‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382 (volume 2)Chapitre 123 sur 188 · CHAPITRE TREIZIËME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIËME

geaient pas que , chaque jour , le commerce et Tindustrie enrichissaient d'autres bourgeois qui suppor* taient avec impatience leur domination exclusive. D'ailleurs , la mort et diverses circonstances avaient considérablement diminué leur nombre. Au lieu des cent pairs mentionnés dans les anciennes chartes, on n'en comptait pas trente-six en iSao; cependant, ils refusaient d'ouvrir leurs rangs à la petite bourgeoisie. Indépendamment de cette mor* gue aristocratique qui dut irriter vivement le peu* pie, d'autres sujets de plainte s'élevaient encore contre le gouvernement municipal. L'administration financière était fort mal dirigée. Les comptes du maire se rendaient devant quelques pairs presque toujours ses parens , et, quant au reste des contribuables, on ne leur donnait aucune connaissance de l'emploi de leurs deniers. Ce fut là surtout ce qui indigna le peuple. La ville était obérée , et ceux qui avaient géré ses finances refusaient d'exhiber leurs comptes. Us distribuaient des pensions à leurs créatures, sans utilité pour la commune', administraient sans contrôle les biens des mineurs, faisaient de riches présens aux dépens du commun j voya-

> « Pour ce que nous sommes enfouîmes que plusieurs pensions ont esté données de la ville , par faveur de personnes plus que par nécessité ne grant pvoufit de la ville. » Règlement des commissaires royaux, aux Pièces justificatives.

fil8 COMMUNE DE ROUEN.

geaient eux et leurs gens avec un luxe que payait la cité'. On s'inquiétait peu des sages ordonnances de S. Louis, qui prohibaient ces voyages multipliés. Les complices des abus en étaient les seuls juges. Quel remède pouvait-on espérer d'un pareil gouvernement, où les mêmes hommes étaient juges et parties? Le peuple murmurait depuis long-temps. Il finit par faire entendre des plaintes menaçantes y et accuser les maires et pairs devant les magistrats royaux. Le différend fut porté devant l'échiquier de Pâques i320. Là, les deux parties convinrent de s'en rapporter au roi Philippe V. En même temps , les principaux corps de métiers étaient en hostilité les uns contre les autres. Les drapiers y qui formaient la corporation la plus puissante de la ville , étaient en guerre ouverte avec les tisserands. Ceux-ci soutenaient un procès contre un ancien maire de Rouen , Vincent du Châtel. En un mot, la cité était dans un état de lutte et de confusion qui paraissait annoncer une crise violente. Heureusement, au-dessus de ces corporations qui semblaient près d'en venir aux mains, il existait une autorité supérieure, et les divers partis convinrent de remettre leur cause entre ses mains. Philippe V délégua plusieurs membres de son conseil, et, par une charte datée de l'abbaye de Notre-

* Tous ces griefs sont énoncés dans le même réglcraenf.

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