RETOUR DU PAPE A ROME
Bien des motifs rappelaient le pape à Rome ; l’absence de la cour y causait un grand malaise économique ; depuis neuf mois qu’elle avait quitté la capitale, les pompes religieuses, les fêtes manquaient de somptuosité, les travaux publics étaient conduits de moins en moins activement, les étrangers et les solliciteurs ne venaient plus si nombreux. Au point de vue politique, la situation S’aggravait aussi. En conséquence, Jules II décida de s’en retourner.
Pour s’épargner les cahots de la route, qui maintenant l’éprouvaient, il voulut se rendre par mer de Rimini à Pesaro (30 maï 1511), maïs le temps, encore une fois contraire, l’en empêcha ; force lui fut donc de se résigner à franchir ces quelque huit lieues par terre ; de là, il gagna par la Voie Emilienne Fano, Senigallia, Ancône, où il parvint le 5 juin 1511, puis Loreto où 1l contempla les constructions et les destructions dues à l’activité inlassable de Bramante !. A partir de cette ville, la route s’enfonçait dans la montagne, à travers une région pauvre et sauvage. La suite du pape était nombreuse ; treize cardinaux l’accompagnaient avec leurs gens; à Tolentino, dit le maître des cérémonies, on eut grand’'peine à trouver même 360 œufs ; le 17 juin, on était à Foligno et le lendemain à Spolète par la vallée du Teverone ; c'était précisément l'anniversaire du jour où, trente-sept ans auparavant, sous le pontificat de son oncle, Jules II y avait brillamment débuté dans la carrière des armes ; il n’avait que trente et un ans alors; néanmoins, Sixte VI l'avait nommé légat dans cette région où l'autorité du Saint- Siège était méconnue. Spolète et Todi étaient en guerre comme au temps où Lucrèce devint régente ? et les habitants montraient des velléités d'indépendance. Le futur pape s'était avancé avec un corps de 3 000 hommes, le seigneur de Camerino et Braccio Baglioni lui servant de lieutenants ; celui-ci négocia avec le Conseil des Anciens, mais ne put parvenir à les amener à résipiscence ; alors, sans consulter son chef hiérarchique, Federico di Montefeltro, capitaine général de l’Église %, Giuliano donna l'assaut, prit la ville et la laissa piller par ses soldats, les partisans du pape ayant été prévenus de s’éloigner.
Deux jours après, le 20 juin 1511, le cortège pontifical arrivait à Narni, mais le pape ne put descendre de sa litière, tant 1l pleuvait #,
Le 27 juin, Jules IT se trouvait aux portes de Rome. Il tint absolument, malgré son état de fatigue, à donner beaucoup d'éclat à son entrée, afin de tromper les Romains sur sa déconvenue. On lui remontra, mais en vain, que le trirègne l’incommoderait par son poids 5, que les vêtements qu'il lui faudrait mettre étaient roides et pesants et le fatigue-
1. GRASSI, p. 408. Ces travaux avaient commencé en 1509 2. En l’année 1490. (H. SemPer, Bramante. — Maracuzzi-VALERI). Étant encore 3. Le duc d’Urbino. cardinal, Jules II avait confié à Signorelli le soin de décorer de 4. « Pour ne pas prendre un bain », dit Paris de Grassi. fresques la sacristie de l’église. Bramante avait reçu mission de 5. C'était la tiare exécutée entre 1509 et 1510 par Caradosso
restaurer la Casa Santa et le palais des chanoines, devenu palais (Ambrogio Foppa) pour le pape et que l’on comparait «au ciel apostolique (PAsror, vol. III, p. 787). Guglielmo et Antonio da constellé d'étoiles ». En 1786, Pie VI la fit moderniser ; en 1797, Sangallo travaillèrent à l’église. elle fut donnée en gage à la France pour payer en partie l’indemnité
LA VIE TOURMENTÉE DE JULES II ENTRE 1510 ET r5r2 135
raient, surtout à cause de la chaleur orageuse qui régnait; le sentiment du devoir et, peut-être, la vanité l’emportèrent 1.