‹ Histoire de roi Henri-le-GrandChapitre 7 sur 27 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

DE LA VIE

CONTENANT CE QU'lL FIT DEPUIS LE JOUR QU'IL PAR- VINT A LA COURONNE DE FRANCE, JUSQU'A LA PAIX, QUI FUT FAITE L'AN 1 5g8 , PAR LE TRAITE DK VERVINS.

La. mort du roi Henri III changea entièrement i^Sg.

i/' 1 rf • -r»-iT 11 1 Changement

la face des affaires. Pans , la ligue et le duc de que cause la Mayenne passèrent tout d'un coup d'une grande ^ n[, tristesse a une furieuse joie; et les serviteurs du défunt roi , d'une espérance toute prochaine de le voir vengé, à une extrême désolation.

Ce prince, qui avoit été l'objet de la haine des peuples, n'étant plus, il sembloit que cette haine devoit cesser , et par conséquent la chaleur de la ligue se ralentir; mais d'autre côté , non-seulement tous ceux qui composoient cette faction , mais encore beaucoup d'autres qui eussent tenu pour crime de se liguer contre Henri III , leur

gS HISTOIllE

iTSg. roi légitime et catholique, crurent être obliges en conscience de s'opposer à Henri IV, au moins jusqu'à ce qu'il fût rentré dans le sein de la vraie Eglise ; condition qu'ils croyoient absolument nécessaire pour succéder à Charlemagne et à saint Louis. Tellement que si la ligue perdoit cette chaleur que la haine lui donnoit, elle en prenoit une bien plus spécieuse du zèle de la religion , et , avec cela , avoit un prétexte très plausible de ne point poser les armes que Henri ne professât la foi de ses ancêtres.

Problème, il étoit bien malaisé de juger si le point auquel

si Henri III . • • i r i

mourut en un amva cc malhcureux parricide , lut bon ou mau-

temps favo- . , . ,, a./ -i ii •.

rabie pour "V'^'s pour lui ; Car, (1 Un cote, il sembloit que ^enn , ou j^ Providcncc ne l'avoit attiré de l'extrémité du royaume , où il étoit comme relégué, et ne l'avoit amené par la main sur le plus beau théâtre de la France , à la vue de Paris , qu'afin qu'il y fit connoître sa bonté et sa vertu , et qu'il fût en état de recueillir une succession à laquelle on ne l'eût jamais appelé, s'il n'eût été présent. Mais, d'autre part, quand on considéroit la multitude des puissants ennemis qui lui alloient tomber sur les bras , le peu d'argent et de forces qu'il avoit, l'obstacle de sa religion , et mille autres difficultés , on ne pouvoit, certes, juger si la couronne lui étoit échue pour en jouir, ou si elle lui étoit tombée sur la tête pour l'écraser ; et il y avoit sujet de

dire, que si cette conjoncture l'élevoit, c'étoit iSSg sur un trône tremblant et dressé sur le bord des précipices.

Tandis que Henri III étoit à l'ag^onie , notre Henri iv Henri tint plusieurs conseils tumultuairement coDseiU. dans le même logis , avec ceux qu'il estimoit ses plus fidèles serviteurs. Lorsqu'il sut qu'il avoit rendu l'esprit, il se retira en son quartier à Meudon, où il prit le deuil de violet. D'abord il fut suivi d'un assez bon nombre de noblesse , qui l'accompagna autant par curiosité que par affection : la huguenote , avec les troupes qu'il avoit amenées , lui prêta serment tout aussitôt ; mais ce nombre étoit bien petit. Quelques-uns Quelques des Catholiques, comme le maréchal d'Aumont, lereconnois-

/-, - t TT •> 1 • • ^ t • • 5\ sent; plusieurs

Givry et Humieres, lui jurèrent service jusqua ^g veulent la mort , et de bonne grâce , sans désirer de lui p^*' aucune condition. Mais la plus grande part des autres étant ou éloignés d'inclination , ou piqués de quelque mécontentement , ou croyant avoir trouvé alors le temps de se faire bien acheter, se tenoient plus à l'écart , et faisoient de petites assemblées en divers lieux , où ils formoient quantité de desseins fantastiques.

