‹ Histoire de roi Henri-le-GrandChapitre 9 sur 27 · I . 1 1-1 11 siguelcsEtats · texte numérisé non relu

I . 1 1-1 11 siguelcsEtats

pour lui donner secours ; et lui , de peur de leur à paris.

déplaire , témoigna qu'il souhaitoit ardemment

la convocation des États pour élire un roi , et

transféra le lieu de l'assemblée de la ville de Me-

lun, où il l'avoit assignée, dans celle de Paris;

c'est-à-dire, d'une ville qu'il avoit perdue dans

une qui étoit assiégée. Cependant il employa ses H se fait

' conserver le

amis auprès du Parlement et à l'Hotel-de- Ville , titre de lieupour se conserver la qualité de lieutenant-géné- rai. rai , laquelle lui ayant été continuée , il montra qu'il ne craignoit rien tant que les Etats , et travailla de tout son pouvoir à les empêcher. Ce qui , pour dire vrai , acheva la ruine de son partiv

Paris étant bloqué, le légat (c' étoit le cardinal Caëtan) , et les Seize n'oublièrent rien pour encourager les peuples. Ils consultèrent leur Faculté de théologie , et en obtinrent telles résolutions qu'ils voulurent contre celui qu'ils noramoient le Béarnois : ils firent faire plusieurs processions générales et particulières , et les officiers prêtèrent de nouveau serment de fidélité à la sainte union ; c'est ainsi qu'ils appeloient la ligue.

Au môme temps, le duc de Nemours apportoit

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1590. un grand ordre pour mettre cette ville en de'fense ; appoitr'*'!^ ^^ 1^^ bourgeois e'tant persuadés , pour la plupart , r^"déf''nd'^^ que si le roi la prenoit , il y e'tabliroit le prêche, et Paris. aboliroit la messe , s'y portoient avec une ardeur

extrême , et contribuoient tout ce qu'on vouloit de leur bourse , et même de leur travail aux fortifications.

C'est une belle chose dans les histoires de ce temps-là, que la relation de ce blocus, les ordres que Nemours donna dans la ville , les g^arnisons qu'il y e'tablit en divers quartiers, les sorties qui se firent durant le premier mois , les inventions dont on se servoit à animer le peuple , les efforts et les diverses pratiques des serviteurs du roi pour l'introduire dans la ville , les nëg^ociations qui se firent de part et d'autre pour essaver de traiter un accommodement ; comme les vivres diminuant, on chercha les moyens de les faire durer; comme nonobstant toute l'économie qu'on y apporta , la disette fut extrême ; et comme enfin cette grande ville étant à trois ou quatre jours près de périr entièrement par la famine, fut délivrée par le duc de Parme.

Nombre des J'en marquerai seulement quelques particula- Parî!!°^* ^ ï'^tés fort mémorables. Il se trouva dans Paris, quand il fut bloqué , deux cent trente mille personnes seulement , dont il y en avoit bien près de trente mille des paysans d'alentour , qui s'y

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etoient réfugies; et il s'en étoit retiré près de cent i^go. mille naturels habitants : si bien qu'en ce tempslà il n'y avoit que trois cent mille âmes à Paris, et aujourd'hui on croit qu'il y en a plus de deux fois autant.

On avoit fait espérer au roi que lorsque les il n'est pas Parisiens auroient vu sept ou huit jours durant prendre par la halle et les marchés dégarnis de pain , les boucheries sans viande , les ports sans bled , sans vin et sans les autres commodités dont la rivière a de coutume d'être couverte , ils iroient prendre leurs chefs à la gorge , et les contraindroient de traiter avec lui ; ou que si une humeur séditieuse ne les portoit pas à cela si promptement , la faim les y forceroit dans quinze jours. En effet, il n'y avoit que pour cinq semaines de vivres : mais on les ménagea fort ; et ceux qui lui disoient cela ne connoissoient pas bien le peuple de Paris ; car il est merveilleusement patient , et il n'y a point d'extrémité qu'il ne soit capable de souffrir , pourvu qu'on le sache conduire , principalement lorsqu'il s'agit de la religion. On ne sauroit lire sans étonnement quelle fut l'aveugle obéissance et la constante union de cette fîère et indocile populace pendant quatre mois entiers de pertes et de misères horribles. La famine fut si grande , que le peuple mangea jusqu'aux herbes qui croissoient dans les fossés ; jusqu'aux chiens , aux chats

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iî9<^' et aux cuirs ; quelques-uns même disent que les lansquenets mangeoient les enfants qu'ils pouvoient attraper.

LesHngue- Les Hugucnots, ravis d'aise de tenir une ville

nots vouloient i i / • i • r • t - •

fort qu'on le oloquce qui leur avoit tant fait de maux , msispn e orce. jQ-gj^j. fortement dans le conseil du roi , et crioient même tout haut, et le faisoient crier par des soldats, qu'il la falloit attaquer de vive force, et que dans six heures ce seroit une affaire vuidée. Le roi ne le Mais Ic bou ct sagc Foi n'avoit garde de suivre

vouloit pas. ., ' . / •! ...

ces conseils passionnes : il connoissoit bien qu'ils vouloient prendre Paris de force pour y égorger tout , en revanclie des massacres de la Saint-Barthélemi. D'ailleurs , il considéroit qu'il désoleroit une ville , dont la ruine , comme une blessure faite au cœur , seroit peut-être mortelle a. toute la France ; qu'il dissiperoit en un jour le plus riche et presque Tunique trésor de son Etat , et que personne n'en profîteroit que la simple soldatesque qui , devenant insolente d'un si riche butin , se fondroit dans les délices , ou l'abandonneroit aussitôt.

Bouciiesinu- Ccux qui , au-dcdaus , avoient pris le soin de la

tiies at'fameut -t- • . r -, i r . ^ y

Paris. pohce , avoient tait une grande laute de n avoir

pas mis dehors la pauvre populace et les bouches inutiles. La disette s'aiigmentant , ils cherchèrent trop tard les moyens d'y remédier ; et n'en ayant pu trouver aucun , ils députèrent vers le roi pour

lui demander permission d'en laisser sortir cer- iSgotain nombre qui, espérant cette grâce , s'étoient déjà assemblés près la porte de Saint- Victor , et avoient pris congé de leurs amis et de leurs voisins , avec des regrets qui fendoient les cœurs les plus insensibles.

Le roi clément et débonnaire se laissoit aisément fléchir à leur accorder cette faveur ; mais ceux de son conseil s'y opposèrent si hautement , que de crainte de les fâcher , il fut contraint de renvoyer ces misérables. Sa clémence néanmoins Grande dé-

~. . , 1 • r>^ 1 menceduroi,

ne put pas souiinr qu on lui iit long-temps cette qui laisse sorviolence. Gomme il eut appris de plusieurs qui , ^.^^^H ™ff^craignant moins la mort que la famine , sautoient ™^*' par-dessus les murailles , l'état pitoyable de la ville , et qu'ils lui eurent représenté au vrai ce qu'ils avoient vu de l'horrible nécessité et de l'incroyable obstination des ligueux, son cœur fut tellement serré de douleur , que les larmes lui en vinrent aux yeux ; et s'étant un peu détourné pour cacher cette émotion , il jeta un grand soupir avec ces paroles : O Seigneur ! tu sais qui Ses géné-

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