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LES PEUPLES DU NORD

l faut maintenant signaler quels moyens employa Rome pour assurer et agrandir sa domination de ce côté, et dire comment les grandes masses de peuples qui se montraient sans cesse d'un côté et d'autre au-delà de ce rideau de montagnes, commencèrent à rappeler rudement au monde romain et grec qu'il avait tort de compter sur la domination exclusive de la terre.

A la frontière méridionale du canton des Allobroges, au confluent du Rhône et de l'Isère, que l'armée des Arvernes passa sur un pont de bateaux, fut livrée, le 8 août 633 (121), la bataille qui décida de la domination sur le Midi de la Gaule.

Le résultat de ces opérations militaires fut l'institution d'une nouvelle province romaine entre les Alpes maritimes et les Pyrénées. Dans la contrée située entre le Rhône et les Pyrénées, les Arvernes conservèrent leur liberté et ne furent pas soumis à payer tribut aux Romains. Mais ils durent céder à Rome la portion la plus méridionale de leur territoire direct ou indirect, le district au sud des Cévennes jusqu'à la Méditerranée et le cours supérieur de la Garonne jusqu'à Tolosa (Toulouse).

Comme de coutume, à la fondation de nouvelles forteresses se joignit la construction des routes. Les Romains s'établirent à Narbo, vieille cité celtique sur le fleuve navigable de l'Atax (Aude), peu éloignée de la mer.

Dans les régions des sources du Rhin et du cours du Danube, la plus puissante nation du temps était le grand peuple celtique.

Marcus Livius fut le premier général romain, 642-643 (112- 1 1 1) qui atteignit le Danube, et Marcus Minucius, 644 (110) battit si complètement les Scordisques, que depuis ce temps ils furent réduits à une situation insignifiante.

En vue de conserver la frontière du Rhin, et le territoire directement menacé des Allobroges, une armée romaine, commandée par Junius Silanus, parut en 645 (109) dans la Gaule méridionale. Le consul fut complètement défait et le camp romain fut pris. Mais les Cimbres, au lieu de poursuivre leur victoire sur les Romains, s'occupèrent sans doute à soumettre les cantons celtiques environnants.

Ils revinrent en 649 (105), sous leur roi Boiorix, pensant sérieusement, cette fois, à une expédition en Italie.

Le proconsul, Caepion, fut complètement anéanti, en sorte que son camp même tomba au pouvoir de l'ennemi; et ce désastre entraîna la défaite non moins complète de la seconde armée romaine. On dit qu'il périt 80 000 soldats romains et la moitié autant des gens inutiles qui suivaient le camp, et que dix hommes seulement échappèrent. La terreur gauloise se répandit en Italie :

dans tout l'Occident on parut convaincu que la domination romaine touchait à son terme.

Marius se présenta encore en dépit de la loi qui défendait de remplir le consultât deux fois de suite, et non seulement il fut nommé consul et chargé du commandement suprême de la guerre des Gaules, tandis qu'il était encore en Afrique à la tête de l'armée, mais il fut investi de nouveau du consulat pour cinq années successives.

Les Cimbres résolurent de s'occuper sérieusement de l'expédition d'Italie. Leur masse se divisa en deux hordes, dont l'une composée de Cimbres et des Tigorini, devait traverser de nouveau le Rhin et envahir l'Italie par les passages de l'est déjà reconnus en 641 (113), l'autre, composée des Teutons nouvellement arrivés, devait envahir l'Italie par la Gaule romaine et les passages de l'ouest.

Marius attendit les Teutons dans un camp bien choisi et bien approvisionné au confluent de l'Isère avec le Rhône. Pendant trois jours consécutifs les Barbares se jetèrent sur les retranchements romains, mais leur courage indompté se brisa contre cette forteresse et contre la prudence du général. Après avoir essuyé des pertes considérables, les hordes alliées se résolurent à renoncer à l'attaque, et de marcher sur l'Italie sans s'occuper du camp. Pendant six jours consécutifs ils continuèrent à défiler, ce qui prouve l'encombrement de leur bagage plutôt que l'immensité du nombre. Le général les laissa s'avancer sans les attaquer.

Lorsque la marche fut terminée, il leva son camp et se mit à la poursuite de l'ennemi. Une première collision, heureuse pour les Romains, surexcita le général et les soldats : le troisième jour qui la suivit, Marius se mit en mesure de livrer une bataille décisive sur une montagne, au sommet de laquelle se trouvait le camp romain (près d' Aquae Sextiae — Aix) . Les Teutons, impatients depuis longtemps de se mesurer avec leurs antagonistes, escaladèrent immédiatement la montagne et commencèrent la lutte. Elle fut rude et disputée; jusqu'au milieu du jour les Germains demeurèrent solides comme un mur; mais l'ardeur du

soleil de Provence abattit leur énergie, et une fausse alarme, à l'arrière, décida la rupture des rangs déjà ébranlés. Toute la horde fut dispersée, et, comme on pouvait s'y attendre dans un pays étranger, ils furent tous mis à mort ou faits prisonniers.

La Gaule était délivrée des Germains, et il était temps, car leurs frères d'armes étaient déjà sur le revers des Alpes. Lorsque les Cimbres débouchèrent en masses épaisses des montagnes, une panique s'empara de l'armée romaine, et légionnaires et chevaliers s'enfuirent. Catulus fut obligé de se retirer vers la rive droite du Pô, et de laisser toute la plaine entre le Pô et les Alpes au pouvoir des Cimbres. Mais, dans cette occasion, les Cimbres restèrent fidèles à leur coutume d'hiverner. Les Romains gagnèrent donc le temps de les rencontrer avec leurs forces réunies en Italie. Du champ de bataille d'Aix, l'armée victorieuse fut conduite vers le Pô. Au printemps de 653 (101), elle traversa de nouveau le Pô, comptant 50 000 hommes, sous le consul Marius et le proconsul Catulus, et marcha contre les Cimbres.

Les deux armées se rencontrèrent au-dessous de Vercellae. Une victoire complète fut achetée au prix de faibles pertes, et les Cimbres furent exterminés. L'avalanche humaine, qui pendant treize ans, avait alarmé les peuples depuis le Danube jusqu'à l'Ebre, depuis la Seine jusqu'au Pô, s'ensevelit dans ces plaines, ou subit le joug de l'esclavage.

Les partis politiques de Rome continuèrent leurs misérables querelles sur ces cadavres, sans s'inquiéter de ce grand chapitre de l'histoire du monde dont la première page venait de s'ouvrir.

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