TREvISANO, dans Alberi, ser. II, vol. III, p
était donnée aux réclamations du Saint-Siège. Mais Loredan, convaincu de la puissance invincible de la République, repoussa ces ouvertures. Le pape se vit donc obligé d’entrer définitivement dans la ligue qu’il avait provoquée et donna sa signature le 23 mars 1509, à son retour d’un voyage à Civitavecchia, où il avait été inspecter la construction de la forteresse qu'il y faisait édifier 1.
Engagement avait été pris de la part des alliés d’entrer en campagne le rer avril 1509, mais le souverain pontife avait retardé les préparatifs afin de se ménager le temps de négocier, bien qu'il fût pressé d’agir par les envoyés d’Espagne et de France, qui craignaient qu’en différant on ne laissât se manifester les divergences qui ne pouvaient manquer de se produire. Le 6 avril 1509, un héraut de Louis XII, portant le nom traditionnel de Montjoie, était venu déclarer la guerre aux Vénitiens ; le 27, Jules II se décida à lancer l’excommunication contre eux, ainsi qu’il l'avait promis ? ; bien que la teneur en fût violente, comme le voulaient les précédents, le pape ménageait ses ennemis. Les horribles forfaits des Vénitiens, disait la bulle, leur mépris des droits du Saint-Siège, leur prétention de soumettre le clergé aux juges ordinaires méritaient les sanctions de la bulle Zn cœna Domini* ; néanmoins, un délai de vingt-quatre jours leur était accordé, après lequel les principaux magistrats seraient frappés d’interdit ; si cette première mesure restait sans effet, tous les habitants seraient mis hors la loi et considérés comme des Turcs et des infidèles, leurs personnes et leurs biens appartiendraient à ceux qui s’en empareraient.
Maximilien progressait lentement, étant, à son habitude, dépourvu de tout ce qu'il fallait pour faire la guerre, hommes, argent, munitions et généraux ; Ferdinand n'avait nulle hâte à aider les Français, en sorte que ceux-ci furent seuls à se mettre en mouvement. Ils avaient affaire à forte partie. Venise disposait d’une belle armée de 30 000 fantassins, 300 hommes d'armes et 3 000 cavaliers, que commandaient des chefs éprouvés tels que Nicolo Orsini di Pitigliano, Bartolomeo d’Alviano qui était un entraîneur d'hommes, et les deux provéditeurs Giorgio Cornaro et Andrea Gritti 4 Les Français avaient 12000 Gascons et Italiens, 6000 Suisses, 2000 lances; dans leurs rangs servait Bayard.
1. Le 11 décembre 1508, Jules II était venu de Rome sur un Bucentaure en poser la première pierre ; il s’était déjà transporté à Civitavecchia en octobre 1505. Bramante fut l’architecte de ce château ; il avait eu pour maître en l’art des fortifications, comme il a été dit, Ciro da Urbino, auteur d’un traité des fortifications: CarLo Caisse, Storia di Civitavecchia, p. 354.
Léonard de Vinci, Sangallo, Amoroso avaient appris à la jeune génération comment il faut fortifier les villes et les châteaux.
D’après Sanuto, Jules IT eut une alerte vers ce temps (avril 1509); ilcraignit un coup de main des Orsini et s’enferma pendant quelque temps au Vatican, qu’il mit en état de défense ; pensant que certains banquiers leur avaient fourni des fonds, il adressa à ceux-ci de vertes remontrances (SANUTO, vol. VIII, col. 134).
2. Monitorium contra Venetos. RAYNALDUS, 1509, $ 6 à 9. — SanuTo, vol. VIII, col. 187. — Daru, Pièces justificatives, sec. I, vol. VII, p. 309. Sommation et déclaration de guerre faite par Montjoie, roi d'armes de France, à la Seigneurie de Venise, et autres pièces subséquentes.Cf. Lettres du roi Louis XII..., Bruxelles, 1712,
Ce monitoire fut imprimé et abondamment répandu en Allemagne (Nuremberg (?), 1509).
3. Cette bulle était lue publiquement tous les ans le vendredi saint, d’où son nom ; elle contenait des menaces contre ceux qui attentaient aux droits de l’Église, excommuniait et frappait d’anathème les hérétiques, les pirates et voleurs, ceux qui mettent de nouvelles taxes sur leurs terres, qui fournissent des armes aux Sarrasins et empêchent l’arrivage de denrées à Rome, ceux qui attaquent les pèlerins et s'emparent d’une partie quelconque des terres de l’Église. Le texte de cette bulle si importante ne se rencontre dans aucun recueil ; elle semble remonter au concile du Latran (Il) de 1139 ; Grégoire XI est le premier à la citer dans la bulle Excommunicamus du 25 mars 1372. Le texte en fut publié à Rome au commencement du xvi® siècle et à Avignon en 1515, 78 pages avec des annexes (British Museum, C. 37, d. 55. Cf. WEeTzER-WELTE, Kirchenlexicon, Fribourg-en-Brisgau, 1886- 1903, vol. II, c. 1474).