CHAPITRE TaEIZlÈME
P^t^out des libertés privilégiées, nulle part la véritable liberté, égale pour tous. Ainsi, les kxabitans -de Saint-Gervais refusaient de contribuer aux aides et tailles de la ville de Rouen; ils déclaraient qu'ils ne relevaient que de l'abbé de Fécamp, et qu'ils étaient protégés par les franchises ecclésiastiques. L'affaire fut portée devant le bailli de Rouen, mais les moines se hâtèrent d'en appeler au roi. Ce n'était plus Louis X, mort en i3 j6. Son frère Philippe y le Long lui avait succédé, après le règne éphémère d'un enfant qu'on appela Jean I. Le roi ordouha au bailli de porter la cause devant l'Échiquier de Normandie ^ Cette cour suprême prononça en faveur des moines, mais les bourgeois ne se découragèrent pas, et, sous le règne du troisième fils de Philippe-le-Bel, Charles IV, ils obtinrent une ordonnance royale qui enjoignait à l'Échiquier de réviser son arrêt de concert avec les sages tiu pays'^. Ce procès se prolongea long-temps après la mort de Charles IV, et l'avènement des Valois
L'intérieur même de la ville était agité par des c{uerelles bien plus graves qui devaient appeler une intervention sérieuse de l'autorité royale. En i3i6,
* Archives municipales , Reg. ^, P 112. > Ibidem, f^ 114.
le maire, Vincent du Châtel, fqt insulté sur son tribunal par deux nobles, Jean de Caumont et Jean des Ëssarts. Ils frappèrent avec violence un des sérgens du magistrat, et forcèrent Vincent du Châtel à lever l'audience. Le Parlement de Paris fut saisi d'une affaire aussi sérieuse, et réprima sévèrement cette insolence féodale. Il condamna Jean de Caumont à dix-huit cent soixante-quinze livres tournois d'amende, et Jean des Essarts à trois cent soixante-quinze livres ; en outre , le premier devait payer six cent vingt-cinq livres, et le second cent vingt-cinq livres de dommages au maire et à ses officiers; ils étaient condamnés à faire réparation en plaine audience à Vincent du Châtel assis sur son tribunal, enfin, à garder prison jusqu'au paiement des amendes qui leur avaient été imposées , et pour lesquelles ils devaient fournir caution ^
Les autres différends ne se terminèrent pas aussi facilement. Ils éclatèrent entre l'aristocratie municipale et le petit peuple. La longue possession des dignités municipales et les richesses accumulées par le commerce faisaient oublier aux pairs qu'ils étaient sortis des rangs les plus obscurs. Us ne son-
' Nouveaux Essais historiques sur la ville de Caen, par Tabbé de la Rue, 1 , 101. — Je cite ce fait d'après Tabbé de la Rue, en regrettant qu'il n'ait pas indiqué la source où il l'a puisé.