‹ Histoire de RomeChapitre 21 sur 57 · LA GUERRE AVEC ANTIOCHUS D'ASIE · texte numérisé non relu

LA GUERRE AVEC ANTIOCHUS D'ASIE

evant l'attitude d' Antiochus, on se résolut à la guerre à Rome. Dans ce même été de 562 (192), une flotte romaine de trente voiles, ayant à bord trois mille soldats, sous Aulus Atilius Serranus, apparut à la hauteur de Gythium. Antiochus rassembla les vaisseaux et les troupes qu'il avait sous la main; il n'avait que quarante vaisseaux et dix mille hommes d'infanterie avec cinq cents cavaliers et six éléphants; il partit de la Chersonèse de Thrace pour la Grèce, où il débarqua dans l'automne de 562 (192) à Pteleum, sur le golfe de Pégase, et occupa immédiatement la ville voisine de Démétrias. Vers le même temps, une armée romaine de près de vingt-cinq mille hommes, sous les ordres du préteur Marcus Baebius, débarqua à Apollonia. La guerre était ainsi commencée des deux côtés. Les Rhodiens et les Byzantins se joignirent à leurs anciens alliés. L'Egypte prit également le parti de Rome. Philippe mit toutes ses forces, avec un zèle cordial, à la disposition des Romains. La seconde puissance de la Grèce, la ligue achéenne, n'adhéra pas moins complètement que la première à l'alliance avec Rome.

Au commencement du printemps de 563 (191), l'état-major romain arriva à Apollonia. Le commandant en chef était Manius Acilius Glabrio, homme d'une humble origine, mais général habile, redouté de ses soldats et de l'ennemi; l'amiral était Gaius Livius. Ils amenaient avec eux des renforts en hommes et en vaisseaux, de la cavalerie libyenne et des éléphants, de sorte que le contingent total de l'armée romaine s'éleva à environ quarante mille hommes. Les troupes romaines avaient déjà commencé les opérations en Thessalie.

Bataille aux Thermopyles. — Antiochus résolut de se retrancher aux Thermopyles, qu'il avait occupées, et d'attendre l'arrivée de la grande armée d'Asie. Il prit lui-même position dans la passe principale, et commanda aux Etoliens d'occuper les hauteurs par lesquelles Xerxès avait réussi, autrefois, à tourner les Spartiates.

Mais la moitié seulement du contingent étolien jugea convenable d'obtempérer à l'ordre du général : leur poste* de Callidromus se laissa surprendre par Caton, et la phalange- asiatique, que le consul avait pendant ce temps-là attaquée de front, se dispersa, quand les Romains, se hâtant de descendre de la montagne, tombèrent sur ses flancs. Comme Antiochus n'avait nullement prévu les revers et n'avait pas pensé à sa retraite, il s'embarqua à la hâte pour Ëphèse : l'Europe était perdue pour lui, à l'exception de ses possessions en Thrace.

Antiochus était résolu, si cela était possible, à empêcher les Romains de débarquer en Asie, et il fit, dans ce but, des préparatifs de guerre maritime.

Tandis que les Romains, après avoir débarqué sur le rivage d'Asie, s'arrêtaient quelques jours, des ambassadeurs du grand roi arrivèrent dans leur camp pour négocier la paix. Mais Antiochus, irrité par l'arrogance probablement intentionnelle de son antagoniste, et trop indolent pour persévérer et faire une guerre suivie, se hâta d'aller exposer au choc des légions romaines la masse peu mobile, inégale et indisciplinée de son armée.

Dans la vallée de l'Hermus, auprès de Magnésie, au pied du mont Sipylus, non loin de Smyrne, les troupes romaines rencontrèrent l'ennemi, à la fin de l'automne 564 (190) ; la victoire, qui leur donna un troisième continent, ne coûta aux Romains que quatre-vingt-quatre cavaliers et trois cents fantassins. L'Asie mineure se soumit, y compris même Ephèse, d'où l'amiral retira rapidement sa flotte, et Sardes la résidence de la cour.

Ainsi le protectorat de la république romaine embrassait maintenant tous les Etats, depuis l'extrémité orientale jusqu'à l'extrémité occidentale de la Méditerranée. Il n'existait là aucun Etat dont les Romains crussent avoir rien à redouter. Mais un homme vivait encore à qui Rome faisait cet honneur : le Carthaginois sans asile, qui avait soulevé contre Rome tout l'Occident. Ce dernier s'était réfugié d'abord en Crète, puis en Bithynie, et il vivait à la cour de Prusias, roi de ce pays, aidant ce dernier dans ses guerres avec Eumène. Flamininus entreprit de sa propre

autorité de délivrer Rome d'Hannibal, comme il avait délivré les Grecs de leurs chaînes, et, sinon de mettre le poignard sur la gorge au plus grand homme de ce temps, au moins de l'aiguiser et de l'affiler. Prusias, le plus pitoyable des pitoyables des princes de l'Asie, fut ravi d'accorder la petite faveur que l'envoyé romain demandait en termes ambigus, et Hannibal, voyant sa maison entourée d'assassins, prit du poison. Il avait vécu assez pour voir l'Occident complètement soumis, et pour livrer sa dernière bataille avec les Romains contre les vaisseaux de sa propre ville, qui était elle-même devenue romaine, et il fut contraint à la fin de demeurer simple spectateur.

Vers la même époque, et probablement la même année, mourut aussi l'homme que les Romains appelaient son vainqueur, Publius Scipion. La fortune avait prodigué à celui-ci tous les bonheurs qu'elle avait refusés à son antagoniste, bonheurs dont les uns lui appartenaient, et dont les autres étaient fortuits. Il avait ajouté à l'empire de Rome, l'Espagne, l'Afrique, l'Asie; et Rome, qu'il avait trouvée simplement la première république d'Italie, était devenue, à sa mort, la maîtresse du monde civilisé.

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