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EXPULSION DES FRANÇAIS D'ITALIE

Les inquiétantes apparences du lendemain de la bataille de Ravenne étaient devenues

rapidement de poignantes réalités, tant à cause de l’enchaînement inexorable des événements que de l'incapacité des successeurs de Gaston de Foix.

1. Ed. Dôllinger, p. 417. — HERGENROTHER, vol. VIIT, p. 525. 2. La messe fut dite par le cardinal Niccolo Fieschi. — Notes de Paolo Piccolomini, éditeur de la nouvelle édition de 3. Le pape promulgua le même jour (17 mai 1512) la bulle TEDALLINI. Cum inchoatam, qui notifiait les décisions du concile et con- Le pape ne fit rien, en effet, pour Paris de Grassi, qui ne fut damnait le conciliabule de Pise et tout ce qui y avait été fait. créé évêque de Pesaro que le 4 avril 1513 par le pape Léon X. Elle était en partie une répétition de la bulle Sacrosanclae du

Il eut pour successeur, en 1519, son neveu Baldassar. Paris mourut 18 juillet 1511. le 10 juin 1528. 4. Même bulle, $ 3.

Le 6 mai, plus de 20 000 Suisses étaient descendus en Italie par l’Adige, non sans la connivence de l’empereur, et par les passages de la Valteline, afin de se joindre aux Vénitiens, car la leçon de la précédente campagne, où ils s'étaient fait battre séparément, leur avait servi. Les troupes pontificales s’avançaient en même temps en Romagne. Pour résister à tous ces assaillants, La Palisse n’avait que 10 000 soldats et 1 000 lances ; ses subalternes Lautrec, d’Aubigny, Trivulzi, ne s’entendaient pas et lui obéissaient d'autant moins qu’on savait qu’il n’exerçait son commandement qu’à titre provisoire ; au surplus, officiers et soldats étaient fatigués d’une longue campagne et se déplaisaient dans le Milanais, dont le climat, tantôt brumeux, tantôt brûlant, ne leur convenait guère 1, Ils n’aspiraient qu’à rentrer dans leur patrie. Il leur pesait aussi d’être frappés des censures de l’Église.

Lorsque le cardinal de Médicis prisonnier traversa Milan, beaucoup d’entre eux sollicitèrent la grâce d’être absous en promettant de ne pius combattre contre l’Église, car le pape avait eu l’adresse de laisser savoir que pouvoir avait été donné par lui au cardinal de lever, sous certaines conditions, les censures ecclésiastiques et d’accorder aux mourants d’être enterrés en terre sainte, de sorte qu’il fut l’objet à Milan et surson chemin de démonstrations de soumission et de déférence. Le concile de Milan protesta vainement. Ainsi entouré de respect et de sympathie, rien ne devait lui être plus aisé que de reprendre sa liberté. Effectivement, au moment où ses gardiens s’apprêtaient à lui faire traverser le Pô à Pieve del Cairo, des mariniers et la population attroupés l’arrachèrent de leurs mains, sans aucune résistance d’ailleurs de leur part, et il regagna Rome ?.

Bohier, dont les caisses étaient vides, et qui savait le roi, lui aussi, très court d’argent, avait licencié les mercenaires italiens après la victoire de Ravenne et se trouvait empêché de rassembler des recrues. La Palisse était un général plus sage qu'audacieux ; il se retira de l’autre côté du Mincio, vers Mantoue, après avoir appelé à lui toutes ses troupes, dégarni complètement la Romagne et abandonné Bologne.

Suisses et Vénitiens, réunis sous le commandement de Giampaolo Baglioni, s’apprêtaient à attaquer le duc de Ferrare lorsqu'une lettre de La Palisse à Bohier, qui fut interceptée, leur révéla la situation critique de l’armée française ; en conséquence, ils se décidèrent à porter leur effort de ce côté. Peut-être que la sœur du duc, Isabella, n’était pas étrangère à cette résolution, car elle avait chargé ses agents d’insinuer à Jules II, sans doute pour gagner du temps, qu’il aurait bien plus facilement raison d’Alfonso quand les Français auraient été chassés du Milanais à.

