ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE. — ORGANISATION GOUVERNEMENTALE
Pour fournir aux besoins d’une population grandissante, d’une vie plus active et d’un luxe exagéré, les industries s'étaient développées. Tandis qu’en 1462 Rome ne comptait guère qu'une douzaine de corporations, le poète médecin Giacomo de’ Penni
1. Ilest inexact que l'ambassadeur ferrarais à Rome, Lodovico da 3. Mars 1515, Fabriano, ait parlé dans une lettre en date du 17 juin 1506 d’Imperia 4. Sa demeure était en effet entourée de vergers et de vignes, il le et de deux favorites de cardinaux. Je dois ce renseignement àl’ama- dit lui-même. bilité du directeur des Archives modenoises, le D' Carlo Montagnani. 5. G. PIER VALERIANUS, De Infelicitate Litieratorum, Rome, 2. ERASME, Opera Omnia, Amsterdam, 1701, vol, III, part. I, 1620, liv. II, p. 87. C. 118. — HUBERT JANITSCHEK , Die Gesellschaft der Renaissance 6. CrAN, dans Güorn. Stor. di Letteratura Italiana, vol, XVII,
in Italien, Stuttgart, 1870. fasc. 50-51, P. 299.
ga LE PONTIFICAT DE JULES. 11
en énumère le double en 1513 dans sa description du carnaval. Et combien de patrons ne s'étaient pas encore associés entre eux et le firent bientôt ! Il y aura plus tard une centaine de corporations à Rome.
Les industries de luxe profitèrent plus particulièrement de l'accroissement des dépenses somptuaires ; les orfèvres, qui formaient depuis longtemps une corporation, revisèrent en 1509 leurs statuts pour les mettre plus en accord avec l’importance de leur commerce ; les cuisiniers, à l’instigation du chef des cuisines du pape, Jean Vallès, formèrent avec les pâtissiers une corporation ; ils étaient pour la plupart français, allemands ou anglais. D'ailleurs, comme on l’a dit, la grande majorité des artisans comme des patrons, des marchands comme des ouvriers, n'étaient pas romains. Mainte pierre tombale datant de cette époque rappelle, dans les églises de Rome, que celui qu'’ellé recouvre est un étranger venu à Rome pour gagner sa vie.
D'autres industries de luxe, les batteurs d’or, les orfèvres, les liniers, les marchands d’aromates, de même que les médecins, se groupèrent vers ce temps. Les chandeliers, qui s'étaient unis depuis 1406, devinrent très riches sous un pontificat durant lequel, à cause des fêtes quise donnaient lorsque la cour était à Rome, la consommation de cierges était considérable.
On fabriquait des tissus d’or et de soie, des étoffes de couleur ; on exportait des brocarts et des damas, des velours et des étamines 1. Cependant, le pape entreprit vers la fin de sa vie de refréner le luxe des toilettes féminines, comme l’avaient essayé ses prédécesseurs et comme devaient le tenter aussi ses successeurs, toujours avec aussi peu de succès ; un comité fut constitué, composé des conservateurs, du chancelier, des caporioni et de certains conseillers désignés pour la circonstance ? ; après de longues discussions et de nombreux scrutins, il décida que défense serait faite aux femmes de porter des vêtements en brocart d’or ou d’argent sous peine de 50 ducats d'amende et de confiscation, de posséder plus d’une robe de velours et deux de soie, d’avoir plus d’une paire de manches en brocart et des manches larges ?, de porter des traînes longues soutenues par des femmes. Défense aussi de porter des sbernies, de mettre des bijoux aux chemises, d’avoir aux doigts plus de deux anneaux. Les couturiers étaient responsables des vêtements qu'ils confectionnaient (11 décembre 1512). Comme une longue expérience avait montré que ces règlements étaient rarement observés, les législateurs prirent soin de nommer quatre « défenseurs » chargés d’en surveiller l'application. un ducat valant 75 bolognini, cela faisait à peu près du 30
Dans les contrats d’avance d’argent, on voit figurer quatre
1. Leltere Romance di Momo, p. 42. Le prix des étamines était de 687 ducats pour 125 cannes, soit 250 mètres environ. Une paire de p. bas coûtait 18 carlins; une paire de chaussures, 3 carlins. Deux
charrettes de bois valaient 7 ducats. Un gardien de vigne se payait 10 à 15 carlins anciens par an (1509). Un valet se louait 14 carlins par an (Ms. Vat. Lat. 3351, recueil de poésies italiennes et d’épigrammes latines dans lequel Fausta Evangelista Maddaleno Capodiferro, au milieu de notes autobiographiques, enregistre des dépenses familiales). Les femmes du peuple se chaussaient de sandales en cuir de Cordoue valant 14 baiocchi (Momo, p. 42). Il ressort d’un compte que l’argent se prétait à raison de 2 bolognini par ducat pour un mois, soit 24 bolognini par an;
personnes, celui qui emprunte, celui qui prête, celui qui a servi de négociateur et un quatrième personnage qui fournit les objets qui serviront de gage, et auquel il est payé une commission souvent élevée (Ms. Vaticano Lat. 3351, passim). é
2. Reformationes et Statuta circa habitum et ornatum Mulierum Romanarum et circa nuptias et juneralia noviter edita (Bibl. Angelica, Incunab. 309, 4).
3. Les manches formaient une partie séparée du costume ; onen avait plusieurs paires pour une même robe.