SOUMISSION DE VENISE
La bataille d’Agnadel !, où Louis XII donna de sa personne et «espousseta » les Vénitiens, comme dit Brantôme ?, eut lieu le 14 mai 1509 ÿ. Trois ou quatre mille morts du côté des Italiens, vingt-huit canons pris, d’Alviano prisonnier #, Pitigliano en fuite avec la cavalerie montrèrent la supériorité des armes françaises. Du coup, le prestige de la République s’effondra. Il lui surgit des ennemis de toutes parts, Ferrare, Mantoue, Urbino, dont Francesco Maria della Rovere venait d’hériter 5, se joignirent aux alliés, et Florence les suivit, dans la pensée que la France et l'Espagne lui abandonneraïent Pise,
son éternelle convoitise.
Presque toutes les villes vénitiennes de la terre ferme, Peschiera, Crémone, Bergame, Brescia, ouvrirent leurs portes. Francesco Maria entra en Romagne au nom du souverain
pontife et les Français au nom du roi.
L'armée vénitienne s'était retirée jusqu’à Mestre, en face de Venise. Louis XII vint avec son armée sur le rivage, d’où il put voir la reine de l’Adriatique où la consternation régnait. Le 20 juin 15009, une députation fut envoyée au pape, mais, au même moment, des mains inconnues affichèrent dans Rome des placards dans lesquels le pape et le roi de France étaient violemment pris à partie et où 1l était fait appelde la bulle du 27 avril 1509 au futur concile ou, à son défaut, à la justice du Christ. Cet appel, qui anéantissait l’autorité pontificale, avait été condamné en termes énergiques cinquante ans plus tôt par une bulle fameuse fulminée de Padoue par Pie II, le 18 janvier 1459 (Execrabilis). Jules II la renouvela le rer juillet 1509 à l’encontre des Vénitiens 5. On était alors persuadé, dit Sanuto, que le pape voulait la disparition com-
plète de Venise, en quoi on se trompait.
L'effet de la bulle fut de pousser Venise à une résistance désespérée ; le fils du doge proposa à la Seigneurie d’avoir recoursau Turc! Mais, mieux que sa fermeté, l’indécision et la mésentente des alliés sauvèrent la République. L'empereur, à son habitude, hésitait, tergiversait, se lassait ; le pape s’effrayait de son œuvre; l'Espagne reculait à établir la France dans le Nord de l'Italie. Quelques faits donnèrent courage aux Vénitiens. Le 17 juillet 1500, par un coup de surprise, ils reprirent Padoue”, que les alliés ne réussirent pas à ressaisir, car, lors d’une attaque essayée le 15 septembre, ni les Français, ni les