendarmerie françoise.
Cependant la ligue prend le dessus en toutes les provinces au-deçà la Loire , et fait nommer LesÉtatsde les députés dcs Etats a son gré. Au mois de no- °'*' vembre , les États s'assemblèrent dans la ville de
Blois. Ce n'est pas ici le lieu d'en raconter toutes les intrigues. Enfin le roi , persuadé qu'on avoit Mort de conspiré de le détrôner, y fit tuer dans le château GiIiTé!"* ^ l*i duc de Guise et le cardinal son frère, et retint prisonniers le cardinal de Bourbon , l'archevêque de Lyon, le prince de Joinville , qui , après la mort du père , s'appela duc de Guise , et le duc de Nemours, frère utérin du premier duc.
La reine mère , sous la parole de laquelle les ^588. Guise pensolent être en assurance, fut si touche'e des reproches qu'on lui en faisoit , et des me'pris du roi son fils , qui après cela croyoit n'avoir plus besoin d'elle , qu'elle en mourut de douleur et Mort de la
d, . 1 • \ ti ' 1 reine Cathe-
ennui peu de jours après, regrettée de per- nnedeMédi-
sonne , pas même de son fils , et haïe universel- *^'*'
lement de tous les partis.
Plusieurs croyoient que s'il y eut jamais d'ac- Les dîffé-
tion ambiguë et problématique , ce fut celle-là. ments sur u
T •. 1 • J* • i '•! •. r. r mortdemes-
Les serviteurs du roi disoient qu il y avoit ete sieurs de Gnicontraint par l'audace extrême des Guise ; et *^* que s'il ne les eût prévenus, ils l'eussent tondu et renfermé dans un couvent. Mais la mauvaise réputation où il étoit, l'estime générale que ces princes avoient acquise , et les circonstances odieuses de ce meurtre, le faisoient paroître horrible , même aux yeux des Huguenots , qui disoient que cela ressembloit fort au massacre de la Saint-Barthélemi.
Notre Henri garda sagement la médiocrité dans Notre Henri cette rencontre. Il déplora leur mort, et donna Ercement.^' des louanges à leur valeur; mais il dit qu'il falloit bien que le roi eût eu quelques puissants motifs pour les traiter de la sorte ; qu'au reste les jugements de Dieu étoient grands, et sa grâce très spéciale en son endroit, l'ayant vengé de ses ennemis sans qu'il y eût trempé ni la conscience ni
t588. la main ; et que souvent certains gentilshommes s'étant offerts à lui avec une de'termine'e re'solution d'aller tuer le duc de Guise , il leur avoit toujours fait connoître qu'il avoit cette proposition en horreur , et qu'il ne les tiendroit jamais en qualité de ses amis, ni de gens de bien , s'ils y pensoient davantage.
Une change Son conscil c'taut asscmblé sur cette grande
rien dans sa ■.-. ■>•^ i • • ^
conduite. nouvelle , trouva qu il ne devoit rien changer
pour cela dans la conduite de ses affaires , pour
ce que le roi , quand même il le voudroit , n'ose-
roit pas de quelques mois parler de paix avec lui ,
de peur de donner à croire qu'il auroit tué les
Guise pour favoriser les Huguenots ; tellement
qu'il continua la guerre , et prit quelques places.
Cependant la suite des affaires lui frayoit le
chemin pour l'amener dans le cœur du royaume ,
et le remettre à la cour , qui étoit le poste qu'il
devoit le plus souhaiter.
1589. Henri III s'e'tant amuse' , après le meurtre des
Henri iii Q^jgg ^ examiner les cahiers des États à Blois,
s étant trop ' '
amuséàBiois, ^^ j|g^ ^g montcr promptemcnt à cheval, et de
la ligue se 1 * '
rassure , et gg montrer aux endroits où sa présence étoit la
fait rage. ^ • i t • ■ / j
plus nécessaire , la ligue , qui d'abord avoit ete étourdie d'un si grand coup , reprit ses esprits. Les grandes villes , et principalement Paris , qui étoi^nt possédées de cette manie , ayant eu loisir de se remettre de leur consternation , passèrent
de la peur à la pitié , et de la pitié à la fureur. Les iSSg- Seize élurent à Paris le duc d'Auniale pour leur gouverneur ; les prédicateurs et les gens d'église se déchaînèrent horriblement contre le roi ; le peuple arracha ses armes partout où il les trouva, et les traîna dans la boue ; le parlement, qui vouloit s'opposer à cette rage , fut emprisonné à la Le parle- Bastille, par Bussi le Clerc, simple procureur, pHsonuénâ mais fort accrédité parmi les Seize : il fallut, pour î!^**.'!''' ' p**"
I ' r Bussi le Clerc.
