C8 HISTOIRE
du hareng n'avait pas été très-bonne, je ne pouvais pas lui faire son sac. Comme c'est d'usage quand on doit de ne pas. garder d'argent chez soi, sitôt compté, sitôt parti aux créanciers, je n'avais pas un sou ; je recommençai à retourner à crédit, j'achetai pour quarante francs de bas de laine, chemises et autres habillements ; et puis ce bon monsieur, ancien notaire, me prêta cinquante francs, que je ljîi donnai pour emporter avec lui en cas de besoin. On Je maria à cinq heures du matin et h sept heures il partait. Sa femme resta chez son père avec son enfant.
Nous voilà à présent restés avec nos filles, petite ressource: il faut voir l'embarras: sielles gagnent cinq sous, elles vous en demandent
dix. L'une veut un morceau, l'autre en veut un autre ; quand l'on est fille, on voudrait bien ce que l'on voit aux autres. Le dimanche est bien à appréhender pour moi. Une, lui faut un bonnet blanc ; l'autre, un mouchoir ; les autres autre chose. Quand elles reviennent de la paroisse, elles voient tout ce que les autres étrennent :
ê — Celle-là étrenne ça, nous n'en avons pas, nous autres. Je leur dis :
— Vous savez bien qu'il y a bien des pauvres ; eh bien, nous sommes du nombre ; nous sommes bien malheureux, nous tissons toute la semaine, et nous ne pouvons pas avoir un morceau ; enfin, on vous a élevées > il faut aider à élever les autres.
Ce n'était pas assez de nos enfants à élever, nous avions la mèrç et la sœur de mon mari, qui devenaient toujours de pire en pire; la mère» qui avait tombé, avait gagné une infirmité, et restait au lit, sale qu'il était ; nous fournissions linge et nourriture ; faisant mauvais usage de nourriture, nous fûmes obligés de leur donner leur pain journellement. La première fois que Ton porta • ce pain, ce pain de trois livres porté par un de nos enfants, la fille, qui avait toute sa ' vie été bien difficile, le prend de la main de
l'enfant, vient chez nous courroucée au dernier degré, nie le jette sur le dos d'une force que je croyais qu'elle allait briser le ménage, s'en fut chez elle en grondant tout le long
de la route, à faire sortir tous les habitants le long du chemin. Tout le monde, qui connaissait leur manière, nous plaignait beaucoup en nous disant :
— Je ne lui en donnerais pas, moi.
Je n'osais lui en reporter, crainte de sa fureur; elle vint le chercher le soir, on lui donna sans parler du passé. Chaque jour, nous portions le pain et autres choses.
Deux ans se passent ainsi ; mon mari, toujours chagrin de voir sa mère si mal soignée, me dit un jour :
— Je passe une triste vie de voir ma mère dans l'état où elle est ; ma sœur ne la soigne pas, quoique tous les jours je l'aidais à la neitoyer. Eh bien, veux-tu la prendre chez
nous, ta la verras, soigner. Suis mon penchant, nous enverrons notre fille aînée chercher une brouette pour l'enlever. Nous dîmes à la fille :
— Nous venons chercher notre mère, elle va rentrer chez nous.
Elle nous dit d'un ton brutal :
— Prends-la.
Pendant que nous cherchions une brouette, la fille consulta quelqu'un, qui lui dit :
— Tu abandonnes ta mère ; pendant que tu es là avec, ton frère te nourrit, et, quand elle sera partie, tu n'auras plus de pain.
La fille revient en furie, — nous -avions sorti
la mère dehors sur une chaise, — prend sa mère de son bras, l'enlève dans sa maison,
ferme la porte, met un verrou, de sorte que nous ne pouvions pas entrer.
Je dis à mon mari : •
— Résiste ; il faut lui faire ouvrir, puisque nous sommes décidés à la prendre ; frappe plusieurs coups.
Elle ouvre la porte, demande pardon à son frère, que de toute sa vie elle ne lui avait demandé, en lui disant :
— Laisse^moi ma mère, je te promets dela mieux soigner à l'avenir.
