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LA FIN DE JULES ÏI

vinrent aussitôt Fabrizio Colonna que sa présence avec ses hommes devenait nécessaire. La fille du pape, accourue de Bracciano, le harcelait pour qu’il accordât le chapeau à un fils de sa mère et de Bernardino de Montefalco, un enfant ignorant et arriéré, demande qu'il repoussa.

Le 19 février, Grassi trouva son maître « rubicond et joyeux ». Les cardinaux se réunirent autour de lui ce jour-là à sa demande, pour recueillir ses suprêmes recommandations ; il les pressa de continuer la procédure contre le roi de France et «ses complices » et de se conformer dans le prochain conclave aux prescriptions contenues dans sa bulle relative aux élections et à la simonie qu’il avait pris soin de faire confirmer, comme on l’a dit, par le concile dans sa VE session 1, La simultanéité d’un concile et d’un conclave pouvait être cause de complications redoutables, car il était possible que le concile profitât de cette occasion pour accaparer le pouvoir et se rendre tout-puissant ; c’est pourquoi Jules II recommanda aux cardinaux de pourvoir à cette éventualité. Il leur conseilla de laisser aux cardinaux absents le temps d'arriver, mais de ne tolérer à aucun prix le retour des cardinaux schismatiques dont la présence à Rome serait une souillure, et il déclara que si, comme Giuliano et comme homme, il leur pardonnaït et les bénissait, comme souverain pontife il devait souhaïter que la justice s’exerçât pleinement à leur égard et qu'à aucun prix ils ne fussent admis à participer à l'élection. Jusque-là, il avait parléen latin, non sans effort et en employant la formule Nous; ensuite il employa familièrement la langue italienne pour recommander aux cardinaux de maintenir l’attribution qu'il venait de faire à son neveu le duc d’Urbino de la ville et du territoire de Pesaro ?. Les cardinaux approuvèrent en répétant le mot Placet, et chacun admira son admirable fermeté et l'élévation de ses sentiments à cette heure suprême.

Il enjoignit au gouverneur du château Saint-Ange, Giovanni Francesco della Rovere, de ne remettre le château et le trésor qu'il contenait qu’au pape élu « juridiquement et catholiquement » * et de n’accepter de personne argent ou joyaux.

Son état devenant critique, le cardinal Raffaele Riario lui donna la communion sous les deux espèces après qu’il eut reçu l’absolution plénière (dimanche 20 février 1513).

Il voulut alors donner quelques brefs, mais ce fut en vain qu'on chercha pour les sceller l’anneau du pêcheur; il avait été dérobé! L’anecdote se répandit aussitôt dans toute la ville et les représentants d’Isabella d’Este s’empressèrent de l’en informer avec des commentaires piquants.

L’entourage du pape voulait qu’il bût de l’or potable apporté par un charlatan, mais sa fille s’y opposa. On se querella autour du moribond. Lui, sentant que son dernier moment approchait, conjura ceux qui l’entouraient de prier pour lui, «car il avait beaucoup péché et ne s'était pas occupé du bien de l’Église comme il l'aurait dû ». Chacun sollicitait de lui la remise de ses fautes et se précipitait pour lui baiser la main

1, Bulle Cum tam Divino. allèrent au château Saint-Ange avec l'intention de se partager le 2. Pesaro fut attribué à Francesco Maria, le 16 février 1513, trésor. Le gouverneur les éconduisit. après la mort de Giovanni Sforza et de son fils Costanzo. DENNIs- 4. Manuscrit Paris de Grassi, vol. II, fol. 687. Lettre du TOUN, vol. II, p. 334. — SanurTo, vol. XV, col. 566. cardinal de Mantoue, Sigismondo Gonzaga, le 20 février. Luz10,

3. Bien luien prit. A peinele pape était-il mort que six cardinaux p. 5<4.

t8o LE PONTIFICAT DE JULES II

Ainsi s’acheva, non sans grandeur, dans la nuit du 20 au 21 février 1513, vers la dixième heure (vers trois heures du matin), la vie tumultueuse du pape Jules II, qui avait régné neuf ans, trois mois et vingt et un jours.

