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SIÈGE DE LA MIRANDOLE

La Mirandole, qui comptait alors à peine quelques milliers d'habitants, est située à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Ferrare, dans la grande plaine alluvionnaire du Pô au milieu d’une campagne qui sembla charmante aux compagnons du pape, bien qu'elle fût couverte d’un épais tapis de neige. Ses murailles assez fortes avaient été restaurées récemment (1460) 5. Les fossés étaient larges et profonds{. À vrai dire, la ville n’appartenait pas au duc de Ferrare, mais à la famille des Pico, qui Jui était d’ailleurs

1. Et, dit-on, de manger des mirabelles! Sanuro, vol. XI, cette ville que revendiquaient les Pio qui en étaient seigneurs col. 633, assure qu’il resta soixante-cinq jours au lit, ce qui est depuis 1319; il en était résulté un désaccord entre les deux exagéré. familles, qu’Alfonso s’appliquait à éteindre.

2. Il était en négociation précisément alors pour acheter au duc 3. Ce qui en subsiste ne semble pas indiquer toutefois qu’elles la petite ville de Carpi, au nord de Modène. En 1500, le duc de fussent très hautes.

Ferrare avait acquis de Sassuolo la moitié de la souveraineté de 4. SANUTO, vol. XI, col. 724.

très dévoué ainsi qu’au roi de France et avait des attaches avec les Bentivoglio. Les Pico dominaient dans la ville depuis plus d’un siècle ! Giovanni Francesco, père du célèbre érudit, que ses admirateurs surnommaient «vase de toute science et de toute beauté», était mort en 1467 ou 1468; ses autres enfants, Antonio Maria ? et Galeotto, entrèrent aussitôt en conflit; Antonio Maria dut se réfugier à Rome; Galeotto Ier mourut le 9 avril 1490. Son fils aîné, Giovanni Francesco III, luisuccéda, mais ses deux frères, Lodovico et Federico, s'étant ligués contre lui, réussirent à l’évincer avec le concours de l’artillerie du duc de Ferrare ; Federico mourut le 8 août 1504, non sans qu’on eût soupçonné Lodovico de fratricide, en sorte que celui-ci demeura seul maître de la ville. Toutefois, Giovanni Francesco tenta de reprendre sa seigneurie, mais son frère déjoua ses complots et y répondit en chargeant quelques affdés de le débarrasser de lui; le pape, instruit de leur dessein, les fit saisir et les livra à Giovanni qui leur pardonna #5. Il avait donc en lui un auxiliaire d'autant plus sûr que son intérêt était en jeuet pouvait se flatter d’une conquête aisée.

Mais le commandement de la ville était en des mains énergiques ; en l’absence de Lodovico, Francesca, veuve d’un autre Lodovico Pico, qui était mort-au service de la Ligue le 15 décembre précédent (1500), avait pris la direction de la défense. Elle était de ces femmes guerrières telles qu’il y en eut tant à cette époque : Caterina Sforza, Ginevra Bentivoglio, Marzia Bronchi, Caterina Cibo, Cinzia de’ Sismondi, Marozia degli Ubaldini…. Fille naturelle de Gian Giacomo Trivulzi, marquis de Vigevano, maréchal de France, au service du roi, elle tenait de son père un entier dévouement à la cause française. Son cousin, Alessandro Trivulzi, et le seigneur Nicolo d’Este, envoyé par le duc de Ferrare, la secondaient, ainsi que Messino dal Forno, un chef mercenaire. Deux canonniers français et cent hommes d’armes étaient dans la place sous les ordres de Monchenu, neveu du seigneur de Montoison, et Chantemerle, neveu du seigneur du Lude, auxquels le chevalier Bayard, qui les accompagna jusqu'aux portes de la ville, dit en les quittant: « Mes enfants, vous allez au service des dames ; montrez-vous gentils compagnons pour acquérir leurs grâces et faites parler de vous. » Au total, la garnison comptait environ 4 000 hommes 4 avec d’abondantes munitions et provisions ÿ.

1. Par un diplôme en date du 28 avril 1494, l’empereur Maximi- FAMILLE DES Pico. lien leur en avait reconnu la possession. BraTri, Cronaca della Giovanni Francesco. nobilissima Famiglia Pico, dans Memorie Storiche della Città. Mort en 1467 ou 1468.

della Mirandola, publi. par la Comm. municipale di Stor. Patria.…,

Mirandole, vol T'es Va AL ape Antonio Maria épouse note ei érudit, 2. Il avait épousé en secondes noces Raimonda, fille du seigneur I. Costanza Bentivoglio. épouse Bianca, né en 1463,

d’Arta, Leonardo de Tocco, qui fut longtemps pensionnée par le II. Raimonda Tocco, fille de mort en 1494.

pape sous le titre de comtesse de La Mirandole, Elle recevait fille du despote d’Arta Nicolas III d’Este.