Il en eut pitié, il lui laissa.
C'était le mercredi. Le samedi suivant, viennent les inondations. Mon mari avait toujours usage, toutes les fois que l'eau coulait dans les rues, d'aller voir si l'eau n'en-
trait pas dans la petite cour de sa mère; comme l'eau n'avait pas tombé sur notre endroit, Ton ne savait pas qu'il en avait tombé dans les environs. Au moment que nous vîmes cette malheureuse inondation, mon mari court chez sa mère, trouve l'eau audessus des croisées. Comme elle demeurait au fond de la cour, il monte sur le fossé, crie :
-*- Ma mère, êtes-vous là?
. Personne ne répond. Ne pouvant avancer plus loin à cause des débris qui arrivaient dans la cour, les épines, les ronces, l'eau qui arrivait par torrent, il ne pouvait avoir là certitude si sa mère était sauvée ou non, ne pouvant parler à aucun voisin ; tous étaient sauvés . Il revient chez nous bien
triste, encontre quelqu'un qui lui dit qu'il avait entendu crier ; « Sauve qui peut! »
Cette malheureuse mère et la fille étaient noyées couchées dans leur lit; les cris que Ton avait entendus étaient ceux d'une de leurs voisines, qui était montée au grenier, et que sa fille était noyée aussi. L'eau montant jusqu'au grenier est restée deux jours presque jusqu'au haut des fenêtres. On a été obligé de prendre une petite barque pour aller les chercher par le toit des maisons ; on les transportait au pied de la côte pour faire l'inhumation, vu que presque toutes les maisons étaient pleines d'eau. Ces malheureuses» que nous avions, sans reproche, nourries depuis longtemps, étaient logées
dans une petite maison à elles, à côté de celle du frère, et ensuite une à nous, que nous a>sions fait réparer à nos frais, et payé leurs dettes en disant :
— Un jour à venir, quand Dieu disposera d'elles, nous jouirons de cinquante francs de rente ; ça nous dédommagera" un peu de ce que ça nous a coûté.
Eh bien, elles ont passé en non-valeur, brisées, dévastées ; nous avons tout perdu ensemble.
Il se trouva au même moment que notre plus grand bateau était usé ; il fallait recommencer. Un autre embarras, nous étions aussi riches à la fin du bateau comme au commencement; nous trouvâmes le char-
pentier et nous lui dîmes : — Il'nous faut un bateau, comment allons-nous faire?
Il nous dit :
— Comme à l'usage, un peu comptant et le reste quand tu pourras.
Nous avons eu recours à ce bon monsieur ancien notaire; je lui dis :
— Monsieur, vous nous avez prêté, nous vous avons rendu, nous avons besoin de votre secours.
Il nous en prêta un peu, et on nous fit un bateau; nous avions toujours espoir que les saisons viendraient meilleures, et elles vinrent loujours de mal en pire.
Notre bateau était presque fini, il y avait dans notre endroit un Parisien qui séjourna plusieurs mois et se disait fils de baron. Il disait :
— Je vis encore sous la garde de mon tuteur; dans quelques mois, je vais prendre possession de mes biens, je possède un grand revenu.
Enfin bien des choses qu'il voulut bien
dire.
Il eut connaissance qu'il y avait un bateau sur le chantier ; il fait demander mon mari par l'aubergiste. Mon mari va bien vite voir ce qu'il voulait de lui.
— C'est à vous le bateau que Ton construit?
— Oui, monsieur.
— Je voudrais bien en êtrele parrain,
— Monsieur, je l'accepte avec plaisir. Mon mari revint à la maison content et
me dit :
— Ce monsieur, qui est si riche, sans doute donnera quelque chose à son filleul; sachant que nous sommes pauvres, il
nous donnera toujours bien une voile.
Comme les charpentiers ont usage de faire chasser la première cheville à l'armateur, pour avoir la pièce, on fit l'honneur à M. Maxime de la chose; on lui mit le petit maillet garni de rubans en main et la cheville ; en la chassant, il nous fit déjà voir son indécence.
