‹ Histoire de RomeChapitre 73 sur 200 · Spese Minute · texte numérisé non relu

Spese Minute

6. Florence, Ayrchiv. di Stato, Diecr di Balia, Resp. Filza, 105, fol. 202. — Sanuro, vol. X, col. 283. Les achats sont nombreux ; il paye un rubis-balais et une émeraude 30 ducats, un rubis, un saphir et une perle 4 oo0 ducats.…

7. Lettre de Stazio Gadio en date du 16 août 1512. A. Luzio, Isabella, p. 327, n.

qui orne son tombeau à l’église S. Pietro in Vincoli. Plus tard, il commanda une troisième tiare chargée de pierres plus précieuses encore.

Outre qu'elles flattaient ses goûts, ces dépenses semblaient au pape utiles à sa politique, car elles donnaient à la foule une haute idée de sa puissance. Il était très vif sur ce point et, on l’a dit, tenait infiniment à impressionner.

Malgré son amour pour ses pierreries, il arriva à Jules II d’être obligé, comme ses prédécesseurs, de s’en séparer dans les moments de gêne, soit qu’il les mît en gage, soit qu'il les vendît ; ainsi, il remit en nantissement à la banque Sauli un diamant et deux saphirs réunis sur le fermoir d’un pectoral, plus deux rubis et une émeraude, et reçut en échange un prêt de 20 000 ducats 1.

Il en donnait aussi assez volontiers ; il fit présent d’une chaîne d’or à sa nièce Lucrezia lors de son mariage, et d’une pierre valant 1 000 ducats à sa nièce Eleonora Gonzaga ; le cardinal Alidosi et ses autres favoris reçurent également des cadeaux de ce genre.

Les cardinaux étaient riches, bien plus qu’au temps d'Alexandre VI. Paolo Cortese, dont le père avait été secrétaire pontifical et qui connaissait à merveille le monde ecclésiastique, estimait en 1510 (De Cardinalatu) à 490 000 ducats le revenu total du Sacré Collège ; c'était environ 12 000 ducats par cardinal. Quelques-uns, comme Sisto Gara della Rovere, dépassaient de beaucoup ce chiffre. Leonardo Grosso avait 20 000 ducats de revenus ; Galeotto Franciotti, 40 000 ; Le cardinal Basso della Rovere, 12 000 ; le cardinal Pallavicini possédait 4 000 ducats en argenterie, 3 000 en meubles. Le cardinal Farnèse était puissamment riche ; il eut des démêlés avec le pape à propos d’un héritage (avril 1507) ?.

Jules II augmentait par des présents les revenus de certains cardinaux ÿ.

Les cardinaux déposaient leurs fonds disponibles surtout dans la banque des Fugger, qui était solide et bien vue du Saint-Siège, car elle servait d’intermédiaire pour les collectes faites en Allemagne ; elle avait en outre cet avantage pour les cardinaux que, son siège social étant hors d'Italie, à Augsbourg, les saisies étaient moins à craindre. Malgré leurs gros revenus, la plupart des cardinaux étaient en difficulté d’argent, car ils dépensaient sans compter ; les Grimaldi et les Pallavicini de Gênes leur prêtaient au taux de six à sept pour cent, quoique les remboursements se fissent parfois difficilement ; il en était de même des banques romaines, les Chigi, les Altoviti, les Spannocchi.

Les cardinaux habitaient des palais somptueux, ornés de fresques magnifiques et de tentures, garnis de statues, meublés avec luxe, sinon avec abondance 4, La Chancellerie, le palais Farnèse, les palais Giraud, Moroni, Della Valle, Altemps, qui subsistent actuellement, montrent quelle en était la magnificence extérieure. Cortese a décrit ce que devait être la distribution intérieure d’un palais de cardinal 5; il convient, dit-il, que la chambre à coucher du cardinal soit en haut du grand escalier, à côté de celle de son majordome,

r. Léon X les dégagea dès son avènement, le 6 mai 1513. 1 200 ducats, et il payait le loyer de son palais (200 ducats) (Archiv, 2. SANUTO, vol, VII, col. 147, 151, 632. Seg. Vat., Ms. 535, Int. et Exit.). 3. Au cardinal d'Aragon, fort riche cependant, une première fois 4. ALBERTINI, De Domibus Cardinalium.

