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LES II

LA VIE À ROME DE r503 À 1507 49

Bartolomeo della Rovere laissa la réputation d’un terrible destructeur ; pour Bramante, son nom fut transformé en Ruinante 1,

Les gens de la Renaissance, même les érudits et les admirateurs les plus passionnés de l'antiquité, en voyaient sans scrupule détruire les vestiges ; ils n’y tenaient pas ; une inscription transcrite leur paraissait inutile à conserver. Les grands humanistes qui visitaient Rome n’en considéraient les monuments qu’à ce point de vue. Il n’y a pas bien longtemps d’ailleurs, un siècle tout au plus, qu’un sens nouveau du passé classique a prévalu.

LE TOMBEAU DE JULES Il.

De même que les rois d'Égypte s’occupaient tout d’abord, quand ils montaient sur le trône, de se construire un monument funéraire, hypogée ou pyramide, ainsi Jules II, au lendemain de son élection, pensait déjà à s’ériger un mausolée qui fût grandiose comme tout ce qu’il concevait. Un homme lui parut plus que tout autre appelé à réaliser son rêve, Michel-Ange, dont quelques œuvres avaient déjà fait éclater le rare génie et la prédilection pour l’imposant, le colossal. Il lui demanda des projets ; Michel-Ange lui en envoya de Florence ? plusieurs, dont il agréa l’un en s’engageant par contrat à lui payer pour sa réalisation 10 000 ducats ; 100 ducats par mois lui seraient versés pour ses frais, sans doute en déduction de cette somme. L'ouvrage devait être achevé en cinq ans.

On possède des éléments qui permettent de concevoir l’aspect qu'aurait eu ce monument, dont il ne subsiste que des épaves, le Moïse de S. Pietro in Vincoli, les deux statues de Rachel et Lia dues en partie à Michel-Ange et les deux Esclaves qui sont au Louvre ; Condivi et Vasari en fournissent en effet des descriptions qui, sans être parfaitement concordantes, permettent néanmoins de connaître la pensée de l'artiste, et il en est fait d'autre part une description complète dans un acte ?.

Ce tombeau à quatre faces n'aurait pas été, en conséquence, adossé à une paroi, comme cela se pratique généralement ; sur chacune des faces, Michel-Ange pensait disposer des niches contenant des statues et séparées par des groupes sculpturaux ; au-dessus, un entablement avec des statues d’esclaves chargés de liens, représentant la Peinture, la Sculpture, l'Architecture avec leurs attributs ; leurs chaînes rappelaient la Mort et le Temps qui détruisent les œuvres des hommes; on a vu aussi dans ces figures, et peut-être

1. Bramante avait soulevé bien des hostilités. Elles s’exprimèrent dans un pamphlet qui fit fureur ; il parut en 1517 à Milan sous le titre de Simia (le Singe) ; l’auteur en est Andrea Guarna de Salerne. Écrit en un latin bizarre, les personnages sont Bramante, saint Pierre, Simia et d’autres. Bramante se vante d’avoir tiré de terre plus de mille images des dieux de la fable, ce dont le gourmande saint Pierre. « Pourquoi, ajoute-t-il, as-tu détruit mon temple ? — Pour obéir aux ordres du pape Jules II, mais le pape Léon X le rebâtira en peu de temps. — S'il en est ainsi, tu attendras ce peu de temps aux portes du paradis. » Bramante se console

en pensant qu’il ira chez Pluton lui refaire un enfer tout neuf, et il menace saint Pierre de remplacer le chemin étroit et diffcile qui mène au paradis par une belle route large et bien pavée. Saint Pierre lui reproche encore d’avoir entrepris, pour Jules II, un sépulcre trop fastueux et il lui parle de sa bourse trop garnie. Sur quoi le dialogue s'achève.

2. Lettres de Michel-Ange, éd. Milanesi. — Vasari, Le Vite — CorrApo Ricci, trad. J. DE CrozaLs, Michel-Ange, Florence, 1902

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