Le chef de douanes, étant à jauger le ba-
teau, lui demanda quel nom il lui donnerait pour faire le certificat de jauge; il lui dit :
— Le Lisa-Boisgontier.
Je me dis en moi-même :
— Il nous en conte bien long.
Il s'en va sans rien dire au charpentier, qui dit :
— Il ne connaît pas F usage, il faut lui dire.
Un d'entre eux lui dit:
— Comment, monsieur, cette cheville ne mérite-t-elle pas qu'on la régale?
— Venez, je vais régaler.
Et il leur fit verser une bouteille de vin.
Ils dirent :
— Il n'y a pas gras, mais nous verrons au moment du baptême.
Il fit, en effet, un grand baptême, tout l'équipage y fut, ainsi que moi, comme femme de l'armateur; je n'y restai pas longtemps.
Une fois qu'il eut bien soupe, il commença à chanter des chansons affreuses ; le ciel en
rougissait. Je revins bien vite chez nous, il y eut des marins qui partirent de table aussi. Il leur conta que le nom qu'il avait donné au bateau était le nom d'une femme qui prenait dix mille francs à la soirée, à force qu'elle était belle- Nous nous regardâmes tous en disant :
— Voilà un joli nom pour notre bateau, nous qui ne donnons que des noms de saints ou saintes, nous n'aurons pas de chance pour la pêche pendant que nous trouverons ce nom en mer.
Aussitôt appareillés, nous offrons nos vœux à la sainte Vierge que nous voyons au bout de la pointe : oserons-nous loi demander sa bénédiction avec ce nom que
nous avons à l'arrière? Si nous n'avions pas été si malheureux, nous aurions fait faire un autre acte et changer le nom ; mais le moment de partir pour la saison du hareng à Dieppe était venu.
Au bout de quelques semaines qu'ils étaient partis, la pêche n'allait pas: il y avait quelques cents francs au bateau là, et il
nous faut au moins quatre mille francs pour nous retirer de nos dépenses. Ce Maxime fut à Dieppe voir nos marins, il y resta huit jours. Les marins, quand ils ne gagnent pas, ne récrivent pas leur pêche. Quand Maxime fut de retour, tout le monde fut le voir pour savoir le peu de gain que nos marins avaient.
Je m'approche de lui, je lui demande en termes de matelot :
— Nos gens, combien ont-ils?
— Vos gens? qui donc est-ce vos gens?
Ah ! oui, mon bateau*
Je dis en me retournant :
— Oui, son bateau, pas seulement la girouette, qui n'est que de dix sous.
Il me dit en me retournant :
— Nos gens ont onze cents francs.
Je lui laissai faire son embarras, et je revins chez nous en grognant contre lui; je me disais :
— Mon bateau, qu'il dit ; je voudrais qu'il ne fut jamais venu au pays.
Nos bateaux revinrent avec le même gain
qu'ils avaient eu la première année du bateau. Nous n'étions pas heureux *
L'année suivante, la barque qui fait la pèche des raies et des turbots étant usée, c'est la pèche qui nous est la plus avantageuse, nous fûmes trouver le charpentier; je lui dis :
— Qu'allons-nous faire? nous n'avons payé
l'autre qu'à moitié, pourrons-nous en avoir un autre?
Il nous dit :
— Nous allons en faire un, car je sais que ça t'aidera à payer l'autre.
- En effet, la pêche fit très-bien ; nous avions l'espoir que si la saison de Dieppe se trouvait bonne, nous nous retirerions un peu
d affaire. Notre espérance fut vaine; on ne gagna rien. Au bout de deux mois, nous avons marié notre fille aînée ; le carême suivant, notre quatrième fils arriva de son service. Étant marié avant de partir, nous l'avons mis en ménage ; dix-huit mois après, nous avons marié notre deuxième fille. Si peu qu'on leur donne, ça fait toujours du mal quand on n'est pas riche.
