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LES ITALIOTES CONTRE ROME

epuis la chute de la puissance étrusque, depuis l'affaiblissement des républiques grecques, la confédération samnite était, après Rome, la puissance la plus considérable de l'Italie, et, en même temps, celle qui était la plus immédiatement menacée

par l'esprit envahissant de Rome. C'est à elle, en conséquence, qu'échut, dans la lutte que les Italiotes eurent à soutenir contre Rome pour leur liberté et leur nationalité, la première place et le plus lourd fardeau.

C'est en l'année 428 (326) que commença la lutte sur le territoire samnite même; quelques villes frontières de la Campanie, Rufrae (entre Venafrum et Teanum) et Allifae, furent occupées par les Romains.

Dans les années suivantes, les armées romaines pénétrèrent dans le Samnium, combattant et pillant sur leur chemin, jusque sur le territoire des Vestini et même jusqu'à l'Apulie, où ils furent reçus à bras ouverts.

Après que les Samnites eurent livré bataille pour secourir la ville et eurent été défaits, Luceria se rendit aux Romains. Ensuite la guerre passa en Apulie, où les Romains emportèrent d'assaut Saticula, ville frontière contre le Samnium, 438 (316). L'armée samnite devant Capoue fut battue, et obligée de se retirer de la Campanie; les Romains, marchant sur les talons de l'ennemi, traversèrent les Mates, et campèrent dans l'hiver de 440 (314), devant Bovianum, capitale du Samnium. Frégelles, qui était aux mains du parti antiromain, et qui était la citadelle dans la contrée du Liris, tomba enfin après avoir été occupée huit ans par les Samnites, 441 (313). Deux cents citoyens, les plus éminents du parti national, furent conduits à Rome, et là décapités dans le Forum, pour servir d'exemple et d'avertissement aux patriotes, qui partout s'agitaient.

Par là, l'Apulie et la Campanie se trouvaient entre les mains des Romains. Pour assurer et commander à perpétuité le territoire conquis, les Romains y fondèrent, depuis 440 (314) jusqu'à 442 (312) un certain nombre de nouvelles forteresses.

Les desseins des Romains se développaient de plus en plus; ils ne tendaient à rien moins qu'à l'assujettissement de l'Italie qu'ils enveloppaient, d'année en année, d'un réseau de forte-

resscs et de routes. Les Samnites étaient déjà enserrés drs (Jeux côtés dans les mailles de ce filet; la ligne de Rome à Luccria séparait déjà l'un de l'autre le Nord et le Sud de l'Italie, comme déjà les forteresses de Cora et de Norba avaient séparé les Volsques des Eques.

La décision finale était réservée à la campagne de 449 (308). Les deux armées consulaires pénétrèrent, l'une sous le commandement de Tiberius Minicius, et après la mort de Minicius sous celui de Marcus Fulvius, de la Campanie à travers les passes des montagnes, l'autre, sous Lucius Posthumius, de l'Adriatique, par Boferno, dans le Samnium; ces deux armées se donnaient la main devant Bovianum, la capitale du pays : une bataille décisive fut livrée; le général samnite Statius Gellius fut fait prisonnier et Bovianum pris d'assaut.

La chute de la capitale militaire de la contrée mit un terme à cette guerre de vingt-deux ans. Les Samnites retirèrent de Sora et d'Arpinum leurs garnisons, et envoyèrent à Rome des ambassadeurs pour demander la paix; leur exemple fut suivi par les peuplades sabelliennes, les Marses, les Marrucins, les Péligniens, les Frentani, les Vestins, les Picentins.

Probablement vers le même temps, et par suite de la paix avec les Samnites, Rome fit aussi la paix avec Tarente.

Toute l'Italie centrale était encore en fermentation, et sur certains points en soulèvement déclaré : les forteresses n'étaient encore qu'en voie de construction, et la route entre l'Etrurie et le Samnium n'était pas encore complètement fermée. Peut-être était-il temps encore de conquérir la liberté; mais il ne fallait pas attendre.

La guerre recommença donc, 298 (456).

Ce fut par une chaude journée que se livra la bataille de Sentinum. A l'aile droite des Romains, où Rullianus luttait lui-même avec ses deux légions contre l'armée samnite, la bataille

resta longtemps indécise. A l'aile gauche, que commandait Publius Decius, la cavalerie romaine fut mise en désordre par les chariots de guerre des Gaulois, et les légions commencèrent bientôt à fléchir. Alors le consul appela le prêtre Marcus Livius, et lui commanda de vouer à la fois aux dieux infernaux la tête du général romain et l'armée ennemie; puis il se jeta au milieu des hordes gauloises et y trouva la mort. Ce désespoir héroïque d'un homme supérieur et d'un général aimé ne fut pas inutile. Les fuyards firent volte-face; les plus braves se précipitèrent sur les pas de leur général, au milieu de l'armée ennemie, pour le sauver ou pour mourir avec lui; au moment opportun, parut, envoyé par Rullianus, le consulaire Lucius Scipio, avec sa réserve romaine, sur l'aile gauche qui était en péril. La précieuse cavalerie campanienne, qui prit les Gaulois en flanc et en queue, les mit en déroute; les Gaulois s'enfuirent; à la fin les Samnites plièrent également, et leur général Egnatius tomba à la porte du camp. Neuf mille Romains couvraient le champ de bataille; mais le triomphe acheté si cher était digne d'un pareil sacrifice. L'armée de la coalition se débanda, et par suite, la coalition elle-même; l'Ombrie resta au pouvoir des Romains; les Gaulois se retirèrent; ce qui demeurait de l'armée samnite s'éloigna en bon ordre, par les Abruzzes, et rentra dans sa patrie. La Campanie, que les Samnites avaient envahie pendant la guerre étrusque, fut occupée par les Romains avec peu d'efforts, lorsque cette guerre fut finie.

L'Etrurie demanda la paix l'année suivante, 460 (294).

Les Samnites agirent autrement; ils se préparèrent à une résistance désespérée, avec cette énergie des hommes libres, qui ne peut pas commander à la fortune, mais qui peut la défier. Cependant le Romain triompha et emporta d'assaut les forteresses dans lesquelles les Samnites s'étaient réfugiés avec leurs biens. Ainsi, lorsque finit la guerre samnite, le territoire exclusivement romain s'étendait au nord jusqu'à la forêt Cominienne, à l'est jusqu'aux Abruzzes, au sud jusqu'à Capoue, tandis que les postes avancés, Luceria et Venusia, fondés contre l'est et le sud, sur la ligne de jonction des ennemis, les isolaient de tous les côtés les uns des autres. Rome n'était déjà plus simplement la première

puissance, mais la puissance prépondérante de la péninsule, lorsque, vers la fin du vmo siècle de Rome, les nations que la faveur des dieux et leur propre génie avaient placées à la tète de leur continent commencèrent à se rapprocher les unes des autres dans la politique et sur les champs de bataille; comme aux jeux olympiques, les vainqueurs des luttes précédentes se préparent à une seconde et plus décisive compétition, Carthagc, la Macédoine et Rome se préparèrent à un dernier et décisif combat.

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