‹ Histoire de RomeChapitre 37 sur 57 · POMPEE ET L'ORIENT · texte numérisé non relu

POMPEE ET L'ORIENT

IORSQUE, quarante jours après, la navigation fut rétablie dans le golfe oriental de la Méditerranée, Pompée se rendit avec ses soixante meilleurs transports dans la mer orientale, puis vers le repaire primitif et principal de la piraterie, les eaux de Lycie et de Cilicie. La douceur de Pompée servit plus que la crainte à lui ouvrir les portes de ces forteresses presque inaccessibles. Bientôt le plus grand nombre renonça à soutenir une guerre inutile et se décida à se rendre. Quarante-neuf jours après que Pompée eut paru dans la mer orientale, la Cilicie était soumise et la guerre terminée. Près de 400 vaisseaux et barques, parmi lesquels se trouvaient 90 bateaux de transport spéciaux furent pris

par Pompée, ou livres à lui; il y eut en somme plus de mille voiles pirates détruites, et en outre les ricins arsenaux des pirates et les docks des flibustiers furent livrés aux flammes. 11 y eut plus de 10 ooo pirates faits prisonniers, plus de 20 000 tombèrent vivants aux mains des vainqueurs.

Au printemps de 688, Pompée se rendit en Galatie pour prendre le commandement des troupes de Lucullus et pour entrer avec elles sur le territoire du Pont, où les légions de Cilicie durent le suivre. A Danala, village des Trocmeri, les deux généraux se rencontrèrent, mais la réconciliation qu'on espérait des deux côtés n'aboutit pas.

Autant que le permettait la saison, les troupes passèrent les frontières du Pont. Ils y trouvèrent le roi Mithridate avec 30 000 fantassins et 3 000 cavaliers. Lorsque le général romain reconnut que Mithridate ne voulait pas livrer un combat décisif à l'intérieur de son territoire, mais attirer derrière lui l'ennemi dans les régions inexplorées de l'Orient, il résolut de ne pas s'y prêter. Les deux armées étaient fort rapprochées l'une de l'autre. L'armée romaine survint pendant le repos du milieu du jour, sans être aperçue de l'ennemi, l'entoura, et s'empara d'une hauteur éloignée qui dominait un défilé étroit par lequel devait passer l'ennemi, au lieu où Ton bâtit plus tard Nikopolis. Tout à coup, on entendit retentir de tous côtés, dans le silence de la nuit, le redoutable cri de guerre des légions et les traits commencèrent à pleuvoir de toutes parts sur les hordes attaquées, chez lesquelles soldats et bagages, chariots, chevaux et chameaux étaient entassés pêle-mêle, en sorte que dans cette masse serrée, tous les coups portaient. Ce qui ne tomba pas sous le fer, dans cette effroyable confusion, fut écrasé sous les pieds des chevaux ou sous les roues. Ce fut la dernière bataille que le vieux roi livra aux Romains. Il se hâta, avec ce qui lui restait de troupes, de se réunir à son allié, le grand roi d'Arménie.

Cette espérance même était vaine. Pendant la bataille que nous venons de raconter entre Mithridate et Pompée, le roi des Parthes, cédant aux conseils des Romains et surtout à ceux des princes fugitifs, était tombé à main armée sur le royaume de

Tigrane, et l'avait obligé à se réfugier dans des montagnes inaccessibles. Cependant Tigrane vainquit les corps de Parthes restés en arrière et les émigrés d'Arménie commandés par son fils, et rétablit sa domination dans tout son empire. On comprend qu'en présence de semblables circonstances le roi fût peu disposé à recommencer la lutte avec les armées romaines victorieuses, et à se sacrifier à Mithridate. Celui-ci vit dès ce moment son royaume entre les mains de l'ennemi, ses alliés prêts à le livrer à lui; il n'était plus possible de continuer la guerre. Il se dirigea donc vers le Nord.

Pompée arrêta la poursuite, mais au lieu de retourner sur le territoire arrosé par l'Euphrate, il se dirigea au sud vers la contrée de l'Arax, pour en finir avec Tigrane.

Le grand roi était décidé à acheter la paix à tout prix. Il se jeta, suivant la mode barbare, aux pieds du proconsul et en signe de soumission complète, il mit son diadème et sa tiare dans ses mains. Pompée, ravi de ce triomphe facile, releva le roi des rois humilié, lui rendit les insignes de sa dignité et lui dicta la paix. Outre un paiement de (33 500 000 Frs or) et un présent aux soldats qui devaient recevoir chacun 50 deniers (52,50 Frs or), le roi renonça à toutes ses conquêtes. En une seule campagne, Pompée avait anéanti les deux puissants rois de l'Orient, celui de Pont et celui de l'Arménie.

