‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382 (volume 2)Chapitre 25 sur 188 · AU XII' SIÈCLE · texte numérisé non relu

AU XII' SIÈCLE

e l'église de Rouen était:

ne réputation innlta-

papolesqtiî |imu 'oïn d'avoir, dans ce siècle , ii <Ttiable : « Avec les Rotiennaîs, lui disait-il, il faut *» delà patience; sois donc patient, piiisquetuvis *■ au milieu des médians; sois pacifique, puisque «« tu commandes à des inéchans '. ■ Clependant, Icarsque le pape Innocent II vint à Rouen pour «Conférer avec Henri Beau-Clerc, il fut reçu avec ^empressement par la population tout entière, et *^omblé de présens".

Peu de temps après l'entrée du pape à Boueii, ^^11 II 35, Henri I mourut. Son corps fut rap- ^Dorté à Rouen, et on célébra un service fu- *ièbre dans la cathédrale avec une pompe extraordinaire^. On embauma le corps du roi*; ^t l'on porta ses intestins à Emendreville (Saint- 2Sever), où ils furent enterrés dans l'église de

' • Apud Rotliomngenscsupu.icstpatienliA... £3ti> ergù pa tiens, ■luia es cum nialîs} esto pnciSciis , <|uia |irœc9 mails. - S. Bernnrcii «pist. XXV, I. I , p. 41 . 4î. , Mit. île lrt9o. • Script, rer. gtillic., XII , ÔBO.

' Orderic. Vital., apud nuclicsnc, 9Dt.

' Il parait que l'arldcscmbuutncmcnsf toit nlorsconnuiî Rouen, d'après les détails que itonnc OrderIc Vital, n Un habile chirurçlCB ouvrit le rorps de Henri dans le palnis de l'arclicïêi)uc , cl le remplit de parfums. » Idem, ibidem.

xcviu ROUEN

Notre*Daine-dii-Pré ( Bonne^Noiivelle ) , ^gliae que $a mère avait fondée , et que loi-méme ayait achevée et richement dotées Si l'on eii:<^roît Orderic Vital 9 Henri fut pleuré par tona, quelque fut leur ordre ou leur sexe*.:<{ia bcmFgeoisie « surtout, dut regretter un prince dont la fermeté avait réprimé la licence féodale^

T^ règne de Henri I eut, en effet, des résiiiltats importans pour la classe moyenne, l^lh acquit 9 dans toute la Normandie, et spécialemcrpt à Rouen, une force qu'elle n'avait pa^ e^ixe jusqu^alors. Le roi l'avait favorisée pour ro(^K>ser aux nobles, et, en agissant ainsi, il avait suivi Texemple de son rival, le roi de France* 11 était impossible qu'un prince aussi habile que Henri Beau-Clerc n'fiperçùt pas toute la portée des événemens qui se passaient alor^ en Fraqçe > et ne cherchât pas à imiter l'exemple de Louis VL 11 avait vu ce prince appeler le peuple sous ses drapeaux pour répriiner la licence et le brigandage' des seigneurs féo-

* Orderîc. Vital. , ibicicm.

'^ n A cunctis ordinibus ntriusque sexûs multarqm copia la- (Tvmarum effusa est. » Idem , ibidem.

(laiK '. IjCs bourgeois avaient pris les armes, levé 'i* bannière de la commune et marché contre les cèiâteauK deleursoppresseiu-s. llsavaîent même *^sé soutenir en rase campagne le choc de la ca- "^'"alerie bai'dée de fer, et la victoire était restée ^* leur parti, (^ette union de la royauté avec le ~B^=»euple était un principe de force pour le pou- "■^i^oir central.

Henri 1 le comprit, et s'allia étroitement avec ■ a bourgeoisie rouennaise. Il lui donna des "^iriviléges qui sont constatés par des chartes ^postérieures. Ainsi , il dispensa ies bourgeois de iiouen de {a garde des prisons'', consacra leurs droits de propriété*, et leur accorda une sorte d'administration municipale i. Sous l'infhience

' " Adcomprimend.'iintyraniiidcin prxdoniini i^tsi'dillosoruni... Tune ergi enmmunitas In FrancEA popiilar[s statuts est it pnrsulibus , ul presbyUfi coiaitarcutur régi ad obsidioneni vel pugnam tiim vexillis et parochianis omnibus. . . . Presbjteri cuni

omnibus piirochianis s

Vital., apod Script, rer

' ■< Qu6il nnllus coi

lia Icciim, quôjMSSCris, cant. » Ordetir.

gallic.Wl, 70S.

im custodiat prisonem vel in gaioli Tel as rcx Henri.:us ( Henri 1"). ■■ Ciiatle Ho

Pièces justiUcatites , n" I.