Chacun d'eux se proposoit de se faire souve- Queiquesrain de quelque ville ou de quelque province , soient de Te comme les gouverneurs avoient fait dans la déca- ""^^ so"t«dence de la maison de Charlemagne. Le maréchal

raiDS.

lOO HISTOIRE

ïSSg. de Biron , entre autres , vouloit avoir le comte' de

Le maréchal i-k / • j . ^ i i

deBirou,en- Perigord; etbancy, pour ne le rebuter pas, en mais TeToi P^^'^^ ^" ^^^- ^^^^^ proposition étoit fort dangelui en fait ^guse 1 Car s'il la refusoit, il l'irritoit: et s'il lui

perdre 1 en- ' ' 7 ■•

^'e- accordoit sa demande , il ouvroit le chemin à tous

les autres d'en faire de pareilles, et ainsi il falloit mettre le royaume en pièces. Il n'y avoit que le puissant ge'nie et les lumières certaines de ce grand roi qui le pussent tirer d'un pas si difficile. Il charge donc Sancy de l'assurer de sa part de son affection , dont il lui donneroit volontiers en temps et lieu toutes les marques qu'un bon sujet devoit attendre de son souverain ; mais en même temps il lui fournit tant de puissantes raisons , pour lesquelles il ne pouvoit lui accorder ce qu'il dësiroit, que Sancy en étant persuadé le premier , il ne lui fut pas difficile de faire le même effet sur l'esprit de Biron, lequel il obligea non-seulement de renoncer à cette prétention , mais encore de protester qu'il ne souffriroit jamais qu'aucune pièce de l'État fût démembrée en faveur de qui que ce fût.

Il falloit sans doute que le grand Henri raisonnât bien puissamment , et qu'il expliquât ses raisonnements de la bonne manière , puisqu'il pouvoit, en des occasions si importantes, persuader des esprits si habiles , contre leurs propres intérêts.

DE HENRI-LE-GRAWn. lOI

Biron étant ainsi gagné , s'en alla avec Sancy iSSg.

, 1 r> • o V ' Biron et

S assurer des Suisses que Sancy avoit amenés au ga^^y assufeu roi; mais qui, étant tous des cantons catho- se°'c"t^^*J liaues, faisoient difficulté de porter les armes q"" au ser-

1 ' i vice du roi.

pour un prince huguenot , et sans nouvel ordre de leur supérieur. Quant aux troupes françoises du défunt roi , il n'étoit pas si facile de les gagner ; les seigneurs qui les commandoient , ou qui tenoient les chefs dans leur dépendance , avoient chacun diverses visées , et vouloient les uns une chose , et les autres une autre , selon leur intérêt ou leur caprice.

Il y avoit six princes de la maison de Bourbon : Quelle étoit savoir , le vieux cardinal de Bourbon , le cardinal des princes de Vendôme , le comte de Soissons , le prince ie"roT° ^^" de Conti , le duc de Montpensier, et le prince de Dombes son fils , lesquels , au lieu d'être le plus ferme appui du roi , ne lui causoient pas peu d'inquiétude ; parce qu'il n'y en avoit aucun d'eux qui n'eût sa prétention particulière , laquelle alloit toujours à lui faire obstacle.

Plusieurs des seigneurs qui étoient dans l'ar- Seigneurs

, , . . . . . , ^^^^ l'armée

mee, n'etoient aussi guère bien intentionnés , par- et dans la

i'\ r^t 1 ^ • 1 x-i cour, malin-

ticulierement Charles , grand prieur de France , teationnés. fils naturel du roi Charles IX ( il fut depuis comte d'Auvergne et duc d'Angoulême) ; le duc d'Epernon,et Termes-Bellegarde , qui , dans la crainte qu'ils avoient eue autrefois qu'il ne les éloignât de

iSây la faveur de leur maître , l'avoient choqué en diverses rencontres.

Pour les courtisans , comme François d'O , et Manou son frère, Château -Vieux et plusieurs autres , comme ils savoient que notre Henri dëtestoit leurs vilaines de'bauches , et qu'il ne seroit pas si mauvais ménager que d'épuiser ses finances pour fournir à leur luxe , ils n'avoient pas beaucoup d'inclination pour lui ; et néanmoins , faute de pouvoir trouver mieux , ils se vouloient déclarer en sa faveur , mais avec des conditions qui le tinssent en bride, et qui l'obligeassent en quelque façon à dépendre d'eux.

