LA LIGUE DE CAMBRAI
La Ligue de Cambrai, que Jules IT préparait depuis longtemps, naquit de ces revendications ; elle fut menée à bonne fin par les soins de Marguerite d'Autriche et du cardinal d’'Amboise, dont on saisit mal la pensée en cette affaire 5, et conclue le 10 décembre 1508. En apparence, il s'agissait d’un traité entre le roi de France, l’empereur Maximilien et le roi Ferdinand le Catholique, le pape se réservant d’y adhérer éventuellement. Les contractants affectaient de s’unir en vue de défendre la foi chrétienne contre les Ottomans, voire d'organiser une croisade ; l’empereur et le roi de France s’y engageaient ; mais un second traité signé en même temps renfermait l’objet même de l'alliance, la destruction de la puissance vénitienne ; chaque participant se réservait sa part des dépouilles ; l’Empire aurait Padoue, Vicence, Vérone et les terres récemment perdues ; la maison d'Autriche, Trévise, Roveredo, le patriarcat d’Aquilée, le Frioul ; le roi de France, Brescia, Bergame, Crème, Crémone et l'investiture du Milanais ; au pape, on promettait les villes de Romagne qui ne lui appartenaient pas encore ; au duc de Ferrare, quand il se serait joint à la Ligue, le Polésine $ ; au marquis de Mantoue, des territoires autour du lac de Garde ; le roi d'Espagne recouvrait les villes du royaume de Naples ; le duc de
1. BALAN, Storia d'Italia, vol. VI, p. 24. — PAOLO PARUTA, Historia Venetiana, Venise, 1605, pour les époques suivantes.
2. Laissant en dehors la question du duc de Gueldre, que Maximilien avait dépouillé d’une partie de ses États et dont la France soutenait les revendications.
3. Le poète Gringore, dans son poème intitulé Entreprise de Venise avecques les citez, chasteaux, forteresses et places que usurpent les Vénitiens des roys, princes et seigneurs crestiens, énumère ses envahissements. Chaque strophe est terminée par une sentence morale :
Orgueilleux sont humiliés par guerre.
Fol est celui qui faux procès soutient.
Fors aimer Dieu toute chose se passe.
PONTIFICAT DE JULES Il.
Loups ravissants sont toujours en souci, Qui d’autrui bien usurpe en fin n’a rien.
Des médailles furent frappées et des gravures composées, symbolisant l’orgueil et le châtiment de la République vénitienne. Voir planches XXIX, XXX, XXXI.
4. Luict DA Porto, Lettere storiche, éd. Bart. Bresson, Florence, 1757, lett. III, p. 29.