Cependant les braves populations du Caucase central et oriental virent avec déplaisir les Occidentaux camper sur leur territoire. Epouvantés par la nouvelle que le général romain voulait, le printemps suivant, passer les montagnes et poursuivre le roi de Pont au-delà du Caucase, les Albani se jetèrent sur l'armée romaine divisée en trois grands corps sous Quintus Métellus Celer, Lucius Flaccus et Pompée lui-même. Mais Celer, qui reçut le choc principal, fit bonne contenance, et Pompée, après s'être débarrassé de la troupe envoyée contre lui, repoussa jusqu'au Kur les Barbares battus sur tous les points. Les Albani, les Ibères, et toutes les populations établies sur le Caucase et audessous acceptèrent pour le moment la domination de Rome. Mithridate essaya encore une fois de traiter avec les Romains. Il

demandait son royaume patrimonial et se déclarait prêt à reconnaître l'hégémonie romaine, et à devenir prince tributaire. Mais Pompée refusa de donner au prince une situation dans laquelle il pouvait recommencer son ancien jeu, et lui demanda de se soumettre en personne.

Puisqu'il fallait mourir, Mithridate voulait mourir du moins comme il avait vécu, et ordonna à tout son harem de prendre du poison : ses femmes, ses concubines et ses filles, et parmi celles-ci la jeune fiancée du roi d'Egypte et de Chypre, durent souffrir la mort avant que la coupe de poison arrivât à lui, et comme ce poison n'opérait pas assez vite, il se fit achever par un soldat celte, Betuitus. Ainsi mourut, en 691 (63) Mithridate Eupator, à l'âge de soixante-huit ans, après avoir régné soixante-sept ans. Quelque jugement qu'on porte sur l'obstination de Mithridate, c'est une figure historique importante dans toute l'étendue du mot. Il avait été l'avant-poste de la réaction de l'Orient contre l'Occident, et commença ainsi la lutte de l'Orient contre l'Occident, et vainqueurs comme vaincus comprirent que sa mort était non la fin, mais le commencement de cette lutte.

Ainsi l'édifice de l'Etat romain d'Asie était terminé avec ses rois tributaires et ses vassaux, ses prêtres, ses princes et le cercle de ses villes entièrement ou à moitié libres, qui le faisaient ressembler au saint-empire germanique. Pompée se laissa complimenter et se complimenta de façon à laisser croire qu'il avait la tête plus faible qu'elle ne l'était. Ses inscriptions mentionnèrent 12 millions d'âmes soumises et 1 538 villes ou forteresses prises d'assaut. La quantité semblait compenser la qualité, et le cercle de ses triomphes s'étendait de Palus Méotide à la mer Caspienne, et de celle-ci à la mer Rouge. La servilité démocratique ne se contenta pas du triomphe qui, les 28 et 29 septembre 693 (61), quarantesixième anniversaire de la naissance de Pompée, parcourut les rues de Rome, rehaussé, sans parler d'une foule de particularités, des insignes royaux de Mithridate et des enfants des trois rois les plus puissants de l'Asie, Mithridate, Tigrane et Phraate, elle accorda à son général qui avait vaincu vingt-deux rois, des honneurs royaux, et lui permit de porter toute sa vie la couronne d'or

et les insignes de la magistrature. Les monnaies frappées en son honneur montrent le globe terrestre entre le triple laurier des trois parties du monde, et, au-dessus, la couronne accordée par les citoyens au triomphateur de l'Afrique, de l'Espagne et de l'Asie. Les bénéfices financiers que fit Rome furent incalculables : les nouveaux tributs que, à l'exception de quelques cités qui en furent affranchies, tous ces princes, ces seigneurs et ces villes avaient à payer à Rome, accrurent les revenus de l'État de plus de moitié. La réorganisation de l'Asie romaine par Pompée doit, au milieu de bien des erreurs inévitables, être considérée comme intelligente et digne d'admiration : quelque pénibles que fussent les circonstances de leur vie, les Asiatiques tant éprouvés devaient considérer comme un bienfait de pouvoir jouir à l'intérieur et à l'extérieur d'une paix si longtemps désirée et si chèrement achetée.

La conquête de Chypre fut décidée en 696 (58) par le peuple, c'est-à-dire par les chefs de la démocratie. Marcus Caton, chargé par les adversaires de l'exécution de cette mesure, arriva dans l'île sans armée; mais il n'en avait pas besoin. Le roi prit du poison ; les habitants se plièrent sans résistance à subir une destinée inévitable et furent mis sous les ordres du gouverneur de Cilicie.

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