Assemblée Pour cct effet, ils firent une assemblée de quelchez d'O , que noblesse chez d'O , homme voluptueux , proro" se'^'con- diguc , ct par conséqueut pas fort scrupuleux , Tertisse. n;iais qui pour lors faisoit le consciencieux, afin de se rendre nécessaire ; et la , ils résolurent de ne le point reconnoître qu'il ne fut catholique. Fran- D'o lui en çois d'0,accompagné de quelques gentilshommes,

porte lu pa- ° • 1 / 1 • 1

rôle. eut la hardiesse de porter au roi la resolution de

cette assemblée , et y ajouta un discours étudié, pour lui persuader de retourner à la religion catholique. Mais le roi , qui s'étoit déjà remis de ses u lu! répond plus graudcs craiutcs, leur fit une réponse telle-

adroitement ai / i i i • ' i •

et courageu- mcut mclcc dc douccur et de gravite, de vigueur

sèment. , i . 5 1

et de retenue, qu en les repoussant courageusement, sans les rabrouer, il leur témoigna qu'il

DE HENllI-LE-GRAND. lo3

desiroit bien les conserver, mais qu'après tout il iSScj. ne craignoit guère de les perdre.

Quelques heures après , la noblesse , ensuite de Autre plus

^■1 ^ . - grande asseui-

diverses petites assemblées, en tint une grande biée de no-

*■ j 1 T»' T * blesse résout

chez François de Luxembourg, duc de Pmey. La, de ic recons'etant fait plusieurs propositions, les ducs de °^"qJ'il°Tc Montpensier et de Piney avoient adroitement mé- ^^^'^^ ''^^'"'nage' les esprits et ramené' les opinions les plus fâcheuses a cette résolution ; que l'on reconnoîtroit Henri pour roi à ces conditions : i°. pourvu qu'il se fît instruire dans six mois ; car on présupposoit que l'instruction causeroit ne'cessairement la conversion; -2"". qu'il ne permît aucun exercice que de la religion catholique ; 3*^. qu'il ne donnât ni charge ni emploi aux Huguenots ; 4*». qu'il permît à l'assemblée de députer vers le pape , pour lui faire entendre et agréer les causes qui obligeoient la noblesse de demeurer au service d'un prince séparé de l'Église romaine.

Le duc de Piney fit entendre cette résolution Le duc de

•/ Piney porte

au roi , qui les remercia de leur zèle pour la con- cette résoiu-

' ^ , ,., . tiou au roi ,

servation de l'Etat, et de l'affection qu ils avoient qui l'agrëe. pour sa personne ; leur promit qu'il perdi oit plutôt la vie que le souvenir des bons services qu'ils lui rendoient, et leur accorda facilement tous les ^^tJ^^^/^J points qu'ils demandoient, hormis le second, au ;:«^°^»°J|^^^^='°^ lieu duquel il s'enorao^ea de rétablir l'exercice de la reiigioa

T^ 00 catliolique

la religion catholique par toutes ses terres, et par toutes ses

terres.

Io4 HISTOIRE

iSSg. d'y remettre les ecclésiastiques dans la possession de leurs biens. Il fit dresser une déclaration de cela ; et après que les seigneurs et gentilshommes de marque l'eurent signée , il l'envoya à cette partie du parlement qui étoit séante à Tours , pour la vérifier.

Plusieurs la H y en cut plusicurs qui la signèrent à regret,

signeut à re- * . ^ ° O 7

gret,etd'au- et quclqucs - uus qui le refusèrent absolument,

très refusent, , f

comme vifry, cutrc autrcs , Ic duc dEpernon et Louis de L'Holigueux. pital-Vitry. Ce dernier , inquiété , se disoit-il , duscrupule de conscience , se jeta dans Paris , et se donna pour quelque temps à la ligue ; mais auparavant il abandonna le gouvernement de Dourdan , que le défunt roi lui avoit donné. Telle étoit alors la maxime des vrais gens d'honneur dans les guerres civiles , qu'en quittant un parti , quel qu'il fût , ils quittoient aussi les places qu'ils en tenoient, et les remettoient à ceux qui les leui avoient confiées.

Et le .lue Le duc d'Epernon protestant qu'il ne seroit

d'Epernon , . . .

qui se retire, jamais ni Espagnol ni ligneux, mais que sa conscience ne lui permettoit pas de demeurer auprès du roi,lui demanda congé de se retirer en son gouvernement. Le roi , après avoir tenté en vain de le retenir, lui donna congé avec beaucoup de caresses et de louanges , mais étant fort fâché en son cœur de cet abandonnement , pour lequel il garda contre lui un ressentiment secret , tant qu'il vécut.