16 ducats par mois en 1503 (Aychiv. di Stato, Mandati Camerali). RETOUR EnROAens- MOT RS Bises

Son intervention pouvait en effet servir les intérêts du Saint-Siège Aer à La Mirandole. En outre, le Saint-Siège, qui tenait à avoir des obligés dans le Levant en vue de la croisade, subventionnait son Lodovico. Giovanni Francesco Federico. père. Mort en 1500. (1469-1533). Mort le

3. L'église S. Francesco contient leurs tombeaux ; leur palais a A Le existe encore situé près du mur d’incombe du côté nord de la 4. SANUTO parle de 500 hommes plus 400 cavaliers, vol. XI, ville. Voir CERETTI, Lodovico Pico, Memoria dans Atti Mem. col. 677. Deputaz. Stor. Prov. Emilia, 1882, B. VII, II. — I} conte 5. Don PIETRO BALAN, Gli Assedir della Mirandola, La Miran- Giov. Francesco, dans Atti Mem. Deput. Stor Prov. Mod. — dole, 1876. — SAnuTo. — GuiccrarpinI. — BemBo, Dell’ Istoria

Parma, 1885 et 1887. — Ricc. BARTOLI, Élogium.. Bologne, 1793. Veneta.

L'armée pontificale était nombreuse sur les feuilles de paye ; elle comptait de 500 à 800 hommes d’armes, 6 000 à 7 000 fantassins, 600 hommes de cavalerie légère ; on attendait 300 lances espagnoles et l’on parlait de l’enrôlement de 3 000 hommes 1. En réalité, son effectif était sensiblement moindre, mais on avait persuadé à Jules II que, dès qu’elle apparaîtrait sous les murs de la Mirandole, la population se soulèverait.

Il n’en fut rien, et il fallut entreprendre un siège en règle. Les pontificaux s’établirent au nord de la ville, au Borgo Franco, dans le couvent de S. Giustina ; les Espagnols, commandés par Ramazzotto, dans le village de Borgo S. Antonio; le duc d’Urbino, capitaine général de l’armée alliée, à S. Martino, à l’ouest ; Fabrizio Colonna, Alberto Pio, Giovanni Francesco Pico achevaient avec leurs hommes l'investissement.

Les premiers travaux d'approche ne furent entrepris que tardivement (20 décembre 1510); le duc d’Urbino différa l'établissement des batteries, sous le prétexte que trois gros canons, qu’on devait lui envoyer de Bologne, n'étaient pas arrivés et que, par suite des pluies, sa poudre était mouillée. A la Noël, rien n’était entrepris; l'artillerie pontificale restait muette, tandis que celle des assiégés causait dans le camp allié de sensibles dommages ?. Cependant, le pape envoyait sans cesse à son général des hommes, de l’argent, du matériel accompagnés d’objurgations. Les Vénitiens, si bien renseignés par leurs admirables agents, lui répétaient que le duc ne continuait les hostilités que pour la forme, « comme un chien qu’on fouette » 5, qu’il avait « un cœur très français, le roi Louis l'ayant nourri dans sa jeunesse»4. Jules II commençait à le croire; il se sentait entouré de mauvaises volontés, sinon de traîtrises, et jugea que, pour mener à bien son entreprise, 1l devenait indispensable qu’il prît en maïn personnellement la direction des opérations et se fît, lui le pape, sergent de bataille. Il résolut donc d’aller sur les lieux, quoique la saison fût de plus en plus détestable ; depuis vingt ans, on n'avait vu en Italie hiver si rude ; a neige couvrait lesol, épaisse de deux empans, les rivières étaient gelées, on traversait le Pô en charrette 5. En vain son entourage s’éleva contre cette décision, lui rappelant sa fièvre récente, ses infirmités ; il se mit en route le 2 janvier 1511, n’'emmenant que le cardinal Alidosi, son inséparable compagnon, le cardinal Cornaro qui avait du sang royal dans les veines 6, le cardinal Isvaglies dont il abrégeait les jours ? et Aragon®. Le reste de la Curie suivit avec lenteur, à contre-cœur, regrettant de plus en plus amèrement les douceurs de la vie romaine. Cent hommes d’armes servaient d’escorte au pape. Il croyait l'ennemi très loin.

— Luzio, Federico Ostagio, p. 568. — Memorie storiche della Città e del antico ducato della Mirandola, La Mirandole, 1772. — Cronaca della famiglia Pico, La Mirandole, 1876. — Lirra, Famiglie celebri, vol. I. — PARIS DE GRASSI. — INGRANO BRATTI, Cronaca della Mirandola, continuée par BATTISTA PAPAZZONI. — FRAN- CESCO IGNAZzIo ParorrTi, Annali e Memorie… della Mirandola, La Mirandole, 1876, n’est pas à consulter.

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