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RETOUR A ROME

Le 19 février 1507 le pape avait annoncé en consistoire son intention déjà manifestée de rentrer à Rome. Bien des raisons particulières et générales imposaient ce retour. À Bologne, la situation devenait difficile ; à l’enchérissement de la vie s’ajoutaient, comme cause de désaffection, des vexations dans le recouvrement des impôts ; le gouvernement provisoire avait pris des mesures maladroites; il n’avait pas réalisé, bien entendu, ce qu'on en espérait. D'autre part, l’arrivée prochainement attendue du roi de France en Italie donnait du souci au pape ; peut-être lui demanderait-il de l'aider à renverser le parti populaire qui venait de s'établir à Gênes et qui était hostile aux Français ; or Jules IT, sorti du peuple et Génois de cœur, se sentait des sympathies pour ce parti qu’il soutint toujours et d'accord avec lequel il tenta plusieurs fois des révolutions. Amboise accompagnait Louis XIT : on savait ses ambitions pontificales; Jules IT pensait être plus à même de les déjouer étant à Rome. En outre, les Romains réclamaient sa présence et celle de la cour ; les taxes ne rapportaient plus rien ; les revenus de la Chambre avaient baissé de 7 000 florins à 300 !! Le commerce, privé de la clientèle du haut clergé, languissait. Il était donc urgent de revenir.

Auparavant, Jules II voulut établir une administration définitive à Bologne ; le 20 février 1507, lecture fut donnée publiquement de la bulle instituant la nouvelle constitution ; les magistrats et les officiers municipaux durent y jurer fidélité et obéissance ; en remplacement du Conseil des Seize précédemment dissous, un sénat de quarante membres était créé, dont l'autorité serait subordonnée aux représentants du Saint-Siège.

Afin d'assurer mieux la soumission des Bolonais, Jules II avait décidé la construction d’une citadelle dont il choisit lui-même l'emplacement près de la porte Galliera ? ; il en posa la première pierre le même jour, 20 février 1507. On attendit assez longtemps

1. SANUTO, vol. VI, col. 497. Ferrare. Au même endroit, Filippo Maria Visconti, duc de Milan, 2. La porte Galliera est celle par ou sort la route qui mène à avait jadis élevé une citadelle (Gurccrarpini, vol. II, p. 159).

avant que la cérémonie commençât; ce ne fut qu’ensuite que l’on sut que le pape l'avait retardée sur l’avis de ses astrologues 1,

Le départ eut lieu le 22 février. Le cérémoniaire du pape, Grassi, vit les femmes pleurer et même les matrones sangloter, mais il ajoute que ce n'était pas tant le départ du pape que celui de leurs amoureux qu’elles regrettaient. Presque à la même heure, le légat Antonio Ferreri fit une entrée solennelle.

Jules II pressa le retour ; il passa, comme à l'aller, par Castel Bolognese, Cesena, Urbino, Monte Falcone, dont les habitants avaient la réputation, comme ceux du Maine, de fournir volontiers des témoignages à qui en payait le prix ?. Le 11 mars, il était à Orte, le lendemain à Viterbe, distribuant avec largesse sept années d’indulgences. La plupart de ses officiers demandèrent à le devancer à Rome, car chaque jour de voyage était pour eux une dépense supplémentaire. Quant au pape, il demeura à Viterbe du 13 au 19 mars 1507 Ÿ. Le 27 mars, la veille du dimanche des Rameaux, il passa le pont Molle, où le sénateur, les trois conservateurs et les autres dignitaires capitolins étaient venus l’attendre. Il coucha dans le monastère attenant à l’église S. Maria del Popolo, où le cardinal de Portugal (Costa) lui céda une partie de ses logements ; le lendemain, il se rendit au Vatican accompagné d’un cortège tel que Rome n’en avait jamais vu de plus éclatant, disait-on, depuis les temps impériaux (28 mars 1507).

Les riches habitants avaient dressé des arcs de triomphe nombreux en bois, ornés de statues, de tableaux, d’emblèmes en l’honneur du triomphateur ; celui du cardinal Costa était surtout remarquable 4 Des fleurs jonchaient les rues. Dans le cortège, un grand char attelé de chevaux blancs était monté par dix enfants figurant des anges, lesquels présentèrent au pape des palmes en chantant ses louanges. Un peuple de prélatsl de nobles, d'officiers entouraient, escortaient Jules II. C’est bien le cortège que décrit exactement, ce semble, mais pour en tirer argument contre le pape, l’auteur anonyme du Julius Exclusus 5, qui assista sûrement à ce spectacle. « Jamais, dit-il, on ne vit tant de cardinaux couverts de pourpre suivis par tant de serviteurs, tant de chevaux mieux harnachés que des chevaux de rois, tant de mules couvertes de lin, d’or et de pierreries et dont quelques-unes étaient ferrées d’argent et d’or. Le pape était assis sur un siège d'or porté par des soldats ; la foule se prosternait quand il élevait la maïn. Il fallait entendre le crépitement des bombardes, la sonnerie des clairons et des trompes, les détonations foudroyantes des pièces à feu, les acclamations, les applaudissements de la foule ; il fallait voir de tous côtés les lueurs des torches, l’éclat des feux de joie ©. »

1. Jules II passait outre quand il s’agissait d’actes importants, mais, pour les événements secondaires, il ne pouvait se soustraire à la superstition commune. Au fond, il croyait à l’astrologie, sans y croire, contre son gré. Combien sont ainsi! Rien n’est si contradictoire ni si déconcertant que le jeu de nos sentiments, de nos convictions, de nos superstitions et de nos actes ; l'humanité: est foncièrement illogique,

2. Pour gagner du temps, Jules s’abstenait des longues sieste qu’on lui imposait de faire après son repas du milieu du jour,

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