XVI ROUEN
pour la prière, un assassin s'approcha de lui, et le frappa, sous Faisselle, d'un coup de couteau. L'évéque poussa un cri et appela les assistans à son secours; mais ils restaient tous immobiles et frappes d'épouvante. Alors Prétextât, étendant vers l'autel ses mains sanglantes , acheva la prière, rendit grâce à Dieu , et fut emporté par quelques serviteurs fidèles. Frédégonde arriva bientôt, accompagnée de ses Leudes : « O « saint prêtre, dit-elle à Prétextât, nous déplore rons un si cruel malheur. Plût au ciel que « l'assassin fût connu ! Il expierait son crime « par un juste supplice. » Cette fausse pitié , qui poursuivait la victime jusque sur son lit de mort, indigna Prétextât. « Quel peut être l'asic sassin, reprit-il , si ce n'est celle qui a égorgé « les rois , répandu le sang innocent et commis a tant de forfaits dans ce royaume ?» — La reine feignit de ne pas comprendre : « Il y a près de « nous, dit-elle, d'habiles médecins qui pource raient guérir cette blessure ; permettez qu'on « les fasse venir. » — Cette nouvelle fourberie exaspéra l'évéque: « Dieu m'appelle de ce monde, a s'écria-t-il ; mais toi , qui es l'auteur de ce a crime, tu seras maudite sur la terre, et Dieu
JUSQU'AU X« SIÈCLE. xvi
« fera retomber mon sang sur ta tête. » Frédégonde s'éloigna sous le poids de cette malédiction, et, peu de temps après, l'évêque expira. Romacharius , évêque de Coutances , vint célébrer ses funérailles. Les habitants de Rouen , et même les Leudes francs de cette ville , étaient plongésdansla douleur '. Un des Leudes, plus hardi que les autres, brava hautement Frédégonde : « Tu as commis bien des crimes , « lui dit-il , mais tu n'avais pas encore osé faire « égorger un prêtre du Seigneur. Puisse Dieu
■ tirer une prompte vengeance du sang inno«- « cent ! Nous poursuivrons tous la punition de « ce forfait , afin que tu ne puisses plus com-
■ mettre de pareilles cruautés. » Frédégonde, habile à dissimuler ses émotions , ne témoigna à ce Leude que de la bienveillance ; elle le fit inviter à sa table, et, comme il refusait, elle le pria de ne pas s'éloigner à jeun de la demeure royale, et de porter à ses lèvres une coupe pleine de là boisson fermentée que préféraient les barbares. Le Franc y consentit; mais à peine eut-il goûté ce breuvage, qu'il sentit sa
* Greg. Turon. , ap. Script, rer. gallic. , II , 327.