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f leurs injures et se réconciliaient. » Touchant exemple de cette foi chrétienne qui , au milieu des désordres ^e la féodalité, relevait et consolait les âmes, les ramenait aux sentimens d'humanité et de fraternité !
Dans les campagnes, on cherchait par des
processions k fléchir la colère céleste. Dans
les villes, on foroia des communes pour résis*
^er à Fanarchie et à la violence. Comme nous
I avons déjà dit , là bourgeoisie rouennaise avait
^(tHivé un premier point de ralliement dans les
^rporations. Les vilains commençaient à se
Compta , et à moins redouter les seigneurs di-
^i^ës. En l'absence de tout chef' , les corps de
'^^^lier se réunirent sur la place publique, et
i^^ tarent de défendre leurs privilèges. Ainsi se
^^^^ustitua la commune de Rouen , sans orga-
'^^«ation régulière, sans existence légale, naais
ec une puissance réelle. Les jarres de la com-
une imposèrent par leur union, et, malgré
■^^ gens d'Etienne de Blois, toujours maîtres
^^ M château de Rouen, iU traitèrent avec le parti
' « Rectore Normannia cariiit. » Orderic. Vifal. , apud Dii- ^^liesne , 963.
GXii ROUEN
de Mathilde'. Geoffroy Plantagenét campait sur le mont Sainte-Catherine. Les bourgeois lui livrèrent les portes de la ville , pendant que le gouverneur, Guillaume de Garenne, se retran* chait dans la forteresse située sur le bord de la Seine. Ce fut en 1 144» ^^ j^"^ ^^ Saint-Fabien et Saint-Sébastien, que Geoffroy Plantagenét fit son entrée dans Rouen. £n ce moment une violente tempête éclata sur la ville, déracina les arbres et renversa plusieurs maisons^. Malgré ces désastres, les bourgeois conduisirent, en grande pompe, Geoffroi Plantagenét jusqu'à la Cathédrale, où il fut reçu par . Parcbevéque Hugues. Cependant, la citadelle, défendue par les partisans d'Etienne de Blois, résistait toujours, et menaçait les Rouennais, qui craignaient de voir les hommes d'armes porter le carnage et la désolation dans les rues de leur cité. Aussi, dès le a3 janvier i445, Geoffroi coramença-t-il à assiéger la forteresse; il fit avancer des machines de guerre , et tenta d'ouvrir une brèche; mais tous les assauts furent
' Alberic de Trois-Fontaiues , ap. Script, ter, gallic. , XIII, 70 1 . ^ Robert du Mont , ap. Dachesne, p. 983. — Chronique de Rouen , ap. Labbe , N(H*a bibliotkeca mscr, , 1 , 368.
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repoussés 9 et, pendant plus de trois mois, une poignée de chevaliers brava tous les efforts de Tar* mée. Roti*ou , comte du Perche , qui servait sous les ordres de Geoffroi d'Anjou, périt au pied des remparts. Cependant, les assiégés, cernés de tous côtés, commençaient à manquer de vivres, et, le 21 mai 1 145 , ils furent obligés de se rendre '.
Lorsque Geofïroi Plantagenét entra dans la forteresse, il là trouva dans un état déplorable. Déjà, Tannée précédente, «ne partie des murs s'écroulait de vétusté ; il répara les outrages du temps et de la guerre. Le pont de Mathilde
noenaçait ruine, il le consolida ^ . En un mot, son gouvernement fut réparateur , après tant de fléaux que la guerre et la nature avaient déchaînés contre notre malheureuse cité. Il se ^^ta aussi de confirmer les privilèges des bour- S^ois, et de donner une sanction légale à la ^^mmune qu'ils avaient jurée , et il s'engagea à *^ire confirmer leurs franchises par sa femme ^t ses fils^. Il ne se montra pas moins favo-
' Robert du Mont , ibid. — Chronique de Rouen , ibid.