Après trois années de mauvaise pêche, et avoir élevé seize enfants avec la fortune de ses bras, il n'est pas malaisé de ne pas être riche. Mon mari fait la pêche depuis l'âge de dix ans : âgé de cinquante-trois ans, il est en espérant sa demi-solde ; comme il n'a pas fait de service, sa demi-solde n'est que de
quatre-vingt-seize francs. Nous aurions besoin que le roi ait pitié de nous ; qu'il nous donne une paye plus forte, comme ayant eu sept garçons et neuf filles qui ne sont ni religieuses ni prêtres. Tous travaillent au compte du roi. Comme nous avons à présent un pays bien triste pour la* pêche, nos côtes sont stériles.
« Je, maire de la ville d'Étretat, soussigné, certifie qu'il est à ma connaissance que les faits énoncés au présent manuscrit et qui ont rapport à la vie de Jean Duchemin et de son épouse, sont exacts et véritables.
» Étretat, le 4 octobre 1844.
» Gentil. »
« Monsieur,
)) Suivant les renseignements que vous me demandez sur la famille Duchemin, je m'empresse de vous informer que ce brave marin a commandé pour moi un bateau de pêche pendant dix ans, et que la plus grande probité n'a cessé d'exister dans toutes les relations que j'ai entretenues avec lui.
» J'aurai aussi l'honneur de vous assurer qu'après avoir pris connaissance du petit manuscrit, dans lequel la femme Duchemin rapporte toutes les circonstances de sa vie, j'ai reconnu qu'il était de sa main, et véri-
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table dans tout son contenu. J'éprouve le besoin de vous exprimer ma satisfaction en vous voyant porter intérêt à ces braves gens.
» J'ai l'honneur, etc.
» L'ex-maire d'Étretat,
» FÀUVEL. »
Sainte-Adresse, 1849.
. Presque tous les peintres, beaucoup d'écrivains, un grand nombre de voyageurs, connaissent Étretat, ses rochers, ses cavernes creusées par la mer en immenses cathédrales.
Jç suis venu ici creuser ma tanière quand
j'avais déjà trente ans ; depuis cet âge, les souvenirs sont bien mêlés de tristesse et d'amertume ; il meurt entre trente et quarante ans bien des amis dans la vie, bien des croyances et des espérances dans le cœur.
C'était donc déjà bien tard de me retirer ici à un âge où l'on ne sait plus de ces souvenirs doux et charmants sans mélange d'amertume et de tristesse — qui n'appartiennent qu'aux premières années de la vie.
Voici un des défauts qu'on n'a pas, dans la première jeunesse. A quarante, ans que j'ai, je cherche à me, persuader que je suis dans la troisième jeunesse. Peut-être les poètes ont-ils, par suite de leur organisation, le droit de diviser ainsi leur vie en zones de
jeunesse, et de ne mourir qu'à la fin de leur septième ou huitième jeunesse. Il y a assez de gens, du reste, qui pourraient compter leur âge par vieillesse, car il ne suffit pas pour être jeune de n'avoir que vingt ans.
Toujours est-il que j'ai souvent cherché en quoi consistait en réalité le charme qu'exerce universellement la mer ; — c'est chose dangereuse que l'anatomie des bonheurs'.
Tous ceux qui connaissent Étretat apprendront avec un chagrin réel la mort de Valin, le garde-pêche.
Valin avait fait partie de l'illustre bataillon des marins de la garde impériale ; puis il était revenu au pays où sa fiancée l'attendait, et qu'il n'avait plus guère quitté.
En même temps que ses fonctions de gardepêche, il exerçait toujours la profession de pêcheur. Il avait son parc de l'autre côté de la Porte d'aval et de Y Aiguille, ce gigantesque obélisque planté au milieu des flots, et où les mouettes font leur nid.
En face de son parc était une caverne creusée par la mer. Yalin l'avait agrandie et arrangée, et en était devenu le propriétaire respecté. Il y serrait ses filets et y passait quelquefois la nuit, quand la pêche l'exigeait. On arrivait à cette grotte, soit par dessous
la Porte d'aval à la marée basse, soit en des-
. cendant la falaise par une avalure, chemin
qui a fait frissonner plus d un voyageur,
quoique Valin y eût mis une rampe et des
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cordes, — non pas pour lui, mais pour les étrangers qui venaient visiter sa grotte, et pour lesquels il avait toujours, dans quelque trou du rocher, du rhum ou de l'angélique.
