‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382 (volume 2)Chapitre 10 sur 188 · XVIII ROUEN · texte numérisé non relu

XVIII ROUEN

poitrine déchirée par une violente douleur : « Fuyez 9 malheureux , dit-il à ses compagnons; « craignez de périr avec moi. » Tous s'enfuirent épouvantés; lui-même remonta à cheval ^ mais il tomba mort presque immédiatement.

Cependant , il existait une autre puissance qui, malgré l'assassinat récent de Prétextât, conservait encore quelque indépendance : c'était le clergé. L'évéque de Bayeux, Leudowald, premier des suffragans de l'archevêque de Rouen , commença une enquête sur le meurtre de Prétextât, et suspendit toutes les cérémonies religieuses jusqu'à ce qu'on eût découvert l'assassin. On saisit plusieurs personnes , qui avouèrent que Frédégonde avait ordonné le crime. Mais cette femme fut assez puissante pour arrêter les poursuites. On raconte même qu'irritée contre Leudowald , elle tenta de le faire assassiner. Mais l'évéque se tenait sur ses gardes , et déjoua ses projets. Cependant l'enquête traîna en longueur ; vainement Gontram envoya trois évêques pour instruire le procès : ils furent obligés de s*éloigner de Rouen, sans avoir rien terminé ' .

' Greg. Turon. , ibid.

JUSQU'AU X* SIÈCLE. xix

Uopinion publique ne cessait cependant d'accuser Frédégonde; elle crut se justifier en faisant saisir et fustiger un esclave; elle le livra même au neveu de Tévéque ; et ce fut au milieu des tortures qu'il avoua tout. Frédégonde lui avait donné cent sous , Mélantius cinquante , et l'archidiacre de Rouen cinquante , pour commettre le crime ; on lui avait ^ en outre , promis la liberté pour lui et sa femme. En entendant ces paroles, le neveu de 1 evêque tira son épéé et coupa le misérable en morceaux. Frédégonde n'en continua pas moins de braver l'opinion publique ; elle plaça sur le siège occupé par Prétextât ce Mélantius convaincu d'avoir payé l'assassin '. Mais il excita l'horreur des Bouennais. (c Le peuple seul , dit M. Aug. Thierry , ne manqua pas à la cause de son évéque assassiné ; il le décora du titre de martyr ; les citoyens de Rouen invoquaient , dans leurs prières , le nom de la victime , et s'agenouillaient sur son tombeau.* >»

* Greg. Turon., ibid. , 331.

' Aug. Thierry , Récits des temps mérovingiens, II , 192 et 193. — Je n'aurais pas osé toucher au récit de la mort de Prétextât si admirablement traité par M. A. Thierry , si mon sujet ne m'en eût fait un devoir.

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