E eoMim tencbal ïnaiino et die, qiio rex Ibidem .

Henri Ptantagenét . au

' " Sicilt unusquiaqi llenricua livus fuit et

' « MîniMpHa su.i. «iriit liAhchnnt tempore rr^ ii

c ROUEN

de ce gouvernement protecteur, notre ville prit un grand accroissement. lie pont de pierre de Mathilde ne tarda pas à unir les deux rives de la Seine. £n même temps , les habitans, trop resserrés dans les anciennes limites de la cité, commencèrent k s'étendre en tous sens. Vers le nord, ils dépassèrent le fossé des Gantiers ^ et s'avancèrent vers Saint-Ouen, Aubévoie {Aéba via j Beauvoisine),et la place de la Rôugemare, qui, d'après la tradition , tirait son nom du sang versé dans une bataille entre Otfaon et les Rouennais'« La ville s'étendit, vers l'ouest, jusqu'à Saint-Pierre-le*Portier. On commença à assainir, du coté de l'est , les terrains marécageux', désignés sous le nom de Malpalu ( mauvais marais). Cependant, Tancienne enceinte de murailles subsistait toujours, et elle entoura seule la ville jusqu'à la seconde moitié du xn" siècle *. Cette extension de Rouen mérite d'être signalée, et tient essentiellement à notre sujet. En effet, le développement dé la cité était proportionné à l'augmentation de la population ,

■ Voyez plus haut , Introduction , p. lui et suiv.

' Voyeas Hist. de la Commune^ première partie , chap. I, p. 6 et 7.

AU Xll' SIÈCLE. Cl

et cette augmentation était due au bien-être, à la prospérité des bourgeois, et aussi à l'affranchissement des serfs Une loi de Guillaume-le- Conquérant , confirmée par Henri I , avait beaucoup contribué à briser les liens des serfs, et à leur ouvrir les portes des villes. Elle était conçue en ces termes : « Si un serf reste \m an et un jour sans être réclamé, dans nos villes ou dans nos bourgs entourés de inui-s ou dans nos châteaux , iJ sera libre et délivré pour toujours du joug de le servitude'.» Combien de serfs durent profiter de la protection des cités, et chercher dans leurs murs un asile où ils pussent se dérober à leurs maîtres, et échapper à l'esclavage! A la faveur de la protection des bourgeois , il était facile de se soustraire aux. poursuites des seigneurs, et les habitans des villes durent seconder, dans leur propre intérêt, la fuite des serfs. Il en résulta, pour les cités de Normandie en général, et spécialement pour Rouen , un accroissement considérable de popu-

Si servi iiennanscr lut sine calumniS per nnnuni tatibtis Doatria et in burgiâ niuro vallatis vel in eut i die ilia liberi efDciaatur et liberi jk jugo servit u pci'pclutiDi. 0 Leges liiiilleimi conqueslor.,66.

Cil ROUEN

latioii. Plus tard, Henri II confirma encore la loi de Guiilaume-le-Conquérant ^ et son graxid justicier, Glan ville « déclara positÎYeitietit, dâti» son Traité des CauOximes^ que, si un serf p^Mait tranquillement un an et un jour dan^ Uile yiile privilégiée » et était reçu par les bourgeois daiM leur ghilde, il serait affranchi'. Favoriisés par les lois s les serfs cherchèrent en grainl nombre un refuge dans les villes, et raoo^oiasement de la population rouennaise ëofitttito<: iMâildimt t6ut lecourd du xu* ^ècfo. Sôiis 9I^t4 Wy de j i5o à 1 189^ les nouveaux quartiers devin-* rent assek impoirlans pour qtt\>n leA letitotfti&t de remparts. Ce fut à cette époque qtt'4m tmça: la seconde enceinte dé fortifications, qui^aà nord, orccupait le terrain où furent établies dans la suite les rues dii Cordier et Pincedos , uiie partie de la Rougemare , et la rue Bôut^gl'Abbé. Les nouveaux murs de la ville etivelop-* paient Saint-Ouen, et suivaient, à Pest^ la

■ « Si quis nativus quietè per unum annum et unum diem in «di^liâ villa prïvilégiatà manserit , ità qtièd in eoram communem gyldatn tàtiquàm mis rétieptus ftterity eo ipso à villeiia^o Ufierabitiir. » Raùiilphus de GlanVilIâ , Tractaius de iegibus et consuetudinibus , etc. Lib. v , câp. 6 , §. 5.

