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SIÈCLE

(Phot. Giraudon.)

PI. 18, page 88.

(17 janvier) au mercredi des Cendres (8 mars). C’est au cours de ce carnaval qu’eurent lieu, parmi beaucoup de réjouissances, les noces de Lucrezia Gara della Rovere avec Marco Antonio Colonna. Plusieurs cardinaux se mêlèrent aux masques, entre autres Alidosi, Sanseverino, Franciotti, Louis d’Amboise, Luigi d'Aragon. Les déguisements venaient de Ferrare, qui en avait la spécialité ; les vêtements étaient magnifiques, de velours et desoie, galonnés d’or et ornés de pierreries;les bouffonneries furent, à l'habitude, grossières et sans esprit.

Les représentations théâtrales étaient fréquentes ; elles servaient à l’occasion de moyen politique. Quand le cardinal Lang vint à Rome, le pape fit interpréter devant lui une comédie de circonstance, dans laquelle Apollon chantait les louanges du pape, du cardinal et de l'alliance conclue entre le Saint-Siège et le Saint-Empire. Le 6 juillet 1511, le sénateur et les conservateurs donnèrent au Capitole un banquet qui fut suivi d’une comédie de Plaute jouée en latin par des acteurs hommes et femmes!. Le 11 janvier 1513, le cardinal Serra, qui était espagnol, donna le divertissement d’une comédie ; la salle était pleine de seigneurs et de prélats espagnols, de cardinaux, d’évêques et de courtisanes dont la plupart étaient espagnoles ?. Les Romains le trouvèrent mauvais et maugréèrent d'autant plus que, la pièce étant en espagnol, ils n’y avaient rien compris 5.

Aïnsi ceux qui, par bonne fortune, résidaient à Rome, pouvaient jouir abondamment en liberté de tous les plaisirs de la vie.

On était à l’aube de cette période courte et charmante où Rome allait devenir le centre du monde savant, opulent, littéraire et artistique. Les poètes y affluaient : Molza, Tebaldeo, Blosio, Cavallo, sans compter les poétastres tels que Baraballo, les écrivains comme Giovio, Vida, Bembo, Sadoleto, Mellini, Longueil, Flaminio, les peintres, les sculpteurs, les graveurs. Des salons s’ouvraient. Des coteries se formaient autour des maîtres ; Raphaël, Bramante, Michel-Ange avaient chacun la sienne; celle de Raphaël était surnommée la Synagogue. On se réunissait volontiers chez le Luxembourgeois Jean Goritz, vieillard aimable, accueillant et sans ambition, «le Père de toutes les délices », « homme au cœur pur », disait Erasme ; dans sa villa située près du forum de Trajan, on discutait doctement sur de menus sujets, et l’on rimait d’aimables vers d’une infinie banalité, au milieu de fragments d'architecture, de statues, d’eaux jaillissantes.

Biagio Pallai, surnommé Palladio, dont le chef-d'œuvre était une élégie sur la mort d’une petite chienne ayant appartenu à Isabella d’Este, réunissait aussi les gens d’esprit dans sa maison des bords du Tibre.

Agostino Chigi tenait à honneur d'accueillir dans les jardins de sa villa (la Farnésine), sous les cyprès et les lauriers, les écrivains aussi bien que les artistes, qu’il régalait de repas plantureux accompagnés de fêtes somptueuses 4

I. ÂLESS. D'ANCONA, Origini del Theatro Ital., Rome, 1891. 3. A. Luzio, Federico, p. 551. Les représentations où jouaient des femmes se multiplient à cette 4. Les poètes l’accablaient de louanges, entre autres : CaALLI époque. À. Luzro, Isabella.…., p. 524, 550. Æcipnr Rom, Libri quinque de viridariis Augustini Chisii. — 2. Il y avait énormément de courtisanes espagnoles à Rome, Suburbanum Augustini Chisii,per BLosuIM PaLLADIUM (Poema), les registres de police le prouvent, Romæ, XVII Januarii 1512.

On se rencontrait encore chez Sadoleto 1, et chez Pietro Corsi, qui habitait au mont Citorio, et chez Colocci, dans sa demeure éloignée du brouhaha de la ville ? « où l’on n’entendait ni les marchands de poissons, ni les marchands d’herbes, d’huile ou de chàâtaignes crier leur marchandise, ni les ouvriers chanter, ni même le bruit lointain de la vie » #, Colocci avait assemblé dans sa vigne des statues, des médailles, des livres qui furent dispersés ou détruits lors du sac de 1527

Le cardinal Grimani attirait dans son palais de Venise (S. Marco) les amateurs de livres ; il en avait réuni plus de huit mille 5, dont la plupart provenaient de la bibliothèque du célèbre érudit Pic de la Mirandole ; son frère les lui avait vendus après sa morté. Le cardinal les légua à son neveu, et finalement ils devinrent possession de la République vénitienne. Le fameux Bréviaire Grimani faisait partie de cette collection ; il avait été commencé pour Sixte IV vers 1478 7.

Baldassare Castiglione groupait aussi autour de lui les lettrés ; arrivé à Rome vers 1505 sous les auspices du vieux duc d’Urbino, il y avait fait de courts séjours entre ses ambassades à Londres et à Milan; en 1508, il devint, à la mort de Guidobaldo, le familier de son successeur, le charme de la vie romaine l’accapara et il en fit son séjour.

On rivalisait dans ces assemblées d'esprit et de savoir, de finesse et de sentiment comme dans les dialogues de Castiglione, de Bembo, de Firenzuola, de Domenichi et de tant autres. Les Italiens prenaient à ces joutes un plaisir infini. « Et ne pense point, dit Castiglione, que jamais ailleurs aient été si bien goûtés le plaisir et douceur qui provient d’une chère et aimable compagnie £. »

Il était aussi un salon où l’on se plaisait fort et où l’on ne discutait sans doute pas uniquement de littérature, d’art et de morale : c'était celui de la fameuse courtisane Imperia, qui était «l’orgueil et l’émerveillement de Rome ». Belle? Comment ne l’aurait-elle pas été? Érudite, spirituelle et charmante, on le sait. Elle entendait le latin et jouait du luth. Ce que Rome comptait de plus éminent dans les arts, la politique et les lettres: Sadoleto, Inghirami surnommé Fedra pour avoir remarquablement joué le rôle d’Hippolyte dans la tragédie de Sénèque, le banquier Agostino Chigi, le poète Beroaldo, le poète chanteur Campano dit Lo Strascino, s’assemblaient chez elle. Dans le testament de sa mère, elle est qualifiée «chaste et pudique», mais on peut se demander si les Italiens de

1. Sadoleto était arrivé à Rome en 1502 ; il était un des familiers du cardinal Carafa, puis devint, à sa mort (1511), celui du cardinal Fregoso. Léon X l’envoya comme évêque à Carpentras en 1517. Cardinal en 1536.

2. Sadoleto fait allusion à cette habitation suburbaine dans une lettre adressée à Colocci de Carpentras. SApoLermt, Epist. Fam., Rome, 1760, vol. I, p. 309. Cf. vol. IV, p. LXXX. Girolamo Negri parle des réunions littéraires tenues chez Colocci,

3. GIANFRANCESCO LANCELLOTTI, Poesie Italiane e Latine dr A. Colocci, Jesi, 1772. — Fr. UBALDiNiI, Vita Angli Colocci, Rome, 1673. — P. CARMINE GioJA, Gli Orti Colocciani, Foligno,

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