ICI HISTOIRE
nous : il trouva un voisin près de nous qui lui prêta ce qu'il lui fallait pour faire cet achat.
La place lui devint avantageuse : la commune est grande ; comme il avait une bonus conduite et la confiance des cultivateurs, il se mit chantre a l'église, ami du curé, il demeurait seul sans servante* J'allais souvent lui rendre visite, faire un peu son ménage.
Comme il y avait près de quatre ans que nous avions eu le quinzième, le 16 mars suivant j'accouchai du seizième, qui était une fille; comme nous avions les deux derniers deux garçons, les grandes filles étaient encore bien contentes ; elles lui ont donné le •nom de Marie, et tout le monde de l'endroit
l'appelle Marie. Elle est d'une bonne humeur, elle m'entoure de ses caresses chaque jour.
Au bout de deux ans, le fils, se voyant seul, ses sœurs, n'aimant pas la campagne»
ne voulaient pas aller avec lui pour lui tenir sa porte Ouverte ; comme on est marchand, il faut du monde à la-maison, il prit le parti
de se marier, et épousa la fille d'un riche cultivateur, qui lui apporta la valeur de dixhuit mille francs : avec son état il fut assez heureux. Il ne nous restait qu'un fils de grand chez nous qui fréquentait déjà une particulière, je lui dis :
— Malheureux ! tu as déjà une particulière, tu sais que tu as trois ans de service
à faire avant de te marier ; si le malheur arrive avant, je t'assure que nous ne te marierons pas, nous n'avons que toi pour nous aider à nos bateaux, tu sais que tu dois nous être nécessaire.
L'hiver suivant, on l'appela pour le service, il alla au bureau trouver M. le commissaire. Il lui dit :
— Monsieur, ayez pitié de mon père, il n'a que moi, vous savez que mon frère n'est plus.
II lui répond :
— En effet, ton frère est censé faire son service, comme je n'en prends pas deux de la même maison, va aider ton père.
Il nous est resté un an. L'hiver suivant, on
l'appela derechef, il fut pris ; il arrive à la maison bien triste ; il me dit :
— Ma mère, ce n'est pas ça, ma particu- Hère est enceinte ; il faut nous marier,
Je lui dis :
— Voilà qui est plaisant ! tu sais ce que nous t'avons prédit, ça va t'arriver, nous ne pouvons pas te marier, il faut faire ton sac, tu .
te marieras quand tu seras de retour du service .
Il ne voulait pas entendre cela ; il employa jusqu'au curé de la paroisse, qui vint nous dire : — Il faut les marier, je les marierai pour rien ; nous ferons venir (Jeux bans de Rouen, je prends tout sur mon compte.
Nous ne pûmes nous y opposer ; la saison