^ Robert du Mont , ap. Script, rer. gall. , XIII , 290.
^«Omnes prsedictas consùetudines afflduciavit Godofredus, ^wx Normannorum , pater meus , se tenere , et pepigit fjnùd fa-
cxiT ROUEN
rableqiie Henri I aux corporations industrielles; il accorda à celle des cordonniers une charte conçue en ces termes : « Geoffroi , duc de Nor* mandie et comte d'Anjou, à ses justiciers de Normandie I aux vicomtes et barons, et à tous ses bourgeois et fidèles de Rouen : sachez que j'ai accordé à Guillaume Canut, Robert de Grame* sade, Ouin de Fécamp, Vivien de Saint*Ouen, et k tous les compagnons cordonniers et savetiers de Rouen , d'avoir la ghilde ( corporation ) de leur métier aussi bien » honorablement et pleinement qu'ils l'ont jamais eue du temps du roi Henri* Que nul n'exerce leur métier, si ce n'est avec leur autorisation ; qu on ne leur Caisse aucun tort , et qu'ils jouissent de leurs privilèges de corporation comme au temps du roi Henri ■• »
Alors commence le véritable afFranchissement de la bourgeoisie rouennaise. Dès cette époque, elle figure dans les actes , k coté <les plus glands seigneurs^ Thétard Coisseta, Guillaume
r^ertl afildiiclarc itxoimi suam , matran meam , H filios soos loco coan^ettU. » ClMrttt 4e Bcnri Pluitascaét , Pièees josti- ScatiTes , n*^ I. Quaat à la nature des prÎTÎWges accordés , bous en parierons $|Mrciakfliciit dans IMistoùr 4e im Ommmme, * ArdiÎTf» Niuuîrt|MJr$ , tîr. u . n' 9.
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Coisseta , Geoffroi Dupuy , Robert Loiivel , Robert Gocheiin, Gauthier Trentegerons , et d'autres vilains , sont cités comme témoins eu même temps qu'Eudes Martel et Robert d'Esnevali qui avaient rang parmi les hauts barons de Normandie \ I^ force guerrière n'était pUis seule estimée ; on commençait à compter pour quelque chose le commerce et Tindustrie. I^es plus obstinés étaient bien forcés d'en reconnaître la puissance, lorsqu'ils les voyaient
' Nous fTOavons la preoye de ces «issertions clans un acte qui renotte au xn* siècle , puisqu'il y est question de TarcheTéque Bogues. Comme cette charte mentionne la Commune de Bouen et DD grand nombre de bourgeois , nous en donnerons ici un extrait; il s^agit de la Tente d*un moulin ; faite par un bourgeois de Rouen à la communauté de Saint-Amand : « Hsec conventio faota est in capitulo sancti Amandi coràra domino Hugone , Rotbomagi archiepiscopo , et Eudone Martel et Roberio de Wesneval (Esne- ^sO^atqoe Communione Rotkomagi Pluribus testibus clericis
<^t lucis, scilicet Eudone Martel, Roberto de Wesneval , Waltero <leGocelin-Halsnil, Radulfo filio Roberti, Stephano filio Radulfl, l^oberto LoutcI , Petro filio suo , Ilboldo de Magno-Ponte , Alîeredo Baris , Nicholao filio Gaufridi , Ganfrido de Puteo y Boberto de Sancto-Laudo , W'iUemo Coisseta, Petro filio suo^ Thetardo Coisseta , Roberto filio suo, Unfrido Coisseta , Jobaune ^lio Reineri , Rocelino filio Clareboldi , Willelmo filio Herlonis , •Roberto Gochelin , Odardo filio Gardini , Waltero Trentege- •^"s, et Communionis niaxinià parte. » Cartulaire de Saint- -^ninnd, msrr. dos Arcliives départementales, r4l recto et verso.