Toujours est-il que La Palisse, se sentant menacé, se porta sur Pontaglio et Castiglione, non loin de Solférino, puis, devant un ennemi trois fois supérieur, soutenu par la population, il rétrograda sur l’Oglio, à Pontevico, près de Crémone. Là, son entourage insista pour qu'il mît des garnisons dans quelques villes, dans la pensée que les Suisses,

1. Déjà en 1509 (15 décembre), les gentilshommes français 2. P. DE Grassi, Le Due Spedizioni, p. 317. — GUICCIARDINI, confiaient à l'ambassadeur florentin Nasi qu’il leur répugnait fort Liv. X, $ 16. — VariLLas, Les Anecdotes de Florence, p. 237, donne d’aller guerroyer au delà des Alpes (Négociations de la France une relation détaillée et dramatisée de sa fuite. avec la Toscane, p. 451). 3. À. Luzio, Isabella.

| Ilppolito d’Este, cardinal de Ferrare,

Le Berger (Jules IT) indiquant à ses brebis le lieu où elles doivent paître.

Médaille de Caradosso.

Jules IT «Ligure et de Savone. »

Jules IT imberbe Ligure.

Médaille commémorant l'intervention de Jules IT lors de la famine de 1505.

(Phot. Giraudon.)

Revers de la médaille | du cardinal Ippolito. |

Médaille commémorant le rétablissement de la paix.

POoNTIFICAT DE JULES II.

PI. 29, page 164,

qui étaient surtout aptes à la guerre en rase campagne et aux coups de main, se refuseraient à commencer le siège de places fortes, et que, d'autre part, les finances pontificales ne permettraient pas à Jules II de prolonger la guerre. En conséquence, il envoya des garnisons à Crémone, à Brescia, à Bergame, et il ne lui resta plus que 700 lances, 2 000 Français et 4000 Allemands. Or, les Allemands reçurent à ce moment l’ordre de ne plus combattre contre le pape et de quitter l’armée française, car un rapprochement entre le pape et l’empereur s’opérait sous les auspices de Lang L Ils obéirent d’autant plus volontiers qu’ils étaient presque tous Tyroliens ou Trentins, par conséquent tout proches de leurs pays, où, abandonnant l’armée, ils s’empressèrent de rentrer. La Palisse se trouva donc réduit à ses propres forces. Il continua son mouvement de retraite ?.

Ses troupes étaient arrivées trop tard pour défendre Crémone ; dès que les Suisses s'étaient présentés devant la ville après avoir franchi l’Oglio, elle avait ouvert ses portes ; l’'étendard du duc de Milan, Massimiliano, le neveu d’Isabella, avait été hissé aussitôt par les Suisses, malgré les protestations des Vénitiens qui réclamaient Crémone comme leur appartenant.

Milan dut être abandonnée. Ceux des Français qui y demeurèrent furent massacrés, au nombre de près de 1 500. Des cruautés se commettaient partout, à Novare, à Alexandrie. À Ravenne, l’évêque Giulio Vitelli, gouverneur de la forteresse, avait livré la garnison à la fureur populaire ; quatre officiers furent enterrés vifs et périrent dans d’atroces souffrances $. À mesure que les troupes alliées avançaient, des démonstrations d’allégresse éclataient. Jules IT apparaissait comme le libérateur de l'Italie, le vengeur des calamités qu'elle avait souffertes.

Délogée de Pavie, où le cardinal Schinner entra en triomphateur, l’armée française perdit son artillerie et ses bagages en passant le Gravelone “ sur un pont de bois qui s’effondra (juin 1512). Gênes fut occupée par Fregoso et la garnison française se retira (29 juin 1512). Le duc d’Urbino occupa Bologne le 10 juin et y rétablit la souveraineté du pape. Ainsi, en deux mois, fut détruite l’œuvre de vingt années de luttes ! « L'armée française se dispersa comme les brumes devant le vent », dit Vettori.

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