On compte que 73 papes y avaient été ensevelis
5. C’est pourquoi la fièvre paludéenne y sévissait plus que partout ailleurs à Rome. Tacite raconte que les mercenaires qu'on y envoyait camper périssaient en masse.
pour excuser l’anéantissement de tant de souvenirs vénérables, soit pour faire ressortir tout le mérite d’une entreprise qui doterait la catholicité d’un sanctuaire digne d'elle, «le Panthéon, disait-on, sur les murs du temple de la Paix »
Cependant, l'opposition était vive tant dans le clergé que parmi le public. Onofrio Panvinio, moine augustin un peu postérieur à Jules II (1529-1568), s’est fait l'écho d'un sentiment certainement presque unanime ?. Non seulement il fâchait aux Romains de voir disparaître cet antique témoin des premiers âges de la chrétienté, mais ils redoutaient la disparition d’une partie des multiples chapelles et églises qui se pressaient autour de la basilique $. Beaucoup aussi se demandaient avec raison comment l’on se procurerait les sommes énormes qui seraient indispensables.
Mais cette opposition et ces scrupules n'étaient pas pour arrêter Jules IT.
Sur ces entrefaites, intervint Bramante 4. Il se trouvait à Rome depuis quelque temps déjà, après avoir vécu longtemps à la cour de Ludovicle More, qu’il n'avait quitté qu'au moment de ses infortunes ; entre 1482 et 1408, il avait élevé, en divers lieux, à Milan, à Vigevano, à Pavie, à Crivola, bien des édifices religieux, civils ou militaires. Son arrivée à Rome date de 1490. Peut-être que Raphaël, dont il était le compatrioteet, ce semble, le parent, l’avait poussé à aller dans une ville où les artistes recevaient si excellent accueil. À la différence de Michel-Ange, il avait acquis une certaine aisance et put s’adonner pendant quelque temps, « solitaire et pensif », à l'étude des monuments anciens dont il savait apprécier la beauté ; sa curiosité le poussa même jusqu’à Naples. Aussi, quand il fut appelé à édifier le Tempietto du Janicule, lui donna-t-il la forme et la grâce d’un temple antique (1503). Dès lors, les commandes affluèrent; le cardinal de Naples, Oliviero Carafa, le chargea de reconstruire le cloître de S. Maria della Pace, comme il a été dit (1504) ; il travailla avec d’autres architectes à la fontaine du Transtévère et à celle de la place Saint-Pierre, à la construction du palais du cardinal Francesco Soderini sur la place Scossa Cavalli, qui fut achevé en 1510, à l’église de S. Lorenzo in Damaso, à l’église S. Giacomo degli Spagnuoli, à l’église S. Maria dell’ Anima ; on lui attribue le palais du cardinal Adriano Castelli de Viterbe, depuis palais Giraud, actuellement Torlonia ?.
RozerT Sairscxick, Menschen… der Renaissance, p. 339, 587. — Muxrz, Raphaël, Paris, 1881, p. 304. — VAsARI, Le Vite. — SEBAS-
1. Dans les inscriptions, sur les médailles, dans ses missives aux souverains, Jules II parle de l’état inquiétant de la basilique,
2. PANVINIO (Mar, Spicilegium Romanum, IX, 365) dit : Qua in re adversos pœne habuit cunctorum ordinum homines et bræsertim cardinales, — Cf. Pasror, vol. III, p. 765.
3. S. Maria Virgariorum ou De Virgariis parce que les pèlerins y achetaient des bourdons ; S. Gregorio in Palatio, S. Zenone, S. Giacomo, S. Giustinio, S. Salvatore qui réunissaient les Allemands dont le nombre augmentait chaque jour ; S. Caterina delle Cavallerotte, S. Martino del Portico, S. Maria della Febre qu’invoquaient les fiévreux.