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tirer de la misère et de la servitude la classe qui avait été si long-temps condamnée à en porter le poids. C'était, en effet, le commerce qui avait enrichi les Rouennais, et leur avait donné un sentiment si énergique de la force populaire. C'était encore le commerce qui animait leur port ' , alimentait leurs ateliers , et attirait dans leurs murs une population qui s'accrut rapidement aux xii" , xiu* et xiv* siècles. Cette émancipation de la bourgeoisie dut exciter lui vif mécontentement parmi les classes privilégiées. Elles ne pouvaient plus rançonner, ou, comme on disait au moyen-âge, tailler à volonté la gent corvéable. Il fallait désormais compter avec elle et la traiter presque d'égale à égale. L'expression naïve de l'irritation des privilégiés se trouve dans le passage suivant d'un historien contemporain , Guibert, abbé de Nogent: «Commune, dit-il , nom nouveau et
' Kntrc autres preuves de l'importance ooiiiinerciale du port de Rouen , nous pourrions citer les Coutumes de la Vicomfé de Veau de Rouru. C'est en quelque sorte le Code du coniinerce maritime de notre ville au moyen-âge. Le Ms. original existe à la Bibliothèque royale; on en conserve une copie manuscrite certifiée à la Bibliothèque publique de Rouen. Nous aurons occasion de faire usage de re» ouvrage, surtout dans la srrondr partie de notre histoire.
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détestable; les serfs ne paient plus, qu'une fois par an , la redevance féodale. S'ils commettent une faute, ils ne sont punis qu'en vertu d'une loi ; les exactions, auxquelles ils sont ordiuairement soumis, deviennent impossibles'. » Les serfs et les vilains s'efforçaient partout d'obtenir ces conditions que l'abbé de Nogent trouvait si détestables ; mais ils n'y réussirent pas toujours. A Rouen, la bourgeoisie avait fini par triompher, non sans avoir essuyé de rudes échecs ; elle venait de conquérir le privilège de commune, qu'elle devait étendre pendant plusieurs siècles. Là commence le sujet spécial de notre travail, l'histoire de la Commune de Rouen.
Que si, maintenant, nous jetons un regard en arrière sur la situation de cette ville pendant les sept siècles qui se sont écoulés depuis la chute de la domination romaine jusqu'à l'éta- Wissement d'une commune à Rouen , nous v voyons le peuple, d'abord livré h la brutale
<^ Communio , novuiu ac pcssimuoi nouicu, sic se liabet , ut (*apitc cens! omnes solituni servitutis debitum dominis sciucl 'u anoo solvant , et , si quîd contra jura deliquerint , pensionc '^**li entendent : caîterae ccnsuuin cxactiones, quœ servis iufligi ^^^'U, omuimodis vacent. » Guibcrt., al>bas de Novigenlo , ap. <^ript, rer. gaii. , XII , 250.
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domination des conquérans germains , cb un asile dans l'église et sous la crosse épia Elle le protège jusqu'au jour où une e invasion vient fondre sur la Neustrie.
quête Scandinave fait de nouveau pesel peuple rouennais la tyrannie d'une doni étrangère. Mais, an milieu de toutes ces n l'industrie etlecommerce alimentent et foi les classes inférieures. L'ordre et la se qii'établitGuillaume-le-Conquérant , la nok carrière que ses victoires ouvrent au c deBonen , augmentent les richesses de cetteet assni-ent à ses liabitans un rôle chaque! plus important. A la richesse immohiliè leur donne le commerce, ils ajoutent la propri territoriale, et les chartes de Henri l la leur ^ rantissent. Ils ont conquis des droits civils ; nip les droits politiques furent le résultat de cet, ] association , qu'on désigne sous le nom de (^/k r/ifiiiif, et qui se forma à Rouen, vers le milieq du xii' siècle. Depuis cette époque jusqu'à la fin du xiv' siècle, l'histoire de cette ville ; confond avec celle de la Commune.