AU XU« SIÈCLE. cm

^igûe marquée par les rues de TEpée , du Ruissel ^ ^^ticu ou Vatier-Blondel et de la Chèvre. I^a ^^iiûle occidentale est plus difficile à indiquer. ^* ^t probable que le Vieux-Marché fut enve- '^f^pé dans la nouvelle enceinte^ et que les •^Urs longèrent la rue Saint-Vigor ( rue des Bé- ^ï^ûies), Téglise Saint-Pierre-le-Portier , et le '^rain où l'on a percé plus tard la rue des lambins ( rue de Fontënelle ). Philippe-Auguste , ^près la prise de Uouen , en 1 3o4 y détruisit à ^^ foM les dieux enceintes de remparts * ; les ^osses furent donnés , partie à Saint-Oufin * ^ P«rtîe^ lu ville ^, et^ dans le cours duxji* siècle, ^ ' ^*^ça la troisième enceinte qui > à Touest ^^ *^ord i a été à peu près définitive *. ^^t^aixleur pour les constructions nouvelles, ^^ •> qui dfiltait du règne de Henri Beau-Clerc ,

^^t Ci ^^

*^^ preuve incontestable de l'accroissement

"^^ Bisi, de la Commune^ première partie, p. 94, 1 IQ'et 120. 3 •^^^111,122.

.''«S le plan annexé À cette histoire. Les diverses enceintes àfi ^W

^^^«n y sont tracées. Je dois beaucoup , pour les détails

^^Hphiques, aux comuiunicatioiis de mon ami M. Cli. Ri- ^ ^^* Du reste , je ne fais , comme je Tai dit plus haut , qu'in- A^^^^r la question que M. Richard traitera à fond.

civ ROUEN

et de la prospérité de la bourgeoisie i^ouennaîse , sous l'administration de ce prince. Toutefois , pour ne rien exagérer, la situation des vilains était encore loin d'être brillante à cette époque. A côté des riches bourgeois, dont on recherchait l'alliance , il y avait encore dans Rouen un grand nombre de serfs, qui n'avaient pu profiter des lois de Guillaume pour s'affranchir. Nous voyons méine, en 1 1 56, Henri II en céder plusieurs au prieuré de Grammont. A la fin du xfi* siècle, en 1 1912 , Richai*d C<àeur-de-Lion confirme cette donation , dans les termes sui* vans : «Nous donnons et nous accordons aux frères du couvent de Grammont ^^lâ? hommes de la ville de Rouen , pour faire successivement leurs services * . » On reconnaît là les hommes de i^oçistÇi^homines po(eslatis)y les serfs qu'on don-^ nait, comme les bois et les maisons, en un mot,

■ Charte de fondation du prieuré de Grammont , traduite par Farin , Hist. de Rouen , III, 201 et suiv. édit. de 1668. Martenne , Tkesaur. anecdot. , 1 , 648 et suiv. , a donné la confirmation de cette charte , par Richard Cœnr-de-Lion. Voici le passage qui se rapporte aux hommes de Rouen : « Damus et concedimus memoratis fratribus et perpetuô conflrmamus duos homines in villa Aoikomago successive pcr operationem suam ad servitium ipsorum fratrum faciendum. »

