‹ Histoire de Rose et de Jean DucheminChapitre 6 sur 12 · G2 HISTOIRE · texte numérisé non relu

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marche pour faire des emprunts ; je n'avais

personne pour soigner mon enfant, je n'avais

qu'une sœur qui jamais n'était venue chez nous quand j'avais des malades ; je fus forcée un soir de lui dire de m'obliger, seulement un moment, de rester un petit moment chez nous, qu'il fallait que je sorte malgré moi, sans lui dire où j'allais, car je ne disais jamais mes affaires à personne. Je la pose auprès du berceau de F enfant précipitamment seulement ; je cours bien vite de maison en maison, là où je croyais en trouver. J'entrais en disant :

— Prêtez-moi cinquante francs.

À un autre j'en demandais cent, en disant d'un air un peu embarrassé":

— Je vous rendrai après la saison de Dieppe.

On m'en donna de suite, et je revins bien vite chez nous ; ma sœur criait après moi :

— D'où viens- tu ? tu me laisses là, tu sais que je ne veux pas rester avec des malades.

J'étais bien soulagée pour le payement , mais pas pour mon enfant ; le lendemain, les billets arrivent, mon enfant à la mort, je ne pouvais pas seulement descendre pour les payer pour ne pas quitter mon enfant; seule, je courais d'un côté et de l'autre, bien triste. Vous devez penser combien un enfant est cher à une mère; la pauvre enfant mourut le soir. J'oubliai bien vite les embarras des

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payements et pas les peines de l'enfant , et elle n'avait cependant que dix mois.

La saison du hareng à Dieppe approchait ; Ton part souvent quinze jours après la Saint- Michel; il fallait se mettre à gréer les effets du père et des enfants pour se disposer à partir.

Comme mon mari était rarement à terre, quelquefois il quittait la petite barque de suite et retournait dans une autre ; j'avais bien des fatigues à la maison, et lui en avait bien plus que moi en mer et au rocher.

Bien des fois, en arrivant de faire la pêche des chatrouilles, quelquefois de trois lieues loin dans les rochers, amorcer ses cordes en

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arriyant sans venir à la maison, lui porter à manger sur le perrey à lui et à ses enfants, de suite repartir pour la mer, tendre ses cordes, revenir à neuf ou dix heures du soir, ne pas avoir le courage de manger par la fatigue ; sa chemise mouillée par la sueur, d'autres fois par la pluie et la mer; se relever à deux heures pour recueillir ses cordes, et tous les jours à recommencer le trajet.

Mais aussi , quand j'avais des embarras plus fort que d'usage, je lui disais :

— Aide-moi un peu.

Il me répondait :

— Fais ton métier et moi le mien.

Nous en avions assez tous deux que de chacun le nôtre; le mien était bien dur, et le sien était dur et exposant; cgr, durant l'hiver, il n'y avait aucune pêche à faire dans nos côtes, quelquefois un peu de. merlan, mais rarement.

Mon mari était obligé d'aller- dans la roche sous falaise pour tailler du caillou que nous vendions dix francs le mille ; il ne faisait pas grand gain, mais ça lui convenait mieux que de tisser. Ainsi, quand il est en mer, il est exposé au mauvais temps : quelque vague de mer pourrait l'engloutir; sous falaise, il peut lui tomber quelque pierre qui peut le tuer. Quand il est parti d'un côté ou de l'autre, je suis toujours inquiète, quand

je le vois un peu en retard , et c'est toujours vivre inquiète et toujours dans la misère.

On dit que Ton s'habitue à tout : c'est bien vrai ; mais quelquefois, quand on a un petit moment de réflexion, que l'on a le moment de penser, je dis quelquefois :

— Mon Dieu ! quelle vie ! que je suis malheureuse !

Quelquefois tout à coup, je dis :

— On dit qu'il faut faire pénitence ; s\ je la fais dans ce monde, je ne la ferai pas dans l'autre.

On dit que faire son ouvrage avec patience, élever ses enfants dans la crainte de

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Dieu, que c'est faire son salut ; mais le pire est que je ne pouvais pas seulement leur faire prier Dieu le soir. Quand je les faisais prier à un, l'qn criait maman, les autres leur discutaient; j'étais obligée de faire relever celui qui était à genoux, sans pouvoir lui faire faire une prière entière : je fus obligée de les faire mettre à genoux tous ensemble.

Quand les plus petits étaient au lit, je mettais les plus grands auprès, de moi pendant que je réparais leurs habillements pour le lendemain.

Je leur donnais un livre avec une croix de Dieu, selon comme ils savaient, et puis je les faisais lire ; quand ils deve-

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naienl plus grands, je les envoyais à l'école.

Ils épargnaient le peu d'argent que je leur donnais le dimanche pour payer leur école.

Quand les plus grands venaient à être plus savants que moi, ils apprenaient aux plus petits, ils me liraient de cet embarras; les voisins qui venaient chez nous , voyant ces enfants faire l'école ensemble , s'admiraient de les voir.

Ils étaient plus paisibles avec leurs frères qu'avec moi : ils les prenaient si doucement , qu'ils leur faisaient faire tout ce qu'ils voulaient; je ne les ai cependant jamais frappés pour dire, mais quelquefois la

patience m'échappait à crier un peu fort pour les faire obéir. s

Ils venaient à se faire "à mes emportements , ijs n'y pensaient plus.

Il ne faut pas crier après des enfants pour se faire craindre, on est plutôt servi à les prendre par la douceur.

Quand on crie après eux , ils vous haïssent.

Prenez-les doucement, ils vous font des caresses journellement et vous obéissent de suite.

Quand ils sont grands, ils n'ont pas à vous dire :

— Vous m'avez élevé durement, vous m'avez battu.

J'en ai fait une fois frapper un par le père , il ne Ta jamais oublié en me disant :

— J'ai été battu une fois par votre faute.

Comme la pêche du hareng ne fut pas forte cette année, et que nous avions besoin d'argent pour payer bien des choses, la saison du maquereau et celle de la petite barque ne furent pas bien avantageuses non plus. Le père et les enfants tinrent conseil de ce qu'ils devaient faire pour le plus avantageux.

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