‹ Histoire de RomeChapitre 11 sur 57 · CHUTE DE LA PUISSANCE ÉTRUSQUE · texte numérisé non relu

CHUTE DE LA PUISSANCE ÉTRUSQUE

.ssaillie par ces attaques simultanées et pour ainsi dire concertées de peuples très différents, les Syracusains, les Latins, les Samnites et surtout les Celtes, la nation étrusque, qui avait conquis un si vaste et si soudain ascendant dans le Latium et dans la Campanie et sur les deux mers italiques, subit une décadence rapide. A la fin de l'année 346 (408) les Romains, de leur côté, se résolurent à entreprendre une guerre de conquête contre Y Ëtrurie, et cette fois la guerre fut poursuivie, non seulement pour vaincre Véies, mais pour l'anéantir. La lutte fut vive, le résultat était peu douteux. Les Romains étaient soutenus par les Latins et les Herniques, pour qui la destruction de leur voisin redouté n'était pas d'un moindre avantage que pour les Romains euxmêmes : Véies, au contraire, fut abandonnée par la nation ellemême. Les attaques des Celtes, qui eurent lieu dans le même temps, suffisent à expliquer la non-intervention des cités du Nord. Véies succomba, 358 (396), après une vaillante résistance.

Ce fut seulement quand les Gaulois eurent traversé le Tibre, et furent au ruisseau de l'Allia, à moins de seize kilomètres au-

dessus de Rome, qu'une armée romaine chercha à leur barrer le passage, le 18 juillet 364 (390). Même alors, ils marchèrent au combat avec arrogance et présomption, comme s'ils attaquaient non une armée, mais des brigands, sous des chefs inexpérimentés. Camille s'était retiré des affaires, par suite de dissensions entre les ordres. Ceux contre qui ils avaient à lutter n'étaient que des sauvages : à quoi bon un camp et la sûreté de la retraite? Mais ces sauvages étaient des hommes dont le courage dédaignait la mort, et leur façon de combattre était aussi nouvelle que terrible pour les Italiotes. Tirant leurs épées, les Celtes se précipitèrent avec un emportement furieux sur la phalange romaine, et la dispersèrent au premier choc. La défaite ne fut pas seulement complète, mais la fuite désordonnée des Romains, qui se hâtèrent de mettre le fleuve entre eux et les Barbares entraîna la plus grande partie de l'armée défaite sur la rive droite du Tibre et du côté de Véies. La capitale fut ainsi laissée à la merci des Gaulois. Le peu de troupes qui restaient en arrière ou qui s'y étaient réfugiées, n'étaient pas suffisantes pour garder les murs, et trois jours après la bataille, les vainqueurs trouvèrent les portes de Rome ouvertes. S'ils avaient agi tout d'abord comme ils pouvaient le faire, c'en était fait non seulement de la ville, mais de l'État; un moment de répit donna le temps d'emporter et d'enfouir les objets sacrés, et, ce qui était plus important, d'occuper la citadelle et d'y introduire quelques provisions. Tout ce qui était incapable de porter les armes ne fut pas admis dans la citadelle; il n'y avait pas de pain pour tous. La masse des habitants sans défense se réfugia dans les villes voisines; mais beaucoup, particulièrement un certain nombre de vieillards distingués, ne voulurent pas survivre à la chute de la ville, et attendirent, dans leurs maisons, la mort de la main des Barbares. Ceux-ci vinrent, massacrèrent et pillèrent ce qu'ils trouvèrent d'hommes et de biens, et mirent le feu à tous les coins de la ville, sous les yeux des défenseurs du Capitole. Mais ils ne connaissaient pas l'art des sièges, et le blocus de la citadelle était fatigant et difficile, attendu que la subsistance de l'armée ne pouvait se faire que par des partis battant la campagne, et que les citoyens des villes voisines latines, les Ardéates en particulier, attaquaient fréquemment les maraudeurs avec courage et succès. Néanmoins, les Celtes persistèrent

avec une énergie exemplaire en de pareilles circonstances, sept mois, sous le rocher du Gapitole, et la garnison qui n'avait échappé à une surprise au milieu d'une nuit sombre que par le cri drs oies sacrées et le réveil accidentel du brave Marcus Manlius, commençait à voir ses vivres s'épuiser, quand les Celtes apprirent que les Vénètes avaient envahi le territoire des Sénones sur le Pô, nouvellement conquis, ce qui les décida à accepter la rançon qui leur fut offerte. En jetant avec mépris son épée dans la balance, pour que le poids en fût équilibré par de l'or romain, le chef gaulois indiquait la vraie situation des choses. Le fer des Barbares avait vaincu; mais ils vendaient leur victoire, et, par là, ils la perdaient.

Les Barbares étaient à peine partis que le bras du Latium pesait déjà lourdement sur les Étrusques. Après de nombreuses défaites, il fallut qu'ils abandonnassent aux Romains tout le Sud de l'Etrurie, jusqu'aux monts Ciminiens. Les Romains formèrent quatre nouvelles tribus des territoires de Véies, Capène et Falerii, 367 (387) et assurèrent la frontière du Nord par la fondation des forteresses de Sutrium, 371 (383) et Napète, 381 (373). Ce fut à pas rapides que cette contrée fertile et couverte de colons romains, se romanisa complètement. Dans l'Italie du Nord, les peuples qui luttaient entre eux s'apaisèrent enfin, et s'organisèrent d'une manière plus durable et dans des frontières mieux délimitées.

Page 1