Ali Xll" SlfiCLE, ■ cv

quon considt^raît comme des cboses, et non comme des personnes. Ceux même des haijiUiHS (le Rouen qui n'étaient pas soumis à cette rriste condition, qui pouvaient posséder et s'exempter des corvées, étaient loin de jouir d'une grande liberté. Us n'avaient ni juridiction particulière, ni administration municipale. Au milieu de cette ville remplie de tant de tribunaux spéciaux, il n'y avait pas de justice des bourgeois. On y voyait l'ofBcial , juge d'église, lenantson tribunal prés de la Cathédiaie (cour des Libraires aujoui'd'bui) ; le sénécbai de Saiut-Ouën, à la porte de l'abbaye; le bailli de l'abbesse de Montivilliers, à Saint-Paul; le bailli des moinesdeFécamp,à Sainl-Gervais; le bailli des religieux de Sainte-Catberine, à la fontaine Jacob (rue Préfontaine); le haut bailli des ducs de Normandie tenant le plaid de [l'-pâu dans la cour du Baile, à l'entrée du château ducal'. Les

* Ce nom <le tùur du Boite est parvenu ju9i[u'à nous , tuais sous la forme all(ir{<e de Btl , et sans qu'on parniisE a'cn rappeler ruriginc. Il ; avait lA , ilevant le chAtcau dC9 ducs Av. T^otmandie, eommc A l'eiitréedc tousiei anciens uhAteaiix (riodaui , une cour ob le bailli tenait ses assises. I^a mota bailli et baile ( bnjulits ) , étaat iduii tiques i(uaiit A la sigoillcation , ou se read [tarfaitrnienlciiiii|)teiluiiDiii AcUiiUe -le In lliiiile-f'Uille-Toar, en

cvi aOUKff

bourgeois étaient justiciables de tous ces tri*^ budaur, et ne pouvaient invoquer aucune protection spéciale ; sans loi fixe» satis défeti^ seurs de leurs droits , ils étaient soumis à une condition encore bien misérable.

D'ailleurs, au milieu de Tanarchie qui suivit la morf: de Henri 1 , et pendant la huté entre sa fille Mathîide et Etienne de Bi6is, les fran-^ diises de la bourgeoisie furent Ibulées aux pieds '. La noblesse opprima de nouveau les

ae rappelant que c'était en ce tien qae le tiallli avait son tiiotlnal. H y tint le plaid de l'épëe jasqiTA Téftoque o* rililippe-à«^ gaste fit raser Tancien château des ducs , et élerer à l'uotre extrémité de la ville une nouvelle forteresse. I.e bailli tint alors ses assises dans Tavant-cour du chiteau, ati llèu qui a consei^é' jusqu'à nos jours le nom de Bailliage. — Voyez M. de Ganmoiit, Architecture militaire au moyen-âge, sur les Balles placés à l'entrée des châteaux , et M. A. Deville , Hist, du château d* Arques , p. 351 et suiv. A l'occasion du Bâile du château d'Arqués , }e tiens d'une source «certaine Tanecdote suivante , qui prouve que partout le nom de Baile s'est conservé dans la mémoire du peuple , mais altéré, et quelquefois tout-à-fait déflguré. Un voyageur visitant les ruines du château d'Arqués, reconnut la cour du Baile ^ et comme il en prononçait le nom , un habitant du pays se hâta de dire : « Oui , Monsieur , c'est la cour diAhel, »

' La charte de Henri Plantagenét nous en fbumit la prevve : <« Omnes res et consuetudines , qu» nocxnt civitati Hothomagi , qu£e post itiortem régis Henrici sunt fact«e et attract» in civitate vel extra. »» Voyez cette Charte , nux Pièces justificatives , n« I .

Ail Xl[' SlÈCLIi. tvn

vilains, et la Noriiiaiulie fut encore le tliéàtie de ces scènes de meurtre et de pillage qtii avaient rendu si déplorable le règne de Robert Courte-Heuse. Henri I avait voulu assurer à sa fille Mathilde la couronne d'Angleterre et le duché de Normandie. Maisù peine fut-il mort, qu'un parti nombreux proclama Etienne de TJlois , pelit-lils de Guillauine-le-Conquérant, Les lieutenans de ce seigneur occupèrent pendant plusieurs années la plupart des villes de Normandie, et entre autres Rouen, mais ce ne fut pas sans avoir à soutenir une lutte acharnée contre les partisans de Mathilde. Ceux-ci étaient nombreux et occupaient plusieurs postes voisins de la capitale du duché. Dès l'année 1 136 , les seigneurs qui soutenaient la cause de la reine, s'avancèrent jusqu'au Vaudi-euil, et s'en emparèrent'. Cette nouvelle parvint bientôtàGaleran, comtedeMeulan, auquel Etienne de Blois avait donné sa fille en mariage , et confié la défense de ta Normandie. Ce seigneur rassembla aussitôt tous les chevaliers qui se trouvaient sous ses ordres , et reprit le château du Vaudreuil.

