‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382 (volume 2)Chapitre 121 sur 188 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

et montraient, à l'appui , l'ancienne donation d'un duc de Normandie, confirmée par les rois de France nos prédécesseurs; ils soutenaient que ces privilèges leur avaient été concédés pour enrichir et agrandir la ville de Rouen, et nous requéraient avec instance de les maintenir dans la possession des droits que leur avait accordés notre prédécesseur. Pour nous, après avoir entendu les raisons des deux parties, quoiqu'on ne fût pas à l'époque oîi se tiennent les Parlemens, nous avons réuni les maîtres de notre Parlement pour cette circonstance spéciale, nous avons examiné les lettres de donation, concession et confirmation, et, après une discussion approfondie de cette affaire , il a été évident à nos yeux que ces privilèges des Rouennais entraînaient de graves inconvéniens pour l'État tout entier. Comme notre devoir nous commande de nous occuper surtout de l'intérêt général , nous avons encore examiné cette affaire dans une assemblée plus nombreuse, et avec ceux de nos fidèles conseillers qui avaient la connaissance la plus complète de la question; nous avons reconnu que si, dans le principe , on n'avait pas aperçu combien une pareille concession serait funeste à la chose publique, les conséquences dangereuses en étaient devenues évidentes par l'événement et la succession des temps; enfin, cédant à plusieurs autres considérations rai-

sonnables, qui, dans cette circonstance, ont dâ nous toucher ainsi que nos fidèles conseillers, nous avons déclaré, par arrêt de notre cour, que, nonobstant la possession, les chartes et privilèges des Rouennais, tous les marchands pourraient , comme l'exige le droit commun, remonter et descendre la Seine avec leurs denrées, aller à Rouen et en revenir, y décharger leurs marchandises, en faire trafic, déposer leurs vins dans les celliers , recharçer leurs bàtimens , et s'éloigner avec eux, se bornant à payer les droits accoutumés. »

Les maximes, que Louis X proclame dans cette charte, paraissent dictées par une sage pensée. Mais les Rouennais pouvaient les rétorquer contre le monopole dont jouissait Paris. Si la Seine devait être libre pour tous, il fallait donc permettre aux bourgeois de Rouen de remonter le fleuve jusqu'à la capitale , et d'y trafiquer paisiblement. On leur refusait la liberté, en leur enlevant leurs privilèges. Aussi ne cessèrent-ils de protester contre une pareille injustice, et, plus d'une fois encore, nous verrons les deux grandes cités commerçantes de la Seine se disputer la navigation exclusive du fleuve.

Aux portes même de Rouen, la commune trouvait des corporations rivales qui, à ses droits, opposaient leurs immunités. Tel était le résultat de l'organisation sociale du moyen-âge, où l'on voyait

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