DE HENRI-LE-GRAND. Io5

Le duc de Mayenne n'etoit pas peu empêché '^Sg. dans Paris , sur la résolution qu'il devoit prendre. Mayenne est Il voyoit que tous les Parisiens , même ceux qui «'.^"l'^^'^parti avoient tenu le parti du défunt roi , avoient bien P*^^"*^"* résolu de pourvoir à la sûreté de la religion ; mais que tous vouloient un roi , a la réserve de quelqueS'-uns des Seize , qui s'imaginoient pouvoir faire une république , et mettre la France en cantons , comme sont les Suisses ; mais ceux-lk n'étoient pas assez forts , ni en nombre , ni en richesses , ni en capacité , pour conduire un tel dessein. Tellement que la plupart de ses amis lui conseilloient de prendre le titre de roi : toutefois , quand il voulut sonder le gué pour cela , il trouva que cette proposition n'agréoit ni au peuple , ni même au roi d'Espagne , duquel il devoit tirer son principal appui et les moyens de sa subsistance.

Là-dessus , on lui donna deux autres conseils ; On lui don. l'un , de s'accommoder de bonne grâce avec le seiis. nouveau roi , qui sans doute , dans la conjoncture où étoient les choses , lui eût accordé des conditions très avantageuses ; l'autre , qu'il fît entendre , par une déclaration aux Catholiques de l'armée royale , que tous les ressentiments demeurant éteints par la mort de Henri III , il n'avoit plus d'intérêt que celui de la religion ; que ce point étant d'obligation divine , et regardant tous les

i58f). bons Chrétiens, il les sommoit et conjuroit de se joindre avec lui pour exhorter le roi de Navarre de rentrer dans l'Église , auquel cas ils promettoient de le reconnoître aussitôt pour roi ; mais s'il refusoit de le faire , ils protestoient de substituer en sa place un autre prince du sang. Cet avis etoit le meilleur; aussi lui étoit-il proposé par Jeannin , président au parlement de Bourgogne , l'une des plus sages et des plus fortes têtes qui fut dans son conseil , et qui agissoit dans les affaires sans détours et sans ruses , mais avec un grand sens et une singulière probité, iiiesrejpt- Le duc dc Mayenne rejeta également tous ces

te, etfaitpro- , . . . ., .

clamer roi le ucux avis , et cu prit uu troisicmc ; savoir, de jiâi de Bour- ^^^^^ proclamcr roi \p vieux cardinal de Bourbon, '*°* qui étoit alors détenu prisonnier par ordre de

notre Henri, et de se réserver toujours la qualité de lieutenant-général de la couronne. Il dressa ensuite plusieurs déclarations: l'une qu'il envoya au parlement , l'autre aux provinces et a la noblesse , les invitant de faire un effort pour délivrer leur roi et défendre la religion.

Le roi tente Au même tcmps , le roi le tentoit par diverses

en vain de,.. i^--i i ii

traiter avec uegociations , ct Ic laisoit cxhorter de rechercher plutôt son avancement dans son amitié que dans les troubles et dans les misères de la France. Mais à cela le duc répondoit qu'il avoit engagé sa foi a la cause publique , et prêté serment au roi

Cliarles X ( c'est ainsi qu'on appeloit le vieux 1^:89. cardinal de Bourbon , car il se nommoit Charles) , auquel , selon le sentiment de la ligue , la couronne appartenoit , comme au plus proche parent du défunt. Et cependant il entretenoit des menées et des pratiques dans l'armée royale , où ses émissaires débauchoient de jour à autre plusieurs personnes, même de ceux que le roi croyoit les plus assurés. Il y en avoit plusieurs d'assez généreux pour résister à l'argent ; mais rien n'étoit à l'épreuve des intrigues des femmes de Paris , qui attiroient adroitement les gentilshommes et les officiers dans la ville , et n'épargnoient rien pour les engager.

Comme le roi eut reconnu qu'il en demeuroit à toute heure quelques-uns dans ces filets , et qu'il étoit à craindre que ceux qui en revenoient, ensorcelés par des maîtresses, n'en rapportassent quelques pernicieux desseins ; que d'ailleurs il sut que le duc de Nemours s'avançoit avec ses troupes pour joindre le duc de Mayenne ; que le duc de Lorraine lui devoit aussi envoyer les siennes ; et qu'il étoit à craindre que tous ensemble ne l'enveloppassent , et ne lui coupassent le che- 11 lève le

Il . .| , 11/ siège de de-

min de la retraite, il trouva a propos de decam- vantPans.et per de devant Paris. pourquoi.

., , . . Écrit aux

Avant que de lever le piquet, il écrivit aux princes pro-

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