être mis en liberté, qu'il prêtât serment à la Pourensorligue ; et au sortir de la Bastille , il y en eut plu- lû^t prêter ser' sieurs qui continuèrent de tenir le parlement à '°^"' '^ '" ^'' Paris, et les autres se dérobèrent peu à peu, et Une partie allèrent trouver le roi , qui transporta le parle- parireiVaument il Tours, où ils tinrent leur séance jusqu'à *erkr*orquî la réduction de Paris, l'an i5q4. Ceux-ci témoi- |es transféra
' «-'^ a lours.
gnèrent sans doute plus de fidélité a leur roi ; mais ceux qui demeurèrent à Paris lui rendirent après de bien plus grands services , comme nous le marquerons en son lieu.
La veuve du duc de Guise présenta sa requête à ceux-ci , pour informer de la mort de son mai'i, et demanda des commissaires pour faire le procès à ceux qui s'en trouveroient convaincus. Elle eut des conclusions favorables du procureur-général , Ceux du par-
Il / 1 r -A lement qui
et 1 on procéda fort avant sur ce sujet , même demeurèrent
.1 1 Tx • TTT • • • à Paris, firent
contre la personne de Henri III : mais je ne puis le procès à pas dire jusqu'à quel point, parce que les feuilles *^'"^'
iSSg. furent arrachées des registres du parlement, quand le roi Henri-le-Grand rentra dans Paris. Belle réfle- On nc sauroit assez détester de semblables ré-
xion à faire , , . . il*
aux rois. voltcs contrc le souveram: mais ces exemples lui doivent bien apprendre qu'encore qu'il tienne sa puissance d'en-haut , néanmoins l'obéissance dépend du caprice des peuples ; et qu'il doit se conduire de telle sorte qu'il n'attire pas leur haine : autrement, puisque les hommes ont bien l'audace de blasphémer contre Dieu , comment ne l'auroient-ils pas de se révolter contre les rois. HeuriiUcst Sur CCS entrefaites, Henri III apprit que le
excommunié . , . . , -,
par Sixte V. pape Sixtc V l'avoit excommunie pour le meurtre
du cardinal de Guise. Ce grand embrasement
s'alluma en peu de temps d'un bout à l'autre de
Le duc de la Fraiicc. Le duc de Mayenne , qui étoit à Lyon
Mayenne s'as- ^-i tt iIt-»!*'
sure de la pour laire la guerre aux Huguenots de Dauphine, dri?Ch°m'. étant averti par un courrier de Roissieu son seîknTà Paris* crétairc , qui prévint celui du roi , sort de cette ville -là, vient en son gouvernement de Bourgogne, s'assure de Dijon et de la province ; de là passe en Champagne , qui lui tend les bras ; puis à Orléans , qui s' étoit déjà révolté , et à Chartres, que ses approches font aussi soulever ; et enfin il vient à Paris. Les Seize , et plusieurs de ses amis , étoient d'avis qu'il prît le titre de roi , lequel ils lui eussent fait donner par le conseil que la ligue avoit étabU ; mais il le refusa ;, et se contenta de
celui de lieutenant-ge'néral de l'État et Couronne 1589.
, , ,., . • 1 A -» I. 'i. ' 11 preud la
de France, qu il prit, comme si le trône eut ete q.jainé de vacant. Aussi rompit-on les sceaux du roi , et l'on ^■l'^Hy^'^^^ç en fit d'autres, où, d'un côté, étoit l'écu de l'État et c«u-
' ' ' ronne de
France , et de l'autre , un trône vuide ; et pour Frnnce , et
' •^ * ou rompt les
l'inscription à l'entour , le nom et la qualité du sceauxduroi. duc de Mayenne , en cette sorte : Charles , duc de Mayenne , lieutenant de l'État et Couronne de France.