' Orderic. Vilal. , a|.. Scrip. nr-Hiillie., XII, 75R.

cviii ROU£N

[ja guerre n'en continua pas moins autour de Rouen , avec tous les désastres qui en sont la suite inévitable. Le commerce , principale ressource des bourgeois, était entravé par Tanarchie féodale. Pour comble de malheur , un effroyable incendie consuma, en 1 1!)6, une partie de cette ville , dont les maisons bâties en bois

et entassées dans des rues étroites, présentaient aux flammes une proie facile. Le feu commença vers l'extrémité du Pont-de-Pierre que Mathtkie avait jeté sur la Seine ; poussé avec violence par un vent de sud, il dévora tout le quartier^ du Grand-Pont, et traversa le parvis de la Cathé^ drale, où il brûla quelques échoppes, sans atteindre l'église elle-même. A cette époque, les ressources manquaient pour combattre un pareil fléau , et l'incendie continua ses. ravages depuis le matin avant prime jusqu'au soir. Le vent ayant changé de direction et soufflé de l'ouest, les deux monastères. de Saint-Amand et de Saint- Oué'n, ainsi que les églises et les maisons qui les entouraient, furent la proie des flammes * . « Le célèbre monastère de Saint-Ouën,

' Chron. Rotomag. ap. Labbe , iVbi'« hihliotheca mscr., l, 365. Orderic. Vital. , ap, Diichesnc , 904.

XU .Vn« SlPXLE. ns

clic tristement Orderic Vital ' , ce monastère qui avait coûté plus de quatre-vingts ans de traviiux , fut dévoré par le feu. » Ce désastre arriva le jour de l'exaltation de ta sainte Croix. La ville n'était pas encore sortie de ses ruines, loi'squ'un tremblement «le terre renversa une partie des maisons épargnées par les flammes'.

A l'extérieur, la guerre sévissait toujours. Le château de Préaux, à quelques lieues de Rouen, tomba, en ii4o,au pouvoir des partisans de Matliiide ; ils étaient maîtres delà rive gauche de la Seine, et s'avanraient jusqu'au pont de Rouen. Les plus zélés partisans d'Etienne abandonnaient sa cause pour embrasser celle de ses ennemis. Son propre gendre, Galeran deMeulan, joignit ses forces à celles de Geoffroy l'iantagenêt , second mari de Mathîlde. A la tête d'une nombreuse troupe d'infanterie et de cavalerie , il attaqua le manoir d'Emend reville ( Saint-Sever); il y mit le feu , et l'incendie , gagnant de proche en proche , brûla le monastère de Saint-Sever. Ce désastre coijta la vie à une multitude de

' Ord«ic. vital. , apud Duchcsne , 904.

' Chron. de Si-Bvraalt , ap. Srrip. rer. gi,

ex ROUEN

personnes de tout âge et de tout sexe ^. I.ies Rouennais pouvaient voir du haut de leurs remparts les maisons dévorées par les flammes, et toutes les dévastations de la guerre. ■■*■

Il en était de même dans le reste de la K6r«mandie. Partout les campagnes étaient e& ^roie à d'efFroyables calamités. Les si^igiieurs nii^ naient les moissons, brûlaient iadc»neùrè' du pauvre, et livraient tout au fet et ûtt^fen. Tant de misères tournèrent naturdlement wrs la divinité la pensée des populations» On Yiluoe foule de paysans de tout âge et de tout sexe parcourir processionnellement les* campagnes; chantant les louanges de Dieu et se flageUant. Ils* allaient d'église en église, ^s'efforçaient, par leurs prières et leur pénitence , de fléchir is colère diviqe : « Telle fut j dit le chroniqueur , ic Tardeur de leur foi* et Pefficacité de leurs « mérites, que leur passage fut marqué par « de nombreux miracles; toutes les haines et « les inimitiés cessaient, tous se pardonnaient

* Cànmic. trifU. H Kmmm , roscr. de la Biblîoth. pabliq. de Rouen, r 83.

> Cknmic. ilo/*«w.« a|>. Lalibcv .V«mw Héiimikerm aucr., I, 368.

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