Il avait, en outre, dans le fond du village, un jardin dont les fruits et les fleurs étaient distribués généreusement aux visiteurs.
Puis — dans le village près de la mer, — sa petite maison, que l'on reconnaissait aux beaux œillets, aux splendides giroflées qui en décoraient le devant pendant toute la belle saison.
. Quand on entrait dans cette maison, on la trouvait pleine de calme, de travail, de tendresse, de bonheur. Toute cette famille était si honnête, si vertueuse, non pas de cette
vertu rechignée — qui a 1» de faire au vice une guerre de boutique, ou d'avoir contre lui une haine de famille, — mais de cette vertu saine, bien portante, riante, heureuse.
Il y a quelques années, un grand malheur avait ramené cinq personnes dans la petite maison. — Constance, la fille atnée de Valin, avait perdu son mari Dent u, à la suite de l'inondation qui couvrit de sable et enfouit sous la terre une dizaine de maisons dont on voit encore le toit.
Constance était retournée chez son père avec ses quatre enfants, et Hort se,. la jeune sœur de Constance, avait dit : « Pauvres petits enfants qui n'ont plus de père ! Ça n'est pas trop qu'ils aient deux mères . Je ne me ma-
rierai pas, ils sont maintenant à nous deux Constance. »
Et, depuis ce temps, elle redoubla de travail, non pas avec Pair d'une femme résignée qui accomplit un sacrifice, mais avec l'air serein et heureux.
Constance aimait tendrement son mari; elle fut deux ans morne, indifférente à tout, et le pauvre Valin me racontait il y a bien peu de temps, — quand il est venu passer deux jours avec moi à Sainte- Adresse, — quelle joie il avait ressentie quand, au bout de deux ans, — qu'elle n'avait mangé qu'un peu de soupe, — elle lui dit un jour : « Papa, je mangerais bien un peu de crabe. »
— Depuis ce jour, me disait-il en pleurant, ma pauvre Constance a été sauvée.
Cette maison où sont les deux sœurs et leur mère, une belle, respectable et austère femme, et les petits-enfants, qui sont charmants, paraissait devoir être sous la protection de la Providence. Eh bien, quelques années après la mort funeste de Dente, le mari de Constance, — uq horrible accident y répand le deuil et la livre aux larmes.
Il y a quelques jours, Valin partit le soir pour affaire de service. Le lendemain matin, il n'était pas rentré. Une brume épaisse avait rendu la nuit très-obscure. — Valin avait conservé les habitudes régulières du soldat.
L'alarme se répandit dans Étretat, oùValin était aimé et respecté comme un des pères du pays.
On se mit en grand nombre à sa recherche, et, dans un sentier étroit, près du corps de garde de la Courtine, on trouva un mouchoir marqué à son nom. On descendit à la mer par les falaises d'Antifer, et on trouva sur le galet son cadavre horriblement mutilé.
Il était tombé du haut de la falaise, — plus de trois cents pieds, — la hauteur de six maisons de Paris les unes sur les autres.
Le lendemain, tout le hameau le suivait au cimetière.
Valin était pour moi un ami de vingt ans.
Combien de bonnes soirées j'ai passées avec lui dans sa maison, en fumant, en buvant du cidre chaud, et en écoutant le récit des dangers, des combats, de la gloire et des plaisirs du bataillon des marins de la garde ! Combien de fois l'ai-je accompagné, le jour ou la nuit, à la grotte dont nous descendions si insoucieusement l'âpre sentier, — qui ne lui inspirait jamais d'inquiétudes que pour les autres !
Il est mort, et ce sera un chagrin sérieux pour tous ceux qui l'ont connu. Cet été, tous les visiteurs d'Être tat iront, en arrivant, à sa maison, devant laquelle ils ne verront plus ni œillets ni giroflées, et tous auront les lar-
mes aux yeux en apprenant la fin déplorable du vieux soldat, qui, à soixante ans, était encore alerte et robuste comme un jeune homme.