Toute la France prenant parti en cette occasion , et quasi toutes les villes et provinces du royaume se rangeant du côté du duc de Mayenne, le roi eut peur d'être enveloppé à Blois, et se Henri m a
V 11- -1 1 peur, et se re-
retira a Tours. Il ne lui restoit plus qu un moyen tire à Tours,
de se défendre contre tant de périls qui l'alloient environner ; c'étoit d'appeler à son secours le roi de Navarre , qui avoit cinq ou six mille hommes , vieux soldats , et fort affectionnés. Il n'osoit le faire , de peur de passer pour fauteur des hérétiques , et d'encourir le blâme de violer les édits qu'il avoit si solennellement jurés dans les Etats de Blois , contre les Huguenots. Il tenta donc 11 tâciie en
, . . I . vain d'apai-
toutes sortes de voies pour apaiser le ressenti- ser le duc de ment du duc de Mayenne , et lui offrit des conditions très avantageuses : mais quelle assurance , disoient les ligneux, ce duc pouvoit-il jamais prendre , ses frères ayant été tués de la sorte qu'ils l'avoient été ? Ainsi, comme il ne voulut écouter
Mayenne.
i>S(). aucune proposition d'accommodement , Henri III fut contraint de se tourner du côté du roi de Navarre.
Il appelle Cc princc , avant toutes choses , voulut avoir
enfin le roi 1 • • \ • i • i
de Navarin, Un passagc sur la rivière de Loire. On lui donna
tt lui douue 1 -n 1 f, * m ' i i- t
saunnir. 1» vulc de Saumur, ou 11 établit gouverneur Le Plessis-Mornay, qui fortifia le château , et en fit comme la tête des places du parti huguenot. S' étant ensuite de cela approché de Tours , ses vieux capitaines huguenots le retinrent quelque temps dans la défiance , et rempêchèrent d'aller Le roi de yoir Ic roi , duquel ils craisrnoient , disoient-ils ,
Navarre est ^ . , . , . /
dissuadé par qu'cn Un tciups OU uiic traliisou lui etoit si ne-
ses gens de . . i i i • i ^ t •
se commettre ccssairc pour sc tircr QU labyrinthe ou 1 action de Blois l'avoit jeté, il ne voulût acheter son absolution au prix de la vie du roi de Navarre.
Le duc d'Épernon , qui étoit revenu en cour pour servir son maître au besoin , et le maréchal d'Aumont , avoient beau le presser , et lui donner leur parole , ses amis ne pouvoient consentir qu'il s'exposât ainsi à la foi d'un prince qui , à ce qu'ils croyoient, n'en avoit guère. Véritablement leurs craintes étoient justes , et notre Henri les avoit sans doute aussi bien qu'eux ; toutefois , après Néanmoins qu'il cut bicu cousidéré qu'il s'agissoit de sauver
il se résout , , , . • ^ i ' •
d'y aller , la Francc , de servir son roi , et de s ouvrir un puh,X arrN chcmiu pour défendre la couronne qui lui appar- ^'^''' tenoit, il résolut de tout hasarder, et de se rési-
DE HENRI-LE-GRAj^D. 9I
gner entièrement à la sainte garde du souverain iSSg. protecteur des rois.
La ville de Tours est situe'e comme dans une isle , un peu au-dessus du lieu où la rivière de Cher se mêle avec la Loire , ayant côtoyé ce grand fleuve trois ou quatre lieues. Les gens du roi de Navarre ne vouloient point qu'il s'engageât entre ces rivières , mais que l'abouchement se fît au-delà du Cher. Il l'emporta presque lui seul contre eux tous ; néanmoins , pour les contenter , il fallut qu'il tînt conseil sur le bord de la rivière, et qu'il permît à ses capitaines de la passer les premiers , comme pour sonder le gué. Il passa après eux, et arriva au Plessis- les -Tours 11 passe sur les trois heures de l'après-midi, en habit de L^vièie de guerre , tout crasseux et tout usé de la cuirasse , lui seul ayant un manteau, et tous ses gens étant en pourpoint , tous prêts d'endosser les armes , afin de montrer qu'il n'étoit pas venu pour faire sa cour , mais pour bien servir.
