L\ ROUEN
archiépiscopal de cette ville son frère Robert, a Par cette action , dit un chroniqueur ' , il a ternit sa gloire; car cet archevêque fit un abus a monstrueux de sa dignité , et se souilla par ses ce vices et l'infamie de sa conduite^. » lies autres chroniqueurs, moines pour la plupart , s'accordent avec Guillaume de Malmesbury, pour peindre la dégradation du siège archiépiscopal de Rouen, sous ce fils de Richard I. « Il eut en « abondance, dit Orderic Vital^ les richesses mon- « daines, s'appliqua avec zèle aux affaires séculiè- « res, mais il ne sut pas s'abstenir, comme il eût <c été convenable pour un prélat, des séductions « de la chair. En sa qualité de comte^ il eut une « femme, nommée Herlève, qui lui donna trois ce fils,Richard, Raoul et Guillaume^.» Ces grands
* « Habuit fratrem Robertum , quem archiepiscopum fecit Rothomagi, in hoc sanè non parvâ macula gloriam aspergens.w Guillclm. Malmesb., apud Script, rer, gall., X, 246.
^ « nie immaniter honore abusus , multa facinora , multa fiagitia commisit.» Idem , ibid.
^ « Rodbertus archiepiscopus mundanis opibus affatim abundavit, secularibus negotiis oppidô intentas extitit, et à camalibus illecebris non, ut pontiticem decuisset, abstinuit. Naraconjugem, nominc Herleyam, ut cornes, habuit, ex quft très filios , Ricardum, Radulfum et Guillelmum genuit.» Orderic. Vital., ap.
AU X« SIÈCLE. Lxi
seigneurs , que leur qualité de comte mettait audessus des devoirs ecclésiastiques, ne pouvaient guère avoir pour le peuple des sentimens de charité chrétienne. Séparés de lui par la naissance et par les préjugés de l'éducation , ils le regardaient avec le mépris que montraient pour les vilains tous les seigneurs féodaux.
Cependant^ au milieu des désordres du x« siècle et des premières années du xi* , la réputation des ducs de Normandie s'étendait au loin. Leur capitale était visitée par les rois du nord^ auxiliaires ou protégés de Richard. Ainsi , au commencement du xi"* siècle , Swen ou Suénon , roi de Danemarck et un des conquérans de l'Angleterre, Olaf,Toi de Norwège, et Lacman, roi de Suède, vinrent à Rouen, où Richard les reçut avec une magnificence royale '. L'un d'eux, Olaf, fut baptisé dans la Cathédrale de cette ville. Quelques années plus tard, le roi détrôné des Anglo-
Dacbesne, p. 566. — Voyez aussi, dans les Analecia de Mabillon, p. 224 , un extrait des Actes des Archevêques de Rouen : « Fragi- «litate camis superatus quàmplures fliios genuit. » — Et le Gallia Chris tiana,W, 27.
* « Eos Richardus dux valdè gavisus, competenti honore, regaliter excepît.M Guiilelm. Gemet., apud Script, rer, galL, X, 187 et
ixu ROUEN
Saxons, Ëthelred II, trouva un asile dans la capitale des ducs de Normandie '.
Ce ne fut pas seulement dans le Nord que, grâce à la munificence de Richard , se répandit la réputation de Rouen. Chaque année, on voyait arriver dans cette ville des moines orientaux , attirés par les libéralités du duc^. L'un d'eux fut le célèbre Siméon, du Mont-Sinaï; il resta deux ans à Rouen, et ses conseils déterminèrent Goscelin, vicomte de Rouen , à fonder le monastère de la Sainte-Trinité , sur une des hauteurs qui dominent la ville. Cette colline prit le nom de Sainte- Catherine, parce que Siméon y déposales reliques de cette sainte, qu'il avait apportées d'Orient^. I/ardeur pour les constructions religieuses régnait alors dans Rouen , et on peut appliquer à cette ville ce qu'un historien contemporain, Raoul Glaber, dit de toute l'Europe : « Il semblait « que le monde rejetât ses vieux vêtemens, pour
* Guillelm. Gemet., ibid., 187.
* « Ità ut eliain ab oriente, scilicet monte denominatissimo Sinâ , per singulos annos monachi Rothomagum venirent , qui à praedictis principibus plurima auri et argenti suis déferrent xenia.» Rad. Glaber, ibid., 10.
' Chron. Virdun., ibid., 372.
AU XI« SIÈCLE. lAiii
«se couvrir de la robe blanche des églises * . » L'archevêque Robert jetait les fondemens d'une nouvelle cathédrale, plus vaste et plus magnifique que l'ancienne^. Helbert, abbé de Saint- Ouën, restaurait ce monastère^. Le nouveau château des ducs s'élevait, entouré parles eaux de la Seine. Constructions féodales et ecclésiastiques , châteaux et églises , grandissaient dans Rouen, mais les masures des vilains étaient toujours misérables et dédaignées. Tel fut le spectacle que présenta cette ville pendant la première moitié du xi' siècle , sous les ducs Richard II
' « Erat enim instar ac si mundus ipse, rejectâ vetustate , pass)m candidam ecclesiaruin vestem indueret. » Rad. Glab., apud Script, rer.gall., X, 29.
' « Ecclesiain metropolitanam in urbc Rothomagensi sanctœ Del genitricis àfundamentis incohavit.» Order. Vital., apud Duchesne, ô66.
^ nHelbertus abbas, qui restaura vit monasterium S. Âudoëni.)) ChroD. Rothoni.,ap. Scrip, rer.gall, ^ X, 321. — En admettant que la Tille de Rouen prit à cette époque un accroissement considérable , nous ne pouvons croire , avec un continuateur de Farin , qu'elle s'étendit jusqu'à Saint-Pierre-le-Portier , c'est-à-dire audelà du Vieux-Marché actuel. Le texte que cite l'historien de Rouen (édit. de t731, t. il, première partie , p. tOO), ne prouve pas que cette église fut appuyée aux murs de la ville, mais seulement qu'elle était située dans un terrain borné par ces murs.
LXit ROUEN AU XI* SIÈCLE.
(looi — 10Î16), Richard III (loaG — 10^7 ), et RobertI (10Î17 — io35). Toute l'histoire de cette époque se résume en deux mots : union et puissance du clergé et de la féodalité , oppression et misère du peuple.