PONTIFICAT DE
tiédeur des Génois. En décembre, une nouvelle tentative avorta ; découragée, la République donna ordre à ses vaisseaux de rallier Corfou.
Jules IT avait cependant gagné Viterbe. Il y trouva tous les cardinaux réunis, à l'exception de Carafa, dispensé à cause de son âge !, de Briçonnet absent et de Prie qui avait prêté serment de ne pas quitter Rome. Ercole d’Este, frère du duc, se tenait loin de Rome, hors de la portée du pape, et Clermont était détenu au Vatican. Pour plus de sûreté, Jules IT avait donné l’ordre, avant de partir, de le réintégrer au château Saint- Ange. |
De Viterbe, le pape se rendit à Montefiascone, près du lac Bolsena, d’où il repartit le 17 septembre 1510 avec une garde personnelle de 400 hommes seulement ?. Puis ce fut de nouveau la rude traversée de l’Apennin, jusqu’à Ancône ?; ensuite, la route qui longeait la mer devenait plus facile ; Jules IT fit halte pendant un jour à Senigallia, de sinistre mémoire. À Fano, dont la fidélité paraissait douteuse, il se saisit d’otages qui furent emmenés ; dans certaines villes, 1l accorda des « jubilés », ce qui étonna quelquesuns, mais lui valait une grande popularité 4. En partie par mer, en partie par la voie Emilienne, on parvint à Césène ; il pleuvait terriblement et le vent soufflait en tempête. Les habitants, voyant passer le cortège pontifical, qui devait avoir, à la vérité, un air assez piteux, au lieu d'admirer la fortitude du vieillard qui, malgré ses maux, bravait l'inclémence du temps, et la résignation des prélats qui l’entouraient, «se prit à rire et à siffler au lieu d’applaudir », dit avec amertume Paris de Grassi.
Tandis que certains princes passent pour avoir joui du privilège de journées radieuses, Jules IT, au contraire, avait la mauvaise fortune de voir les éléments se liguer contre lui. Le reste du trajet s’accomplit dans de détestables conditions, au point que Paris se compare, lui et ses compagnons de voyage, à des grenouilles. Il en resta perclus pendant plusieurs semaines 5. En outre, l’organisation des relais était si défectueuse que, à certains endroits, les vivres et les logements manquèrent.
Le pape était parti malade ; 1l lui avait fallu son admirable énergie pour entreprendre ce pénible voyage. À Lorette, sa fatigue était telle qu’il ne put entrer dans la chapelle et gagna directement son logis. Mais il était persuadé que la volonté divine avait décidé que l'Italie recouvrerait par lui son indépendance, et cette conviction le soutenait 6.
Le 22 septembre 1510, il entrait à Bologne, où une chaude réception lui avait été préparée ?.
1. Il était le dernier des cardinaux de Paul II. Il mourut peu après, le 20 janvier 1511, âgé de quatre-vingt-un ans.