Il alla au-devant du roi , qui entendoit vêpres aux Minimes. La foule du peuple étoit si grande, qu'ils furent long-temps dans l'allée du Mail sans se pouvoir joindre. Notre Henri étant à trois pas Son entrcdu roi , se jeta à ses pieds , et s'efforça de les bai- Ye" ki7' ^à ser : mais le roi ne voulut pas le permettre; et, '^°^^^' le relevant , l'embrassa avec grande tendresse. Ils réitérèrent leurs embrassements trois ou quatre
i^Sq. fois, le roi le nommant son très cher frère, et lui appelant le roi son seigneur. On entendit alors pousser avec grande joie les cris de vive le roi! que l'on n'avoit point ouï depuis long - temps , comme si la présence de notre Henri eût fait renaître l'affection des peuples, qui sembloit éteinte pour Henri HI.
11 repasse Après quc Ics dcux rois se furent entretenus
la rivière , et
concile au quclquc tcmps , celui de Navarre repassa la rifaubourg; .^ ni r t mais le len- vicrc , ct alla logcr au faubourg Saint -Sympho-
demain vient • •! •. 'l'ii-'ii . ••
seul revoir le ^^^^ j ^^^ ^^ avoit ctc Oblige de le promettre amsi à ces vieux Huguenots , qui crurent qu'on leur tendoit des pièges partout. Mais lui , qui étoit poussé d'un autre motif, et qui avoit ce généreux principe , qu'il ne faut point ménager sa vie , quand il y a quelque chose à gagner qui doit être plus précieux à un grand courage que la vie même , sortit le lendemain dès six heures du matin , sans avertir ses gens ; et passant le pont avec un page seulement, vint donner le bonjour au roi. Ils s'entretinrent long-temps en deux ou trois conférences, où le roi de Navarre donna de grandes marques de sa capacité et de Ils résoi- son jugement. Leur résolution en gros fut de
vent d'assié- . . ,
ger Paris. dresscr une puissante armée pour attaquer Pans, qui étoit la principale tête de l'hydre , et faisoit remuer toutes les autres ; ce qui leur seroit facile , pour ce que le roi attendoit de grandes
levées du côté des Suisses, où il avoit envoyé i-îSi). Sancy pour cela; joint que le dessein de ce siège étant publié , y attireroit infailliblement grand nombre de soldats et d'aventuriers , dans l'espoir d'un si riche pillage.
Les deux rois ayant passé deux jours ensemble , celui de Navarre s'en alla à Chinon , pour faire avancer le reste de ses troupes , qui refusoient encore de se mêler avec les Catholiques.
Durant son absence , le duc de Mayenne , qui Le duc s'étoit mis aux champs , vint donner dans le fau- manquJ^^de bourg de Tours , pensant surprendre la ville , et He^r'rni'^^ le roi dedans , par le moyen de quelques Intel- '^<*""ligences. Le combat y fut fort sanglant , et peu s'en fallut que le dessein du duc ne réussît ; mais comme, après les premiers efforts, il eut perdu l'espérance d'y rien gagner , il se retira tout doucement.
Depuis , les troupes du roi étant merveilleuse- Les deux
•I 1 \ . • • . . 1 • rois marchent
ment grossies , ils marchèrent conjomtement lui ^^^s Paris et le roi de Navarre vers Orléans, prirent toutes ^'^«c leurs arles petites places d'alentour, de là descendirent en Beauce , et se rabattirent tout d'un coup vers Paris. Tous les postes des environs, comme Poissy, Etampes et Meulan, fuient forcés ou obtinrent capitulation, dont ils ne voulurent pour sûreté que la parole du roi de Navarre , auquel ils se fîoient plus qu'à tous les écrits de Henri IIL
inees.
loSg. Aussi faisoit-il profession de tenir sa parole,
même aux dépens de ses inte'rêts.
