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On voit , aux sentimens du peuple pour l'évêque égorgé , que c'est là son véritable chef. N'était-ce pas, en effet, l'évêque qui lui ménageait dans l'église un asile contre la violence des barbares, qui souvent même élevait le serf à la dignité de prêtre, et le plaçait ainsi au-dessus des vainqueurs ? D'ailleurs, l'évêque était véritablement, à cette époque, Télu de peuple ; le droitde concourir à sa nomination était le seul privilège politique qu'eussent conservélesGallo-Romains. C'est donc surtout dans l'histoire de Tévêque qu'aux vil* et viii* siècles il faut chercher l'histoire du peuple , et Rouen , sous ce rapport , eut d'illustres représentans, tels que saint Romain, saint Ouën, saint Ansbert.
Les deux premiers, après avoir passé par d'importantes dignités, et porté l'anneau ou sceau royal des Mérovingiens ' , trouvèrent dans l'épiscopat un asile pour leur .vieillesse. Le premier fut appelé à cette dignité par les suffrages unanimes du clergé et du peuple*. Le second
1 « Régis annulum adeptus. » Acta S. Audoeni apud Bolland. ; Acta SS. mensis Augusti.
> « Fit tan ta cleri ac populi , de pastoris electione , concordia y ut omnes Romanum Tirum sanctum unanimiter sibi eli-
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remplit la Gaule entière de sa réputation de vertu et de sainteté *. Sa renommée attira à Rouen un personnage non moins éminent et qui avait aussi passé par les honneurs du siècle. Saint Wandrille vint visiter saint Ouën, et fut presque malgré lui engagé dans les ordres par Tévéque *. Il alla ensuite fonder le célèbre monastère qui a conservé son nom. Son rival en sainteté, Philibert, le fondateur de Jumièges, futaussienrapport avec l'archevêque, mais saint Ouën, cédant à des accusations perfides, le fit saisir et jeter dans une prison située près d'une porte de la ville (aujourd'hui rue de la Poterne ) ^, Du reste, saint Ouën ne tarda pas à reconnaître son erreur et rendit la liberté à saint Philibert. Sous le pontificat de ce prélat, des monastères s'élevaient de toutes parts*, et la Neustrie
genduiu declararent pontificem. » Ex artis S. Roraanî. — Voyez la brochure de Théodore Licquet , intitulée : Recherches sur ^Histoire religieuse , morale et littéraire de Rouen,
1 A Cujus famasacerdotii lllo tcmpore orbem repleveratGalIiae. » Vita s. Ragneberti , ap. Script, rer. galL , III.
> Vita s. Wandregisilii , ibidem , 562.
^ « Credens S. Àudoënus clericorum oolloquiis , viruni Dei Philibertum , quein antô dilexerat , retrudi jussit ergastulo. >► Vita s. Philiberti , ibidem , 599 .
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méritait déjà le nom de Thébaïde y que lui donna plus tard Guillaume de Poitiers. Saint Ouën travailla aussi avec zèle à faire disparaître les coutumes païennes enracinées dans le peuple. II nous les fait lui-même connaître dans un curieux passage de l'ouvrage qu'il consacra à la mémoire de saint Éloi : « Je vous conjure , « dit-il aux fidèles , de fuir les usages sacrilèges «des payens. Ne consultez, ni les devins, ni « les sorciers , ni les magiciens , ni les enchan- « teurs; ne les interrogez jamais, ni dans vos « maladies , ni dans aucune autre circonstance. « Celui qui commet ce péché , perd aussitôt la « grâce du baptême. N'observez ni les augures « nileséternûmens; ne vous arrêtez pas sur votre « route pour écouter le chant des oiseaux; mais « soit que vous entrepreniez un voyage, ou toute « autre chose, signez-vous au nom du Christ; «récitez, avec foi et dévotion, le symbole et « l'oraison dominicale , et rien ne pourra vous « nuire. Que nul chrétien n'observe le jour où « il sort , ni celui où il rentre , car Dieu a fait « tous les jours égaux. Qu'aucun ne fasse atten- «tion au jour ou à la lune, pour commencer « une entreprise. Qu'aux calendes de janvier
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« personne ne se livre à des pratiques ridicules et fl criminelles , ne prolonge les festins pendant la «nuit et ne boive avec excès. Fuvez, à la fête de K saint Jean et des autres saints , les danses , les tf sortilèges et les cérémonies diaboliques. Que ff pei*sonne n'invoque les noms des démons ,
< Neptune, Diane , Minerve ou les génies. Évitez «les temples , les pierres, les sources ou les ar- «bres consacrés aux démons. N'allumez pas de « lampes dans les carrefours ; n'y faites pas de « vœux. Que personne ne suspende des amulettes
< au cou des hommes ou des animaux ; lors «même que les clercs les béniraient, évitez ces « moyens qui ne sont pas un remède du Christ , (T mais un poison du diable. Ne faites ni lustrait tions ni enchantemens; ne faites point pastf ser vos troupeaux par un arbre creux ou par « une fosse ; ce serait , en quelque sorte , les << consacrer au diable Qu'aucune femme ne sus- « pende à son cou des sachets d'ambre; qu'elle « n'invoque point Minerve avant de travailler la « toile, mais qu'elle implore, pour son ouvrage, la « grâce du Christ, et qu'elle se confie de tout son « cœur en la vertu de son nom. Si la lune vient « à s'obscurcir , ne poussez point de cris ; c'est