Il était mort dans une des Chambres où il avait établi sa résidence !, On le vêtit, comme il en avait exprimé le désir, d’une chemise blanche symbolisant «la pureté du confesseur » ? et de vêtements pontificaux qui valaient bien 2000 ducats, et on lui mit aux doigts des bagues pour x 000 ducats.

Au matin, les cardinaux arrivèrent un à un, puis une foule émue et attendrie qui défila pendant des heures, si nombreuse, dit Grassi, qu’il n’en avait jamais vu de pareille depuis quarante ans qu'il était à Rome. Chacun voulait le contempler ; la population entière semblait attristée, car les Romains, malgré leurs griefs contre Jules II, éprouvaient de la reconnaissance et de la fierté envers un pape qui, aussi grand que Hildebrand, avait donné à l’Église un immense territoire et des villes importantes, Forli, Plai-

sance, Reggio, « plus qu'aucun pape n'avait fait », et

à qui l'Italie devait d’être

« délivrée du joug des barbares, et notamment des Français » à. Tous les pénitenciers, en vêtements blancs uniformes, se tenaient autour du lit de parade, entouré de torches et de cierges 4, sur lequel il était couché parmi des coussins

de soie d’or.

1. Liste des trente-six cardinaux morts pendant le pontificat de Jules II :

Lorenzo Cibo (Beneventanus), 21 décembre 1503.

Giacomo Casanova (Casanova), 8 janvier 1504.

Clemente della Rovere (XII Apostolorum), 13 août 1504.

Giovanni de Ziniga ou Zuniga (Hispanensis), 14 août 1504.

Lodovico Podocatharo (Caputaquensis), 25 août 1504.

Francesco de Sprata (Legionensis), 9 septembre 1504.

Juan Castelar (Tranensis ou Montisregalis), 197 janvier 1505.

Ascanio Sforza (Ascanius), 28 mai 1505.

Raymond Péraud (Gurcensis), 5 septembre 1505.

Francesco Lloris (Elnensis), 22 juillet 1506.

Giovanni de Castro (Agrigentinus), 2 octobre 1506.

Cesar Borgia (Valentinus ou S. Mariæ Novæ), 12 mars 1507.

Giovanni Vera (Salernitanus), 4 mai 1507.

J. F. de La Tremoille (pas institué), juin 1507.

Girolamo Basso della Rovere (Racanatensis), 1°" septembre 1507.

Antoniotto Pallavicini (S. Anastasio ou S. Praxedis), 10 septembre 1507.

Antonio Giovanni Trivulzio (Cumanus), 16 mars 1508.

Antonio Ferreri (S. Vitale, Eugubinus), 21 juillet 1508.

Galeotto de’ Franciotti della Rovere (Auxitanus), II septembre 1508.

Giorgio Costa (Portugalensis ou Ulixbonensis), 18 septembre 1508.

Giovanni Colonna (De Columna), 26 septembre 1508.

Lodovico Giovanni del Mila (SS. IV Coron., Segobricensis ou Ilerdensis), 1508.

Giovanni Antonio S. Giorgio ou Sangiorgio (Alexandrinus), 14ou 18 mars 1500.

Melchiore Copio de Meckau (Brixinensis), 2 mai 1500.

Fazio Santori (Cæsenatensis), 22 mars 1510.

Giuliano Cesarini (De Cæsarinis), 127 mai 1510.

Georges d’Amboise (Rotomagensis), 25 mai 1510.

Louis d'Amboise (Albiensis), 17 septembre 1510.

Giovanni Stefano Ferreri (Bononiensis), 5 octobre 1510.

Olievero Carafa (Neapolitanus), 20 janvier 1511.

Francesco Alidosi (Papiensis), 24 mai 1511.

Francesco Argentino (Concordiensis), 23 août 1511.

Pietro Isvaglies (Reginensis), 23 septembre 1511.

Lodovico (Pietro) Borgia (De Borgia ou S. Maria in Via Lata), 14 octobre 1511.

Francesco Borgia (Cusentinus), 4 novembre 1511.

Gabriele de’ Gabrielis (Urbinatensis), 5 novembre 1511.

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