1 000 ducats, une seconde fois 1 200 ; au cardinal Sanseverino, 5. Cf. SANUTO, vol. VI, col. 172, description du palais Grimani,

que la bibliothèque ait jour du côté du Levant, afin que les lecteurs puissent jouir des premiers rayons du soleil, enfin que l’antichambre soit truquée afin que l’on puisse entendre les conversations qui s’y tiennent.

Leur mobilier est donné par plus d’un inventaire. Quand le cardinal Soderini, qui avait accompagné Charles VIII à Naples, fut incarcéré comme trop favorable à la France, une saisie fut opérée chez lui ; le texte de l’acte occupe douze pages d'écriture serrée ; on y voit énumérés tapisseries et draperies, dais et lits de parade à rideaux rouges et ciel rose, portières de taffetas, argenterie, livres « sur toutes les facultés », et jusqu’à une paire de lunettes dans un étui. Les inventaires après décès donnent la même impression ; beaucoup de draperies, peu de meubles, une argenterie somptueuse {.

Le luxe des vêtements était grand ; non seulement les traditions et les nécessités liturgiques faisaient un devoir aux cardinaux d’en changer souvent, au point qu’un médisant les comparait aux serpents, mais ils n’ignoraient pas que l’abondance et la somptuosité de leur habillement les rehaussaient dans l’estime d’autrui. La plupart portaient leur barbe ; à un banquet qui eut lieu à Bologne, en décembre 1510, le cardinal Alidosi, s'étant pris de querelle avec le cardinal Cornaro, le secoua violemment par la barbe. Dans bien des portraits les cardinaux sont représentés barbus.

Les repas, les festins que donnaient les cardinaux étaient plantureux, interminables et accompagnés de divertissements 2? et de musique. La musique avait une double utilité : charmer et tenir éveillés les spectateurs ; dans l’un de ces repas, avoue l’envoyé du marquis de Mantoue (15 février 1510), on dut se lever de table pour ne pas s'endormir ; il est vrai qu’on venait d'entendre une comédie dans laquelle Apollon célébrait longuement les louanges du pape et du maître de la maison ; elle avait été suivie d’une comédie latine ; le spectacle dura quatre heures! Joint que ces fêtes avaient lieu le soir, parce qu’il était admis que «la coction des humeurs se fait mieux la nuit que le jour ». Ainsi pensaient les médecins italiens 5, qui ont écrit plusieurs traités sur l’art de manger, car ils n’ignoraient pas que des conseils sur ce point seraient des plus utiles à leurs contemporains 4.

Dans les banquets que donnait le pape, une étiquette spéciale était observée ; 1l mangeait à une table isolée, placée sur une estrade ; seul le jeune otage Federico était excepté; il amusait le pape qui lui montrait la plus tendre affection 5. La première fois que le pape buvait, tous les convives, à l'exception des cardinaux, devaient se mettre à genoux.

Parfois, trois des fils de Bartolomeo della Rovere récitaient devant lui, à la fin

1. Pour plus de détails, voir notre ouvrage sur Rome au temps de Jules II, p. 37.

2. SANUTO, vol. VI, col. 171, cite des bouffonneries débitées à un banquet donné par le cardinal Grimani, qui sont d’une insipidité

« Notez icy que son disner estoit sobre et frugal, car tant seulement mangeoit pour resfrener les aboys de l’estomach mais le soupper estoit copieux et large. ce que est la vraye diete prescripte par l’art de bonne et seure medecine. » (Gargantua, XXIII.)

sans pareille. Il est vrai qu’il y a la façon de les dire et que, si on lisait le texte de la plupart des clowneries, on en penserait autant. Toutefois, il est certain que les farces de Fra Mariano au temps de Léon X étaient remarquablement grossières. Voir notre ouvrage Courtisanes et Bouffons.

3. Caena exigua, prandium copiosum. Rabelais pensait de même.

4. Platina avait composé à ce sujet un traité De honesta Voluptate ; l'ouvrage du médecin Gaspare Torella qui soignait Jules II est de 1506; celui de Matteo Curti, qui parut plus tard, eut plusieurs éditions (De Prandii ac Caena modo libellus, Rome, 1568).

5. À. Luzio, dans Giornale Storico, an. XV, vol. XXIX, p. 437. Il exagère peut-être.

MEUBLES ITALIENS DU XVIe SIÈCLE.

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