4. De son vrai nom Donato di Asdranaldo. Il était né près d’Urhino en 1444. MALAGUZZI-VALERI, Donato Bramante, Rome, 19249 — D. Got, Bramante in Roma, Rome, 1898. — D. GnoLi, J/ Palazzo della Cancellaria ed altri Palazzi di Roma attribuiti a Bramante, dans Arch. Stor. ‘dell’ Arte, an. V, p. 177, 331. —
TIANO SERLIO, L'Architettura, Venise, 1551, lib. III, fol. XXXVI. — Grucio CaAroTT1, Le Opere di Bramante e Raffaello, Milan, 1905 — L. PUNGILEONE, Memorie intorno alla vita e alle opere di Donato o Donnina Bramante, Rome, 1836. — SEROUX D’AGINCOURT3 Histoire de l'Art, Paris, 1811-1823.— J. BURCKHARDT, Le Cicerone, Ile partie, p. 208. — H. SemPer, Bramanie, Leipzig, 1878.
5. Sur le Tempietto, voir J.BURCKHARDT, Le Cicerone, deuxième partie, Paris, 1892, p. 209.
6. Apamo Rossi, dans Arch. Stor. dell’ Arte, vol. I, Rome, 1888, p. 136. — Cf. ALBERTINI, De Mirabilibus, p. 31, lig. 5. Ce palais a disparu.
7. En réalité, élevé entre 1503 et 1506 par Antonio Sangallo, Bramante collabora, ce semble, à l’élaboration des plans, Luict CALLARI, Î Palaszi di Roma, Rome, s. d., p. 35.
Bramante acceptait toutes les besognes qu’on lui confiait, il les recherchait même avec empressement et c’est pourquoi on lui donna le surnom de Bramante, qui vient de bramare, briguer, solliciter. Grâce aux bénéfices qu'il tirait de ses multiples occupations, Bramante menait une vie large et aimable 1; dans ses salons se réunissait la société artistique de Rome ; ses soupers, où il avait pour convives le Pérugin, Signorelli, Pinturicchio, étaient fameux ?. On y faisait de la poésie ; il improvisait sur la lyre et composait des sonnets ?.
Agé de cinquante-neuf ans, il se trouvait dans toute la force de son génie et le déploiement de son activité quand Jules II monta sur le trône pontifical ; le bruit de sa réputation avait dû certainement venir jusqu’au papeet, dès la deuxième année de son règne, celui-ci l’appela pour lui confier, avec Sangallo, la direction de la reconstruction de Saint- Pierre. Sangallo, sentant que ce concurrent allait l'emporter et que la faveur du pape se retirait de lui, abandonna la partie et regagna Florence, sa patrie, où il mourut en 1516. Michel-Ange ressentit vivement cette disgrâce ; ses antipathies, de même que ses amitiés, étaient fortes et durables ; de plus, l’intrusion de ce nouveau venu lui sembla grosse de désagréments et de conflits. Vasari, qui fut presque son contemporain, représente Bramante comme un homme excessivement doux, complaisant et serviable, « montrant
toujours beaucoup d'amitié à ceux qu'il estimait doués de talent ». Mais, avec le caractère violent et impétueux de Michel-Ange, comment un choc ne se serait-il pas produit entre les deux hommes ? Michel-Ange accusa inlassablement Bramante de tous les désagréments qui lui survinrent au cours de sa vie ; bien des années après la mort de Bramante, il revenait encore sur ses griefs ; il affirme que ce fut Bramante qui dégoûta le pape de l’idée de s'élever un tombeau en lui représentant qu'il était de mauvais augure d’en préparer ainsi un de son vivant, et qui le poussa à poursuivre exclusivement l’édification d’une nouvelle et grandiose basilique dont la majesté, lui disait-il, lui assurerait bien mieux l’immortalité. En outre, ce fut Bramante, à ce qu'il prétend, qui insinua à Jules II la pensée de faire décorer de fresques, par ses soins, le plafond de la Sixtine, sachant bien qu'’ainsi il entraverait l’achèvement du tombeau 4.
Or, au mois d'avril 1506, un nouveau convoi de marbres parvint à Rome; pour en payer les frais, Michel-Ange emprunta 200 ducats à la banque Baldassare Balucci et alla ensuite les réclamer à Jules II ; la trésorerie pontificale était particulièrement gênée à ce moment ; il était difficile d’en rien obtenir, d'autant que le pape se désintéressait en effet de son tombeau; Michel-Ange, qui le sentait, n’en était que plus impatient d’obtenir le remboursement de son dû ; il se rendit au Vatican, demandant à voir Jules II, car le pape l'avait autorisé à s’adresser à lui personnellement quand il aurait besoin d’ar-