Grande et Considércz uu peu le différent e'tat où ces deux
utile réflexion .,,. . , i-i-rv"
àfairesuries Tois S etoieut mis par leur conduite dirierente :
différentes ,, . ' ^ c ' f. •.
conduites de A uu , pour avou' souvcut manque de toi , etoit duroideNa- abandonné de ses sujets, et ses plus grands ser- ^arre. mcnts ne trouvoient point de croyance parmi eux ;
l'autre, pour l'avoir toujours exactement gardée , étoit réclamé même par ses plus grands ennemis. En toutes occasions , il donnoit des marques de sa valeur, de son expérience au fait de la guerre, et surtout de sa prudence , et des nobles inclinations qu'il avoit à bien faire et à. obliger tout le monde. On le voyoit à toute heure aux endroits les plus dangereux hâter les travaux , animer les soldats, les soutenir dans les sorties, consoler les blessés, et leur faire distribuer quelque argent. Il remarquoit tout , s'enquéroit de tout , et vouloit faire avec les maréchaux-de-camp tous les logements de son armée. Il observoit adroitement ceux qu'on faisoit dans l'armée de Henri III, où souvent reconnoissant des défauts , il n'en disoit rien, de peur d'offenser ceux qui les avoient faits, en découvrant leur ignorance ; et quand il se croyoit obligé de les marquer, il le faisoit avec tant de circonspection , qu'ils ne lui en savoient point mauvais gré. Ils n'étoit point chiche de louanges pour les belles actions , ni de caresses
DE HENRI-LF.-GRAN D. gS
et de bon accueil envers tous ceux qui l'appro- i58ochoient: il s'entretenoit avec eux quand il en avoit le temps, ou du moins les obligeoit de quelque bon mot; de sorte qu'ils s'en alloient toujours satisfaits. Il ne craignoit point de se rendre familier, parce qu'il e'toit assuré que plus on le connoîtroit, plus on auroit d'estime et d'affection pour lui. Enfin , la conduite de ce prince étoit telle , qu'il n'y avoit point de cœur qu'il ne gagnât , et qu'il n'avoit point d'ami qui n'eût volontiers été son martyr.
Déjà Paris étoit assiégé, le roi s'étant logé à Paris est Saint-Gloud, et le roi de Navarre à Meudon , tenant avec ses troupes ce qui est depuis Vanvres jusqu'au pont de Gharenton. Déjà Sancy étoit arrivé avec les levées des Suisses, et l'on travailloit aux ordres pour donner un assaut général, afin d'enlever les faubourgs de deçà la rivière. Le duc de Mayenne , qui étoit dans la ville avec ses troupes , attendant celles que le duc de Nemours lui devoit amener, étoit en grande appréhension de ne pouvoir soutenir le furieux choc qui se préparoit ; quand un jeune Jacobin du couvent de Paris, nommé Jacques Clément, par une résolution aussi diabolique et détestable que déterminée, vint frapper le roi Henri III d'un coup Henri in est de couteau dans le ventre , dont il mourut le cobiu. "" lendemain. Si ce moine frénétique n'eût pas été
96 HISTOIRF
iSSg. tue sur-le-champ par les gardes du roi , on eût
peut-être appris beaucoup de choses qui n'ont
jamais e'té sues.
Notre Henri Le Toi dc Navarrc étant averti , sur le soir bien
il tard, de ce funeste accident et du danger où etoit
comme mourolt
le roi, se rendit à son logis, accompagné seulement de vingt-cinq à trente gentilshommes. Y étant arrivé un peu auparavant qu'il expirât, il se mit à genoux pour lui baiser les mains, et Ce que le rcçut SCS demièrcs embrassades. Le roi le nomma
roi lui dit, et . , , . .
à ceux qui par plusieurs fois son bon frère et son légitime
étoient pré- ■■ . , ■■ -,
scDts. successeur, lui recommanda le royaume , exhorta
les seigneurs là présents de le reconnoître , et de ne se point désunir. Enfin , après l'avoir conjuré d'embrasser la religion catholique, il rendit l'esprit, laissant toute son armée dans un étonnement et dans une confusion qui ne se peut exprimer, et tous les chefs et capitaines, dans des irrésolutions et des agitations différentes , selon leurs humeurs, leurs attachements et leurs intérêts.